CHAPITRE II
Facultés physiques de l'homme. Constantes. Causes influentes.
On s'est souven t demandé si, depuis les temps anciens, les facultés physiques de l'homme ont subi des modifications sensibles. En lisant les chants d'Homère, on serait tenté de le croire ; il semblerait en effet que la stature et la force des guerriers étaient plus considérables que de nos jours. Mais les poèmes de l'Arioste et du Tasse nous donnent des idées non moins grandioses des guerriers du moyen âge. Faut-il en conclure, sur la foi des brillantes exagérations de la poésie, que nous valons réellement moins que nos aïeux ? non sans doute ; c'est à des sources plus sûres qu'il faut recourir.
Il nous reste heureusement des monuments des temps passés pour guider nos jugements ; fouillons les tombeaux d'Egypte, les ruines de Babylone, ainsi que les cryptes américaines de l'ancien empire du soleil. Nous pouvons mesurer, en les dépouillant de leur prestige, de vieux ossements et des corps entiers que la science nous a transmis depuis l'antiquité la plus reculée. C'est en consultant ces restes précieux,
que nous reconnaîtrons si l'homme, en traversant la suite des siècles, a conservé invariablement sa stature et ses proportions.
Si nous connaissions quelle a été sa taille, de siècle en siècle, nous aurions une série de grandeurs, qui exprimeraient la loi de développement de l'humanité quant à la taille. Cette loi, comme on le comprendra sans peine, est bien différente de la loi de développement de l'individu. Ici, l'on remarque une croissance bien prononcée qui s'arrête à une époque de la vie. De l'autre part, on ne voit rien de semblable : au lieu de croître depuis l'origine des choses, la stature de l'homme semblerait avoir diminué au contraire. Nous ne saisissons du reste dans le développement de l'humanité que la partie de la loi qui appartient aux temps les plus rapprochés de nous. L'on comprendra par les indications qui précèdent, quelle est la distinction que j'établis entre les lois de développement relatives à l'homme et celles relatives à l'humanité ou même à un peuple. Il faut connaître les premières, pour étudier avec succès les secondes.
On conçoit du reste qu'en parlant de l'individu, il ne saurait être question de tel ou tel homme en particulier ; nous devons recourir à l'idée générale qui nous reste après avoir con-
sidéré séparément un grand nombre de personnes.
Les premiers navigateurs qui ont visité les îles de Sandwich, ont été frappés de la grandeur et de la beauté des indigènes; mais l'opinion qu'ils en ont rapportée s'est nécessairement formée d'après l'ensemble des hommes qu'ils y ont observés. En venant rendre compte en Europe du résultat de leurs observations , ils n'ont pas eu égard aux individus plus chétifs ou plus petits qu'ils avaient remarqués dans le nombre, ils n'ont parlé que de l'impression générale qu'ils avaient éprouvée. C'est en effet de cette manière que l'on peut juger; mais cette méthode d'appréciation, par de simples aperçus, a nécessairement quelque chose de vague et d'incertain dont la science ne saurait se contenter.
Dire que les habitants de Sandwich sont grands, suppose à la fois plusieurs choses : d'abord un objet n'est grand que par rapport à un autre de même espèce, que l'on prend pour terme de comparaison. Ainsi, les habitants de Sandwich dépassaient en général la taille des Européens qui les ont visités. Mais quelle était la taille des Européens? 11 y en avait de grands, de petits , de moyens ; on n'entendait pas parler de tous en même temps, c'était évidemment de
la taille la plus commune , de celle que je nomme moyenne par rapport aux autres.
Mais tel est l'état des choses que , dans aucun temps ni chez aucun peuple, on n'a songea déterminer la taille moyenne de l'homme, et bien moins encore son poids et les autres éléments mesurables qui le concernent. César nous parle de la taille élevée des Gaulois, qui surpassait de beaucoup celle des Romains; mais il se borne à cette assertion vague. Aujourd'hui même, l'on n'est guère plus avancé quand on veut comparer les peuples sous le rapport de la stature ; cependant nous sommes beaucoup moins excusables que les anciens. La théorie des moyennes leur était pour ainsi dire absolument inconnue; nous, au contraire , nous sommes parfaitement familiarisés avec son emploi auquel nous devons en grande partie le perfectionnement des sciences d'observation. Il serait temps enfin de l'introduire aussi dans la science de l'homme et de déterminer les constantes qui le caractérisent.
