CHAPITRE VÏI
fjô Dartemarck et la Suède y par rapport
la Russie.
Ces deux états sont très peu puîssans par éuit— mêmes , et leur position à l'égard de la Rufi^ est fort contrainte : ensemble ou séparément ^ ils ne peïivent rie» contre elle et sont exposés à tous ses coups. iU ne peuvent être défendus ootitre la Russie que par l'Europe ; car par eux*-4»iêmes ils sont impuissans à le faire. La possession die la Finlande a porté la Russie sur la frontière sefflyntrionale de la Suède pto* prement dite; roccupalion de l'Ile d'Alaftd menace la capitale : la Suède est donc domi<-
;ill^ë quelques maux. Depuis la mort . de Charles III ^ prince vénérable , l'Espa^pae n'a plus été qu'un sujet dé scandale et un fardeau pour les autres. Dans ces derniers temps , oa malheureux pays n'existe que pour se tourvr menter lui*mème et occuper désagréablement les autres ) quand ce n'est pas diq>endieuse^ ment. On sent bien qu'un état gouverné de cette manière ne peut être compté dans la ba-^ lance générale de l'Europe ; avant de pouvoir exister pour les autres , il faudrait qu'il existât d'une manière certaine pour lui-même p et son existence actuelle est un chaos , que tout tend à épaissir y au lieu de l'édaircir.
Il n'en serait pas de même de l'Italie^ sans Itf morcellement de cette contrée dans un grand nombre de petites souverainetés , qui annulent la patrie des anciens maîtres du monde. La tou^ veraineté temporelle des papes a faussé depuis des siècles, et peut-être à jamais, l'état de l'I-* talîe. Pour défendre cette puis&aqce, qui était faible , les princes temporels de Rome voulu-* rent s'entourer de petites souveminetés sem^ blables à la leur propre ; on les vit passer conrr tinuellement de l'alliance de l'Espagne à celle de la France , et de celle de la France , revenir à celle dé l'Espagne. Ces alternatives prove-
( 47 ) Vtlièut d'une cause uniforme, le désir d'éloigtier la domination de plu8 forts qu'eux. Quand Jules II disait, Chassons les barbares français et allemands, il parlait moins encore en italien qu'en pape qui se sentait trop faible contre lee premiers , et assez fort contre un entourage de petits souyerains, tels que les princes de Tos-^ cane ^ d'Urbin , de Modène , de Milan , et les républiques de cette contrée. Ce partage de l'Italie Ta énervée, et la rend complètement inutile k l'Europe. Aussi , à défaut d'unité , depuis Charles y III , a4-«lle été envahie par qui a voulu s'en passer la fantaisie , et si aucun ne s'y est établi solidement jusqu'au congrès de Vienne, qui en a fait une province vassale de l'Au*ta4çhe, cela est veau, non pas d'elle-même, naais de la jalousie des plus puissans qui se sont exclus mutuellement de cette possession. > Napoléon n'eut que la moitié d'une idée en érigeant un royaume d'Italie avec la seule haute Italie. Cé^ n'était pas à Saint-Cloud qu'il fallait faire un roi de Rome, mais à Rome même. Puisque le sort lui avait livré l'Italie, il fallait accepter le don dans toute son étendue , rappeler ce pays à l'unité politique indiquée par l'unité du sol , du sang , des mœurs , du langage , et réparer dans un jour le désordre
de plusieurs siècles. Il semble qu'un homme de ce génie devait toujours jeter en bronze , faire tout d un seul jet , en laissant au vulgaire les constructions partielles. C'est un grand malheur , lorsque mentant , pour ainsi dire, à sa propre nature, un homme de génie retombe dans les atermoiemens, confie au lendemain ce qu'il peut faire le jour même ; ou bien encore lorsque le succès interposant entre les objets et sa vue un voile décevant, par une illusion flatteuse pour l'orgueilleuse faiblesse de son cœur , lui fait oublier que l'avenir n'est point 1 apanage d'un simple mortel , que la destinée est plus forte que lui , que la fortune a des caprices supérieurs aux projets les plus solides en apparence, et que , dans sa course, le temps emporte les hommes et leurs plans. Avec ces pensées toujours présentes à l'esprit, l'Italie serait une et utile à l'Europe , et il n'y aurait pas de Sainte-Hélène.