POST-SCRIPTUM
Les écrits politiques ne sont pas sujets anit mêmes rigueurs que les ouvrages d'imagina^ ti;on> ou que ceux qui sont seulement des pro^ duits de Tesprit : dans ceux-ci, le sujet doit être envisage dans son ensemble, et développé dans toutes ses parties. Là, il y a des bornes cer*taines et fixes ^ qui sont celles mêmes du sujet > en^eçà et iau-delà desquelles on ne doit pas rester. Il n'en est pas de même des écrits poli-:* tiques qui ont pour objet des Êiits particuliers^ tant que ceux-ci ne sont pas arrivés à leuf terme nécessaire, l'écrit qui en traite est sus-* ceptible d'additions^ En tout, le succès est un j&vorable apologiste , très propre à concilier la confiance. Quand les évènemens justifient les prédictions, ils servent de garantie pour la jus^ tesse de ces annonces , et pour celle des tbéo^ ries renfermées dans l'ouvrage même ; c'est ce qui nous porte à joindre un post^scriptwn h.
celui-ci» Le sujet en est trop important pour
que nous n'ayons pas le désir de le développer jusqu'au terme que l'impression même de cet écrit nous permet d'atteindre , et de lui concilier par ce rapprochement des annonces qu'il contient avec leur accomplissement^ la confiance propre à faire adopter les vues qu'il renferme* Depuis six ans que nous avons commencé à écrire sur les affaires^de. la Grèce, nous n'avons pas cessé d'énoncer k certi-tude d'une guerre entre la Russie et la Turquie y malgré la persévérance, des efforts des cabinets pour l'écarter. Le traité d'Aclermann ne nous a jamais paru qu'un ajournement qui cachait pour un peu dé temps une explosion inévitable. Ce traité même, eût -il été conclu avec sincérité par la Turquie, n'atteignait pas le fond du litige toujours subsistant entre les deux états : celui - ci est dan» la nature des choses , c'est-à-dire dans le poids dont la Russie pèse sur la Tùrcjuie. Depuis cent ans, la pretnîèrë ^'avance vers la seconde ; elle gran-
)ît. Tant que , de part listance, le fardeau a >ché au point ou il est lit accablant. C'est pour lé secouer, c'eèt par le sentiment dès maux qu'il cause, que le Sultan s'est insurgé : tout son ma-
( «43 ) nifeste se réduit i ces simples mots : La Russie ni'e'crase , je ne puià plus rester dans cet état d*oppression. C'est dans cette généralité de vue quil faut envisager cette question : qu'on lipaise la querelle présente , deiîiain par les méâies causes il en naîtra une autre» C'est rhis* toire des trois guerres puniques Se succédant, malgré ioi^tés les solennités {Kicifîques ^ parce qu'il y avait quelque chose au-dessus de celles-cf , l'incompatibilité naturelle de Rome et de Carthage.. Dans tous nos écrits antérieurs , comme dans celui - d y nous nous sommes attachés à £aîre ressortir la faiblesse ^ l'impuissance , la nullité dfe yeinpîre Ottoman. L'épreuve était faite par impossibilité où il s'était trouvé de réduire les Grecs , que trois mille soldats eu-J ropéens eussent soumis oti exterminés. La guerre actuelle complète la démonstration de cet affaissement de là Turquie j elle n'a pas pu montrer une armée digne de ce Uom : quelques-unes de ses places se sont défendues j d'autres ont ouvert lés ] battent bien à l'abri des sage des Orientaux , des pagnols ; mais en rase c de mouvemens réguliers, et leur retraite est toujours une déroute.
Comibe nous layions dit^ Uarmee russe est 83862 forte pour fains à la fois les sièges ^ les blocus, et pour lûarcher en avant; c'est ce qu'elle exécute en ce moment : par les sièges et la pri^e des villes , cette armée s'ouvre un large passs^e et s'assure des communication^ et une retraite en cas de. malheuï^^ Tout est difficile dans un pareil pays, que l'inltivilisa^ lion a presiq[ue réduit à l'état sauvage. Aussi avance-t-on lentement , mais solidement. La flotte de Sébastopol , comtnandée par un Anglais, l'amiral Greig, appuie les opérations de U grande armée , , et entretient l'abondâiice pafmi elle , ^ protégeant l'arrivée Beô convois. Cette flotte peut se porter sur toîis les points de la côte de la mer Noire , soit en Asie, soit en Europe; elfe peut jeter des troupes sur les derrières de la position de Schumela, dont les Turcs font des Tbermopiles, mais qui , en eux> ne reverront plus de Léonidas. C'est lorsque Tancée russe approchera de Constantinople , que se révélera toute l'importance de la possession de la cote septentrionale de la mer Noire par la Russie ; c'est alors que l'on connaîtra l'étendue des avantages <ïu elle lui donne sur la Turquie, Il a été dit que le Sultan s'était mal à propos flatté de mettre ses sujets
feu mouveibent au nom de la religion i celle-ci ' a perdu en Turquie ses anciens stimuians^ comnije elle les a perdus a peu près partout. Les guerres saintes ne sont plus de notre âge ; partout on a hîen de la peine à faire des soldats avec les exigences de lois .ftëvèrçs ; le Gratid-iTûrc n'a pas trouve beaucoup devo^ lontaires disposes à se faire tuer pour Fhon-^ neur du Prophète : le drapeau de celui -ci > jadis fort révéré, a perdu sa vertu, comme les anciens oriflammes ont perdu la leur. Le Sultan est réduit à se faire des défengçuirs avec les honm^es ramassés dans les égouts de la ca*^ pitafe, ou fournis* par de minces contingens asiatiques.» Si l'armée russe peut aborder cette niasse incohérente, on verra ce qu'est cette populace, armée, sans discipline, sans honneur, sans chefs expérimentés , sans plans calculés, en un mot, sans tien de Ce qui constitue iine armée capable de défendre un état.