Par constantes, j'entends des valeurs fixes telles que la taille, le poids, la force. Chaque individu a ses constantes particulières qui dépendent de l'âge, du sexe et de diverses autres circonstances. En réunissant les individus d'un même âge et d'un même sexe et en prenant la
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moyenne de leurs constantes particulières, on obtient des constantes que j'attribue à un être fictif que je nomme Y homme moyen chez ce peuple. Si l'on avait , par exemple , les tailles de tous les Français âgés de vingt-cinq ans, et si l'on en prenait la moyenne, la valeur que l'on obtiendrait, serait la taille de l'homme moyen de vingt-cinq ans.
La France est très-étendue, et, par suite, sa population n'est point parfaitement homogène. Le Provençal , l'Alsacien et le Picard, si l'on faisait la distinction des provinces, n'auraient pas la même taille moyenne; cette différence tient surtout à la diversité des origines et des climats.
Le nombre des causes qui peuvent faire varier la taille de l'homme, est plus considérable qu'on ne le croit communément. Le développement en hauteur n'est pas le même pour les habitants des villes et pour les habitants des campagnes, pour les personnes qui vivent dans l'aisance et pour les travailleurs. Ces résultats ont été constatés en France et en Belgique : des recherches semblables ont été faites en Angleterre , et elles y ont pris en même temps un caractère d'utilité publique. Il a été reconnu que les enfants soumis aux travaux des manufactures étaient arrêtés dans leur croissance, et
que, par suite, l'homme s'y trouve détérioré dans son espèce. Cet argument a puissamment plaidé en faveur de la réforme que l'humanité réclamait, depuis longtemps, au sujet des travaux pénibles imposés aux jeunes travailleurs.
iUnsi donc, pour nous résumer, la science aurait à rechercher quelles sont les constantes relatives à chacune des qualités physiques de l'homme. Elle aurait, de plus, à faire la part de chacune des causes influentes, et à déterminer les modifications produites par l'âge, le climat, le sexe, la profession. Ce travail peut être long, pénible même, mais il ne saurait soulever des difficultés sérieuses, puisqu'il ne se présente ici rien qui sorte du cercle ordinaire des sciences d'observation, et qu'il ne s'agit en définitive que de constater la grandeur d'éléments auxquels sont immédiatement applicables des mesures matérielles.
Le chapitre suivant nous apprendra toutefois que ces constantes ou moyennes ne sont pas suffisantes pour l'objet que nous nous proposons, et qu'il faut quelques données de plus pour compléter nos notions sur l'homme.
d'une ville qui varient selon le goût de l'époque et le caprice de ceux qui les ont construits.
Qu'on mesure les hauteurs de toutes les maisons d'un pays, et qu'on classe ensuite les nombres par ordre de grandeurs, on n'y trouvera aucune succession régulière; mais il n'en sera plus de même quand il s'agira des tailles des habitants de [ce pays. 11 y a plus : les nombres se présenteront exactement comme s'ils étaient le résultat de mesures prises sur une seule et même personne, mais avec des instrumens peu précis qui justifient la grandeur des écarts. S'il n'existe pas de cause constante d'erreur, il arrivera en effet qu'après un grand nombre de mesures, les- écarts en plus balanceront les écarts en moins, de telle façon que la moyenne donnera la véritable hauteur qu'on cherchait à déterminer ; on trouvera même quejles divers résultats obtenus, étant rangés par ordre de grandeurs, tomberont symétriquement des deux côtés de la moyenne.
Les choses se passent donc, ici, comme si la nature avait un tijpe propre au pays et aux circonstances dans lesquelles il se trouve. Les écarts de ce type seraient le produit de causes purement accidentelles qui agiraient avec la même intensité en plus et en moins.
