‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de l'OrientChapitre 20 sur 24 · MO · texte numérisé non relu

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Fempire turc en Asie. Par Foccupation de la Yalachie et de la Moldavie ^ elle atteint son complément vers le midi de l'Europe , et prolonge sa domination sur le Danube; il devient sa frontière. Par quelle distance en était-elle séparée au temps du czar Pierre I La voilà fran* chie ; et si ce fleuve est passé , si le Bosphore reçoit les lois de la Russie, le cours naturel des choses ne la portera-t*-il pas vers l'extrér mité de la Grèce? Était*il plus facile d'arriver de Kiouff à Ismaïl, aux portes de Byzance?

y est-^n parvenu ? pourquoi ne ferait-on pas le reste du chemin? A-t*on le pouvoir de le faire? Voilà toute la question. Eh bien, sll existe , il agira d après sa nature. Ne nous arrêtons donc pas à la douceur des paroles de l'empereur Nicolas, au miel étendu sut les bords du vase; voyons ce qu'il y a au fond.

Sa modération est relative aux circonstances. En réduisant la Prusse à la moitié de ses domaines, Napoléon pouvait passer pour mo*déré , car il pouvait tout prendre : il y a à remercier , quoique avec douleur , celui qui laisse ce qu'il est maître de garder. Or> à qui appartiendrait- il de retirer des mains de la Russie ce qu'elle croirait lui convenir? Aujour* d'hui f cela n'est plus donné à personne. Et

comment ce qui est déjà interdît dans 1 état actuel serait-il possible quand sa position sera fortifiée , et quand celle de ceux qui se sentiront foulés par elle sera détériorée ? car voilà ce qu'il faut bien se garder de perdre de vue. Chaque acquisition de la Russie , chaque poste avantageux dont elle se saisit , ajoute à Tinfériorité relative du continent avec elle, G est absolument la répétition de ce qui se passe sur mer à Tégard de l'Angleterre. Chaque point fortifié dont celle-ci s'empare est un nouvel interdit jeté sur les mers à son profit , et au détriment des autres ; c^est un barrage de plus destiné à entraver, à arrêter la marche des autres, comme à rendre la sienne plus sûre et plus facile* Ce triste rapprochement entre la double servitude de l'Europe y qui sur tous les élémens ne trouve plus que des maîtres et des chaînes , est le tableau présent et douloureux de la situation du continent.

Pfapoléon ! tu es trop vengé par la servitude commune ! Tu es mort enchaîné I l'Europe vivBa comme tu es mort ; sa vie à venir tend à ressembler à tes derniers instant. Tu avais su apercevoir le principe de ses souffrances, pourquoi n'as-tu pas su également ménager le remède , au Ueu de l'obtenir d'une force ou-

verte, impétueuse , sans ménagement , et propre à armer contre toi ceux même auxqil^ls tu prépai*ais une liberté durable ! Ainsi les plus vastes pensées, les vues les plus saines , l'avenir deviné avec le plus de sagacité , ne peuvent arriver au succès sans le secours de l'art ; et quand on en manque , on s'expose à voir salir de noms odieux ce qui , mieux gouverné , eût mérité les hommages de l'univers.

5**. Système de V Europe à l'égard de la Russie.

Il est de deux natures : permanent, et relatif aux affaires actuelles de l'Orient. Le premier résulte de l'étendue de la puissance russe , et de ses effets permanens sur l'Europe. Comme la cause est permanente de sa nature, pour lui correspondre, le système européen doit aussi être permanent : il n'admet pas un moment de relâchement ni de sommeil: Ce sys^ tème est, comme nous l'avons dit, celui d'une fédération défensive , puisque malheureuse^ ment aucune puissance ne peut sé{>arément balancer la Russie. La seule qui pourrait s'y op^ poser avec efficacité, celle de l'Angleterre, est d'une autre nature , et placée trop loin pour servir de barrière. Si la Russie ne peut pas

lul.eulever une colonie ^ un comptoir, à son tour FAngleterre ne peut pas enlever up village à la Russie. Reste donc -pour toute de'fense à l'Europe une fédération. Nous en avons indique les élemens dans leur ordre et dans* la ligne qu'ils doivent former. Cette fédération doit être permanente, compacte, formée surle-champ et sans hésitation; il ne faut pas qtie la Russie puisse apercevoir trop distinctement les points faibles de l'Europe , résultant surtout de la déliaison de ses parties. On s'est bien fédéré contre l'empire français ; eh bien , quel* que chose mille fois plus redoutable s'est formé sur ses débris. Cet empire pouvait humilier, mais il. ne menaçait pas toutes, les existences; il était accessible et vulnérable par mille endroits : l'Angleterre le contre-^balançait. Mais où sont les points d'àrrèt contre la Russie ? par où peut-on l'atteindre,. la blesser? où prendre les moyens de la contenir, ou de la remettre à l'ordre, s'il lui plaît de s'en écarter ? La seule ressource, l'unique préservatif qui reste aux fsiibles libertés de l'Europe , est cette fédération. Pour la former, il ne faut pas attendre rinstant du besoin ; il faut savoir aller au-devant. Il serait trop tard quand l'orage gronderait : ce n'est pas sous les coups du tpn-

