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CHAPITRE VI

Pulsations, inspirations, vitesse de marche, etc. Rapports de ces éléments.

Je conçois qu'un jour on aura des traités ethnographiques dans lesquels figureront les différents peuples de la terre avec les indications précises des éléments qui, chez eux, caractérisent l'homme moyen. On y verra quels sont, pour chaque pays, sa taille, son poids, sa force, sa vitesse, l'accélération de son pouls et tout ce qui, dans sa personne, est susceptible de mesure.

Ces éléments ne seront pas donnés seulement pour l'homme développé, mais encore pour chaque âge de la vie, et toujours avec les limites entre lesquelles ils peuvent varier.

Nous sommes loin encore d'approcher d'un pareil état de choses. J'avais cru pendant longtemps, en voyant l'attention avec laquelle les médecins consultent le pouls de leurs malades, qu'ils en connaissaient au moins l'état normal. Mais quel n'a pas été mon étonnement, en voulant vérifier par moi-même la fréquence du pouls chez les vieillards et chez les jeunes gens, de

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trouver des résultats tout opposés à ceux qu'indiquaient les traités de physiologie? Je crus que je m'étais trompé ; et ce n'est qu'après bien des hésitations et des observations répétées, que je me suis hasardé à dire que les traités ordinaires contenaient à cet égard une erreur (1). Vers la même époque , deux médecins français, MM. Leuret et Mitivié, constataient le même fait, et prouvaient qu'on avait eu tort, en effet, d'avancer que le pouls devient moins fréquent dans la vieillesse. C'est encore un exemple remarquable de l'emploi des moyennes et de l'utilité des méthodes de calcul dans la science de l'homme.

Deux professeurs distingués de la faculté de Strasbourg, MM. Rameau et Sarrus ont fait, de leur côté, une remarque intéressante, au sujet de la fréquence du pouls. En comparant les observations que j'ai publiées et celles qu'ils ont recueillies par eux-mêmes, ils ont montré qu'il existe une relation entre la taille et le nombre des pulsations de l'homme. L'âge n'exercerait d'influence qu'en modifiant la taille qui serait le véritable élément régulateur.

Le nombre des pulsations serait en raison inverse de la racine carrée de la taille. MM. Rameau et Sarrus, en adoptant lm , 684 pour la

(1) Physique sociale, tome II, p. 80 et suiv.

taille de l'homme moyen, fixent le nombre des pulsations à 70. Avec ces données, on peut calculer le nombre des pulsations pour une taille quelconque.

Il faudrait des observations plus nombreuses que celles que nous avons, pour admettre ce principe sans restriction. Je doute, par exemple, que les hommes les plus petits, ceux dont la taille ne dépasse pas la taille moyenne des enfants de dix à onze ans, ayent le pouls réglé comme il Test à ce dernier âge.

L'accélération du pouls est un des éléments qui, chez l'homme, varient dans les limites les plus étroites ; cependant, si le principe énoncé précédemment étaitexact, la circulation du sang chez le nain serait deux fois et demie aussi rapide que chez le géant, en supposant que les limites extrêmes des tailles fussent dans le rapport de 1 à 6.

On ne saurait méconnaître qu'il existe des rapports bien déterminés entre les différentes qualités physiques de l'homme ; mais ces rapports restent encore à étudier, et il n'est guère possible que de les indiquer dans un premier essai sur la physique sociale. Quoi qu'il en soit, on peut admettre, sans trop s'écarter de la vérité, que le nombre des pulsations, immédiatement après la naissance, est à peu près double de ce

qu'il est vers l'âge de vingt-cinq ans, époque de la vie où sa valeur présente un minimum. J'ai trouvé qu'à cette dernière époque le nombre des pulsations est de 69, 6 environ par minute en valeur moyenne ; au moment de la naissance, ce nombre peut être estimé à 135 ou 136 pour les garçons comme pour les filles. La différence des sexes ne paraît pas exercer d'influence sur cet élément de notre organisation; il n'en est pas de même du sommeil, ni de l'état de veille, ni surtout des orages qui agitent nos facultés morales.

