CHAPITRE PREMIER
Les deux maîtres en Europe.
L'Angieterïie règne sur la mek», la Russie éur là terre : tel est le ^rtage actuel du inonde. Où se trouve le domaine des autres ? La coalition de toutes les marines de l'Eurdpe ne serait qu'un sujet dé triomphe pour l'Angleterre : cet assemblage incohérent ne pourrait pas mètne se former; à plus forte raison serait-* il incapable d'atteindre l'Angleterre. Celle-ci tient cet avantage de sa position centrale entre le nord et le midi y position qui la rend maîtresse des passages par lesquels la réunion devrait è\te faite; avantage fortifié par Foccupation de Gibraltar et de Héligoland, qui lui donnent les clefs de la Méditerranée et de la Baltique. D'un autre côté, la coalition de tous
les bataillons de l'Europe ne pourrait pas refouler la RiiBsie à quelque distance de sairontièVe, ni créer un intermédiaire protecteur entre elles deux : sur les deux élémens^ un système négatif^ une défense par alliance est donc la seule ressource qui reste encore aux libertés très affaiblies de rEuropé; fortune bien mince, apanage triste, mais dont il faut savoir se contenter, et qu'il faut savoir déCpndre, car la destinée ne permet pas d'aspirer plu^ haut.
Cette vérité est affligeante, mortifiante même, nous le sentons I Prouvons qu'elle n'est pas une fiction, un jeu d'esprit, ni une alarme vaine; nous ne croyons pas avoir besoin d'éloigner l'idée d'u|}e mortification intentionnelle envers qui que ce soit.
i'. Formation systématique de la domination de l'Angleterre sur les mers.
Il est des choses que l'on ne peut mpnirer que la carte à la main : prenons donc la map* pemonde, car c'est sur cette échelle que, dans cette cause , il faut tout mesurer. Nous allons y voirtlistinctemcnt Je réseau dans lequel l'Angleterre a envdoi^ le littoral de tout l'univers.
Le premier anneau de ce redoutable filet est • attaché à HéHgoland.^ De ce point, l'Angleterre
(5) Moque à la fois le Sund^ la Baltique et les trots marines du itotd. Que ces marines sVvîserit de défilv devant ce passage , et vous verrez si leur courise ne va pas se ternainer, dans quelques jotn^^ anîK prisons de Portsmoutii et de Plymo^th ; c'est là qu'elle ne peut manquer d'aboutir. Cette occupation d'Héligolaûd ffit un coup de partie pour l'Angleterre; elle l'a affranchie des iocOnvénièns attachés aux croisières dans la Baltique^ mer sauvage où elle manquait d'abris et de relâches; iellê n'a plus besoin d*at ter bloquer Revel> Cronstajt, Copenhague; elle n'a qu'à- attendre les escadres gui dëbou-^ chëraiéntde la Baltique. De phis> à Hâigôland, l'Angleterre doôiine l'embouchure 4e FElbe et du Véser> ces deux grandes artères du cocà^ mere^ de TAlieiîaagne ; plus au nord encoi*e, l'Aû^etérre s^ést assurée diès Orcades, d'où elle sarreiUe tout ce qui pourrait lui échapper à Héligolandy et tenierait de se* dérober au pâs-> sage die la Manche : Is'esf là où se ti*ouvè 4è centre de. sa puis^nce^ et cpi pourrait se ftat-* ter de l'y braver ^pummient. Lé temps où les Tromp, les Ruyter remontaient jusqu'au pont de Londres n'est plus : celui même où les flottes comlnnées fatiguèrent de leur ' mas^ mutile tes mers d'Irlande et d'Aogleteire, est
