SECONDE PARTIE
1®. Affaire de V Orient. Ses disperses phases.
, La nature de l'insurrection des Grecs est bien connue aujourd'hui. On n'en est plus aux déclamations* légîtimaires qu'elle fit naître à son début ; on n'en est pas davantage à Vap'parition du signe réwhUioTinaire du côté de r Orient^ ainsi qu'on le prockma à Lajbach :
tous ces jugemens sont eSàùés , comme le sont ceux des partis q^i ne laissent rien après eux. C'était l'esprit du temps de rapporter tout à la légitimité et à la démocratie^ de montrer des insurrections révolutionnaires partoM où l'on voulait cesser de souffrir, et d'attendre le redressement des torts de la nkain même de ceux qui en profitaient. C'e^ à cette absurdité que les principes de cette époque condam- . naient l'^pèce bumainét Ce <|ui a dû arriver est arrivé , tant la nature des choses est forte, ou plutôt invincible. Les oj^rimés ont lutté pendant six ans avec une admirable constance- La vue de leurs souffrances a ébranlé i'Eu-
(84) rope; on s'est enfin sourenn que Ton était homme. La conscience du genre humain a triomphé de la froide politique ; si elle ne l'a pas réchauffée y, du m'oins en la plaçant en regard de ITiumanîté , elïe ne lui a plus permis rindifference , et ceux qui d'abord avaient repoussé les soupirs et les requêtes de la Grèce y qui avaient déclaré la question grecque une question de légitimité entre le Sultan et les Grecs, qui avaient offert leur assistance à celui-ci pour ramenerau devoir dessnjets émancipés (i), ceux-là même, assaillis et connue enveloppés par le cri public de l'Europe, se sont enfin décidés à s'occuper, quoique tardivement, de porter quelque adoucissement au sort d'hommes devenus Tobjet de l'intérêt de l'univers» De là est venue la convention du 6 juillet 1836, base de Falliance entre les trois puissances. Tels sont les degrés qu'a parcouirus cette cause. Plusieurs choses parurent évidentes dès la première apparition du plan des alliés:
I®. Qu'il était insuffisant pour la Grèce , mais suffisant pour irriter l'orgueil ottoman , et le porter à des extrémités;
(i) Voytx, le manifeste ottoman, octobre 1827*
2*". Qu*il renfermait une complicatkm dans riatërieur même de lalIUnce^ de laquelle pouvait naître prochainement sa dissolution.
I/acoomplissement a suivi de près ces prévisions.
Une armée russe> impatiente de combats ^ a été rassemblée, depuis beaucoup d!années, sur les bords du Danube. Jamais réunion d aminée sur des frontières n a été sans beaucoup d'ombrages pour lés voisins. La Turquie s'est alarmée de ce voisinage; elle s'est irritée, et, à la noanière des gens împrévojf ans, elle a cru devoir récriminer , faire valoir des griefs, des prétentions. De là le traité d'Ackenaann , qui a aggravé sa position : c'cîst la solution ordinaire de ces boutades dliumeur de la part du faible à l'égard du fort; elles finissent toujours au désavantage du premier. A Ackermann , la Turquie a passé sous les fourches Caudines. Mais l'orgueil répudie bientôt les concessions à,e la peur ; et , quand il se croit en sûreté, il déchire tous les voiles , découvre le fond de sa pensée^ et rejette au loiti ses engagemens comme un fardeau qui l'oppressait.
N'est-ce pas là ce que l'on a vu , et le manifeste ottoman est-il autre chose que la manifestation de cette vérité ? Il était bien impos-
(86) sible que l'orgueil ottoman, à sod tour, ite révoltât' la fierté russe. Le Sultan â'est exprimé avec Toi^ueil brutal de la barbarie; l'empereur russe a parlé avec la fierté de la puissance civilisée : l'un a fait parade dé sa ihauvaisc foi , Fautre de isa droiture. Le premier s'est déclaré incompatible avec l'Europe chré-^ tienne; le second ne s'est déclaré incompatible qu'avec la mauvaise foi , et l'incertitude des garanties réclamées pour les intérêts commerciaux de son empire. L'avantage de la po-^ lémique est resté à la Russie. Le triomphe de son cabinet a^été aussi complet que le seront ceiKde ses armées. I^à-dessus elles ont mar-^ cbé, avec des cris de joie répétés dans tout l'empire^
2*4 Forces reUuwes de la Russie et de la Turquie.
L'immensité d'un c6té; le néant de Fautre; le désordre chez les uns, Foi^anisation la plus forte chez les autres; une promenade militaire d'une part, une défense tumultuaire de l'autre : de là on doit conclure que Itô armées russes chasseront devant elles les hordes turques, comme le vent chasse la poussière. Aucune ré^-
( »7 ) sistance , soit suffisante par sa force , soit cdmbiaée, organisée, dirigée vers un but raison-nable, n'aura lieu de la part des Turc$. Le Sul-*tan a été bien mal inspire , lorsqu^il a pris, pour • braver un adversaire de la force de la Russie ^Je tempsauquel il passaitde l'ancienneorganisation militaire à la nouvelle : ce passage est toujours le temps de la plus grande faiblesse ; car alors on est privé de son ancienne force, et l'on ne jouit pas encore ^e la nouvelle. Le Sultan a &i^ étourdimenty en 1828, ce qu'il ne pouvait Êiire sans danger, même en i838. Entré dans la çar*rière des réformes , il devait se donner le temps de les compléter, de les généraliser dans l'en^pire, et de s'assurer de leur solidité par des «preuves préalables. Mais provoquer, affronter la Russie avec une armée mi-f>artie de l'ancien et du nouvel ordre militaire, faible en nombre, incohérente dans ses élémens,.satis chefs expérimentés; donner à ces novices, pour coup dressai, un ckoe contre les vétérans de Friedland, de la Moscowa, de Leipzig, c'est un acte d'insanité vraiment inexplicable. Il semble y reconnaître les impulsions de la destinée , qui précipite ses victimes vers le terme qu'elle leur a marqué. Quand le dernier empereur de Constantinople périt, il n'avait pas été chercher
(88) Mahomet II; seulement il se trouvait sur le passage du torrent, qui ne pouvait plus être arrêté; il fut englouti, comme tout l'avait été avant lui. Mais Faction de Mahmoud est de son choix, libre, et assez libre pour résister à tous les conseils et à toutes les remontrances des puissances intéressées à sa conservation , et dont les intérêts lui garantissaient la sincérité; mais la fausse application d un principe, vrai "MUS quelques rapports. Fa égaré : Les musulmans sont naturellement ennemis des chré-' tiens ^ et les chrétiens le sont aussi des mur suhnans : toutes les puissances chrétiennes
nourrissent le désir de la destruction de la
puissance ottomane. Voilà le manifeste pttoman et ce qui parait avoir maîtrisé l'esprit du Sultan. I* Système faux ! Entre états , k différence du culte ne crée pas dincompatibilité politique. Le même état renferme des sectes religieusement ennemies. Depuis François P% les Turcs et les Français sont musulmans, chrétiens et alliés. Il faut qu'il se soit trouvé à ConsiSLUÛnojlle quelques jésuites turcs qui aient imbu l'esprit du Sultan de cette belle maxime. 2^ Loin d'aspirer à la destruction de l'empire ottoman, les puissances chrétiennes considèrent son maintien comme un objet de premier
( 89 ) intérêt poar elles, non pas à cause de lui*méme, si Ton veut, mais à cause de son opposition à la Russie. La Suède, la Prusse, FAutriclie, la France, l'Angleterre, et sûrement le corps de l'Empire germanique , n'ont pas une autre pensée (i). Aucune de ces puissances ne peut rien s'approprier, du territoire turc : ce que l'Autriche pourrait acquérir serait compensé par une* acquisition parallèle de la part de la Russie, ce qui la laisserait au point où elle se trouvait avant cette inutile acquisition. Lc|s motife qui ont poussé le Sultan à iine résol«-^ tion aussi désespérée sont donc dépourvus de toute réalité : ce sont les produits d'une idée fixe y dcMit le propre est de fermer tou* accès à la droite raisoa présentant dis idées plus saines , ea un mot , c'est la mère de la folie. Je ne doute pas que, dans les nombreuses représentations dont la diplomatie européenne a comme persécuté le divan, elle ne lui ait donné les assurances les plus rassurar^es à cet égard; qu'elle ne lui ait dit cent fois ce
(i) Les publications françaises et anglaises en ont souvent fait mention ; il est facile de voir que ce maintien, tout irréfléchi qu'il est, forme encore le fond de la politique orientale des cabinets de TOccident.
(90) que nous venons d'écrire; mais la mauvaise étoile de-- l'empiré ottcunan^ ou le mauvais es-* prit du Sultan Font onporté; il a marché à laveugle^ en voulant avoir l'air dç marcher avec un haut courage; il a voulu faire montre d'un caractère inflexible ^ inaccessible à la crainte, supérieur au danger. Mais est-ce donc que les empires doivent être sacrifiés à la va^ nité de leurs chefs, à la gloriole d'étaler leurs qualités propres? Est'^ce donc que cent ans de revers dans toute lutte contre la Russie, ne renfermaient pas quelque enseignement sur l'avenir ? Copament, après avoir succombé cons*tamment sous la Russie k peine entrée dans la civilisation , et dépourvue des avantages qu'dle tient de ses conquêtes sur la Turquie même, comment se flatter de l'espoir de quelque succèfs contre elle, forte de tous les avantages de la civilisation , ainsi . que d'une organisation et d'une expérience militaire perfectionnées? Le Sultan pourra-t-il faire fonds sur ses nouvelles troupes? Mais, i* en quel nombre existentelles? 2"" quelle est leur instruction? 5" leur accord avec les autres troupes turques? Une poignée d'hommes ne doit-elle pas se briser contre les masses russes? L'exemple de la Perse, entrée bien à la légère dans une guerre
(9') contre la Russie, ne devait «il pas parler à Tesprit du Sultan, et lui montrer quelle serait rissue de la sienne ? L^obstination de ce prince dans cette expédition est vraiment inconce-* vable; il périra par ce qui le fait valoir, par ce qui fait rehausser son caractère. On dit ce caract^e grand, fort; mais qu^est la forceras discernement? La force, à part de la raison y est l'apanage de la brute , aussi bien que celui de Thomme; elle n'a droit à Testime, elle n'est utile et vraiment efficace que lorsqu'elle est réunie à la raison dans la recherche d'un but judicieux, poursuivi par des moyens bien adaptés k ce but. Hors de là, on n^aperçoit plus que cette force aveugle dont le poète a dît :
J^is consilii expersj Mole ruk sud.