nerre et k la lueur des ëdairs qiK la réflexionse forme ^ cW dans les temp^ de CÊtme, où l'esprit , tout entier à lot-inèine ^ voit froidement les objets , sans terreur , sans préâpitation^ sans rien de ce qui trouide la vue. Sop-' posons qu'une contestation ^âève entre la et FAutriche , et leur contact devenu ne peut manquer d'en amener , l'Europe ri^ardera-t-elle froidement abaisser l'Autriche et grandir la Russie , on bien se hk^ terà-t-On de venir k son secours? Slàis dans* combien de temps? à quel titre , à quel prrx? Sera-t-il temps de régler tout cela en (àce da danger ? et si rien n'est préparé à l'avancé , les coups les plus funestes ne seront-ils pas por** tés avant l'arrivée de ces tardifs auxiliaires? Ce* pendant l'Autriche est la seule barrière solide contre la Russie ; elle est la barrière naturelle et nécessaire de l'Europe. Il ûivt la soutenir k tout prix f sinon pour elle , du moins pour soimême; il n'y a pas là de la générosité , mais de l'intérêt propre et bien entëùdn» La tiéfcessité f l'indispensable nécessité de cette Mdération est donc démontrée , comiM étant la base du système politique penfnanetit de 'lliurôpe. Il est contenu tout entier dans ces deux mots : oppasiiiùn constanie à la Russie. Le carditat

( ''-5) de Riobelieti ne s'y fût pas tromper U fut le fondateur du nyttètne d'oppositioa à TAtitriche ; lien 0e Tairèta ^ car rien ne trouble les vues Mitai* U fut diereber dans le Nord le hëros de la Snède; il s'âita au-dessus des préjuges re- UgieBS» La maitt ^i avait renversé le dernier boulevard du protestantisme français ^ et qui avait tatomphé dé la mer même, forma da pratastantisme allemand une ligue permanente contre la puissance autrichienne; aujourd'hui, on verrait le même homme remuer jusqu'aux entrailles de l'Europe, pour en faire sortir une opfN)sition capable de contenir le torrent du Nord dans ses limites actuelles, hélas I trop rapprochées d'elles : dorénavant l'Europe n'a {^us d'autre occupation « Quand Rome et Girthage en furent une ibis venues aux mains, toute autre affaire cessa pour toutes les deux. Des temps semblables sont revenus pour l'Eu* rope; elle n'a jJus qu'une affaire, ropposition à la Russie* I^ moment de l'application est arrivé par l'affaire de l'Oiîent, et Ui va se trouver la pierre de touche de l'avenir ; par ce que l'Europe fera dans cette immense circonslanoa, il est facile de juger ce qu elle fera dans les autres. Comme nous l'avons dit, si la RtUMÔe se borne à la conquête de la Valacfaie et

de la Moldayie , à compléter son établidsêiYierft sur le Danube y il n'y a pas lieu à intervenir. Si elle dépasse cette limite , si elle jette une seule tête de pont sur le Danube ^ uneexpki^ sion générale contre elle doit avoir lieu en Europe. Une prise d'armes générale correspond à peine à l'étendue d'un pareil danger. La tolérance devient facilement de l'encouragement. Si la Russie trouve de l'impassibilité en Europe^ nul doute qu'elle n'en conclue l'impunité pour ses entreprises ultérieures , et qu'ainsi elle ne se serite fortifiée et comme invitée pour les tenter ; si , au contraire , elle rencontre une ferme et judicieuse opposition , si la part de la sûreté de l'Europe est réclamée hautement et la récla- Tnation appuyée convenablement , nul doute aussi que cet avertissement n'ait des suites très salutaires et très rassurantes pour l'Europe. La Russie^ bien avertie, apprendra à régler ses démarches sur l'attente certaine de cette composition virile ^ fortifiée par l'évidence du droit et de la communauté des intérêts euro* péens. Alors y il pourra y avoir quelque sécurité, quelque avenir en Eurc^; jusque .là je n'en vois aucun , ou plutôt il en est un que j aperçois trop distinctement, l'assujettissement général a la Russie. Il faut que l'Europe se

( "7 V pénètre bien de celte vérité ; elle peut la contrarier, l'humilier, mais seule elle peut la sauver. Qu'elle s'arrange sur cela, car elle rie peut pas avoir autre chose. Le principe du mal existe, c'est-à-dire le poids immense de la Russie ; on ne peut lui rien ôter : tout se réduit donc à empêcher qu'elle ne prenne encore aux autres, et qu'elle ne finisse par tout écraser. La Russie est sur l'offensive , par la nature des choses; l'Europe sur la défensive, par la même raison. Puis donc que celle-ci est réduite à ce ix>le inférieur, encore faut--il qu'elle sache le jouei' et s'y tenir. S'opposer tous ensemble, ou périr un à un , telle est désormais sa destinée. Je lie l'ai pas faite ^ je la vois, et la lui montre dans un esprit de préservation pour elle.