déjà loin. Il n*y a plus Ôl invincible a^rmadaque pour l'Angleterre. SuÎYons-la dans la formatioii systématique de sa domination; les^élémens en ont été judicieusement calculés. La population de l'Angleterre n'est pas très nombreuse; son militaire de terre ne peut que lui être proportionné 91 et par conséquent faible^ et moiQs nombreux que celui des grandes puissances continentales. Qu'a donc fait l'Angleterre? elle a recherché la.possession de ces points fortifiés parla tiature , que Fou garde à peu de frais , et dont les flottes pJîuvent toujours interdire l'approche. Ainsi elle s'est établie à Gibraltar^ d'où elle domine l'entrée de la Méditerranée; à Malte ,,d'où elle coupe en deux cette mer , et surveille la côte d'Afrique; à Corfou^ d'x)U elle règne sur l'Adriatique. Voilà pour l'Europe. A $ainte-Hélène, l'Angleterre étepd un bras vers l'Amérique , un autre vers l'Afrique , et peut porter la majn sur tout ce qui aborderait d'un côté ou.de l'autre. Au ca^p de Bonne-Espérance^ combiné avec l'Ue-de's-Fraoce , elle intercepte tout passage vers l'Oriept. Sur la côte de Malabar, elle s'est fait adjuger quelques établissemens portugais; elle a pris Cejlan sur la Hollande , elle a élevé un empire immense dans rindostan. Du haut de l'Amérique du nord , elle
( 5 ) a formé une chaîne semblable jnsqu a ki côte ferme, qu'elle serre de bien près parToccupation de nie de la Trinité, et pour s'affranchir de la possibilitë'même d'une attaque, en restituant lar Martinique à la France, elle a eu le soin de se réserver l'Ile de Sainte-Lucie, qui annule la première sous les rapports militaires. Par là , la Martinique n'est plus pour la France qu'un chanipde sucre ou de café qu'elle achète fort chèrement, et un mince débouché pour son commerce. Qui ptourrait arracheJr à l'Angleterre la moindre partie de cet opulent rnobilier ?
Que l'on compare le nombre des vaisseaux européens avec celui des vaisseaux de l'Angleterre, l'art de les diriger respectivement, l'unité des intérêts d'un cèté, la divergence de l'autre*, la faculté de se réunir et de se réparer, et l'on reconnaîtra quelle immense supériorité la puissance navale de l'Angleterre possède sur toutes celles de l'Europe , soit à part, soit ensemble. On peut se réunir contre la Russie, mais on est impuissant à lie faire contre l'Angleterre. Si elle ne peut rien contre le continent , à son tour le continent ne peut rien contre elle. Il faut attendre les grands jours de l'Amérique: là se trouveront les vengeurs, les libérateurs de l'Europe. On peut étendre à cette démrère
(6) c6ntr4e ce que lotd ^iyerpool a dit de la.ma«» rine et des colonies (hmcaises : Oèst ï affaire de quinze fours four FJngleterre. Celie-di ^'fj^i * fièrement et noUement interposée entre l'Eu-» rope de la sainte alliance , et TAviérique émancipée : en cela elle obéissait à ses intérêts commerciaux ; mais il semUe qu'en cda aussi y dans un avenir mpin»lptiataLiii qu'op. ji^ pense , elle jouait le râle qui conirenàit à l'Eu-rope, et que celle-ci prenait pour elle celui qui convenait à l'Angleterre. Ce n'est pas la première! ni Ta dernière fois qu'on aufa vu e% qu'on verra de pareilles méprises.
2^: Formation systématique de la puissance russe.
Prenons do nouveau la mappemonde : . les cartes ordinaires de Géographie ne suifiseiptt plus à l'appréciation des ptiasses de puissance formées par la Russie et l'Angleterre; on dirait le monde partagé entre elles, et tAut le reste vivant de leurs rebuts-.