Les firmans qui appellent les musulmans à prendre les armes dans cette guerre sainte, donnent à penser que le Sultan a compté sur l'enthousiasthe religieux de ses peuples. Il ne tardera pas à reconnaître son erreur, et à en subir les conséquences. Le feu sacré est éteint ejgk Orknt comme en Occident; il ne se rallumera dans celte contrée pas plus que dans
(90 1 autre : oa ne voit pas deux fois la Vendée ni Saragosse; le temps de. ces enthousiasmes est passe. A force d'avoir pesé. sur les peuples, les gouvernem^ns les ont brisés; et quand, au jour du danger, ils viennent leur demander ardeur, enthousiasme, on répond autour d eux, là où l'on espère d'être aperçu , où l'on peut craindre de l'être , mais tout le reste se montre froid, et laisse son immobilité répondre : eh! que m'importe à moi. Des Turcs assoupiS ou abrutis n'attachent aucune signification aux mots d'honneur et de patrie ; ils se défendent comme les animaux à l'entrée de leur tannière, et y meurent, mais sans éprouver le besoin de donner à la société, et d'en recevoir à leur tour,, le secours que le citoyen lui porte et en attend. D'ailleurs, est-ce quand l'ennemi frappe aux portes de l'empire, lorsqu^il y entre à flots pressés, à pas accélérés, que ces appels peuvent avoir quelque efficacité ? Quelle résistance peut opposer à des masses qui agisent sous une direction savante , une populace sans ordre, sans armement régulier, sans chefs expérimentés ou respectés. Il n'y a là que principe de, désordre, d'embarras, et nullement de force. jDes hordes pillardes se jetteront sur les bagages de leur ppopre armée , plutôt
(93) que sur les baïonnettes ennemies; elles TàfiFamerodt en portant la dévastation partout ok elles portent leurs pas et' leurs mains; ce sont des fléaux et non des défenseurs. Il paraît que ces appels au fanatisme religieux des Osmanlis n'ont rencontré parmi eux que des tièdés ; les imans^ peuvent crier tant qu'ils voudront, du haut des minarets.
L'auditoire sera sourd aussi bien que muet.
La réalité des choses est ceUe-ci : les Turest n ont pas d'armée ; ils fuiront devant les Russes» et feront bien. Les Russes sont aissez nom-^ breux pour faire à la fois les sièges et les blo-^ eus des places turques. Pendant ce temps, la grande armée russe marchera sur Constantinople ; l'empereur Nicolas y entrera à jour et heure indiqués, et, suivant toute apparence., il ne trouvera dans la ville de Constantin que ce que Napoléon trouva dans Moscou. Le monde va revoir des jours semblables à ceux de Mahomet II, et une affreuse catastrophe va frapper lliumanité; car enfin les Turcs sont des hommes, et le commerce de l'Europe recevrai, pour un long temps , une plaie profonde^par la subversion complète de ses relations dans Cjçs contrées, qui en sera la suite inévitable. Voilà
(94) où mènera l'obstination insensée du Sultap, décorée du beau nom de caractère ^ et le mépris qu'il a fait des conseils de la diplomatie européenne. Elle était sincère^ car elle était intéressée dans la cause. L'incivilisation des Turcs y en les attachant à leurs anciennes idées^ les a empêchés de reconnaître cette sincérité. Ils périront donc par leur incirilisation ; terrible , mais instructive leçon pour ceux qui, comme eux , s'obstinent à repousser la civilisation , sans laquelle il n y a plus de préservation possible. Sans doute , et les conventions d'Âckermann , et les exigences des trois puissances doivent paraître dures au Sultan; maijs il est encore plus dur de tout perdre": quand la nécessité parle y le bon sens est-il de l'accepter ou de l'a^raver. Le Sultan n'avait pas à se demander si ces conditions étaient ^ures, mais s'il était en mesure efficace de s'y soustraire. Quand l'empire sera envahi , qu'aura-t-îl gagné? Aujourd'hui même, si , au bord de l'abime, il reconnaissait toute l'étendue de sa faute, n'auitiit-il pas empiré sa condition?
L'enpemi entré sur le territoire de l'empire , ne sera-t-il pas plus difficile 'à apaiser qu'avant de franchir les frontières ; le divan ne pourrait plus se présenter qu*en suppliant^ et ce rôle est
(95) toujours celui des victimes. On a exalté le caractère du Sultan ; la raison n'a vu en lui qu'un insensé, et les spectres des fondateurs de Feni--* pire, les Mahomet, les Sélim, les Soliman, s'attacheront éternellement à lui , pour lui reprocher la destruction de leur ouvrage. Heureux si, aussi aveugle dans sa fureur que ce prince Test dans sa conduite, le peuple turc ne cherche pas à éteindre dans son sang Tincendie allumé p&r le délire de son orgueil , et ne présente pas à ses ennemis ses rentes inanimés comme une victime expiatoire, comme la sou»* traction de la cause de cette guerre fatale , et comme un gage de la paix. Les souverains absolue chez des peuples féroces ne font pas tou-: jours un métier bien sur ; il ne vaut pas celui des princes astreints à un régime modéré chez des peuples civilisés ; la civilisation , qui con^ damne à la modération, est aussi mère de la préservation; elle ccHnpense par la sûreté ce qu elle retranche aux jouissances du pouvoir absolu ; en excluant les extrêmes. Si l'orgueil est flatté par un commandement au-dessus de toute résistance comme au-dessus de toute remontrance^ ces jouissances sont aussi fort exposées a être troublées par des réactions violentes. Un resrsùrt trop cotnprimé se relève avec une force
(96) déréglée. Des hommes accoutumés à prosterner leur front dans la poussiète ne savent témoî-^ gner leur mécontentement que par des incen-^ dies, et cest le poignard à la main qu'ils pré^ sentent leurs requêtes. Le sérail a vu plus d'une de ces tragédies : plus d'un de ces maîtres impérieux , qui d'un mot , d'un geste ^ quelques* jours ^ quelques heures auparavant, portaient partout l'épouvante et la mort, sont tombés sous les coups de ceux qulls venaient de voir à leurs pieds. Telles sont les mœurs de l'Orient, dont le Sultan provoque sur lui la cruelle application.
3*. Complication de la guerre d'Orient.
Nous avons indiqué plus haut les divers degrés qu'a suivis l'affaire de l'Orient. Nous avons dit comment on est arrivé au bord de la guerre qui vient d'éclater; montrons maintenant les complications qu'elle renferme.
Trois puissances dirent à la Turquie : Depuis cinq anSj fious vous regardons faire ai^ec la Grèce; vos combats sont restes sans résultats; les combats à venir n'en auront pas davantage. Il est temps d^ en finir : à cet égard ^ le passé est le garant de Va^^enir. La prolongation de
( 97 ) ce débat affecte le commerce , trouble les mers^ nous cause des dommages , nous commande des précautions dispendieuses ; nous en demandons le terme. Nous ne sommés pas vos ennemis j pas plus que ceux de vos ennemis, mais nous en-tendons arrêter V^ffusion du sang y spectacle odieux en lui-même^ qui nous expose à des reproches^ rétablir ià police sur vos mers; et pour cela y deux choses sont exigibles et exigées par nous : 1^ que Vépée sait , de part et d autre >, Temise dans le fourreau; 2® que le sol de la Grèce, que vous dévastez en pure perte 1, soit remis aux Grecs; qu'il soit désormais Vasile des Grecs yqu'ils y restent vos tributaires. Vous xwez plus à gagner qu'à perdre au désistement dune souveraineté purement nominale; Vinté-^ gritédu reste de votre territoires vous est garan-^ tie; elle vous restera : auciuie de nous n'a jeté sur lui un regard de consH)itise. Voyez qui nous sommes , et jugez si nous pourrions nous ac-corder dans des vues hostiles et cupides contre vous. Ce langage était raisonnable , plein de motifs de persuasion; mais qu'est la raisoti pour des Turcs, pour des hommes qui ont d'autres yeux , d'autres oreilles, un autre entendement que les peuples civilises, et dont l'esprit joue à rebours de celui des autres hommes?
