‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de l'OrientChapitre 5 sur 24 · II · texte numérisé non relu

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tiers de k Pologfie ; tcôiâ guerres leur donnent la Crimée , là Bessarabie ; là Finlande eom-* plète l'empire au nord, et le Congrès de Vienne la place en regard et en contact avec l'Allemagne. Par l'occupation de File d'Aland^ StDck*holm est serré de près et surveillé strictehient^ même d'une manière menaçante. Par la der* nière paix avec la Perse, cet état est annulé : le sophi n'est plus à la Russie que comme le^ nabads, que l'Angleterre tolère dans l'Inde, sont encore pour elle. Par cette même paix , la Turquie d'Asie est ouverte aux armes russes, et la mer Noire est cirGonvenue4 Ainsi a marché la Russie , pdur se débarrasser de tous les' obstacles, et pour arriver graduellement en face de l'Europe occidentale. L'y voilà arrivée; elle est il la fois aux portes de fierlin et de Vienne } aucun obstacle sérieux ne la sépare de ces deux capitales dés états /qui peiivent seuls lui offrir quelque résistance. La position d'une d'entre elles est aggravée par une circonstance singulière. Un tiers de la monarchie prussienne est comme placée sur les der^ rières de la Russie; elle est plus en Russie^ qu'en Prusse : ainsi tout le territoire prussieik qui s'étend depuis l'Oder jusc^u'à Memel , lé long de là Baltique^ ne tient pas au corps de

la monarchie, et dans toute guerre il en reste séparé : la défensive de la Prusse ne peut commencer qu'à l'Oder; par conséquent la Prusse proprement dite et le duché de Posen tombent aux mains des Russes, au premier coup de canon. Les armées russes sont si nombreuses qu'elles suffiraient à la fois à marcher en ayant et à saisir tout ce qui serait sur leurs derrières. Jamais la Prusse ne ferait la faute d'engager une armée dans ses domaines au-delà 4e l'Oder, ce serait l'exposer à la captivité : la Russie a une flotte dans la Baltique , et la Prusse en manque. Cette considération maîtrisera toujours le cabinet de Berlin , le rendra timide et obséquieux envers la Russie ^ et ôtera toute énergie à son action. La vue de cette perte retiendra au fond de son cœur les vœux dont l'accomplissement lui serait le plus salutaire, et la crainte le détournera de travailler franchement à leur accomplissement.

On dirait qu'un mauvais génie s'est attaché à affaiblir la Prusse , qu'il fallait au contraire fortifier à mesure que la Russie s'approchait. Au lieu de cela , loin de travailler à la rendre plus forte en la rendant compacte , en rapprochant d'elle SCS diverses parties , on les a séparées en lui donnant le grand-duché du Rhin ;

( «3) il est arrivé de là , i ** qu'il y a eu trois Prusses , luûe en Pologne, l'autre en Allemagne, la troisième entre l'Allemagne et la France; a* que les trois Prusses, h. défaut de liaison, n'en ont pu faire qu^une Prusse affaiblie ; 3® que d'alliée naturelle de la France qu'était la Prusse en Allemagne, loin de la France, au contraire, à ses portes; elle est devenue son ennemie. Si l'on avait eu l'intention d'affaiblir la Prusse , d'ouvrir les portes de l'Allemagne, et par elles, celles de l'Europe à la Russie , aurait-on pu faire mieux ? Voilà une de ces fautes capitales, qui renferment et portent en elles la destinée des empires, et sur laquelle cependant le congrès de Vienne a passé avec la plus inconcevable légèreté. On en sentira long-temps les effets, et l'Europe ne sera pas dédommagée par les idées de légitimité et par les égards de parenté qui entrèrent, chez quelques-uns, dans les élémens de cette fatale détermination. Il s'agissait des intérêts, que dis -je, de la liberté à venir de l'Europe , et certes ces considérations étaient d'une nature supérieure à toutes les autres. /

Là position de TAutriclie, à l'égard de la Russie, est aussi hérissée de difficultés. L'oracle de Burke , sur les conséquences du par-

Uge de la Pologne y s'est réalisé. Cet état^ que le ciel semblait avoir interposé entre l'Orient et rOccident , pour amortir les coups qu'ils pourraient se porter^ est partagé entre eux ; mais ce partage les a rapprochés et mis en présence. Dans la guerre de 1806 ^ contre la Frusse , la Russie a'ayait pas dédaigné quelques domaines de son alliée en Pologne; dans celle de 1 809 ^ elle ne négligea pas non plus quelques domaines autricliiens dans le même pays. Par la Volhynie et le royaume, de Pologne ^ la Russie touche à la Galicie , possession précieuse pour l'Autriche , mais d'une fi* délité toujours suspecte à TAutriche; car il est naturel de supposer aux Polonais de la Galicie plus de penchant pour le royaume de Poloigne que pour la monarchie d'Autriche.