Où commence la Russie? À la muraille de Ja Chine I Où finit-elle? A 5o lieues de Vîenue rt de Berlin! Oùs'appuie-t-^Ue? Adroite, au pàlei.à gauche, k la mer Noire et à la met Caspienne. 3ç trouve -t- il quelque lacune, quelque enclave étrangère , quelque voisinage
i|a9cs? N<m : toiUiest ^^^Bkigu, duTmétaie fmx% » du ipéfoe culte> a^7éil»es lois, de la mètM obâssance (i), Gardez de mépriser le^ 4GUinffliftf s. asiatiques d^ la Ilu$$ie; ils ne lui «oâteut rien , ils lui rendent des hommes et fies ridiessesj^ la civilisation, commence à les atteindre, à mettre en valeur leurs produits imturels; c'est avec eux^ que le comte Dimtdoff établissait* à la fois de grandes exploitations eft <2rimée , et faisait travailler les artistes de Rome ^ de Paris. Toutes les forces de la Russie sont donc disponibles sur son front occidental , et opiacées en regard de l'Europe ; cinquante .millions d'hommes peuplent cette immense en-^
(1) XJn né tieat pas tx)mpte de» mahométans qui Tifent 'sons Pempire russe. La masse de la popnlatimi fuît te rit gr^; la "partiç de la. Pologne qui appartieot ijj'à la Russie ccmipt€})eaiicoup de catlioliques; ils font partie de la population que nous assignons à la Russie. Les peuplades reculées de cet empire^ vers la Tartarie ou te nord de l'Asie, sont composées d'idolâtres; le recensement n'en est pas fait d'une manière certaine , et n^est pas snseeptible de l'étipe, parmi ces hordes errantes;, il ti'est d'arlieurs d'a«[cun intérêt dans l'état de ces ft^uples.
(8) ceinte. Qui peu^^^|er le point où cette jpopuktion s'élèy^^^He s'accroît en tout pays par les progrès o^l'art sanitaire^ par ceux des arts y du commerce^ des communicaticms ^ntre les peuples. La Russie prendra sa part dans l'accroissement commun , et dans, une proporr tion pîen plus grande que les autres ^ car elle n^^prouYera aucune des g^nes qui l'airêtent diez l<9s nations formées depuis . plus long- <temps. Chez celles-ci^ les e^>aces ne sont pas Ylàes comme en Russie., et les moyens de subsistance , la ^lus effective de toutes les causes de population y ny al>ondentpa9 comme ils Le •font en Russie, p^r la prodigieuse abondance ^u bétail, du gibier et du poisson. La Russie jouit de tous les avantages dont sont privés les anciens états de FEurope, dans lesquels les espaces sont occupés par la population et par. les cultures destinées à sa subsistance. On* a calculé l'époque à laquelle les États-ïïnis d*AM%rique posséderaient une pcyulatîon de cent . -^ vingt millioifts d'habitans; la progression a même dépassé les prévisions. Pourqi^oi, dans un temps donné,, la Russie, nç s'élèverait-ell.e pas au même degré, car elle possède desélé- î^-
mens parfaitement semblables et égaux à ceux qui promettent aux États-Unis ce rapide accroîs-
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(9) sèment? La faculté ^ nourrir sa famille est la limite de la populatîonj c!est elle qui, dans les ^tats peuples, réduit les mariages à un si petit nombre. Mais*il faudra un long couis de siècles pour que rette limite soit atteinte en Russie, comme en Amérique; elle se peuplera donc à l'infini , qt les empereurs ftiturs de la Russie sont destinés à étendre leur sceptre sur un nonibre de têtes plus grand que celui des sujets qu'ait jamais comptés aucun souverain. En rapprochant les ^mens de la puissance ru^ de ceux de l'empîte romain, oh trouve quelle le dépassa de beaucoup en/ étendue , en homogénéité de territoire , de mœurs, de langage, de lois. Rome avait des sujets, mais la Russie a des Russes, enfans du sol de la Russie , attachés à eile par nature, tandis que les sujets de Rome ne l'étaient que. par la force; les Russes sont liés entre eux par xme communauté d'or^ne et de moeurs, de langage et de lois, taudis que les peuples asservis par ;Rome n'avaient aucun lien entre eux, sous les 'mêmes rapports, ou plutôt sous aucun rapport. La réunion de ces attributs dontie à la Russie des principes de force immenses par eux-niêmes, et contre l'Europe, quand il lui plaira d'en user. Le pouvoir est créé, et cela
