‹ Du système social et des lois que le régissentChapitre 55 sur 76 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Marche de la civilisation à la surface du globe.

L'histoire des progrès de l'esprit humain forme le plus beau titre de noblesse que l'homme puisse invoquer; ce monument lui appartient sans partage.

Mais comment le grand mouvement de la civilisation s'est-il propagé sur le globe, et dans quels lieux a-t-il pris naissance ? Sa marche, dans les premiers temps, a été enveloppée d'épaisses ténèbres ; tout cependant porte à croire qu'il s'est d'abord manifesté dans l'Orient, et qu'il a passé plus tard en Egypte. En s'établissant ensuite dans la Grèce, la civilisation y brilla de l'éclat le plus vif, jusqu'au moment où abandonnant la cause des vaincus, elle suivit les aigles victorieuses du peuple romain qui semblait vouloir l'étouffer dans l'asile qu'elle s'était choisi, et qui finit par devenir lui-même son tributaire. Après avoir lutté pendant longtemps contre les invasions des barbares du nord, elle prit une activité nouvelle et se dirigea vers les régions mêmes qui avaient failli compromettre son existence. Ce torrent immense a pu

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s'arrêter quelquefois devant les barrières qui lui étaient opposées, mais jamais il n'a remonté vers sa source. On peut bien, à l'aide de l'histoire, étudier les pentes qu'il a suivies, les affluents qu'il a reçus, les bassins dans lesquels il a séjourné ; mais quel œil assez pénétrant pourrait prévoir la marche qu'il aura désormais, reconnaître les pays qu'il est destiné à parcourir et les nouveaux progrès qu'on peut en attendre ? C'est depuis l'instant où la civilisation s'est établie dans la Grèce, qu'on a pu commencer à étudier ses développements d'une manière plus régulière. « La Grèce, dit M. Mignet, dans un travail remarquable sur l'introduction de l'ancienne Germanie dans la société civilisée de V Europe occidentale (1), la Grèce qui était dans le voisinage des pays orientaux et qui se trouvait dès lors la mieux située pour recevoir leur civilisation, en eut la première communication. Depuis, celle-ci fut transmise de proche en proche, sur le continent européen, en s'y étendant sans cesse, quoique d'une manière intermittente. Cette intermittence fut due à l'action réciproque et au triomphe alternatif des deux masses civilisée et barbare, dont

(1) Mémoires de V Institut de France, Académie des sciences morales et politiques, tome III, p. C78.

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