‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de lChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Tendance de la Russie vers la guerre^

Quand il s'agit de l'appréciation de la con-^ duite des hommesy. il est une règle générale qui seule doit être consultée, et cette règle ^t le cœur humain. Qr^ il est danjs ce cosur de vouloir ce qu'on peut; pour lui ^ le pouvoir est la mesure et la seule limite du vouloir.

N'allez pas croire que l'étendue du pouvoir rassasie, elle altère. Qui a dit: c'est assez? Qui s'est arrêté dans la camère de l'ambition ou de la fortune? Quel prince, quel état, nfa pas pris pour mesure.de ses entreprises celle de . ses moyens de succès? Depuis Séso$tns jusqu'à Napoléon, l'Histinre est le monument de cette vérité : quand le premier eut formé des armées . supérieures à celles de ses voisins , il s'avança vers VÀsie; quand le second, confiant sur la, fortune enchaînée à son char, et Sur une ar« mée incomparable , crut qu'avec de pareils ap^ puis le succès ne pouvait plus manquer à aucune de ses entreprises, il marcha à Moscou.

Tout ce qui a rempli l'intenralle entre ces deux conquérans a fkit de même. Quand Rome eut senti la supériorité de sa légion ^ elle ne douta plus de la conquête du Aïonde. Celle de l'Asie ne parut pas plus douteuse à Alexandre en comparant éa jphalange aux soldats de Darius et de Porus, Les Sarrasins sortent des désem dé l'Arabie et arrivent eh Orient jusqu'à PAsie-Mineuré , eh Afrique jusqu'à TOcéan, eh Europe jusqu'aux champs de Poitîerà. DHîspahiola , naguère découverte par Colomb ^ les Espagnols passent au Mexique , et l-Amérique est envahie. Telle est la pente natui*felle, iiâiTincible des choses; armez dès hotâhiès^ ils votidi*ônt se servir dé leurs aitees. Lorsqù^eu 178$ , trois milliohs de Français chargèrehl leurs bi^as d'armes dont ils avaiéht perdu Tu^ s»ge , il fut clair qu'elles né seraient pas dé* posées volontairement, ni abaissées sans com^ bats; il a fallu vittgt ans pour épuiser cette veîrte guerrière. Frédéric avoue dans ses mé^ ihOit^es que la vue dé sa belle armée fut le motif déterminant de sa première invasion en Silésié. Faisons à la Russie l'application de ces principes.

Toute Toi^anisation de Tétat est militaire ; léè emplois d^ils sont gradués sur Tétat mill-'

(^5) taire; la làte dt la Mciélé» tonte k nobfesie, ^ touse ài'âat miKta^; raTancement est Tobjet dies Yoe^tx très lëgidniea du militaire : la |iai¥ est l'obstAcle à raccompUssement de ce \œu, la guerre le moyen de le réaliser. Xte peucbaût de la ptrtie inflnente de l'état est 4ouc vei!s la guerre. (!A»nhkili doit peser leur pisiYeté à nue foule d'hommes réduits à la yie ojilsettre des oasérues, au séjour de chétiyes g|ii:iiiao«s^ k une vie purement végétative^ que la guerre seule peut illustrer et enrichir I U y 9, dout , daus riutérâeur du militaire çusse p Màe impulsion constante vers la gueiKre^ «t cette im|mlsion> commune à^ut 9Utre militaire^ dc»t être ^us forte ^ chez ie j^Nremier que chez le sc^cond^ eu mison du nombre de ces .militaires^ et des localités sur lesquelles il e$t comme enchainé. Certes il n'y fi pas de comparaison entii^ le séjcmr des gar^ ui^qs de .Franpe, d'Angleterre ou de l'Aile^ iPlîigne» avec c^lui dea misérables villes ou villages de h Hussie , de la Bessarabie ,. de la Fialand€[ ou de TUkraiilb. Uu habitant de. Palais ^ élevé dapis les délices de cette ville ^ IK>tume le sont prévue totis les chefs rntli*^ taures jeu ^auce^ |>eut preudi*e ps^tience.plua jgicilement à Lyon, à Bordeaux ; à Strasbourg,