( 'o) est tout. L'usage dépend des Sommes et du temps ; mais le penchant des premiers çst d'eu jouir, et la tendance du second de l'a^aver^ Si le continent .possédait un pouvoir equiva-^ lent> on apercevrait un point d'arrêt ; mais il tu est dépourvu , et ces ïVssqurçes doivent être puisées dans un otd^e que la ravson indice, mais quiy*é<aut artificiel, ne présente pas la même force de résistance qu'aurait un moyen naturd^ La. Russie s'est av^cée vers le continent par un^ marche aussi systépiatique que ceUe suivie par rAngleterre*poj|r s'afferinir suJr toutes, les ^lers• La Russie a mis cent ans à dépouiller la Suède, et la Turquie. Ici nous ne parlerons pas de la Per^e, qu'elle ^ aussi mis -cent ans à ronger^ Borpons^ous à l'fiiu'ope. Pierre4e-Grand trouve la Jlussie d^ . anciens csars ; c'est encore, la Moscovie; le nom est à peine fixé en ]&irop^ Pierre CPwmenoe par s'établir sur la jner d'Azoff ; voilà pour le su4» Au nord, il enlève à 1^ Si*edç l'Iugrie et la Livonte ; il fait sortir Pétersbom^ d'un cloaque fangeux ; c'est une création antinsuédoi^. (1 dispose de La couronne de Pologne; voilà la Russie wtréei dans les affaires da.rEwoj^rSfis successeurs marchent d envahissement ^neuva- Kissement ; trois partages leur donnent les deux
tiers de là Polo^e; trois géerces ledr donnent U Griméd, 4a Bessarabie; la Fiiilamle conv^ plète.i'eiiq>ire au nordi et le Congrès de Vienne j^ flàce en ^gard et ^ûl contact arec l'AUe-* magne. Parroccnpdtioadellled'Aland^Sfoclfr' liolm est serré de près et surveillé strictement^ même d'une itoanière menaçante. P^r la der niè^ paix avec Iji Perse^ cet état, est annulé : le ^opbi nVst plus à l» Russie que fcomnië les nfrhads 9 qmb l'Angletenie tolère dans l'Inde , ^dnt .énco)re pour elle. Par cette même paix , la Turquie d^Asie est ouverte aux armes russes, et la mer Noire est circonvenue. Ainsi a mai^ ^é la Rus^e , pour se débarrasser de tous les obstacles; et pour arriver graduellement en face de l'Europe occidentale. L'y voilà arrivée { elle est à la fok aux portes de Berlin et ^ Vienne ; aucun, obstacle jérieux ne la sépara de ces deux capitales des états qui peuvmt seuls lui oflfrir quelque résistance. La positon d'une, d'entre elles ^st aggravée pat une circonstance singulière. Un tiers de la monarchie prussienne est comme placée sut les derti^^res de la Russie; elle est plus en Russie qu'en I^riosse \ ainsi tout le territoire prussien qui s'étend depuife l'Oder jusqu'à Memel , le long de la Baltique > ne tient pas au corps de
la monapdiie y et dans toute guerre il eu reste séparé : la défènsiye de k Prusse' ae peut commencer qu'à FOder ; par conséquent la Prusse proprement dite et le duché de Posen tombent aux mains des Russes, ' a«i premier coup de canon. Les armées russes sont si nombreuses qu'elles suffiraient à la fois à marcber en ayant et à sai^r tout ce qui serait sur leurs derrières*. Jamais la Prusse ne ferait la faute d'engager une armée dans ses domâues au-delà de l'Oder, ce setsnt l'exposer à la cs^tiyité : la Russie a une flotte dans la Baltique, et la Prusse en manque. Cette considération mai-trisera toujours le cabinet de Berlin , le rendra timide et obséquieux enyers la Russie, et ôtera toute énergie à son action. La yue de cette perte retiendra au fond de' son cœur les yœux dont l'accomplissement lui serait le plus salutaire, et la crainte \t détournera de trayailler francbement à leur accomplissement.