Âus^i \e& M-K>q vus couvrir d'uQ vpile 46di&^ simulation et de perfidie leurs intentions , jusq^k l'heure où ils se sont crus en mesure de la proclamer sans crainte. Pendant ce temps ^ la guerre se poursuivait , l'Egypte prodiguait ses fprces de terre et de mer. Cellearci se cw-» Saieot au succès de q^elques«^ae^ de ces per^ fidies qui font partie des mceurs orient^des , et cet espoir amena le combat de Navarin. On vit alors toute l'attention des cabinets des tiw# puissances tournée vers le soin de persuader à la Porte que ce coup de foudre n'avait été ni préparé, ni prévu, et que cet incident, qytel* que grave qu'il fût, ep sa qualité d'incident, ne devait pas préjudicier à leurs vues pacifia ques, dans lesquelles il rapportait aucuQ chfl^ngement. Ces paroles édulcoréei^ glissèrent sur la dure enveloppe, sur la croûte que l'orgueil et la barbarie, pour ainsi dire , tiennent ^te^^ due sur J'inteUigeûce des Turc^. Pendant que les alliés redoublaient d'efforts pour faire pénétrer une lumière préservatrice dans ces tébds ferùaées , au fond du sérail , inaccessible k t/ws les yeux , le sultan forgeait le mi^nifeste qvki , ea déchirant tous les voiles , dut laisser les négociateurs un peu copfus de leijir longue mépris sur le naturel de leurs adversaire^* Quand il^ tes
(99) eutepdîrent $e procUmer 1^ emiemi^ nuturels des chrétieii3, ils 4urçat avoir quelques re^p'et^ à leurs efforts pour arrêteifce qui était dws le ççft^p et dans la nature de leurs néophytes* Us pw^i^t rester couvaiucus que , travailler à la c^iHiver*^ sion politique des Turcs, éfc^ît du temps perdu, et qu'uu apostolat politique au milieu d*hom.mes aussi étrangers à l'Europe e% k la civili^ii^ tiou> aurait parmi euit ks mêmes fruits qu'un apostoUt religieux. Pour éc^^pper au ridicule^ la débounairqté de ce*te diplomatie avait be-r soir^ de l'excufe de Thumanité. Mais le m^i-** feste ottom^m avait deux parties Weu di^f* féreutes ; i* ç^lfe qui nWeigu^it les puisr sauces eloigué^s de la Turquie i a** ©t q^Uq qui coviQeru«iit h Ihn^m* C'est çoutr^ oe^le-^ji qu^ ]a diplcMpn^tie turque avilit réservé left traits les plus envenimés; c'est à elle qu'elle imputait tous ses om^ux, les projets les plus sinistres , suivie ayec i4us d^ eoust$n^ ;} c'est à elle qu'eUe adressait les reproches le^ plus sanglans, qu'elle vouait l'inimitié la flvi^ ouverte , et avec lnquelle elle se déclarait a^^nchie de tout lien résultant des traités antérieurs. Là , la scène a changé de face : de simpte qu'é-i tait la guerre, elle est devenue double» D'ajxird^ elle n'était que grecque; ]a voilà à la £q^
( ïoo ) grecque et russe. Tant qu'elle était purement grecque , tout était égal entre les trois puissances, intentions, forces et frais... En deve-^ nant rw^^e, une partie a eu une charge de plus que les autres; elle a eu aussi une autre perspective , et d'autres injures à venger. La question a donc été dénaturée par le manifeste ottoman $ il a déclaré directement la guerre à la Russie : celle-ci lui a répondu par une déclaration semblable. De part et d^autre, les armées ont marché. Rien de semblable ne pouvait avoir lieu contre la France et l'Angleterre , placées au loin de la Turquie, et n'ayant point de traités à revendiquer... Mais le mouvement de la guerre a exposé les alliés à devenir ennemis ; il peut mettra aux prises entre eux ceux qui combattent ensemble pour la Grèce } et la guerre qui a commencé sous la réunion de leurs drapeaux, peut à chaque instant amener lei^r opposition. Ce danger résulte évidemment des vues annoncées dans le manifeste
russe* *
Un second genre de conaplication et d'une espèce toute nouvelle se présente dans cette affaire Ordinairement pour se battre, il faut être deux , et il faut convenir de l'objet du combat : sous ces rapports, les grands procès entre les
( lOI )
nations, que l'on appelle la guerre, se règlent sur les mêmes principes que les contestations entre les individus... Avant tout, on convient de l'objet de la contestation , mais ici , rieu n'est convenu. Les alliés disent au Sultan : Nou$ ne sommes pas venus en ennemis contre vous ;, loin de là, tout ce qui se fait est pojir votre bien. Le Sultan répond rCela vous plait a dire; mais je sais très bien que vous êtes mes ennemis naturels, et que je suis le vôtre... Vos déguisemens, vos détours ne m'en imposent pas.
Il v-ous convient de ne pousser la guerre quq jusqu'à tel ou tel point; il me convient à moi de la pousser jusqu'au bout. Le sort en est jeté; s'il faut périr, nous le ferons avec honneur , et il vaut mieux mourir en gros qu'en détail. Une agonie honteuse, prolongée au milieu de dépouillemens journaliers^ sous un joug qui s'appesantit d'heure en heure, est une position intolérable. Aux armes; soyons libres et respectés , ou mourons. Voilà mot à mot le dialogue établi depuis deux ans entre les allié^ et le Sultan... Les premiers veulent une certaine guerre; le second en veut une autre. Les alliés sont donc exposés par cette divergence de vues avec leur ennemi , à faire ce qu'ils ne voulaient pas faire , et à ne pas faire ce qu'ils
( 'oa ) â^étaient proposé éè fait^. Ils sont exposés à se combattre pour les Tares, et à combattre les Turcs pout les Grecs. Supposons que Todeur de la pôudf e à canon exalttô lèé cerveaux russes, qnô feront les alliés? Achèv«ront-îls les Turcs ■dans la Morée et dans TAtchipel , tandis que les Russes les écraseront sous les murs de Constantînople? Et si TAutnche alarmée de Fessoi' de la Russie, entrait en liée pour le répi^lméir, les alliés se fangeraîent-ils avec elle, ou coûli*è ^lle avec les Russes? !1 pourrait arriver, cbose bizarre, mais qui résulta évidemment de la singularité de la position dans laquelle on s'est placé, que la flotte russe se trouvât à la fois alliée et enneibie de ses associés, et que la seule porte de sortie de cet embroglio pour elle, fût d*êtïie neuiraliséê.
^\ Manifeste russe.
11 a feit trfessaîllîr de joie quelques journaux anglais. Je vondrats pouYoir pat* tagef leur confiante allégresse ; mais la nature des choses est souvent contraire à ces expansions de joie , et commande la réserve. Nous laisserons h. part les lieux communs des manifièstes , les reproclies très fondés adressés à la Turquie ^ pour ne nous occuper que des résultats qu'il se pro-
(io3) laet de la guerre^ Ce sont^ i"" raceomplisse^ ment de la convention du 6 juillet, relative à la Grèce; â"* lé remboursement 4es frais de là guerre^ à <|uelqu6 point qu'elle s'étende ou s'arrête; 5"" les garanties à donner aux traité^ «t ht là liberté du commerce.. En soi •» même > cela ne présente rien d'exorbitant à la pre-^ ynière vue , maïs il faut passer outre ^ et voir par C}ui ces conditions seront imposées ^ et dans quelle mesure. La Russie déploie de& forces inlmenses : toutes celles de Fempire fiont ébranlées ; cela est fort cher. Si leur emploi se [M-olonge^ le compte des frais s'enfle tous les jours,, et finira par monter très haut. Qui en fixera les bases, le vainqueur ou le vaincu 7 Les étrangers au combat auront -^ ils le droit de le reviser? La Turquie n^a gas d'argent; il faudra donc p^er en territoire; il est bien probable que la Moldavie et la Va-^ ladite paieront la rançon de là Turquie. Jusque là il n'y a pas grand mal pour l'Europe; car que la Russie compte une où deux provinces de pius, letat de l'Europe n'en est pas notablement afTecté^ D'une autre part ^ quoique être russe ne' SQ^t pas la première condition du monde , cependant elle est ttiille foi* Supérieure à celle de la sujétion à la Turquie» Far l'occupatioti
de ces provinces, voilà la Russie iostallëe sur la rive gauche du Banubé, et fermement établie sur ses bords par l'occupation des fôrte-^ t^resses turques situées sur ce rivage. Celte possession renferme un grand principe de gêne à venir pour le commerce de TAlle-»magne et des états héréditaires de l'Autriche, dont presque tous les cours d'eau affluent au Danube : llnn, la'*Theisse, la Sare,, la Drave* Ces eaux se déchargent dans la nier Noire; elle appartient à la Russie, et si celle-ci do-r mine le Bosphore , le Danube n'est plus pour ' l'Autriche qu'un cours d'èau intérieur, sans prolongation et sans aboutissant.