6®. Zfe la Turquie et de la Grèce y par rapport

à l'Europe.

Laquelle des deux importe le plus à r(Iùrope, comme baiTière contre la Russie, vers son midi oriental? Voilà toute la question. Il est convenu que c'est le coté le plus faible de. l'Europe contre le colosse russe. Les cabinets ont proclamé l'intérêt quils mettent à la coni^rvation de l'empire Ottoman ; ce ne sont pas

Cii8)

les Turcs qui les intéresseot^ mais la puissance qu'ils supposent pouvoir résister à la Russie. Tel est le fond de leur pensée. Dans plusieurs écrits antérieurs , j ai examiné comparativement le mérite de cette idée; j'ai recherché s'il était vrai que l'Europe eût k attendre un secours efficace de la paH de la Turquie , et cet examen m'a donné un résultat absolument contraire. D'ailleurs , ccmh» ment attendre quelque secours de la part d'hommes qui débutent par dire qn*ils sont naturellement vos ennemis! Ne voilà^t-il pas un fondement bien solide pour une alliance ?

A cet égard , l'opiniâtreté de la diplomatie dans son erreur y sur l'aide que l'Europe peut attendre de la puissance ottomane, est vraiment remarquable. Elle voit le désordre affreux qui règne dans son sein , l'incivilisation qui stérilise tout| l'abrutissement des esprits , une faiblesse qui depuis cinq ans n'a pu surmonter la faiblesse grecque j dont 4000 soldats européens eussent triomphé ; la diplomatie peut se convaincre que ce grand corps n'est plus qu'un cadavre qui a des convulsions , mais plus de vie : elle ne persévère pas moins dans son idée première. La Grèce s'office à ses je^r avec les attributs de la jeunesse et de la cilisa-

ti9VL : cette comparaison , qui frappe les yeux

les moÎQS clairvoyans, ne dit rien à l'esprit

;4e la 4iplQn>âtie, Dans ce moment , elle peut

recpi^aitr^ la valeur de cet appui tant recom-

inaii4ç : 1^ Turcs ne savent que fuir devant les

.Ru4se$^ et dévaster tout ce qui se trouve sur

l^iir ps^ssage. De pareils hommes ne sont sus-

CjçpMble^ daucune organisation régulière ; il

faudrait les refaire pour qu'ils fussent autres

ment. Au contraire , les Grecs sont susceptibles

de toute la civilisation européenne. Il ne faut

pas aspirer k des résultats immçdiats^ faits pour

produire une satisfaction complète à tou9 li^

besoins y ^e le sais; mais comme il n^y a 4^

chqi^ qja'enti;!^ les Turcs et les Grecs , comme

un terme moyen n'existe pas, on ne peut opter

qu'entre eux deux. La complète incapacité des

Turcs est démontrée : âdress^ez-vous donc à qui

n'est pas frappé dç )a même inhabilité, présent^

et à venir. Jamais ou ne fera rien des Turcs;

QfX peut £airç quelque chose et méaie beaucoup

.^vec les Gre;es ( i ) : faites donc porter sur eux cet

, (i) Voyez la lettre pa^r l^quellç le çfXBi^e Capft itisrr tria , président du. gpuTernewdent de la Grèce, rend comfde des progrès des Orecs et de leur aptitude k apprendre. Depuis cinq ans, je n'ayais pas cessé de

iatérét que vous prodiguez en pure perte à des hommes qu\ n eu sentent pas le prix , et qui n'y repondront jamais. Le temps développe les idées, et peut les corriger quand elles sont £aiusses. L'alliance européenne a débuté par confiner les Grecs dans la Morée : ce n'était pas une idée politique, mais elle était tout ce que le temps permettait; car on ne pouvait pas dire

l'annoncer, en répondant aux ennemis de la cause grecque , qui concluaient contre elle, de leur état passé et présent, contre lenr état à i^enir, c'est-à-dire qui , en haine de la liberté, youlaient établir que, parce que les Grecs avaient été esclaves, ils ne pouvaient plus être libres, que, parce qu'on a vécu sous un régime qui d^ade l'homme, il ne peut plus retrouver ses facultés sous un régime propre à lui en rendre le noble usage. Peut-ôn mieux plaider la cause du despotisme et l'encourager? C'est lui dire: abrutissez bien les hommes , réduises-les à nn état tel , qu'ils ne puissent se relever, brises tous les ressorts moraux; et puis vous répondrez aux désirs de liberté qu'ils pourraient oonce^ voir et faire éclater : Fous ny pêiuê^ poM^j r^garde%^HH>im donc connaissen'voua vous'mémes ; vous n'êtes plus sus* cêptïbUs de la liberté j de prendre part à vos propres affaires; reftes-dans une éternelle enfarucej nous at^ons su pourvoir à ce que vous ne puissiez marcfier sans /£- Stères, L'Amérique a répondu à cela k coups de canon , et elle marche seule.