On dirait qu'un noauyais génie s'est attaché à affaiblir la Prusse , qu'il fallait au contraire fortifier à mesure que la Russie s'approchait. Au lieu de cela, loin de travailler à la rendre plus forte en la rendant compacte, en rapprochant d'elle ses diverses parties , on les a séparées en lui donnant le grand-duché du Rhin ;
( »3 ) il est an;ivé de là , i • qw^l y a eu trois Finisses , i'mne» en Pologne , l'autre en Allemagne^ là troisième entre l'Allemagne et la France; a* que les trois Prusseçy à défaut de liaison, n'en ont pu faire qu'une Prusse affaiblie ; S" quç d'alliée mturelle de la France qu'était la Fmsse en Allemagne^ loin de la France, aufcontrairc, à ses portes^ elle est devenue son ennemie. Si Ton avait eu l'intention d'affaiblir la Prusse, d'ouvrir les portes de l'Allemagne, et par elles, celles dé l'Europe à la Russie, auràit-On pu faire mieux? Voilà une dé ces fautes capitales, qui renferment et^portent en elles la destinée des empices, et sur laquelle cependant le congrès de Vienne a passé aviec la plus inconcevable légèreté. On en sentira long-temps les effets, et llSurope ne sera pas dédommagée par les idées de légitimité et par les égards dé parenté qui entrèrent, chez quelques-uns, dans les élemens de cette fatale détermination. Il s'agis- ^it des intérêts, que dis-je, de la liberté à venir de l'Europe', et certes ces considérations étaient d'une nature supérieure à toutes lés autres.
La position de rAutriche, .à l'égard de la Russie, est aussi hérissée de difficultés. L'oracle de Burke, sur les conséquences du par-
tage de la Pologne , s'est réalise. Cet état, que le ciei seiAblait avoir interpose entre- l'Orient et l'Occident , pour amortir l^s coups qu'ils pouiraient se porter^ est partage entré &i% ; iu|ts ce partage* les a rapprochés et mis en présence. Dans la guerre de t8o6, contre* la Prusse , la Russie n'avait pas dédaigné quelqqés domaines.de son alliée en Pologne; dans celle de 1809, elle nô négligea pas non plus qfuelques domaines autrichiens dans le même pays. Par* la Volhynie et le royaume de Pok)gae, la Russie touche à la Galicie, possession précieuse pour l'Autnche^ mais 4'tme fidélité toujours suspecte à rAutridfae; car il est naturel de supposer aux Polonais d^ )â 6alicie {dus de penchant pour le royauïhe df Pologne que pour la monarchie d'Autriche.
Q^Ique faible et décolorée que soit aux yeu!x d'uQ Polonais l'image de la Pologne dans le royaume de ce nom> cependant, en )ui> il verra encore pkuE| de la PcJogn^ que dans oe qui est purenient autrichien ; et c'est l'évi^ dence et la permanence de cette préférence qui est propre à nourrir les ombrages dé l'Autriche contre ses. sujets de la Galicie. Mais ce royaume dci Pologne , entre le» mains de la Russie ^ n'«st41 pas. menaçant pour le reste de
( «5 ) l^Europe? C'est une avant-garde de cent mille hommes , placés en tête des armées Rosses. Et qnels soldats que les Polonais ?' Qui les suripasse en courage^ en for^e de corps? Ik ont paru en ligne ayec les armées françaises; en quoi leur étaient-ils inférieurs? Quel maténol de guerre ne jjrésente pas le royaume à$ Por logrie , en chevaux , en bétail ; en denrées de toute espèce? De plus, par sa situation, ce royaume est un poste avancé, offensif pour FEurèpe j préparé contre ïa Russie , «sous le nom de duché de Varsovie, la destinée qui i^ille pour cet empfte , le lui a donné , et a placé le mal )à oii Ton avait voulu placer le remède.