Si une prompte soumission n'arrête pas l'essor des armées russes, ou peut déjà les voir à Cpnstantinople. Le Sultan passera-t-il dans ses vastes solitudes de l'Asie? y continuera -t -il une guerre qui, pour être sans efficacité contre la Russie, cependant l'obligera à tenir sur pied des forces* considérables en opposition et en surveillance contre les attaque^ des Turcs? Ne faudra-t-il pas aussi des corps nombreux.pour garder les pays, soit conquis, soit simplerment occupés? Et si Constantinople est Inrûlé , comme on pe.ut le craindre,, ou §'il est préservé, dans les deux cas, sera-t-il gardé comme
( io5) p^Miitiôn militaire ou comme conquête? Qui rend des conquêtes de cette valeur? Et les garanties données au comftierce, quelles peuventelles être? S'il ne s'agissait que de la navigation métne de la mer Noire , il n'y aurait pas l'ombre d'une difficulté ; là , il y a place pour tout le monde, éomme dans la Baltique ; mais il faut calculer autrement, lorsque daàs ces lieux il n'y a pour tout débouché qu'un étroit passage, commandé par une immense capitale , arsenal principal de l'empire; car, il ne faut pas se le dissimuler, la force de l'empire! turc es* dans Constantinoplc; comme elle Tétait au temp&des empereurs grecs. Mais, comme il a été prouvé plus haut, le commerce russe étant destiné à prendre d'immenses accroissemens par le versement des productions de presque tout le territoire russe européen, par les fleuves qui aboutissent à la mer Noire , comment un commerce aussi vaste, et par conséquent aussi précieux, poun^t-il s'accommoder des péages de Gonstantinople et du Bosphore? La capitale de l'empire turc peut-elle rester exposée au bombardement, aux insultes de toute flotte sortie des ports russes , sur la mer Noire? et de son côté la fierté russe se soumettra-t-elle aux exigences indispensables de la capitale
( io6) d'un graod empire^ et à un trajet preeaîre par le Bosphore? Le dëyeloppement des évètieniens a amené cette complication ; elle esl restée inaperçue dans le berceau du commerce russe , dans l'inculture des belles provinces mé* ridionales de la Russie. Odessa ne compte encore que quelqmes années; mais lorsque touteis^ ces contrées se seront associées au mouvement commercial de la Russie y loi:^que toutes les denrées de l'intérieur auront appris le chemin de l'Ëuxin, et y arriveront à l'aide de fleuvœ tels que le Boristhène , le Don , le Volga , que des canaux lient entre eux et avec la mer Baltique , on verra ce que sera ce commerce qui .est encore dans l'enfance , et qui , par le seul débouché d'Odessa, compte déjà dans les ttaatv chés de l'Europe, et pèse sur toutes ses charrues. Il est bien évident que la direction des affaires d^ la Russie change , et passe du nord au midi ; il l'est , par là même que le poids de l'empire est attiré vers la même zone. Ceci se rec<mimande, au plus haut degré, à la prévoyance de l'Europe ; mais si les conseils de la Russie l'ont prévenu > et elle parait être sur là voie de le foire > à quoi fera*t-elle rapporter les garanties qu'elle dit vouloir pour le commerce ? Il fout 4e ^us que ces garanties
( I07 ) conviennent aussi au commerce de l'Europe ; celui-*ci participera aux aCcroîssemens de la Russie méridionale , comme il l'a fait pour la Russie septentrionale. Plus Atchangel, Pëlersbotirg, Riga s'enrichissent et s'ac(iroisSént , plus la Baltique se peuple de navires de toutes les nations. U y a cent ^ns, pendant renfonce de Pëtersbourg , l'Angleterre envoyait*- elle dans la Baltique 5740 Vaisseaux , comme elle l'a fait eu 1826. Odessa, et les ports russes de la mer Noire , reçoivent-ils plus de navires qu'il n'en abordait sur ces mêmes plages, il y a cinquante ans? Eh bien , ces progrès sont destinés à croître dans la progression géométrique. Maïs la mer et le commerce étant te domaine commun , les positions de nature exclusive sont des points ofibnsifs pour tous ^ et surtout dans la main du fort. La modératkm peut -être dans les esprits et dans les paroles, mais elle n'est jamais dans les choses? celles** cl agissent toujours avec toute leur énergie et toute leur force. Quand donc Vempet*eur Nicolas profère des paroles de modération , il exprime les sentimens d'un homme civilise , qui ne veut pas abuser de sa puissance, qui veut s'associer aux honneurs encore récens d'un modèle illustre- Dans cela , tout est noble.
( io8 ) louable; mais à côte de Thonirae se trouvent les choses : celles-i:i revivent avec leurs exi-^ gences. D'ailleurs ce souverain ne s'est lié par rien de formel ^ il n'a pris aucun engagement direct ; il a bien marqué un but , mais il a gardé sa liberté sur les moyens; et ce sont elle et eux qui deviennent les légitimes sujets d'une inquiétude faite pour exciter toute la surveillance de l'Europe. En effet, supposons, que la guerre mène la Russie à exiger de grands sacrifices de la part de la Turquie; supposons que la première , sous prétexte d'affranchir le Bosphore, is'affermisse sur un de ses rivages, et s'y mette en état de commander ce passage indispensable pour le reste des nations , et cela est très probable, par là même l'Euxin ne devient-il pas une mer fermée? et geôlier pour geôlier^ s'il' doit y en avoir un, les Turcs ne sont-rils pas moins H^cheux pour l'Europe quç ne le seraient les Russes? On ne peut trop engager la diplomatie européenne à porter ses méditations sur cet important objet; qu'elle songe aux suites qu'aurait pour l'Europe la domination russe ^ étendue à la fois sur le Danube, la mer Noire et le Bosphore! Quel accroisse- . ment de pouvoir à celui déjà si grand qu'elle possède au détriment des libertés publiques
de l'Europe! Déjà celles-ci, cela est trop évident , sont annulées par la Russie sur le continent; que deviendront-elles, si à la domina-' lion continentale se joint encore la domination sur les fleuves et sur les mers ? La Caspienne est interdite k l'Europe, et cernée de toutes parts par la Russie; elle intimide tous les ri-^ verains de la Baltique, elle règne exclusivement sur le nord de la mer Noire. Si avec tant d'avantages pour elle et de dommages pour les autres elle joint encore les clefs de la mer Noire, et reste maîtresse des communications de cette mer avec la Méditerranée; si , toujours libre et maîtresse de ces passages, elle peut les interdire aux autres; si par là elle jouit de la faculté de se lancer vers la Méditerranée , de tant d'accroissemens ne se forme-il pas un colosse, un géaiit de pouvoir, aux pieds duquel il ne reste plus qu'à tomber, qui auprès écrasera, qui au loin menacera, intimidera, et finalement rendra en Europe l'indépendance un vain mot. Que l'on y prenne garde, la Russie ne fait encore que débuter dans la carrière ; elle travaille à former son cadre et à le compléter. Elle vient de s'élargir du côté de la Perse.. Par ^s conquêtes, dahs cette direction, dans quelques marches elle est au cœur de
Hfc.'^
1 empire turc eu Asie. Par l'occupation de h Valacbie et de. la Moldavie, elle i^tteint son comptéjpent vers le midi de l'Europe, et pro*longe $a domination sur le Danube; il devient sa frontière. Par quelle distance en était-elle se'parée au temps du czar Pierre I hâ voilà fran* chie; et ai ce fleuve est pa^sé, « le Bosphore reçoit les lois de la Russie, le cour$ iiaturc;! des choses ne 1^ portera-t-il pas vers Fçxtrér mité de la Grèce? Était-il plus facile d'arrivqr de Kiouff à Isrnaïl, s^xkx porter de $y^nc#?
y eât-*on parvenu? pourquoi ne ferait-on pas le reste du chelnin? A-t-on le pouvoir de le faire? Voilà toute la question. Eh bien, s*it existe, il agira d'après sa nature « Ne nous arrêtons dont pas à la douceur des paroles 4^ Temperew* Nicolas, au miel étendu sur les bords du vasej voyons ce qu'il y a au fond.
Sa nK>dération est relative aux ciroonatanceg. En réduisant la Prusse à la moitié de ses do* maines. Napoléon pouvait passer poiur nao^ déré , car il pouvait tout pi^ndre : il y a à renqiercier, 9uoi<j[ue avec douleur, celui qui Ui«se ce qu'il est maître de garder. Or, à qui appartiendrait-^ il de retirer des mains de la Russie ce qu'elle croirait lui con^nir? Aujour* d'hui , cela n'est plus donné à personne. Et
<:omment ce qui est déjà interdit dans T^t^t actuel serait-il pdssible quand sa position ^era fortifiée , et quand cdle de ce^x qui sie •gientiront foulés par elle sera détériorée ? car voilà ce qu'il faut bien se garder de perdre de vue. Chaque acquisition de la Russie , chaque po^e avantageux dont elle se saisit , ajoute à Tinfériorité relative du continent avec elle. C'est ab* «oluraent la répétition de ce qui se passe sur raer à l'égard de l'Angleterre. Chaque point fortifié dont celle-ci s'eippare 0st up nouvel interdit jeté sur les mers à son profit, et au détriment des autres; c'est un barrage de plws destiné à entraver, à *arrêterla raarcbe des autres, comme à rendre la sienne plus sure et plus facile. Ce triste rappi*och^mçnt entre la double servitude de l'Europe , qui sur tous les! élémens ne trouve plus que des maîtres et des chaînes , est le tableau pfésent et d^uloii^ reux de la situation du continent.
O Napoléon ! tu.es trop vengé par la servitu4e commune !-Tu es mort enchaîné! FEurope vivra comme tu es n^ort ^ sa vife ji venir tend à ressembler à tjes derniers instai]^^ Tu avais su apercevoir le principe de ses souffrances, pourquoi n'qs-tu pas su également ménager h remède , ?u lieu de l'obtenir d'une force ou-
( ,iO
Y#rte, impétueuse, sans ménagement , etpro^ pre à armer contre toi ceux même auxquels tu * prépaf^Etis une liberté div^^ble ! Ainsi les plus ' vastes j^nsées, les vues les plus saines, l'avenir deviné avec le plus de sagacité, ne peuvent arriver au succès sans le secours de l'art ; et quand on en manque , on s'expose à. voir «alir de noms odieux* ce qui , mieux gouverné, eût mérité les hommages de l'univers.
5**. Système de FEurope à Végardde la Russie.