àu'SùUaii/ passez en Asie, et cédez la place à ceux auxquels vos ancêtres Font prise. Mais la guerre actuelle a donné le moyen d'un autre dénouement : si le Sultan succombe , s'il passe dans ses domaines d'Asie, que fera-t-on de ceux de l'Europe? Y y rappellera-t-on ? la main qui Taura précipité le relèvera-t-elle , le ramènerat-^Ue sur le trône qu'elle aura abattu ? Mais s'il refuse de le tenir d elle y de le recevoir aux conditions qui lui seront imposées , alors que fera-t-on? laissera-t-on le territoire vacant , ou remis en dépôt entre les mains de la Russie?

Quel dépositaire, grand Dieu ! La porte de sortie de tant d'embarras ne se trouve-t^elle pas naturellement dans l'érection d'un état grec qui comprendi^it tout le territoire ottoman d'Eu-* rope situé à la droite du Danube? Cette combinaison est toute européenne ; elle n'offense et n'alarme aucun intérêt , . elle étend la^ civilisation ^ agrandit la sphère du commerce de l'Europe , en un.moty elle satisfait aux désirs, les plus légitimes de l'humanité , et aux besoins les plus pressans de la politique*. I) n'y a point à. s'arrêter au mode de gouvernement, de ce nouvel état; il doit former une monarchie :

si.elle est: attribuée à quelque membre des fa- /nilles princières de TEurope ; qu'il ne. soit pris

dans aucune de celles qui ont un iDtérét direct aux dépouilles de la Turqvie; il faut éviter ce qui peut caiiser des ombrages, £aîre soupçouoer de la partialité y et retnmqlier à rindépeodaoce* U ne £aut pas gâter un grand bien , c(Hiciaie i)i #rrivQ trop soq vent d^ le foire , poqr la ^ati^a^ tion de quelques intérêts personnels et si^biilr ternes. Rarement l'Europe a eu à s'occuper d'une plus haute question , et il est bien à désirer qqe dans S4 solution ses lumières correspondent à ses intéréts<<

7*. U Autriche^ l'Jngkierrç et la France j dam le nous^au système européen crée par les grandeurs russes^

Voilà trois puissances^que Von pourrait dire étonnées de leur rapprochement. Il faut qu'il se soit opéré de grands cfaangemens dans le monde, pour que tant de rivalités se çoi^nl effacées, et pour que tant de haines aient cédé au besoin de s'unir. Qui a créé cette nécessité? la Russie. Qui ayait créé la grande coalition du Nord qui a trouvé le chemin de Paris? les grandeurs de 1 empire français. Les mômas causes doivent ramener les mêmes effets, et, à plus forte raison , 1 aggravation des causes. Or,

( i,a5 ) quelle comparaison y a^^tâl eut^re le poids dont Fempire français pesait sur l'Europe , et la pres*- »ion qu'exerce sur elle la Russie ? Gel]e«ci ser** ▼ait de coittre**poids à cet empire* Mais où s'en trouve-^-il un aujourd'hui contre elle? Il ne s'agit plus de la balancer , mais de se détendre^ de se garder, de se préserver; aucun, en par^ ticulier, ne suffisant plus à sa protection propre ^ sur le continent, celle^ri ne peut plus résulter que d^une réunion , d'une mise, com^ maiie de fonds pour la défense commune. C'est aux forts à couvrir les faibles ; c'est à ceux qui sont encore loin du danger, qui peuvent voir venir, à protéger ceux qui sont près de lui et exposes aux premiers coups ; il faut qu'une as«^ sistance toujours certaine, organisée à l'avanoe^ aystématique, donne assurance et courage aux plus proches voisins de la Russie; il faut que les intermédiaires entre ces grands corps n'éprou^ vent pas le beisoin de la peur; qu'au contraire ^ à If abii de cette puissante protection , ils sentent le besoin de l'indépendance autant que les autres} mais où peuvent-ils trouver cette assurance, si-» non dans une union intime avec peux qui possè^ dent les moyens de résistance^qui leur manquent à eus-mémes. La prépotenoe de la Russie a tout changé en Europe; elle efi a simplifié 1# sys-

tème, et Ta réduit à une seule idée, lopposilion à de nouveaux. agrandissemens de sa part : tout ce qu^elle peut ajouter à ce qu'elle possède déjà est de l'ordre offensif contre la gé« néralité de l'Europe. Toutes les anciennes querelles qui ont tant agité cette contrée ont disparu devant ce grand intérêt. Que signifierait aujourd'hui la longue lutte de l'Autriche et de la Prusse pour la Silésie? Il n'y a plus qu'une question en Europe, qu'une seule affaire : L'occident de V Europe serort-il indépen^ dont de l'orient ? Ainsi posée , dégagée de tout accessoire, la question présente tout l'avenir de l'Europe, et jalonne devant elle la route qu'elle doit suivre. L'alliance indissoluble de l'Autriche, de la France et de l'Angleterre a été signée à Pétersbourg , lorsque cette cité est devenue la capitale politique de l'Europe , la Borne de nos âges. C'est une de ces unions que les hommes ne font pas, mais qu'ils trouvent toutes faites dans les choses mêmes. Ici , il n'est besoin d'aucun art diplomatique ; il ne &ut que cet instinct qui appartient à tout être jaloux de sa conservation , et qui le porte naturellement à chercher dans les alliances le supplément à la force qui lui manque à lui-même. Si TAu*irich« équivalfiit à k Russie, on n'aurait pas à