Pour foire bien sentir toute la gravité de cette position , estimons les attributs respectift de la Russie et de ses voisins. La Russie gngne à sortir de chez elle ; pour elle, tout s'iaméliore en se pt)rtant vers le midi ; au contraire , en allant à etle, tout se détériore, olimtsrt, qhemîns, habitations. En aHanivérs \ë midi, le temps de Faction croit sous là protection du soleil; en allant vers le nord , elle décroît par le peu de temps que laisse le passage rapide -dn soleil 5ur cette terre de glace. Cette action doit commencer tard et finir de bonne heure.
( '6) Bientôt les frimats viennent enchaîner les pad des retardataires ; s'avancer dans des contrées sans chemins, sans habitations rapprochées et dépourvues de moyens de subsistance, est fort pénible : il jF^ût tout porter et traîner après soi. Une guerre de Russie ne ressemble pas à une ^èrre d'Europe , et, pour tout«comBler, comment pendre à un pays couvert de sables, ombragé dé noirs sapins, le mal qu'il peut envoyer fairedans les lieux moins disgraciés de la nature? La Russie jouit de ce terrible priyilégé ; elle peut faire toujours un mal que Ton ne peut jamais lui tendre. Les fttributs matériels d^ la Russie présentent donc à eux seuls une déclaration solennelle de Tinviolaî^ilité de son territoire* Elle est écrite en caractères inefTaçables dans les résultats des tentatives de Charles XII et de Napoléon. Après eux, qui osera se flatter de prévaloir là oji ils ont échoué , et de chercher des triomphes où ils n'ont trouvé que le tombeau de leur puissance. Lès Russes peuvent faire encore à qui voudrait les attaquer, la réponse que les Scythes, leurs ' pères, firent à Alexandre: du moins le héros ^ macédonien eut le bon sens de les com-
prendre.
La Russie , comme nous avons déjà eu lieu
de le faire observer, n'a plus de yoisiiiagé inquiétant; toutes ses forces soiit donc dispo-^ nibles, et ces forces sont immenses; elles les portera sur son front : là se trouveront ton-* jours Télite et la masse de ces forcesé Quand la Pologne était interposée entre elle et le continent , les armées russes devaient parcpiuîr de grands espaces pour se rendre sur le tetrain : elles avaient à traverser un territoire étranger; elles manquaient de magasins et de dépôts. Ces armées arrivaient tard et devaient se retirer de bonne beure : aussi Frédéric > dans la guerre de 1756^ ne s'inquiétait guère de gagner ou de perdre des bataillescontre elles; il lui suffisait d'en livrer à ces armées venues de loin^^ et de leur faire le plus de mal possible. Par cela seul , il était sûr de les renvoyer che2 elles et d'en purger son pays i on a vu un de ses généraux, envoyé tout exprès pour ce résultat, arriver à l'armée à midi, être battu à quatre heures, mais le lendemain les Russes, maigre leur victoire, rétrogradèrent. Ainsi en usa-t^^il avec les généraux Fœrmor et Soltikoff. L^oc-' cupatjonde la Pologne a changé tout cela, an profit de la Russie ; elle n'a plus a faire par-^ tir ses armées de loin, à les fatiguer par de longues marches, à consumer le temp&dans ces
uigitizea Dy k^jkjkj
le
I^mtràis et pénibles déplacemaM. Dësormak ^ p^^i^rjoiiidre la Pnusse, l'Autriolie et le corps (kl rAUeQMgae , lamiée rasse n'a plus qu'un pu» k fftûrei elle part de sa frontiàFe^ qui touchf êo centre de l'Eure^; à Zamosk , k Modliii ^ à Bobruuisob, elle a des dép6ts, des ar^enauir, des oiagasias à Varsovie et dans dix autres lieuxi eUe est donc franchie des ob^acles qui , en 4'aiitres temps ^ entravaient son\ action. Sous ce$ rai^rts^ l'oec^paticm de la Pologne Pa pprt^ au nivftau de ses adversaires.