'^ Il est de deux natures : permanent, et relatif aux affaires actuelles ae l'Orient. Le premier résulte de l'étendue de la puissance russe, et do ses effets peônanens sur l'Europe. Comme la cause est permanente de sa nature, pour lui correspondre, le système européen doit aussi être permanent : il n'admet pas un moment de relâchement ni de sommeil. Ce système est, comme nous l'aVohs dit, celui d'une fédération défensive, puîsqrfe malheui^ilsement aucuq^ -puissance ne peut séparément balancer la Russie. Lg seule qui pourrait s'y opposer avec efficacité, celle 4e l'Angleterre , est d'une autre 'nature , et placée trop loin pour servir de barrière. Si la Russie ne peut pas
( IID )
lui enlever une colonie, un comptoir, à son tour l'Angleterre ne p»ut pas enlèvei' un vîllajte a la Russie. Reste donc pour toute dëfedse^à l'Europe une fédération. Nous en avoiis indiqué lesélémens dans leur ordi^ et dans la ligne qu'ik doivent former. Cfette fédératidti doit être permanente, compacte, formée surleKîhamp et sans hésitation; il ne faut pas que Ja Russie puisse apercevoir irop distinctemeht Ips points faibles- de l'Europe, résultant' sur^ tou* cle la délirfison de ses parties. On s'est bien fédéré contçe l'empire français; eh bien, quei^ que chose mille foi» plus redoutable s'est formé sur ses débris C!et empire pouvait humilier, mais il ne menaçait pis toutes les existences; il était accessible et vulnérable par mille en* droits : l'Angleterre le contre*balançait. Mais où sont les points d'arrêt contre la Russie?
par où peut- on l'atteindre, la blesser? où prendre les moyens de la contenir, ou delà remettre. à l'ordre, s'illui plaît de s'en écarter? La seule ressource , l'unique préservatif qui reste aux faibifes libertés de l'Europe , est cette fédération. Pour la former, il ne faut pas attendre l'instant du besoin; il faut savoir aller au-devant. Il serait -trbp tard quaaid l'orage : gronderait : ce-n'est pas sOus les coups du ton-
nerre et à ia lucvr des édaips que la rfflexion se forme; c'(s^ dans les temps 4e odme,. où l'esprit, tout entier à îai-même, vdît froidement les objets, sahs terreur , sans peéeipîlatîpa , saiis n^a de ce qu trenble h yue. Supppsons qu'une coatestalîoit s^ëlère entt^ la Ri^îe et rAiitrîcl^^ et leur cobtoct dereiitt immédiat ne peut manquer à%n amener y \%^rope regardera -^t^^le froidement a1>aisser FAutricbe et ^ncUr la Russie, ou bien ^e h»^ tera-t-pu de Yefiir à son secours? Mais dans combiea de leipps? à quel titre , à quel prix? Sera-t-il temps de régler tout eëla en faee du danger? et si rien n'est prépare à laTance, le& coups les flm fîuftestes fte seront-ils pas portés avant l'errivée de ces tardifs auxiliaires? Ge^ pettdaut rAutariefae est k seule barrière solide contre )a Russie y eâe est la iMirrière naturelle et n^essaire de ITûrope. II Aiut la soutenir ir tout prix , sinon pour elle , du moins pour soi^ même; il ny a pas là de la générosité^ mai»
d^ rintérét pr^re et bien entendu. La nécessité f l'tndkpeusaUe nécèssilé de cette fédéra* tipa est dpoc démontrée ^ comme étant ta base du systèuie pdlitïq^iie permanent de l'Europe. Il est t0^teuu tocÉ entier dans ces deux mots t Qfgfisitkm constante à la Russie. Le cardinal
de Hichelieii ne s'y fût pas trompé. Il fut le foûdatear du système d'opjposition à l'Autriche; rien ne larrêta > Cat rien ne trouble leà vu^ nettes. Il fut chercher dans le Nord le héros de la Suède; il s*âeVa au^lessus des préjugés rèiigieuxi La mam qui avait renvei'sé le derniét* boulevard dtt protestantisme français ^ et qui avait triomphé de la tuer même ^ forma du protestantisme allemand une ligue permanente conti*e la puissance autrichienne ; aujourd'hui on verrait le même homme remuel* jusqu'aux entrailles fle l'Europe , pour en faire sortir une * opposition capable de contenir le torrent du Nord dans ses limites actuelles^ hélas Itrcm rapprochées d'elles : dorénavant l'Europe n'a {dus d'autre occupation. Quand Rome et Carthage en furent une fois venues aux mains ^ toute autre affaire cessa pour toutes les deux. Dés tenàps Semblables sont revenus pour l'Europe; die n'a jdus qu'une affaire^ Toppo^ition k la Russie^. Jje moment de l'application est arrivé par Taffaire de l'Orient, et là va s^ trouver la pierre de touche de l'avenir; par ce que l'Europe fera dans cette immense circonstance , il est facile de juger ce qu'elle fera dans les autres. Cmnme nous l'ayons dit , si la Russie se borne à la conquête de la Valachie et
. . (n6) de la Moldavie ^ à compléter son établbsemeirt sur le Danube, il n'y a pas lieu à iiitei'venir. Si elle dépasse cette limite, si elle jette wae seule tête de pont sur le Danube , une explo^ ston générale contre elle doit avoir lieu en Europe. Une prise d'armes générale correspond Il peine à l'étendue d'un pareil danger. La to^ lérance devient facilement de l'encouragement. Si la Russie trouve de l'impassibilité en Europe, nul doute qu'elle n'en conclue l'impunité pour ses entreprises ultérieures, et qu'ainsi elle ne se sente fortifiée et comme invitée pour les tenter; si > au contraire , elle rencontre une ferme et ' judicieuse opposition , si la part de la sûreté de l'Europe est réclamée hautement et la réclamation appuyée convenablement, nul doute aussi que cet avertissement n'ait des suites très salutaires et très rassurantes pour l'Europe. La Russie , bien avertie , apprendra à régler ses démarches sur l'attente certaine de cette opposition virile, fortifiée par l'évidence du droit et de la communauté des intérêts européens. Âloit^, il pourra y avoir quelque sécurité,, quelque avenir en Europe; jusque là je n*en vois aucun , ou plutôt il en est un que j aperçois trop distinctement, l'assujettissement général à la Russie. Il faut que l'Europe se
( "7^ pénètre bien de cette vérité; elle peut la contrarier, rhiimilier, mais seule elle peut la sauver. Qu'elle s'arrange sur cela, car elle ne peut pas avoir autre chose. Le principe du mal existe, c'est-à-dire le poids ii)îmense de la Russie ; on ne peut lui rieu ôter : tout se réduit donc à empêcher qu elle ne prenne encore aux autres, et qu'elle ne finisse par tout écraser. * La Russie est sur l'offensive , par la nature des choses; l'Europe sur la défensive , par la ménie raison. Puis donc que celle-ci est réduite à ce rôle inférieur, encore faut- il quelle sache le jouer et s'y tenir. S'opposer tous ensemble, ou périr lin à un , telle est désormais sa destinée. Je ne l'ai pas faite , je la vois, et la lui montre dans un esprit de préservation pour elle. ,
6^. De.Iu Turquie et de la Grèce ^ par rapport à TEurope.
Laquelle des deux importe le plus à TEurope, comme barrière contre la Russie, vers son midi oriental? Voilà toute la question. Il est convenu que c'est le côté le plus faible de l'Europe contre le colosse russe. Les cabinets ont proclamé l'intérêt qu'ils mettent à la conservàtioù de l'empire Ottoman ; ce ne sont pas
les Turcs qui les iatéressent, mais la puis« sance qu'ils supposent pouvoir résister à la Russie. Tel est le fond de leur pensée. .Dans plusieurs écrits antérieurs , j'ai examiné corn-» parativement le mérite de cette idée; j'ai re^ cherché s'il était vrai que l'Europe eût à at« tendre un secours efficace de la part de la Turquie p et cet examen m'a donné un retraitât absolument contraire. D'ailleurs , cônn» ment attendre quelque secours de la part d'hcMiimes qui débutent par. dire quiUls sont fiaturellemerU vos ennemis! Ne yoilà^t^l pas un fomlement bien solide pour une alliance?
A cet ^ard , l'opiniâtreté de la diplomatie dans son erreur, sur l'aide que l'Europe peut atten-« dre de la puissance ottomane, est vraiment remarquable. Elle voit le désordre affreux qui règne dans son sein, l'incivilisation qui ^téri-' lise tout, l'abrutissement des esprits, une fai-^ blesse qui depuis cinq ans n'a pu surmonter la faiblesse grecque ^ dont 4000 soldats eu-* ropéens eittsent triomphé 1 la diplomatie peut se convaincre que ce grand corps n'est plus qu'un cadavre qui a des convulsions , mais plus db vift : elle ne persévère pas moins dans soa klée promièrq. L^ Grèce s'offre à ses yeux avec les ^ttributa de la jeunesse et de la cilisa-t
(»'9) tion : cette oooipartiaoft, <|aî frappe les jeuit les moins clairy^jrafls , ne dît rien à Fesprit de la âiplcMiiatie. Dans ce. moment, elle peut recûonaltre lu valeur de cet appui tant recom-* mande : les Turcs ne savent que âiir devant les Russes y et dévaster tout ce qui se trouve sur leur passage. De parefls konyfi&es ne sont susceptibles d'aiiettn#' Qrganfisdlion régulière f il faudrait les refaire pour qu'ils fussent autre^ ment. Au contraire, les Grecs sont susceptibles de toute la civilisation européenne. Il ne faut pas aspirer à des résultats immédiats, £aits pour produire une satisfacUon complète à tous» les besoins, je le sais; mais ooÉsme il tk'j a de choix qu'enir& les Turcs et les Grecs, comme un terme moyen n existe pas, on ne peut opter qu'entre eux deux. La complète incapacité des Turcs est démontrée : adressez-vous donc à qui n'est pas frappé de la même inbabilité présente et à venir. Jamais ou ne fera rien des Turcs; on peut faire quelque çho9^ et même beaucoup avec les Gérées ( i ) : faites d^M: porter sur eux cet
(i) Vojez la lettre far laquelle le coo^ Gi^pa distria , président du gou^rnemciit de la Grèce, rend compte des progrès des Grecs et cte leur aptitude k apprendre» Depuis cinq ans, je n'atab pas eemé ds
intérêt que vous prodiguez «n pure perte à des hommes qui n'en sentent pasie prix , et qui n'y repondjnint. jamais. Le temps développe les idées 9 et peut les corriger quand elles sont fausses.; L'alliance européenne a débuté par ranfîner, les .Grecs dans la Morée : ce n'était pas une idée politique , mais elle était tout ce que le tenips permettrait; car on^ne pouvait pas dire
l'annoncer > en répondant aux ennemis de la oause grecque , qui concluaient contre elle, de leur état passé ^ et présent, contre leur. état à venir, c'est-à-dire qui , en haine de la liberté, Toulaient établir que, parce que les Grecs . avaient été esclaves , ils ne pouvaient pins être libres, que, parce qu'on, a vécu sous un ré-^ gime qui dégrade l'homme, il ne peut pl|i8 retrouver ses facultés sous un régime propre a lut en rendre le noble usage. Peut-on mieux plaider la cause du despotisme et l'encourager? C'est lui dire: abrutisses bien les hommes, réduisez-les à un état tel, quMls ne puissent se relever, brisez tous les ressorts moraux; et puis vous répondrez aux désirs de liberté.qu'ils pourraient conpevoir et f^tire édiaters)^?!*,»"^ pensez pas^ regardez^ous donCj connaissez'vous t^us^mémes; vous n'êtes plus sus* ceptibles de la liberté j de prendre part à vos propres aff aires j restez dans une éternelle enfance j nous aidons su pourpçir à ce que tx)us ne puissiez mardier sans lisières. L'Amérique. a r^jppndu à cela à coups de canon , dt elle marche seule. .