( 1^5 ) s^inqiiiéter de ce qui se passerait entré elles*^ mais y avec la prodigieuse disproportion de forces de la première, il faut la soutenir, même maigre elle, non pas pour elle, mais pour l'Europe dont elle est lavant-mur. Aux yeux de tout homme sensé , le siège de Vienne est en permanence de la pai't de là Russie; mais la prise dé Vienne élève des fourches Caudines pour Berlin, pour Munich; bien plus, pour Paris même. Quand tout sera soumis oû muet en Allemagne , quelle sera la valeur de ce que l'on fera ou de ce qui se dira à Paris ? Guillaume III ne s'y fut pas mépris. Il jeta sur les grandei^^s de Louis XIV uii coup d'œil à la fois de lumière et d'effroi pour l'Europe ; et sous sa magnanitne inspiration y du fond des marais de la Hollande, d'unie contrée dévastée par Louis, sortit une coalition de trente ans qui eut fait rendre à ce fier monarque un compte de sa domination aussi sévère que celui qui a été demandé de la sienne à Napoléon , si la mort de l'empereur Joseph V^ ne fût venue changer toute la direction politique du temps ^ et n'eût porté l'Angleterre à rompre une coalition dont le but se trouvait dénaturé par cette mort , et dont les succès , en recréant la monarchie de Charles- Quint, eussent fait pour l'Atitriche , cette mo-

narchie univeraelle qn'on Tootâit empiclMr k France d'acquérir par la soccettilHi d'Espaj^ne. L'Autriche défend FEurope contre la Russie^ comme les digues défendent la Holknide contre la mer : il faut donc contribuer à renirelien solide de cette digue , comme la Bbllande tn^ vaille au maintien des siennes; si elle Ytat garder quelque liberté, il faut que l'Europe se pénètre de cet esprit ; il faut qu'elle imite ce jeune eftfant hollandais, qui, reroarqnatit i'in^ fihration des eaux au travers dune d^^, s^adossa contre la brèche qu'elle» y avaient faite, et s'y tint attaché jusqu'à l'aurivée du secours qu'il appelait de toute l'étendue de sa £siible vùix.

Dans tAie question de cette nature , plus que dans toute autre , la généralité et la spëcialké, j/à théorie et l'application se trotrvent séparées^ Ainsi, lés principes posés ci-<lesstts, sur l'al*^ Kance contriactée entre les puissances, même à leur msm , par Ift imture des choses , sont incontestaliles : mais comment ceux qu'ils doi-* vent gukler et qu'ils concernent s'y oonfionr-** ment-îls? voilà ce qu'il faut examiner. Depuis la mort de M. Cauing , il règne une espèce d^anarchie dans le cabinet anglais : c'est un Ueu de passage traversé , mais non habite par -des

( »^7 ) hàti^ passagers* Les sy^tètt^es s'y combattent; ce ctibinet professe un femië altacbemèiit pour le traité du 6 juillet; mais cette ligue est dé*^ passée depiuis long-temps sur le reste ^ c'est**' àndire sur le système anti-ruisèy en faveur de* FEurope. Pour savoir ce qu'il fera , il faut attetidre. Sûrement, il n'y a pas deux manièresr de voir la question, et un ïninistère de quelque capacité ne sera pas embarrassé pour la faire bien comprendre chez un peuple éclairé > attentif à ses intérêts et ayant droit à une justefierté : plus les Anglais sont loin du danger, plus ils peuvent garder le sang-froid nécessaire pour le bieii apprécier. Us ne sont point inti-^ nridés par la vue du glaive suspendu sur leur tété , comme peut l'être la Prusse ; ils n'ont pas besoin de déguiser leurs craintes et leursf haineë soU^ les apparences dé feintes démons-* trations d'attachemetity de ccmfiance, démen*^ tiës parla nature des choses ; che2 eux, lapensée péét être franche tt l'action libre : celle de l'Angletett^e dépend donc euéèk^ment du choix que fei^a son ministère.

L'Autriche n'a point pris part au traité du 6 juillet ; elle a évité tout engagement , se bornant à des remontrances auprès du Divan , pour le détourner d'une guerre dont elle sen-

tait que les suites pourraient s'étendi'e jusqa^ elle. L'Autriche vient de déclarer sa neutralité; cette déclaration ne forme pas un préjugé certain sur sa conduite. On n'a pas le droit de dire à ceux qui ont des intérêts à démêler : Je m'oppose à votre action, je prends parti pour Vun contre Vautre. Seulement ^ Tintervention est de droit lorsque les dommages peuvent ré^ sulter de l'abus de la victoire. Ainsi , que la Russie y profitant de son immense supériorité , veuille écraser l'empire ottoman et se fortifien de ses dépouilles, il peut en résulter pour l'Autriche tel dommage qui lui commandera de s'y opposer; mais tant que ce dommage n'existe pas, tant que des assurances modérées sont données , l'intervention blesserait le droit. La conduite ultérieure de l'Autriche dépendra donc de celle même de la Russie : tant que ses actes seront conformes à ses paroles p l'Autriche regardera faire; s'ils s'en écartent, elle aura d'autres conseils à suivre. On doit donc regarder cette puissance connue en état d'expectative y et ne pas se' presser de former de& conjectures sur ses déterminations à venir.