En considérant les choses sous ce point de
vue, et en supposant un nombre d'observations suffisamment grand, l'homme moyen, à chaque âge, se trouverait placé entre deux groupes d'individus également nombreux, les uns plus grands, les autres plus petits que lui. De plus, les groupes se distribueraient de la manière la plus régulière d'après l'ordre des tailles. Les groupes les plus nombreux sont ceux qui s'écartent le moins de la moyenne : à mesure que les écarts deviennent plus forts, les groupes d'hommes qui les présentent sont plus faibles ; et, vers les limites extrêmes, les géants comme les nains sont très-rares ; il ne faut pas néanmoins considérer ces derniers comme des anomalies, ils sont nécessaires pour compléter les séries ascendante et descendante déterminées par la loi des causes acci dentelles . Chaque groupe en effet a sa valeur définie. Ainsi, quand les hommes sont confondus dans la société et que leurs grandeurs se mêlent en apparence de la manière la plus capricieuse, il existe entre eux un lien mystérieux qui fait que chaque individu peut être considéré comme la partie nécessaire d'un tout qui nous échappe physiquement et qu'on ne peut saisir qu'avec les yeux de la science.
Ce que je viens de dire, je ne l'avance pas d'aprèsdes hypothèses gratuites ; jene fais qu'é-
jioncer les résultats que m'a donnés l'expérience. J'ai longuement développé dans un autre écrit les recherches que j'ai faites sur ce sujet aussi curieux qu'instructif. J'ai spécialement insisté sur un exemple que j'ai trouvé dans les documents officiels relatifs aux tailles des conscrits français. Le classement par ordre de grandeurs avait été donné pour les tailles reconnues propres au service militaire, et l'on s'était borné à indiquer le total des autres nombres. Or, au moyen des groupes connus, il m'a été possible de calculer à priori ceux qui ne l'étaient pas. J'ai été conduit ainsi à constater qu'il se fait une fraude notable dans les réformes pour défaut de taille, fraude dont j'ai pu établir le chiffre.
On conçoit qu'il serait de toute impossibilité de faire un calcul semblable pour une succession de nombres qui ne seraient liés entre eux par aucune loi commune.
D'après ces recherches et celles que j'ai faites sur la Belgique, l'Angleterre et l'Ecosse, je me crois fondé à dire qu'il existe bien véritablement un type pour la taille de l'homme. Je puis en citer une nouvelle preuve dans la fixité du chiffre qui représente la taille des conscrits, en passant d'une année à une autre. Ainsi, les hommes d'une levée ont la même taille exacte-
nient que ceux de la levée qui précède ou qui suit. Les légères déviations qui ont eu lieu à cet égard, ont presque toujours trouvé une explication naturelle dans le chiffre de certaines années calamité uses ; car il paraît que de telles années laissent profondément leur empreinte dans l'espèce humaine, comme des hivers rigoureux laissent leur trace dans les couches ligneuses des arbres de nos forêts.
Les anomalies passagères ne détruisent en rien la valeur d'une loi; souvent même ce sont les effets de lois différentes qui se combinent ensemble. Quand une pierre tombe dans le vide et que l'on connaît les conditions dans lesquelles elle se trouvait au commencement de sa chute, on calcule facilement, par le principe de la gravitation, toutes les circonstances de son mouvement. Une atmosphère plus ou moins dense peut modifier de mille manières ces circonstances, sans porter atteinte au principe de la gravitation. De même, les professions, les degrés d'aisance, les climats peuvent faire varier le développement de la taille chez les différents peuples. La nature et l'homme contribuent à la fois à produire ces modifications. J'ai distingué ces deux genres d'action par le nom de forces naturelles et de forces perturbatrices. Les premières ont un caractère de fixité
et de permanence qui n'appartient pas aux secondes. Les dernières agissent comme le feraient des forces accidentelles; elles laissent une empreinte plus ou moins profonde ; puis elles s'effacent et permettent à la nature dont elles ont entravé la marche, de rentrer dans tous ses droits.
Nous venons de voir que, pour l'homme adulte, la hauteur se trouve déterminée d'une manière fixe et que les variations qu'on remarque, sont également réglées par une loi de la nature. Ajoutons encore qu'il existe, pour chaque âge, une taille moyenne déterminée dans l'un et dans l'autre sexe, ainsi que des limites entre lesquelles varient les nombres individuels.