au Sultan, passez eu Asie, et cédez la pUce a ceux auxquels vos ancêtres Tout prise- Mais la guerre actuelle a donné le moyen d'un' autre dénouement : si le Sultan succombe, s'il passe dans ses domaines d'Asie, que fera-t-on de ceux de l'Europe? l'y rappellera-t-on? la main qui l'aui^ précipité le relèvera-t-elle , le ramènerat-elle sur le trône qu'elle aura abattu? Mais s'il refuse de le tenir d'elle, de le recevoir aux conditions qui lui seront imposées , alors que fera-t-on? laissera-t-on le territoire vacant, ou remis en dépôt entre les mains de la Russie?
Quel dépositaire, grand Dieu ! La porte desortie de tant d'embarras ne se trouve-t^elle pas naturellement dans l'érection d'un état grec qui comprendrait tout le territoire ottoman d'Europe situé à la droite du Danube? Cette combinaison est toute européemie ; elle n'offense et n'alarme aucun intérêt , elle étend la civilisation, agrandit la sphère du commerce deJ'Europe, en un mot, elle satisfait -aux désirs les plus légitimes de l'humanité, et aux besoins les plus pressans de la politique. Il n'y a point a s'arrêter au mode de gouvernement de ce nouvel état; il doit former une monarchie :
si elle çôt attribuée à quelque membre des familles princières de l'Europe > -qu'il ne soit pris
dans aucune de celles qui ont uu intérêt direct auxd^ûilles de la Turquie; il ùluï éviter ce qui peut Causer des ombrages, faire soupçonner de la partialité, et retrancher à l'indépendance. Il ne faut pas gâter un grand bien, coit|i?ie il af« rive trop souvent de le faire, pour la satisfac-* tion de quelques intérêts personnels et subalternes. Rarement l'Europea eu à s'occuper d'une plus haute questicm , et il est bien à désirer que dans sa solution ses lumières correspondent à ses intérêts.
7'. U Autriche y VAiêgleterre et la France , danst le nouveau système européen créé par les grcmdeiws russes*
Voilà trois pinss8ii£ef qm F<iQ pourrait dire étcai!née& de leur rapprochement. H faut qu'il se sent opéré de grands d^ngemens dans le moniie, pour que tant de rivalités, se ament effacées, et pour que tauft de haines aient cédé au besoin de s'unir* Qui a créé cette nécessité? k Rnœie* Qui avait cr» la grande coalition du Nord qui a trouvé le dtcmin de Paris? les grandemrs de l'empire français. Les mêaoes causes doivent ramener les mêmes effi»ts, et, à plus forte raison , l'aggravation des causes, (k,
( >25 ) quelle comparaison y a^t^il eutre le poids dont l'erapire français pesait sur l'Earope, et la pression qu'exerce sur elle la Russie ? Celle-ci ser-o vait de contre-poid»; à cet empire. Mais où s'en trouye>^t*il un aujourd'hui contre elle ? Il ne s agit plus de la balancer, mai» de se détendre, de se garder, de se préserver; auqin, en particulier, ne suffisant plus à sa prot(ÇK:tion pro*« pre, sur le continent, collet ne peut plus résulter que d'nuQ réunion, d'une i^se com^ mmie de fonds pour la défense commune. C'est auic forts à couvrir les faibles ; c'est à ceux qui sont encore loin du dan^r^ qui peuvei^t voir >«%nir, à protéger ceux qui sont pr^ de lui et ^xpos4s aux premiers coupa; il faut qu'une as« distance toujours cc^taine^ organisée à Ta^vaiu^e,^ isystématique, dimoe ««siiranee et (xiurage aux plus proches voisins de la Rus^e ; il &ut que le^ intennédiaires entre ces grands corps n'éprouvent pas le besoin de la peur; qu'au contraire , à r^ri de cette puissante protection, ils sentent le besoin de l'indépendance autant que ks autres ; mais où peuvent41s trouver cette assurance, siuon dans une union intime avec ceux quipossèdent les moyen&de résÎ6tancec[ui leur manquent à eux«-mémes. La pr^>otenee de la Russie a tout changé en Europe; elle en a sim}:^i(ié le sj$-
teme, et l'a réduit à une seule idée, l'opposition à de nouveaux agrandisseniens de sa part r tout ce qu^elle peut ajouter ql ce qu'elle possède déjà est de Tordre offensif contre la généralité de l'Europe. Toutes les anciennes querelles qui ont tant agité cette contrée ont disparu devant ce grand intérêt. Que signifierait aujourd'hui la longue lutte de l'Autrîcbe et de la Prusse pour la Silésie? IL n'y a plus qu'une question en Europe, qù^une seule af- • faire : L'occident de V Europe serort-il indépen-^ dant de l'orient ? Ainsi posée , dégagée de tout accessoire, la question présente tout l'avenir de l'Europe, et jalonne devant elle la route qu'elle doit suivre. L'alliance indissoluble de l'Autriche, de la France et de l'Angleterre a été signée à Pétersbourg, lorsque cette cité est devenue la capitale politique de l'Europe, la Rome de nos âges. C'est une de ces unions que les hpmmes ne font pas, 'mais qu'ils trouvent toutes faites dans les choses mêmes. Ici , il n'est besoin d'aucun art diplomatique ; il rie faut que cet instinct qui appartient à tout être jaloux de sa conservation , et qui le porte naturellement à chercher dans les alliances le supplément à la force qui lui manque à lui-même. Si l'Autriche équivalait à la Russie, on n'aurait pas à
s'inquiéter de ce qui. se passerait entre èllesj mais^ avec la prodigieuse disproportion de forces de la première, il faut la soutenir, même malgré elle, lïon pas pour elle, mais pour FEurope dont elle est Tavant-mur. Aux yeux de tout homme sensé, le siège de Viëmie est en permanence de la part de la Russie; mais la prise de Vienne élève des fourches Caudines pour Berlin, pour Munich; bien plus, pour Pam même. Quand tout sera soumis ou muet en Allemagne, quelle sera la valeur de ce que l'on fera ou de ce qui se dira à Paris ? Guillaume III ne s'y fut pas mépris. Il jeta sur les grandeurs de Louis XIV un coup d'œil à la fois de lumière et d'effroi pour l'Europe ; et sous sa magnanime inspiration, du fond des marais de la Hollande, d'une contrée dévastée par Louis , sortit une coalition de trente ans qui eût fait rendre à ce fier monarque un compte de sa domination aussi sévère que celui qui a été demandé de la sienne à Napoléon, si la mort de Tempereur Joseph P' ne fut venue changer toute la direç-tion politique du temps, et n'eût porté l'Angleterre à rompre une coalition dont le but se trouvait dénaturé par cett^e mort , et dont leà succès , en recréant la monarchie de Charles- Quint, eussent fait pour l'Autriche, cette mo-
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natx:hie universelle qu'on youUit etnpeclier lat France d acquérir par la succession d'Espagne^ L'Autriche défend TEur^pe contre la Russie^ comme les digues défendent la Hollande contre la met : il fiiut donc contribuer à l'etitretieti solide de cette digue , comme la Hollande tra-^ vaille au maintien des siennes; si elle veut garder quelque liberté^ il faut que FEurope se pénètre de cet esprit; il faut qu'elle imite ce jeune enfant bollaildais^ qui^ remarquant Fin*' filtration des eaux au travers d'une digue^ s'adossa contre la brèche qu'elles y avaient faite y et s'y tint attaché jusqu'à l'arrivée du secours qu'il appelait de toute l'étendue de sa Àible voiic*
Dans une question de cette nature f plus que dans tonte autre , là généralité et la spécialité^ k théorie et l'aj^lication se tifouvent séparées^ Aii»i^ les principes posés d^esms, sur l'alliance contractée entre tes puissances, même à leur insu y par la nature des choses , sont in-^ contestâmes t mais oomnaent ceux qu'ils doivent guider et qu'ils OMceracnt s'y confort ifiient41s? voilà ce qu'il faut examiner* Depuis la mort de M. Caniiig^ il r^oe une espèce d'à-* narchie dans le o&bkiet anglak : c'est un lieu de passage traversé , mai^ non habité par des
( «27 ) hôtes passagers. Les systèmes s'y combattent; ce cabinet professe un ferme attachement pour le traité du 6 juillet; mais cette ligne est dépassée depuis long-temps sur le reste, c'està-dire sur le système anti -russe ^ en fayeur de l'Europe. Pour savoir ce qu'il fera , il faut attendre. Sûrement, il n'y a pas deux manières de voir la question , et un ministère de quelque capacité ne sera pas embarrassé pour la faire bien comprendre chez un peuple éclairé , attentif à ses intérêts et ayant droit à une juste fierté i plus les Anglais sont loin du danger, plus ils peuvent garder le sang-^froid nécessaire pour lé bien apprécier. Ils ne sont point intimidés par la vue du glaive suspendu sur leur tétc, comme peut l'être la Prusse; ils nWt pas besoin de déguiser leurs craintes et leurs haines sous les apparences de feintes démonstrations d'attachement, de confiance, démenties par la nature des choses ; chez eux, la pensée peut être franche et l'action libre : celle de ^Angleterre dépend donc entièrement du choix, que fera son ministère.