L'Autriche possède une très grande puissance militaire : les revers ne la rebutent pas, la longueur des combats ne l'épuisé ni ne la

( 1^9 ) fatigue; elle passe dix, vingt ans, sur les champs de bataille, plus robuste qu'épuisée par la lutte , ménageant ses forces pour les faire durer, recommençant où elle avait fini l'année précédente; mais avec tous ces principes de force résistante/ réduite à la défensive contre lin ennemi puissant, dévastateur par nature , avide de butin , qu'il faut recevoir dans des provinces fertiles, et qu'il faut aller chercher dans des lieux incultes. Sous tous ces rapports, |a partie n'est pas égale entre TAutriche et la Russie : l'une a tout à gagner et rien à perdre , l'autre a beaucoup à perdre et rien à gagner ; inégalité qui€bonstitue là dépendance , indirecte , il est vrai , mais qui a aussi des effets funestes. Située au loin de la Russie, la France en est entièrement indépendante , et presque autant que l'Angleterre ; mais comme celle-ci , elle est intéressée à la liberté générale. En effet, dans nos sociétés policées , liées entre elles par mille rapports , à quoi servirait une indépendance isolée, et comme insulaire, qui, en sufiisant à la liberté individuelle, interdirait toute influence , toute liaison au dehors ? Les oasis ne conviennent pas à cette espèce de sociétés ; il faut qu'elles puissent rencontrer des correspondans , des

analogues; eu effet à quoi répondraient des libertés qui ne rencontreraient que des esclaves? L'isolement n est plus l'apanage de nos sociétés, c'est la communication entre elles : proposer de s'isoler, de laisser le fort se jouer, pour ainsi dire , du faible , c'est proposer un anachronisme social; cela n'est plus de notre temps. Le ministère français l'a soigneusement évité ; il a demandé les moyens d'aider l'Europe, en cas de besoin, et en cela il a bien fait , il s'est montré prévoyant et européen; il a beaucoup mieux entendu et servi la France et l'Europe , que ne l'ont fait ses opposanii Ce n'est pas tout que de parler de gloire, d'honneur national, et de beaucoup de choses semblables , il jEaut soutenir ces belles paroles par des réalités. La France, dans cette occasion, a pris une honorable initiative au nom de l'Europe ; elle a préparé des armes pour le secours commun; on ne peut lui prêter aucune vue ambitieuse dans sa position. Elle revient à 1 égard de la Russie , en faveur de l'Europe , au grand rôle qu'elle a joué contre l'Autriche en faveur de l'Allemagne. Cette pensée est bien supérieure à celle qui a été exprimée à la tribune française y quelquefois même avec des formes

C i3i ) dures (i) : Tant mieux ^ a-t-il été' dit, que le colosse russe prenne sa direction du côté de rOrieat. Fort bien, maïs qui vous a dit que ce torrent ne rebroussera pas vers le Nord et l'Occident ; qu^après s'être élargi et avoir ac-

(i) Des expressions de dédain y des imputations blessantes, sont soigneusement à éviter dans des discussions publiques , qui se rapportent a de grands intérêts politiques. Offenser ceux dont la coopération est indispensable, est une faute , car on ne dispose pas ainsi les esprits à une réunion dont on ne peut plus se passer. Ainsi ) dans le véritable système européen , l'Autriche , l'Angleterre et la France ne font plus q^j^un; puisque cette vérité est devenue palpable, n'est-ce pas aller contre ce que le besoin de la France elle-même réclame que dé jeter des paroles de mépris ou d'insulte sur les ministres qui dirigent ces deux états? A quoi bon dire sans cesse de l'Angleterre que c'^rs^ un peuple mercantile^ qui ne fait rien sans calcul personnel^ et vingt choses semblables, qui rappellent le Moniteur de l'empire. Est -.ce donc que chaque peuple n'est pas à l'égard des autres, dans l'état de nature, poursuivant ses intérêts par les moyens de droit ? Quel peuple, quel état, e$t tenu de sacrifier ses intérêts à un autre , ou de s'abstenir des avantages qu'il peut légitimement acquérir? IXe voilàt-il pas un sujet de reproches bien judicieusement choisi , que celui de sa vigilance sur ses intérêts commerciaux , adressé à l'Angleterre? Est-ce donc que le commerce est une chose vile ou immorale? Un peuple estril tenu

