CHAP. V. — MARCHE DE LA CIVILISATION
la première fit toujours des progrès, même après ses défaites, et dont la seconde continua ses pertes, même après ses victoires.»
La civilisation n'est point parvenue à la hauteur où elle se trouve actuellement par des accroissements réguliers et successifs ; plusieurs fois elle a été stationnaire, et plusieurs fois aussi elle a reçu des impulsions puissantes et imprévues. Il semble que la paix doive être la condition indispensable de son développement ; et cependant c'est presque toujours au milieu des batailles qu'on l'a vue se raffermir et s'étendre.
La science , avons-nous dit , est le plus puissant élément civilisateur ; tout ce qui tend à la propager doit donc hâter les progrès de l'esprit humain. Toutefois, il faut juger de la civilisation , non par quelques esprits d'élite qui apparaissent toujours en petit nombre, mais par la masse des connaissances répandues chez le peuple.
Il se pourrait que l'invention de l'imprimerie n'eût point fait naître* un seul génie de plus, mais, en versant à grands flots la lumière parmi les hommes, elle a rendu des services immenses. Quelques individus ne sont rien dans le corps social ; c'est la moyenne prise sur tous les hommes qu'il faut considérer; et tant qu'on
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n'a point réussi à la relever, on n'a rien fait
pour l'humanité.
Celui qui parviendrait à établir une langue universelle, aurait donné à l'esprit humain une des impulsions les plus fortes qu'il puisse recevoir. La diversité des langues forme un véritable obstacle à l'échange des lumières et à l'acquisition de connaissances nouvelles. Tous les philosophes qui se sont occupés des progrès de l'esprit humain, sont unanimes sur ce point; mais il est dans la nature de voir ce qui est le mieux , sans pouvoir l'exécuter.
Un petit peuple qui a sa langue particulière et qui ne consentirait pas à en parler d'autres, s'isolerait aujourd'hui au milieu de l'Europe, et finirait bientôt par se trouver en dehors de la civilisation. C'est par des rapprochements nombreux que la science se répand parmi les hommes , et que la civilisation s'affermit. Sous ce rapport encore , l'application de la vapeur aux moyens de locomotion , et l'invention des chemins de fer doivent trouver une place remarquable dans l'histoire des progrès de l'esprit humain.