L'Autriche n'a point pris part au traité du 6 juiUel ; elle a évité tout engagement , se boroanit à des remontrances auprès du Divan ,. pour le détourner d'une guerre dont ellç 9èn>-
tait que les suites pourraient s étendre jusqtf^à elle. L'Autriche vient de déclarer sa neutralité ^ cette déclaration ne forme pas un préjugé certain sur sa conduite. On n'a pas le droit de dire à ceux qui ont des intérêts à démêler i Je m'oppose à votre action ^ je prends parti pour Vun contre Vautre. Seulement, l'intervention est dé droit lorsque les dommages peuvent résulter de l'abus de la victoire. Ainsi, que la Russie, profitant de son immense supériorité, veuille écraser l'empire ottoman et se fortifier de ses dépouilles, il peut en résulter pour l'Autriche tel dommage qui lui commandera de s y opposer; rftais tant que ce dommage n'existe pas, tant que des assurances modérées sont données, l'intervention blesserî^it le droit. La conduite ultérieure de l'Autriche dépendra donc de celle même de la Russie : tant que ses actes seront conforment à s^paroles , l'Autriche regardera faire; s'ils s'en écartent, elle aura d'autres conseils à suivre. On doit donc regarder cette puissance comme en état d'éipectative, et ne pas se presser de former dès conjectures sur ses déterminations à venir.
L'Autriche possédée une très grande puissance militaire : les revers ne la rebutent pais, la longueur des combats ne l'épuisé ni ne la
fatigue; elle passe dix, yingt ans, sur les champs de bataille, plus robuste qu épuisée par la lutte , ménageant ses forces pour les faire durer, recommençant où elle avait fini l'année précédente; mais avec tous ces principes de force résistante, réduite à la défen-^ sîve contre un ennemi puissant, dévastateur par nature , avide de butin , qu'U faut recevoir dans des provinces fertiles, et qu'il faut aller chercher dans des lieux incultes. Sous tous ces rapports, la partie n'est pas égale entre TAutriche et la Russie : l'une a tout à gagner et rien à perdre, l'autre a beaucoup à perdre et rien à gagner ; inégalité qui constitue la dépendance , indirecte , il est vrai , mais qui a aussi des effets funestes. Située au loin de là Russie, la France en est entièrement indépendante , et presque autant que l'Angleterre ; mais coir ne celle-ci , elle est intéressée à la liberté générale. En effet, dans nos sociétés policées , liées entre elles par mille rapports , à quoi servirait une indépendance isolée , et comme insulaire, qui, en suffisant à la liberté individuelle, interdirait toute itifluence, toute liaison au dehors? Les oasis ne conviennent pas à cette espèce de sociétés ; il faut qu'elles puissent rencontrer des correspondans , deâ
(»3o) analogues; en effet à quoi répondraient des libellés qui ne rencontreraient que des esclaves? li'isplement n'est plus l'apanage de nos sociétés^ c'est la communication entre elles : proposer de s'isoler, de laisser le fort se jouer, pour ainsi dire , du faible , c'est proposer un anachronisme social; cela n'est plus de notre temps. Le ministère français l'a soigneusement évité ; il a demandé les moyens d^aider l'Europe, en cas de besoin, et en ceU il a bien fait , il s'est montré prévoyant et européen; il a beaucoup mieux entendu et servi la France et l'Europe , que ne l'ont fait ses opposans. Ce n'est pas tout que de parler de gloire, d'honneur national, et de be^^u*coup de choses semblables, il faut soutenir ces belles paroles par des réalités^. La Francq^ dans cette occasion, a pris une honorable initiative au nom de l'Europe ; elle a préparé des armes pour le secours commun; on ne peut lui prêter aucune vue ambitieuse dans sa position. Elle revient à l'égard de la Rus* i^ie, en faveur de l'EJuropie, au grand rôle qu'elle a joué contre l'Autriche en j(ay^ur de l'Allemagne. Cette pensée est bien supé^ rieure à celle qui a été exprimée à la tribune française, quelquefois même avec des formes
( i3i ) dures (i) : Tant mieux, a-t-il été dit, que le ealo^^e russe prenne sa direction dju oôtë dé rOrietit.. Fort bien ^màis qui vous a dît que ce tondent ne rébrqassera pas vers le Nord et rOccident ; qu'après s'être élargi et avoir ac-*
( i)De8 expreè«ion^ de dédain , des imputations blessantes, sont soignensement à éTÎtor dans des dîscnssions publiques, qui se rapportent ii de gratids intérêt» politiques. Offoilser ceux dont la coopération est indispensaisie, est une faute , car oh ne dispose pas ainsi les esprits à une réunion dont on ne peut plus se passer. Ainsi > daiis le véritable système européen, l'AutricIie, l'Angleterre et. la France ne font plus qu'^i»/ puisque cette véfité est devenue palpable, n'est-ce pas aller tontre ce que le besoin de la France elle^^némé réclame qu^ de jeter des paroles de mépris ou d'insulte sur les ministres qui dirigent ces deux états? A ^uoi bon dit« sans cesse ^4i^^^^^^^^ que d est un peuple mercantiUjqni ne fizitrUn sans calcul perwnhelj et vingt cboses semblables, qui rappellent le Moniteur de ïf emplie . Est-ce donc que cbaque peuple n'est pas à Pégard des autres, dans l'état de nature , poursuivant ses intérêts par les moyens de droit ? Quel peuple, quel état, «st tenu de sax;riÊer ses intérêts à un autre, ou de s'abstenir des avantages qu'il peut légithuemeut acquérir^ Ne voilà-* t-il pas un sujet de reprocbés bien judicieusement choisi , que celui de sa vigilance sur ses intérêts commerciaux , adressé à l'Angleterre ? Est-ce donc que le commerce est une chose vile ou immorale? Un peuple est*iH«nu
( »3a ) qbis des points d appui vers l'Orient^ il ne re^ tomber» pas avec un nouyeau poids sur les occidentaux (i)? Que Rome prenne le cBemin des iiaules ou de TAfrique , disait ^ oïl à la cour de Syrie ^ tant mieux ^ elle s'éloigne de
de borner son commerce à un point donné y pour laisser aux autres le profit du reste? N'est-ce pas le commerce qui a donné à Fox le droit de répondre , au nom de l'Anglelerre > au consul Gambacérès : L'Angleterre » monsieur > l'Angleterre, c'est l'univers entier. Tâchons de tenir une place dans cet univers , et cessons de trouver matière, à provocations contre d'autres > dans les succès qui leur ont valu la place qu'ils occupenté Imitops, rivalisons, surpassons, s'il est possible, maïs n'insultons pas. Ces locutions ont de plus l'inconvénient de prêter des armes aîiix ennemis du dehors et du dedans > de les autoriser à rappeler les temps et le langage révolutionna ires, et k persévérer dans des prétentions Vr% judicîables k la fois k la France et à l'utilité générale^ (i) Rien n'^t plus propre à fausser les idées que les transpositions des attributs d'une chose à une autre i]ui est d'une nature différente. Ainsi, dans les discussions, on «ntend comparer lesdâràrdemens de la Russie aux éruptions des volcans, et ses progrès ao cours de la lave qui en découle. Qu'y a-t-il de commun entre ces deux choses? La lave, matière inerte par elle-même > se renouvelle^t-elle , prendHcUe une nouvelle direction après s'être portée dans une autre ? C^ fait, par les comparaisons, agir la n^atière comme un être raUonnarU
* C »35 > nous. Mais quand Cartbage et Numance ,^ tarent succombé , put - on prendre le chemin d'Antîoche ? Tant mieux , disait la jalouse Étolie^ Rome fond sur Persee : celui-ci abattu , ijue devient VÉtolie ? U en est de même ici; se défendre -en masse ou péY'ir en diétail , vpilà désormais toute la science dîplomaticjue
calculailt^ ayant un plan et un but. Raisonner aîn&! , c'est tt>ilt gâter. 11 faut mettre sur là inéRue lîgbe un autrçbeau raisonnement; d'après lequel on dirait que les armées russes* ressemblent à une somme d'argent^ qui, une fois 'dépensée y ne, se renouvelle plus, et laisse laides les inàins de celui qvfi la possédait. Laissez ïes Russes (dépenser leiirs armè^ en Orient y enhind-on dire & beauooup de persotkies; comme s' H n était pas de la natàre des àri^iées d« se renouTiglet)' comme si les états n^en auraient pi^ les moyens.- iLa bataille de Cannes' empêcha- t-elle Bome de refaire l'armée qui vainquit à Zama. }Ej'Antric{ie,.battiie. depuis 1792^ en avait-elle moins en 1809 cinqf cent mille hommes sous les arfties? La bataillé de la JVfoskowa a-t^sUe dté à U Russie les'ûioyens de réfornîèr l'armée qui est venue à Paris, et celle qui marche à GohstantinOple? L'expérience constante n'a-l- elle pas appris que plus lin peuple fait la guerre, plus il peut la faire ? C'est ce qui aurait lieu de la part de la Russie \ l'yard de l'Europe. Loixt d'être affaiblie par sa guerre d'Orient , elle en reviendrait plus forte contre l'Occident. Principiis obsta : cela est aussi vrai en politique qu'en morale; màlheti-
de l'Europe. Amis à Bréda^ frères icij clisait à La Haye le chevalier Temple^ au grand pensionnaire de Withy proportionnant son langage aux intérêts qui commandaient lié resseirer de plus' en fdùs* les liems entre TAn-* g^eterre et la liollaqde. Il fatit feire de même
reusement on -voit que trop souvent la. politique n^est gnërç mîeu^ traitée que lâ morale.
