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CHAPITRE II

Appréciation du degré de science chez les individus.

Puisque la science est un des éléments essentiels au développement de l'intelligence, selon que nous l'aurons plus ou moins cultivée nos facultés intellectuelles seront aussi plus ou moins développées. Il importe donc de pouvoir constater, chez l'homme, le degré auquel il est parvenu , sous le rapport des connaissances acquises.

Or, cette dernière appréciation peut se faire sans peine. On l'emploie avec succès dans un grand nombre de circonstances , et on en fait usage non-seulement pour les hommes considérés en masse , mais encore pour les individus isolés.

Remarquons en effet que la méthode d'interrogation suivie dans plusieurs pays pour l'admission aux écoles supérieures , est fondée sur la possibilité d'exprimer numériquement le degré de connaissances acquises. On pose aux individus soumis à l'examen une série de questions qui portent sur les différentes branches de la science ; puis on estime numériquement

la valeur de chaque réponse : on représente , par exemple, par vingt la réponse la meilleure; par zéro, une réponse absolument mauvaise, el, par des nombres plus ou moins grands entre zéro et vingt , les différentes nuances que comportent les réponses. La valeur moyenne de tous ces nombres exprime en définitive, d'une manière très-approximative, le degré de savoir de l'individu dans la science qui fait l'objet de l'examen.

Cette espèce d'appréciation demande , il est vrai , une certaine habitude ; mais elle conduit en général à des estimations plus exactes que celles qu'on établit sans tenir compte numériquement de la valeur des réponses.

A l'école royale militaire de Bruxelles, où ce mode d'examen est suivi par les professeurs, les examinateurs et les répétiteurs, il n'est pas rare de trouver une parfaite identité d'appréciation pour les mêmes élèves et le même classement pour leur mérite relatif. La moyenne , prise sur les élèves de toute une année , établit la, valeur du cours. Cette appréciation a permis de reconnaître que, depuis l'existence de l'école , la valeur d'un même cours a toujours varié dans des limites très-étroites.

Un autre résultat intéressant a pu être constaté. Certains cours sont donnés alternative-

ment, tantôt par un professeur, tantôt par un autre. Or, il se trouve, en définitive, que l'influence du professeur a été à peu près nulle sur la valeur moyenne du cours, parce que le grand nombre de répétitions et d'interrogations, qui se font en dehors des leçons, supplée aux lacunes de son enseignement.

Ces divers résultats sont établis de la manière la plus incontestable , et prouvent mieux que tous les raisonnements possibles jusqu'où peut aller l'appréciation scientifique dans ces sortes de matières. Les élèves , de leur côté , habitués à des interrogations fréquentes, finissent par acquérir une habitude assez grande pour se rencontrer souvent avec l'examinateur quant au chiffre qui leur est donné.

L'appréciation par chiffres a prévalu dans plusieurs autres examens , qui se font annuellement, sous les auspices du gouvernement belge. Il est à regretter cependant qu'elle ne soit pas adoptée dans les examens qui se font pour l'admission aux grades , devant les jurys pour les sciences, les lettres, le droit et la médecine. Sans aucun doute, elle abrégerait de beaucoup les discussions des juges.

Il existe encore à cet égard de fortes préventions qui ne pourraient être surmontées que par une expérience suffisamment prolongée et

par des hommes dégagés des préjugés d'une aveugle routine.

Si , chaque année , le mérite des examens avait été traduit en nombres , on aurait , aujourd'hui, les documents les plus précieux pour se faire une idée de la force des études et de la bonté de l'enseignement supérieur.

On se borne à constater les résultats définitifs des examens. Ces résultats classent les récipiendaires en trois catégories, selon qu'ils sont admis , rejetés ou simplement ajournés. Or, d'après l'expérience de huit années (de 1836 à 1843 inclusivement), bien que cette expérience soit encore incomplète , on arrive à quelques conclusions intéressantes.

On trouve d'abord que les deux tiers des élèves incrits ont été reçus par les divers jurys d'examens. Les résultats des quatre universités de Gand , de Liège , de Louvain et de Bruxelles tombent , tous , au-dessus de cette moyenne ; ceux donnés par les études privées restent au contraire considérablement au-dessous : en effet, la moitié seulement des élèves inscrits dans cette catégorie ont été admis. L'application de la théorie des moyennes montre, ici, à l'évidence la supériorité des études conduites d'une manière régulière sur des études faites sans lien systématique.

Les quatre universités , quand on ne fait aucune distinction des facultés , ont compté proportionnellement à peu près le même nombre d'admissions. Cette presque identité montre que le résultat indiqué n'est point accidentel.

Mais l'identité ne se soutient plus quand on sépare les facultés ; on obtient alors des différences assez notables, qui permettent de reconnaître l'influence exercée par les facultés les plus fortes.

Les exemples que je viens de citer et tous ceux que je pourrais choisir en France prouveraient, je crois, que des appréciations numériques peuvent être employées avec succès pour constater le degré de savoir des individus. Le seul point que l'on pourrait contester, ce n'est pas la valeur de la méthode, mais bien l'exactitude des observations. Mais il en est ici comme de toutes les sciences expérimentales ; il faut s'abstenir de conclure, quand on a lieu de croire les données fautives.

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