Qtpelque £sdhle et décolorée que soit aux yeux d'un Polonais l'image de la Pologne dans le royaume de ce nom y cependant ^ en lui , il verra encore plusi de la Pologne que dans ce qui est purement autrichien ; et c'est l'évi-^ dence et la permanence de cette préférence qui est propre à nourrir les ombrages de l'Au^ ti^iche contre ses suje^ de la Galicie. Maie ce royaume de Pologne , entre les mains de la Russie^ I n'est-iJi pas menaçant pour le reste de

( «5) l'Europe? C'est uae avant-garde de cent wHe hommes y placés en tête des armées Russes. Et quels soldai que les Polonais? Qui les suis?

passe en courage ^ en force de corps ? Us ont paru en ligne ayec les armées françaises; ea quoi leur étaient-ils inférieurs ? Quel msitériel de guerre ne présente pas le royaume de Po* logne^ en chevaux^ en bétail^ en denrées de toute espèce '^ De plus^ par sa situation, ce royaume est un poste avancé , offensif pour l'Europe; prépare contre la Russie^ sous le noin de duché de Varsovie , la destinée qui veille pour cet empire , le lui a donné , et a

placé te mal la où l'on avait voulu placer le remède.

Pour faire bien sentir toute la gravité de cette position y estimons les attributs respectif de la Russie et de ses voisins. La Russie gagne à sortir de chez elle ; pour elle ^ tout s'améliore en se portant vers le midi ; au co^iitraîre ^ en allant à elle ^ tout se détériore ^ climat ^ chemins^ habitations. En allant vers le midi» le temps de l'action croit soiis la protection du soleil ; en allant vers le nord » elle décrçit par le peu de temps que laisse le passage rapide da soleil sur cettç terre de glace. Cette action doit commencer tard et finir de bonne hem*e.

( i6) Bientôt les fnmats viennent enchaîner les pas des retardataires ; s'avancer dans des contrées sans chemins, sans habitations rapprochées et dépourvues de moyens de subsistance, est fort pénible : il faut tout porter et traîner après soi. Une guerre de Russie ne ressemble pas à une guerre d'Europe, et, pour tout combler, comment rendre à un pays couvert de sables, ombragé de noirs sapins, le mal qu'il peut envoyer faire dans les lieux moins disgraciés de la nature? La Russie jouit de ce terrible privilège ; elle peut faire toujours un mal que Ton ne peut jamais lui rendre. Les attributs matériels de la Russie présentent donc a eux seuls une déclaration solennelle de l'inviolabilité de son territoire. Elle est écrite en caractères ineffaçables dans les résultats des tentatives de Charles XII et de Napoléon . Après eux , qui osera se flatter de prévaloir là où ils ont échoué, et de chercher des triomphes où ils n'ont trouvé que le tombeau de leur puissance. Les Russes peuvent faire encore à qui voudrait les attaquer, la réponse que les Scythes, leurs pères, firent à Alexandre : du moins le héros macédonien eut le bon sens de les comprendre.

La Russie , comme nous avons déjà eu lieu

( '7) de le foire observer, .n'a plus de voisinage

inquiétant; toutes ses 'forces sont donc dispo« nibleSy et ces forces sont immenses; elles les portera sur son front : là se trouveront toujours Félite el la masse de ces forces. Quand la Pologne était interposée entre elle et le continent , les armées russes devaient parcourir de grands espaces pour se rendre sur le terrain : elles avaient à traverser un territoire étranger ; elles manquaient de magasins et de dépôts. Ces armées arrivaient tard et devaient se retirer de bonne heure : aussi Frédéric , dans la guerre de 1756, ne s'inquiétait guère de gagner ou de perdre des batailles contre elles ; il lui suffisait d'en livrer à ces armées venues de loin , el de leur faire le plus de mal possible. Par cela seul , il était sur de les renvoyer chez elles et d'en purger son pays : on a vu un de ses généraux, envoyé tout exprès pour ce résultat, arriver à 1 armée à midi, être battu à quatre heures, mais le lendemain les Russes, malgré leur victoire, rétrogradèrent. Ainsi en uisa-t-il avec les généraux Fœrmor et SoltitofF. L'occupation de la Pologne a changé tout cela , aii profit de la Russie ; elle n'a plus à faire partir ses armées de loin , à les fatiguer par de longues marches, à consumer le temps dans ces