D'autres di^él^t': Eh bien,! 9oU^ la Russie eH:vmi^ ment le fort arméj r^ais elle n^a pus defiacCnoes* D'ao* endez par là qUe les finances dé la' it pas à celles de la France et d^ B a * t - elle besoin de finances aussi s sont les prix rei^otift^'tous les iyer» état%? Si^ I'qié^ peut. en&:êtenir \ afec ce que colite 'im^ soldat an^ais, la Russie n'a pli^s beçpin que.^u tiers de la fiBanCe'ati'^ glaise.. De même pour, la mari|ie : un Vaisseau anglais coûte autant que quatre vaisseaux maires. Dans l'état actuel, les .finances russes suffisent - elles à l'entretien de cette armée; trop juste effroi de f Europe? La Ilussie a-trçUe des hommes qui ne^soûtent rien à ses* finances? a-t^elle des chevaux ^ du fer, de la toile» du bois, du bldy du bétail en abondance^ en t^n mot, tout ce qui fournit à l'armement et à l'^tretieii d'une armée? Lès armées qui ont le plus conquis avaient -elles des finances? Où était la finance de la Convention, du Directoire et du commencement de l'Empire? Celui qui a lé plus de fer qe fipit-il point par avoir l'argent des au-
( i35 ) ici : les grandeurs liasses ont peuplé TEuropé de frères iideresséç k la même cause ^ et la né^ cessiié a fait ce que toute Thabileté diplômati(||ie. n'aurait pu produire. Loin de nous, loin cette ^litique ranctinière qui ne permet pas de proférer le nom de rÂngleterré sans un
très; I^s riches sont corser yateors^ les nécessîtieux sont conquérans des îonîssances dont ils yoient lç& autres eo possession. Mais^ ajoutent d'autres quiétistes ^ Jatssez la Russie s'étendre, elle âe partagera : Pétendue amènera la dissolution. Que l'on montre donc comment se brisera cette masse compacte renfermée dans le grand carré formé par la Tistule , la chaîne des monts qui s'élèvent entre l'Europe et l'Asie, la mer Glaciale et la mer Noire. L^isspna là tpute la partie asiatique de cet empire; ii tiendra encore à la Russie d'Europe pendant des si^lies ^ mais en quoi la scission soulagera-t-elie le continent eur ropéen de la pression qu'exerce sur lui la Russie? Aucun état n'est moins susceptible de partage ou de scission que la Russie. Son territoire forme une masse compacte, sans aucune lacune^ la religion , les mœurs , le langage, l'obéissance, tout y est identique-, le sol n'offre pas de cesbftrrièret naturelles qu'ont la France et VAlle* magne avec la Loire et le Danube. Au lieu qu'en Russie tout se tient, tout est lié, tout, pour user d'une loçu* tion T^lgaire, est d'une pièce. Entre les chimères dont on peut aimer à se bercer , pour se dispenser d'agir convenablement à l'égard de la Russie, celle de son partage mérite d'occuper un premier rang.
..(.56) cortège oUigé de paroles envieuses^ dépréciatrices^ reprochantes. Il n'y a plus à songer qu'au bien qu'on attend d'elle ^ et à ouMier le mal qu'elle a pu faire. Ne lui en a-t-on pas faiit aussi , et quelle utilité aura le temps consumé dans cette hostilité routinière ? quel amendement apportera au danger commun le rappel des torts de l'Autriche? Qu'elle s'en tire, a-t-on dit, puisqu'elle l'a voulu. Sobieski ne demanda pas si l'Autriche n'avait Jamais offensé la Pologne , il ne s'informa point si Léopold serait reconnaissant ou ingrat ; il vit le danger , il marcha droit à Vienne,. etf dans ses murs, il ssoiva l'Allemagne^ Voilà le modèle pour les grandes affaires. On a parlé d'isolement pour la France ; on a dît, en usant du langage du temps, Plaçons-nous sur le termin de la ChaHcj rentrons dans la Chajte, ne sortons plus de la Chahe, Respect, fidélité, ^uxroiasement à nos institutions, rien de mieux ; mais la Charte ne sauvera pas Constantinople, ni la Grèce ni l'Europe; elle nous donnera beaucoup , sans doute , mais elle n'ôtera pas à la Russie un pouce de toute tçrre qu'elle voudra conquérir et retenir au détriment commun ; or , c'est à cela qu'il faut obvier , et contre quoi il fant se préparer. Si nous avons
( «57 ) tant de peine à défendre la Cba^e^ juges comme la Chaite nous défendrait contre la Russie.
Je ne m'arrêterai pas à l'examen de l'opinion sur le partage de la Grèce; c'est une chimère démentie par la carte de Géographie. La Grèce ne peut être ifaune; sa configuration exclut la divisibilité , et dans ce dernier état , à quoi ser-> virait-elle à l'Europe, à ses propriétaii'es mêmes, sinon à créer des sujets de querelles , là où il n'y en a déjà que trop* LaTurquie d'Europe doit rester turque ou devenir grecque depuis, le Danube jusqu'à la pointe de la Morée. La raison , la saine politique, ne peuvent pas ^arrêter aune autre combinaison .Dans la supposition d'un partage, la partie continentale de la Grèce serait partagée entre l'Autriche et la Russie, les iles ^ntre la France et l'Ângleterre.lVfais à quoi répondraient ces accroissemens parallèles? Il y aurait la Turquie de moins et pas une puissance de plus. On sent fort bien comment l'Angleterre, avec sa supériorité maritime, garderait les postes noaritimes qu elle s'attribuerait; mais on voit également comment, avec son infériorité maritime, la France perdrait ceux qui lui seraient attribués : l'une serait un possesseur permanent, et l'autre un possesseur pasr sager, et comme viager. H y a trop d'inégalité
( i38 ) entre les deux puissances maritimes , fi toute colonie appartient de droit à la supériorité na-^ taie; c'est Ya, b^ c, dç cette science. La France ne garderait donc ces possessions <^ jusqu'à sa,]Mremière querelle aurec l'Angleterre^ et alors elle se verrait obligée de les remettre à sa riyaile, comme elle a fiaiit pour toutes celles qu'elle à possédées en si graioid nombre eh Âmé<riqae et en Asie. L'Angleterre s'y est pctatée sa légatricéf universelle; elle reviendrait encore/à cette hérédité en Grèce, après avoir laissé à la France le soin de s'établir dispendietnsement dand ces colonie^^ de les. fortifier pour les lui remettre ensuite à elle-m^me dans un état pnipre à lui en faciliter la possession éternelle* N'est-ce point ainsi qu'a fini toute la colonisation française? et, dans cet état de choses / est-^e la peine d'y revenîç ?
Résultat de ia guerre de r Orient pour la Grèce.
Ce résultat peut être de deux espèces; il dé-^ pend en partie de la détermination de la Turquie, et de f issue que la guerre aura pour elle. Chose singulière! il peut arriver que la Turquie, bien contrairement à ses intentions, contribue elle-même à la formation du grand
( »39 ) était gteù > que réclament les besoins de VEip^' râpe. Cela dépendra de là manière dont elle conduii'a la guerre , soit comme constance^ soit comme habileté et virilité. Si les faits répondent aux apparences , et que ; brisé au premier choc, cet empire si précieux aux yeux deladiplomâtîe^ semonlre telquHest, c'a^4t«direun cadavre' incapaUe de reprendre vie , il est possible que de cette é{N:^uve dé sa faibkisse il sorte: enfin une heureuse lumière qui éclaire* les cabinets , ' et qui les porte à renoncer à une illusion qu^ils ont caressée trop long-temps. Mais en écartant cette hypothèse , comme trop favorable et trop éloignée de Tesprit actuel de la dipkmiatie européenne , la guerre actuelle ne peut manquer d'iassurer la liberté de la Qpèce, telle que l'on a en vue de la former; Ce résultat arrivera par la paix conime par la guerre, iôt par la guerre comme par la paix. En efifet, en cas de paix , les trois puissances la feront reconnaître; en cas de guerre, elles expulseront les Tur<»'du teif itoirc grec. Les Turcs> occupés à défendre Constantinople, n'auront pas de forces disponibles contre la Grèce j;, les, alliés forceront Ibrahim-Pacha à retourner en Egypte, ou bien ils le chasseront les armes à la main. S'il s'élève vers le nord de la Grèce, pour join-
dre son corps d'armée à celle des^ Tures» alorà la Morée est abandonnée par les Turcs^ et les Grecs s'y établissent sans coup férir. Le inême résnltat a lîeu> si Ibrahim évacue la M 0rée , en conséquence de quelque arrangement fait à Alexandrie y et il n a rien de n^eux à. faire ; le résultat est le même , la libération de la Morée. Une liberté quelconque est donc assurée a la Grèce; c'est le fruit du traité du 6 juillet» et delà bataille de Nayarin. $i Ibrahim avait reçu et conservé intacts les renforts envoyés par 90n pfe« » la ruine de la Grèce était consommée; «lie ne pouvait rien opposer au développement des forces qui allaient l'assaillir.. Heureusement le traité de Pétersboûrg lui avait assure des vengeurs ; le grand coup frappé à Navarin a brisé l'arme qui menaçait h Gjrèce. Si tout le bien ne se fait pas à son égards du xpoins les grands inaux auront pris un terme; et si l'on n'a pas à pélébrer un triomphe comji^et » il y aura à remercier pour les, consolations données : du moins, comme a dit le comte iialné , la conscience du genre humaiix aur^i ^ reçu qudques apaisement.
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