( i32) quîs des points d'appui vers TOrient, il lie retombera pas avec on nouveau poids sur les occidentaux (i)? Que Rome prenne le chemin des Gaules ou de TAfrique , disait - on à la cour de Syrie y tant mieux , elle s'éloigne de

de borner son commeroe à un point donné , pour laisser aux autres le profit du reste? I>9 'est-ce pas le commeroe qui a donné à Fox le droit de répondre, au nom de l'Angleterre , au consul Gambacérës : L'Angleterre » tnonsic^ur, l'Angleterre , c'est l'uniTers entier. Tâchons de tenir une place dans cet unirers, et cessons de trouver matière à provocations contre d'antres, dans les succès qui leur ont valu la place qu'ils occupent. Imitons, rivalisons, surpassons, s'il est possible, mais n'insultons pas. Ces locutions ont de plus l'inconvénient de prêter des armes aux ennemis du>dehors et du dedans , de les autoriser à rappeler les temps et le langage révolutionnaires, et à persévérer dans des prétentions pré-^ judîciables à la fois à la France et à l'utilité générale, (i) Rien n'est plus propre à fkusser lés idées que les transpositions des attributs d'une chose à une autre qui est d'une nature différente. Ainsi , dans les disonssions, on entend comparer les débordemens de la Russie aux éruptions des volcans, et ses progrès au cours de la lave qui en découle. Qu'y a-t-il de commun entre ces deux choses? La lave, matière inerte par elle-même, se renouvelle-t-elle , prend-elle une nouyelle direction après s'être portée dans une autre? On fait, par les comparaisons; agir la matière comme un être raUonnani

mxus. Mais quand Carthage et Numance > eurent succombé, put -on prendre le chemin d'Antioche? Tant mieux , disait la ja-r louse Étolie , Rome fond sur Persée : celui-ci abattu, que devient l'Étolie? Il en est de même ici ; se défendre en masse ou périr en détail. ,,

voilà désormais toute la science diplomatique

calculant, ayant un pls^n et un but. Raisonner, ainsi » c'est tout gâter. 11 faut mettre gur la inéme ligne un autre beau raisonnement, d'après lequel on dirait, que les arniées. russes ressemblent à une somme d*argent, qui, ijine fois dépensée,, ne se r;enouveUe plus, et laisse Tides les mains de celui qui la possédait. Laissez les Russes dépenser leurs, armées eu Orient , entend-on dire à beaucoup de personnes-, comme s'il n était paa de la nature des armées de se renouyeler^ comme si les états n'en avaient pas les moyens. La bataille de Cannes empécba-trelle Rome de refaire l'armée qui ▼ainquit à Zama..L'Autricbe, battue depuis 1792., en avait-elle moins en 1809 cinq cent mille bommes sous les armes? La bataille de la Mo&kowa. a-t-^Ue. âté a la Russie les moyens de reformer l'armée qui est venue à Pari&, et celle qui marche à Constantinople? L'éxpé« rience constante n'a-t- elle pas appris que plus un peuple) fait la guerre , plus il peut la faire ? C'est ce qui aurait lieu de la part de la Russie à l'égard de l'Europe. Loia d'être affaiblie par sa guerre d'Orient, elle en revicn-^ drait plus forte contre VOcc\deni, F rincipiis obsta : cela esjt aussi vrai en politique qv'eq morale ; malbeu-;

( i54 ) de l'Earope. Amis à Bréda, frères ici, disait à La Haye le chevalier Temple, au grand pensionnaire de fVith, proportionnant son langage aux intérêts qui commandaient de resserrer de plus en pins les liens entre l'Angleterre et la Hollande. U faut faire de même

rensement on Toit qae trop souyent la politique n'est guère mieox traitée que la morale.

D'autres disent : Eh bien! êoii^ la Rusaie êst. vrai^ Ment le fort arméj mais elle n'a pas de financée. D'accord , si TOUS entendez par là que les finances de la Russie n'équiyalent pas à celles de*la France et de P Angleterre; mais a-t-«lle besoin de finances aussi abondantes ? Quels sont les prix respectifs de tons les objets dans ces divers états? Si l'on peut entretenir trois soldats russes avec ce que coûte un soldat anglais , la Russie n'a plus besoin que du tiers de la finance an-' glaise. De même pour la marine : un vaisseau anglais coûte autant que quatre vaisseaux russes. Dans 'l'état actuel y les finances russes suffisent • elles à l'entretien de cette armée , trop juste effroi de VEurope? La Russie a-t««lle des hommes qui ne coûtent rien à ses finances? a*t-eUe des chevaux, du fer, de h toile, du bois, -du blé, du I|étatt en ajiondance, en un mot, tout ce qui fournît à Fstrmement et k Pentretien d'une armée? Les armées qui ont le plus conquis avaient -elles des finances? Oh était la finance de la Convention, du Direc-* toire et du commencement de PEmpirc? Celui qui a ié plus de fèr ne finit -il point par avoir l'argent des au-