En ne considérant que la taille moyenne de chaque âge, la succession des nombres constitue la loi de croissance, dont les effets peuvent cependant être modifiés par différentes causes. Considéré comme individu, l'homme naît ayant un peu moins du tiers et un peu plus du quart de la hauteur à laquelle il doit atteindre un jour. Sa croissance, d'abord très-rapide, devient uniforme ensuite jusqu'à l'âge de quinze à seize ans ; puis elle se ralentit et cesse entre vingt et vingt-cinq ans. On peut dire que la croissance de l'enfant, même depuis le troisième mois qui précède sa naissance, jusqu'au développement
complet, suit une loi de continuité telle que les accroissements diminuent successivement avec l'âge.
La loi de croissance ne peut se vérifier que lorsqu'on opère sur un grand nombre d'hommes, et qu'on parvient à éliminer les effets de toutes les causes accidentelles. 11 n'existe peutêtre pas un seul homme au monde dont la croissance ait été parfaitement régulière et conforme à la croissance déduite des résultats généraux.
M. le pasteur J. W. H. Lehmann, de Potsdam, a présenté à ce sujet des remarques fort judicieuses (1) ; il a exprimé la crainte que, dans certains cas, en généralisant trop, on ne perdît de vue les particularités qui, bien qu'individuelles, peuvent cependant tenir également à une loi générale. Par exemple, vers l'âge de puberté, la croissance, après avoir été arrêtée, se développe quelquefois avec une rapidité extraordinaire : la loi de continuité semble être rompue par une espèce de saccade. Ce phénomène plus ou moins prononcé, pourrait être général, sans qu'on en remarquât les effets dans les moyennes. Ainsi, chez un jeune homme, l'accroissement en hauteur a été arrêté à l'âge
(I) Jahrbuch hcrausgcgeben von H. C. Schumacher. Annuaires pour 1841 et 1843.
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de quatorze ans; puis, par un changement brusque, il est devenu extrêmement prononcé à l'âge de quinze ans, pour s'arrêter encore deux ans après. Chez un second jeune homme, l'accroissement en hauteur a été stationnaire vers l'âge de quinze ans, et il s'est prononcé à l'âge de seize à dix-sept ans, en sorte que les deux saccades qui se sont opérées à peu près de la même manière, mais à des époques différentes, pourraient réellement exister en vertu d'une loi générale, et cependant leurs effets se seraient entre-détruits et ne laisseraient aucunes traces dans la loi générale déduite des moyennes.
Les changements brusques qui surviennent aux époques critiques de la vie de l'homme, peuvent être considérés comme des espèces de maladies qui bien souvent sont les résultats de notre manière de vivre, de nos habitudes presque toujours en opposition avec ce que veut la nature. La croissance de l'homme procéderait avec plus de régularité, si la nature était moins contrariée dans sa marche. Il faut aller dans les pays chauds, voir les formes de l'homme et de la femme se développer sans connaître la gêne des vêtements qui les emprisonnent et les altèrent, pour juger des lois de la croissance. Les voyageurs sont unanimes sur
ce point ; c'est parmi les créoles que l'on trouve en général les formes les plus belles : cette classe, en effet, ne porte pas les traces d'un travail qui détériore les classes inférieures, ni des entraves clans lesquelles on captive le corps chez les classes les plus élevées.
La nature ne procède pas par mouvements brusques, et si notre civilisation nous les fait connaître, c'est qu'ils sont certainement son ouvrage. Les accouchements quelquefois si laborieux dans nos villes, si funestes aux mères ainsi qu'aux enfants, produisent rarement des accidents clans les familles qui se rapprochent le plus de la nature. La femme du sauvage, à peine délivrée de l'enfantement, court se plonger dans l'eau d'un fleuve.
Tout en reconnaissant ces altérations brusques, signalées par M. Lehmann, je ne puis les regarder que comme un produit plus ou moins marqué de notre civilisation, mais qui, par la manière irrégulière dont il se présente, ne trouble pas môme la marche de la nature. 11 ne mérite pas moins d'être constaté.
