‹ Du système social et des lois que le régissentChapitre 15 sur 76 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Division de ce premier livre.

Avant d'étudier le système social, il faut connaître les éléments dont il se compose ; c'est donc sur l'homme que doit porter d'abord toute notre attention. La partie de la science qui s'occupe de son organisation et des lois de son développement, est fort étendue : l'homme en effet peut être considéré sous le triple rapport du physique, du moral et de l'intelligence.

L'homme physique a donné lieu à de nombreuses recherches ; et cependant ce qui ap-

partient à cette étude est à peine ébauché. Nous serons longtemps encore avant de connaître les réactions que les qualités physiques, prises individuellement, exercent les unes sur les autres et les modifications qu'on peut leur faire subir.

Quand on considère les lois de développement des qualités morales et intellectuelles, les difficultés deviennent plus grandes encore ; on en est même à se demander s'il existe des lois ; et, en tout cas, si l'observation pourra jamais réussir à les déterminer.

Ce qui fait obstacle à ce genre d'études, c'est une crainte exagérée de voir porter atteinte au libre arbitre de l'homme ; il semble qu'on réduise notre espèce à fonctionner comme un ensemble de machines. Mais qui de nous ignore que, dans tous nos rapports physiques avec le monde extérieur, nous obéissons aux mêmes lois que les corps inanimés? Notre libre arbitre souffre-t-il quelque atteinte parce qu'il ne nous est pas donné de jouir de qualités placées en dehors de notre sphère? Est-ce nier son existence que de reconnaître que nous sommes attachés à notre globe par la même loi de gravitation qui y retient les moindres grains de poussière? Quand la science nous permet de vaincre en apparence ces liens mystérieux et

que nous parvenons à nous élever dans les régions supérieures de l'atmosphère, n'est-ce pas encore sous la condition de ne pas nous soustraire aux lois de la nature? Partout, dans le monde matériel, nous trouvons des lois à la nécessité desquelles nous devons obéir. Pourquoi donc aurions-nous le vain orgueil de nous en croire affranchis clans un ordre de choses plus élevé, où les moindres écarts ont les conséquences les plus graves?

C'est ici que nous trouvons au contraire une admirable harmonie qui, tout en laissant à l'homme sa libre faculté d'agir, l'a cependant limitée avec tant de sagesse, qu'elle ne peut entraver en rien les lois immuables qui président à la conservation des mondes comme à celle des plus simples éléments qui les composent.

Mais je ne veux point anticiper. Je désire seulement que cet ouvrage ne soit lu sous l'influence d'aucune prévention ; je n'ai d'autre but que de montrer qu'il existe des lois divines, et des principes de conservation dans un monde où tant d'autres s'obstinent à ne trouver qu'un chaos désordonné.

Page 1