(i8) lointains et pénibles déplacemens. Dësormais , pour joindre la Prusse > T Autriche et le corps de TAlleniagne , larmëe russe n'a plus qu'un pas à faire ; elle part de sa frontière^ qui touche au centre de l'Europe; à Zamosk, à Modlin, à Bobruuischy elle a des dépôts^ des arsenaux, des magasins à Varsovie et dans dix autres lieux; elle est donc affranchie des obstacles qui , en d'autres temps, entravaient sou action. Sous ces rapports , l'occupation de la Pologne Ta portée au niveau de ses adversairesi.

3'. Armée russe.

Cette armée est plus nombreuse que celle d'aucun état particulier; elle égale celles réunies de la France , de l'Autriche et de la Prusse* Avant 1 800, les armées russes étaient inférieures en science à celles des grands états militaires; les combats contre Napoléon , le mélange prolongé avec les armées allemandes, leur ont donné l'instruction qui alors leur manquait. Le matériel de cette armée , en hommes , est excellent :

des bras robustes, obéissans^ ^nt guidés par des têtes savantes dans l'art de la guerre; le corps des officiers russes a reçu une éducation soignée : on les a vus au milieu des autres milîr taires eurQpéens; ils ne leur cédaient sous aucun rapport, l^e soldat russe est sobre ^ plié k vue

( »9 ) discipline de fer^ endurci à la fatigue^ familiarise avec les rignears des saisons , ignorant de toute jouissance; ce sont de redoutables machines de guerre , que de pareils hommes. Les chevaux , le bétail , le fer abondent en Russie; tous ces objets y sont à bas prix et coûtent fort cher dans le reste de l'Europe. La Russie abonde en chevaux très propres à tous les usages de la guerre ^ ce qui lui donne un grand avantage sur les états de PEurope où ces animaux propres au service militaire deviennent rares. Dans l'état actuel de l'art militaire^ les chevaux scmt la moitié des moyens de guerre.

Quant au nombre ràéme de cette armée ^ nous n'avons pas à nous inquiéter de le fixer en Itfî-mème, ni d'une manière précise; il suffit de savoir que la Russie peut opposer à l'Europe, ou lancer sur elle, des armées immenses, qu'elle a le pouvoir d'augmenter, de recruter, d'alimenter, quisont homogènes dans tous leurs Siemens, tandis ^ue celles qui lui seraient opposé^ ne peuvent être que le résultat d'alliances> et par coi»équent sujettes à toutes^les espèces d'inconvéniens qui se rencontrent dans les alliances. L'action d'un seul a toujours une énergie et un ensemble bien difficiles a obtenir dans une coalition dont les intérêts.

les sensations, les vues peuvent différer. U ne nous appartient point de tenir compte , dans ce calcul » des colonies militaires de la Russie; c'est un essai qu'il faut laisser au temps à juger. L'Europe doit se féliciter que la Russie porte une partie de ses moyens sur une marine qui lui coûte plus qu'elle ne lui rendra jamais : après la marine française , c'est une des plus ruineuses inutilités dont on puisse se faire l'idée. Contre qui toutes les deux pourraientelles servir à un emploi utile? U a fallu une circonstance telle que celle de l'intervention grecque , pour que ces deux marines aient pu agir. Si l'Angleterre eût été réunie à la Turquie, au lieu de faire contre elle, les vaisseaux russes et français auraient subi leur Nas^arrin. C'est à l'aide de l'alliance avec l'Angleterre, que ces deux marines ont pu déployer leurs pavillons ; dans le cas contraire , ils n'eussent jamais dépassé les rades de Toulon et de Cronstadt. La marine russe de la mer Noire est afférente aux affaires du Levant , mais étrangère à celles de l'Europe; c'est pourquoi nous ne nous en occuperons pas.

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