Le genre de nourriture de l'homme et les lieux qu'il habite ont aussi une influence sensible sur sa croissance. Il est connu que, dans le midi, l'âge de puberté se déclare plus tôt que dans le nord; de là résulte sans doute que la crois-
sance s'y trouve plus tôt arrêtée et que l'homme y atteint une taille moins élevée que dans les régions septentrionales.
Chez la femme aussi, la puberté et la fin de la croissance sont plus précoces que chez l'homme ; la courbe qui indique son développement en hauteur s'arrête plus tôt et reste toujours audessous de celle qui se rapporte à l'autre sexe.
Ainsi donc, à l'instant même où l'homme entre dans la vie, sa taille se trouve fixée par la nature ; les variations qu'on remarque sont purement accidentelles ; et, en les groupant par ordre de grandeurs, elles obéissent également à une loi. Tout a été combiné avec une harmonie telle, que les anomalies mêmes n'existent qu'en apparence et qu'elles procèdent avec la même régularité que les lois dont elles déguisent la marche.
Le même ordre, la même symétrie continuent à subsistera chaque âge. En Belgique, l'homme moyen à l'époque de son entier développement atteint une hauteur de lm,684 , et la femme de l,n,579. Mais nous avons déjà vu que ces constantes ne suffisent pas pour déterminer complètement ce qui se rapporte à la connaissance de la taille, il est nécessaire de savoir encore les limites entre lesquelles les tailles peuvent varier. Quand on connaît ces
trois éléments : la taille moyenne et les tailles maximum et minimum, la loi des variations accidentelles donne les moyens de calculer comment la population se fractionne 'par ordre de grandeurs. Cette loi est d'autant plus importante qu'elle présente toute la généralité possible ; on la retrouve dans ce qui se rapporte au poids, à la force et à toutes les qualités physiques de l'homme. De sorte qu'on peut calculer à priori, quand on connaît la moyenne et les deux termes limites, comment une population se fractionne sous le rapport des hommes qui ont tel poids ou telle force déterminée.
Il n'est pas prouvé que la taille de l'homme moyen, dans un même pays et chez un même peuple, reste constamment la même : elle peut, au contraire, sous l'influence de différentes causes, augmenter ou diminuer. Si on la déterminait avec soin de siècle en siècle, ou même à des intervalles plus rapprochés, on aurait une série de nombres aussi curieux qu'utiles à consulter.
La loi de croissance peut en effet être considérée sous trois points de vue bien distincts. On peut rapporter l'accroissement de la taille à l'individu, au peuple dont il fait partie, ou bien à l'espèce humaine tout entière.
Par rapport à un peuple, c'est l'homme moyen entièrement formé qu'il faut plus particu-
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lièrement considérer; c'est lui qui exerce de l'influence chez ce peuple , c'est lui qui en mesure en quelque sorte la valeur physique. Si cet élément était constaté d'année en année, et si l'on supposait placés en ligne droite, selon la succession des temps, les hommes moyens déterminés de cette manière, on pourrait concevoir une ligne rasant le sommet de leurs têtes ; cette ligne indiquerait par ses inflexions le développement moyen de la taille chez ce peuple. Elle serait droite et horizontale, si la taille moyenne était restée invariablement la même; elle se relèverait si la taille moyenne avait été en croissant ; dans le cas contraire, elle s'abaisserait.
On a cru remarquer que les années calamiteuses laissent des traces durables de leur passage, en arrêtant la croissance aux époques de la vie où le développement du corps se fait avec le plus d'activité; ainsi, certaines générations atteindraient un moindre degré de hauteur que d'autres; mais ces résultats, très-probables d'ailleurs, ont été plutôt soupçonnés que démontrés par l'expérience.
Au lieu de suivre la série des temps, et d'observer l'homme de siècle en siècle chez un même peuple, on pourrait avoir égard à l'espace, et comparer, pour une même époque,
l'homme moyen d'un pays à celui d'un autre.
Sous ce nouveau point de vue, l'homme moyen, pris pour les différentes régions de la terre, pourrait être considéré comme un simple individu; et la moyenne de toutes les tailles particulières, formerait la taille type de l'homme dans sa plus large acception.
C'est en suivant les modifications que cette dernière taille aurait pu subir dans la suite des siècles, qu'on aurait la loi de développement de l'humanité sous le rapport de la croissance.