que le grand s^goeur russe ^ confkië par son grade militaire à Oczakoff 0u à Smolensk. Aussi voyez avec quelle ardeur, pendant cinq ans, l'armée de Bessarabie n^a-*t-elle pas demandé la guerre; entendez les cris de joie que sa déclaration a fait é&evér dans toute la Russie. L'empire en a retenti^ et l'armée a marché au bruit des chants d'allégresse. Et cette tendance naturelle de l'état vers la guerre, qui garantit qu'elle ne sera pas ressentie par le prince? que la vue d'une pareille armée ne trouvera pas son cœur auîssi ouvert à l'impression qu'eUe est propre à produire, que le fut celui de Frédéric; que l'ainpillon secret de l'ambition ne chatouillera ^ft^pas de ce cœur V orgueilleuse faiblesse ? Que des princes jeunes , valeureux , jaloux de gloire, se condamneront toujours à l'oisiveté, ne la rechercheront que dans les arts de la paix , dans l'éducation de leur peuple , dans la civilisation de l'empire. Certes, il y a là un vaste et solide moyen de gloire : l'humanité en serait mieux servie et plus reconnaissante quc^ par la guerre m pour la guerre ; mais est - ce là ce dont on entretient les princes , surtout ceux du Nord? Ils naissent au milieu de$ armes , leur fracas est le premier son qui arrive à leurs oreilles, leur édat le premier

rayon qui frappe leurs jeux : leurs maîtres tout des guerriers; leurs conipag^ôiis. d'en*^ fance, leurs serviteurs ^ sont de$ guerriers; leur habit est celui des guerriers ; leur jeux ceux des guerriers ; une partie de leurs occupations, est de faire mouvoir et d'inspecter des guerrrers; et de cette atmosphère toute guerrière vous ne voyez pas sortir inévitablement les foudres de la guerre I Sans doute les souverains de Russie, considérant le point auquel l'accroissement de leur empire a amené les choses, sentiront que le plus léger mouvement en avant fait par eux dérangerait toute l'économie de l'ordre politique de l'Europe , et cette considération devrait être d'un gi^and poids à leurs yeux; mais ceci rejette l'Europe sous la discrétion du caractère de ces princes. La Russie a eu des Pierre III, des Patd P'.

Un homme tel qu'Alexandre peut n'être qu'un accident heureux^ pour me servir d'une expression heureuse de ce même prince; mais qui répond du retour de pareils accidens?Les hommes , ou quelques hommes ^ peuvent être modérés , mais les choses ne le sont jamais ; elles agissent toujours d'après toute l'énergie de leur nature. Une seule graminée envahirait le inonde si elle n'était pas arrêtée par la ren-

C^6) eofotre d'antres plantes qui, eottime die , ten^ dent à s'étendre.

D'ailleurs la modératiou n'est pas une qualité absolue^ mais elle peut être relative; elle ne ceusiste pas à ne poiut user, mais h ne pas abu*' «er > àne pas porter à l'extréttie l'exercice du droit de la fèrce. L'empereut* Alexandre était tnodéré ; s'est - il refusé la Finlande ? Il était modéré j s'est-il refusé des palatinats prussiens en Pologne, à la paix de Tilsitt? Il était modéré} s'est-il abstenu de prendre sur l'Autriche , en iSog, quelques districts polonais? Il était modéré; a-t**il pris la Bessarabie sur la Turquie ? n était modéré ; et s'est - il refusé lé tt^yaume de Pologne, qui a porté Tèmpiré russe jusque sur le eentre de l'Europe occt* dentale? De modération en modération, il est arrivé à s'arranger de tout ce qui était à sa Convenance , et finalement à rester le maître du continent; car tel est l'état réel des choseis , 6t le résultat de celte modération tant célébrée- I^ modération consiste-t-elle à ne pas garder Ibût ce que l'on pourrait retenir ; à ne pas tuer sur la place tout ennemi vaincu'. Cela n'a guère lieu que chez les sauvages, ou bien chez les Turcs ; mais entre nations policées, liées par des intérêts communs, compli-

(37) qués, la modéitttion 4oit siùvrf d'attirer règ)e&f elle s'ét;end aussi à dt qui défend des gèqes pour, la communauté des peuples^ et l'on ae peut disconvetiir que la modératîoti d^^ F^mpei^uir Alexandre n'eti ait imposé de fort grandes à l'Europe* Encore deux ou trois . modérations semblables à celles «-Im, et l'étoffe manquera pour d^ modérations ultérieures^

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