( '35 ) ici : les graujdeurs russes, ont peuple Tïkirope de frères intéressés .i la même jcause y et la nécessité a fait ce que toute Thabileté diplomatique n'aurait pu produire. Loin de nous ^ loin cette politique rancunière qui ne permet pas. de proférer le nom de TÂngleten^e sans ua

très: les riclies sont 0OIl8ervaiQ^Fs^:]€j^^lléQessit6QK sont conquérans des jouissances dont il^ voient les autres en possession. Mais, ajouteîit d'autres quiétistes^ latissez la Russie s'étendre y elle se partagera : Fétendue amènera la dissolution. Que l'on mMftre donc comment se brisera cette masse compacte' renfermée dans le ^rand carré ibrmé par la Vistuie/Ia «haine de9> monts qui s'élèvent entre rjEnrope et TAsie^ la- mer, Glaciale et la mer iNqire. Laissons la toute la p^.ti^ asiatique, de CQ^lc^pirc; î1 tiendra encore à Ifi Russie d'£tirope pendant dç5 siècle^; mais en quoi la scission soulagera-t-elle le continent européen de la pression qu'exerce sur lui la Russie? Aucun état n*est moins susceptible de partage ou de scission que la Russie. Son territoire forme une masse compacte > sans aucune lacune; la religion, les mœurs, le Japgage, l'obéissance , tout j est identique^ le sol nV^rë pas de ces barrières nature)le9 qu'ont la France etiHàViQmagne avec la Loire et. le Panube* Au lieu q^i'i^ Russie tout se tient, tout est liéy tout^ pour user d'une locur tion vulgaire, est d'une pièce. Entre les chimères dont on peut aimer à se bercer , pour se dispenser d'agir convenablement à l'égard dq la Russie, celle de son partage mérite d'occuper un premier rang.

( «58) «aire les deux puissances maritimes , et toute colonie apparlieiit de droit à la svpérioritë nayale ; c'est Va, b, c, de cette science. La France ne garderait donc ces possessions que jusqu'à sa première querelle avec l'Angleterre, et alors elle se verrait obligée de les remettre àsa rivale y comme elle a £ait pour toutes celles qu^elle a possédées en si grand nombre en Amérique «t en Asie. L'Angleterre s'y est portée sa légatrice universelle ; elle reviendrait encore à cette hérédité en Grèce , après avoir laissé à la France le soin de s'établir dispendieuseoient dans ces colonies, de les fortifier pour les lui remettre ensuite à elle «même dans un état pr^nre à lui en Êiciliter la possession éternelle. N'est-ce point ainsi qu'a fini toute la colonisation française ? et, dans cet état de choses , est-K:e la peine d'y revenir ?

Résultat tie la guerre de r Orient pour la Grèce.

Ce résultat peut être de deux espèces ; il dépend en partie de la détermination de la Tur* quie, et de l'issue que la guerre aura pour elle. Chose singulière! il peut arriver que la Turquie, bien contrairement à ses intentions, contribue elle-même à la formation du gn^nd

(»39) état grec , que réclament les besoins de TEu* rope. Cela dépendra de la manière dont «lie conduira la guerre ^ soit comme constance, soit comme habileté et virilité. Si les faits répondent aux apparences , et que, brisé au premier choc, cet empire si précieux aux yeux de la diplomatie, se montre tel qu'il est, c'est-à-dire un cadayre incapable de reprendre vie , il est possible que de cette épreuve de sa faiblesse il sorte enGn une heureuse lumière qui éclaire les cabinets , et qui les porte à renoncer à une illusion qu'ils ont caressée trop long-temps. Mais en écartant cette hypothèse, comme trop favorable et trop éloignée de Tesprit actuel de la diplomatie européenne , la guerre actuelle ne peut manquer d'assurer la liberté de la 'Grèce, telle que l'on a en vue de la former. Ce résultat arrivera par la paix comme par la guerre , et par la guerre comme par la paix. En effet, en cas de paix , les trois puissances la feront reconnaître ; en cas de guerre , elles expulseront les TuMB du territoire grec. Les Turcs, occupés à défendre Constantinople , n'auront pas de forces disponibles contre la Grèce; les alliés forceront Ibrahim-Pacha a retourner en Egypte, ou bien ils le chasseront les armes à la main. S'il s'élève vere le nord de la Grèce, pour join-

dre son corps d'armée à celle des Turcs ^ alors la Morée est abandonnée par les Turcs , et les Grecs s'y établissent sans coup férir. Le même résultat a lieu, si Ibrahim évacue la Morée , ea conséquence de quelque arrangement fait à Alexandrie y et il n a rien de mieux à faire ; le résultat est le même , la libération de la Morée. Une liberté quelconque est donc assurée à la Grèce; c'est le fruit du traité du 6 juillet, et delà bataille de Navarin. Si Ibrahim avait reçu et conservé intacts les renforts envoyés par son père , la ruine de la Grèce était consommée ; elle ne pouvait rien opposer au développement des forces qui allaient l'assaillir^ Heureusement le traité de Fétersbourg lui avait assuré des vengeurs ; le grand coup frappé à Navarin a brisé l'arme qui menaçait la Grèce. Si tout le bien ne se fait pas à son égard , du moins les grands maux auront pris un terme ; et si l'on n a pas à célébrer un triomphe complet , il y aura à remercier pour les consolations données : du moins, comme a dit l^omte Lalné , la conscience du genre humain, aura reçu quelques apaisemeiis..

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