Une nouvelle flotte russe a franchi leStind et cingle vers l'Archipel. Va-t-^Ue relever la flotte qui y est entrée depuis un an, ou bien la renforcer? Cette addition formerait une complication nouvelle dans une aflaire qui déjà en est beaucoup chargée.
Après beaucoup de tâtonnemens, une expe^
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( 146 ) dition firançaise est résolue, et ddit partir de Toulon. Là se trouyent deux eltoses qfoe nous; avions annoncëes: i^ que la Morëe suerait re* mise à la Grèce, soit par l'évacuation v^lod^ taire qu'en ferait Ibrahim , soit par son expul* sion. La voie du blocus ayant paru îiHttifi*' santé ou trop longue, on $c recours à la force* L'eiriploi de ce moyen a sèremeut été pri^eëdé par des négociations à Alexandrie, pour ame-* ner le pacha à rappeler son fils; elles ont dik rester infructueuses, puisque dans ce moment on doit agir à main aimée; ainM là libéralion de cette partie de la Grèce est assurée , et le traité du 6 juillet sera rempli. Les Turcs sont trop occupés du côté du 'Danube pour porter secoure à celui qui s'était sacrifié pour venir au leur. Encore quelque temps, et il ne sera j^us question d'Ibrahimn-Pacha, ni de cette déportation vraiment singulière de Nègres et d'Arabes dans une contrée de l'Europe. 2^ Il était bien évident que toute e^cpéditiOn sur le continent de là Grèce retomberait à la charge de la France; c'est la nécessité de son alliance avec de|iic puissances assez fortes pour donner des ombrages à tout le monde. Cette théorie a été développée dans un ouvrage antérie«r(i),
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(i) Sxisàehce de f Europe à t égard de la Grèce^'psit
( «47 ) ;^n çujet des g^raMîes k doaner au nouvel état de la Grèce. La France seule peut en être cbai^e^ préçiseinent parée (ju'eUe est la plus iaible des parties alliées. Quant à FaveuiTy il dépeod abspinineiit de la volonté de l'empereur d^ Russie. Il patoit qu'a Loi^dres et à Vieniad on attend avec un égal stoki^me ce que ce^ piripee fera, ce qu'il annoncera de projets k venîr, ee qu'il pbunra reucontrer d'obstacles^ en im uH>t , U seœbk qu'un système d'expectâ*tive générale e$t enraciné dans les cabinets , en les livrant à la mevci des évèneiiieas^ placés qu'ils sont en arrière d'eux et non pas en avant » quoique ce spit là leur place naturelle.
, ,JBn i^rope, aujoiurd'bui, la^ène pofitique est oeaipée par la Rw^; tout le reste est comme au pi^rterre> attentif aux B90uvemeii& de Tactei^r principal , el réglant son action propre sur la sienne. Ce n'est un ppâte ni de dignité ni ^ sûreté. Les états , comme les iu-* dividus, augmentent leurs forces en les exer^ çant. La Russie fait ^us que compenser les pertes inévi^s^e^ d|e la guerre ^ par l'ipstiructiou que s^es arméet^^equîèveut^ et par les avantages diont elle va s'a^utesr. Si lé grandrvisir
M. de Pradt. t yot în-8** ; prix : 5 fr. Chez Pîchon et Didier, libraires, quai des Augustins, n® 4^*
a^ comme on Ta dit, cherché Si tempérer la douleur du Sultan pour la prise de Braïlow f ■psLT rexposé du grand prix^ auquel les Russes ont acheté cette conquête , il n'a fait que pa-^ rodier la manière dont Olivarès annonça la révolution du Portugal à Philippe lY. Mais les détours dictés par la crainte ou par la ûaU terie, toujotiïs'en usage daas 1^ cours, n'ar-^ réteront pas plus la marche des Russes /qu'ils n'arrêtèrent les progrès insurrectionnds qui ont plaeé sur le trône la maison de Bragance. Dans le cours de la guerre de la révcdution, les Autrichiens, continuellement batttls dans la Belrgique et sur le Rhin, disaient par forme de consolation et d'excuse pour leurs malheurs, enfans de leurs maladresses : Nous i)errons dans les états héréditaires; c'est là que nous les attendons: Combien de fois ceux: qui les avaient vaincus hors de ces états héréditaires, ont-ils su en trouver le chemin? et à Âusterlitz^ à Wàgram, à Znaim, qui était maitre dans les états héréditaires. Dans peu, on verra qui sera le maître en Europe, quand d'un côté l'on aura agi, et quand de l'autre on se sera borné à ob^ server. Dans les cabinets, cela s'appelle de la sagesse, de la mesure ; dans l'Histoire^ cela porterai liix autns pom.