Les inspirations paraissent suivre exactement les mêmes phases que les pulsations et conserver avec elles un rapport constant qui chez bien des individus, chez les adultes surtout, peut être considéré comme étant de 1 à 4; en sorte que, pourl'homme entièrement développé, il faudrait compter 17,4 inspirations par minute ; ce qu'on observe en effet.

Bien que la marche de l'homme varie dans des limites très-larges, cependant elle ne semble pas être sans relations avec l'accélération du pouls. Quand le pas est très-lent, sa durée paraît être égale à celle d'une pulsation; la durée est double, quand le pas est très-rapide. Ces limites, 70 et 140, sont un peu plus larges que celles qu'on donne au pas du fantassin; on estime en effet que le soldat français fait par minute 76

pas ordinaires et 125 pas de charge (1) . Les limites sont plus resserrées en Belgique ; l'école du peloton porte à 86 le nombre des pas ordinaires par minute, à 100 celui des pas accélérés, et à 120 celui des pas de charge.

J'ai fait quelques expériences sur moi-même; et j'ai trouvé qu'en me promenant avec lenteur, je faisais à peu près 72 pas par minute; j'ai reconnu que mon pouls, pendant cet intervalle, avait exécuté le même nombre de battements. Il y avait donc synchronisme entre ma marche et la circulation de mon sang. En accélérant ma marche, je faisais 120 pas par minute ; ce nombre est au précédent comme 5 est à 3.

11 est à remarquer que, d'après les indications généralement données par le métronome, le mouvement de la valse, quand elle est lente, comporte également 72 temps par minute ; mais on accélère ordinairement ce mouvement, et il ne se met que mieux en harmonie avec les pulsations du valseur qui s'accélèrent aussi par l'animation de la danse. Au reste, on n'éprouve point de malaise appréciable, en variant sa marche de différentes manières. On peut faire les mêmes observations à l'égard de la musique ;

(I) M. le baron Ch. Dupin, Géométrie et mécanique, et Arts et métiers, tome III, p. 7o. 1826.

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il est cependant des mouvements qui semblent convenir mieux à notre organisation.

S'il existe des rapports simples entre les pulsations, les inspirations et les différents mouvements qu'on exécute, il sera difficile de les découvrir, car les pulsations et les inspirations n'ont rien de bien déterminé, sinon une tendance à se mettre à l'unisson avec tout ce qui présente à peu près la même périodicité de marche. J'ai été plus d'une fois dans le cas de me livrer à de semblables remarques. Ainsi, il y a peu de temps encore, je me promenais pendant une nuit calme sur le bord de la mer; je n'entendais que le bruissement des vagues auquel se mêlait un bruit monotone et périodiquement répété , qui partait d'une barque peu éloignée de la côte. J'eus l'idée d'examiner les battements de mon pouls, et je trouvai qu'ils étaient absolument à l'unisson avec les battements lointains des rames. La circulation de mon sang était-elle restée la même, ou bien s'était-elle réglée sur le mouvement périodique qui fixait mon attention ? Quoi qu'il en soit, mon pouls s'écartait fort peu de son état normal, et devait battre très-probablement comme celui des rameurs qui manœuvraient la barque.

Il est à regretter que nous n'ayons pas d'observations continuées avec soin sur les ouvriers

dont le travail présente une certaine périodicité dans l'exercice des membres, sur les forgerons par exemple, les scieurs, les cordonniers, les tailleurs ; elles pourraient donner lieu à des résultats intéressants. Nous ne connaissons presque rien sur ce sujet d'études, qu'on semble, de nos jours encore, avoir écarté avec un dédain peu philosophique. Il avait mérité cependant de fixer l'attention d'un des plus grands penseurs de l'antiquité : Pythagore, dit -on, s'arrêtait parfois pour écouter les coups cadencés que frappaient les forgerons et se livrer à ses méditations sur l'harmonie des nombres et les rapports de convenance qu'il supposait exister entre les divers phénomènes de la nature.

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