5% Armée russe.
Gçtta armée est plus nombreuse que celle d'aACùu état particulier; elle égale celles téu^ liieide la France > de l'Autriche et de la Prusse. AfnntiSoOt les armées rusées étaient inférieiA*es eQ sçiepce k oelles des grands états militairesi les çopib^t^ (Contre Napoléon, le mélaiyge prolongé avfaçlesarméesallemandesy leur cmt donné Vmftjnpçl^i^ qm alors leur manquait. Le matérii^ 4^ cette armée > en bommea, est excellent:
4es lffi?s n^u$tes, obâssa^ns^ sopt guidés pihr de» t4tft$.S9inaotesdans l'art de la guérie; lecoipè 4^ Qii|i^9ilS ru^s a reçu tme éducation sol-^ gi^ ; i$n les n vus au milieu des auti^ mi)i« taiir€^eu|^Q|^m$; ils ne leur cédaient sous aiicuii rappprt* h^ aidait ru^se est sobne, plié èr
( «9 ) discipline de kr, eildurci à k fatigue^ fomiliaris6 avec les rigueurs des saisons, ignorant de toute jouissance; ce sont de redoutables machines de gaerre, que de pareils hommes. Les dievaux, lehëtail^ le fer abondent en Ruà^i^; tous ces objets y sont k bas prix ^ et coûtent fort c\\&r dans le reste de l'Europe. La Russie abpnde en chevaux très propres à tous les usages de k guerre, ce qui lui (Jonne un grand avantage sur les états de FEurope oà ces animaux propres au service militaire deviennent rares* Dans l'état actuel de l'art militaire, les dievaax sont la mmtié des moyens de guerre.
Quant au nombre même de cette armée, nous n'aycms pas à nous inquiéter de le fixer en lui-^mâme, ni d'une manière p!^ise; il spffit de savcîr que k Russie peut opposer à 112urope, cm lancer sur elle, des armées immenses, qu'elle a le pouvoir d'augmenter, dé recruter, d'aliuientaar, quLsont homogènes dans tous leurs élémens, tandis que celles ifui lui seraient opposéi»^ ne pieuvent être que k résultat d^al- Iwices» et par conséquent sujettes à toutes les espèces d'inconvéniens qui sç rencontrent cfens les alliances. L'acticHi d'un seul a toujours une énergie et un ensemble bien difficiles à obtenir dans une coalition dont les intérêts,
(ao) les sensations y les yues peurent différer. U ne ncms appartient point de tenir compte , dans ce calcul « des c<^nies militaires de la Russie; c'est un essai qu^il faut laisser au temps à juger. L'Europe doit se féliciter que la Russie porte une partie de ses moyens sur une marine qui lui coûte plus qu'elle ne lui rendra jamais : après la marine française, c'est une dés plus ruineuses inutilités dont on puisse se faire l'idée. Contre qui toutes les deux pourraien1>elles servir à nn emploi utile? U a £bi11u une <urconstance telle que celle de l'intervention grecque^ pour que ces deux marines aient pu agir. Si TÂngleterre eut été réunie à la Turquie, au lieu de faire contre elle, {es vaisseaux russes et français auraient subi leur Nas^arrin. C'est à l'aide de l'alliance avec l'Angleterre, que ces deux marines ont pu déployer leurs pavillons; dans le cas contraire^ ils n'eussent jamais dépassé les rades de Toulon et de Crons- \efàx. La marine russe de la mer Noire est afférente aux affaires du Levant , mais étrangère à celles de l'Europe; c'est pourquoi nous ne nous en occuperons pas*
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