‹ Du système social et des lois que le régissentChapitre 65 sur 76 · A. « »S OI · texte numérisé non relu

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<( J'ai fait voir ailleurs qu'il en est de même des crimes, qui se reproduisent annuellement en même nombre et attirent les mêmes peines dans les mêmes proportions. » page 69.

J'avais fait celte remarque depuis 1829, et je l'avais formulée de la manière suivante : « il est un budget qu'on paye avec une régularité effrayante, c'est celui des prisons, des bagnes et des échafauds; c'est celui-là surtout qu'il faudrait s'attacher à réduire. » Cette observation avait trouvé bien des incrédules; cependant, d'après l'expérience de dix-neuf années, elle se trouve pleinement confirmée aujourd'hui.

Déjà, en 1842, M. Benoiston de Chateauneuf terminait, par les mots suivants, un Rapport sur les résultats des comptes de l'administration de la justice criminelle en France de 1825 à 1839, qu'il lisait devant l'Académie royale des sciences morales et politiques :

« Aujourd'hui quinze ans se sont écoulés et la valeur de ces deux rapports est à peine changée. Depuis 1825, on compte, année moyenne, un accusé sur 4,500 habitants ou 7,206 par an.

« On peut donc regarder comme un fait déjà établi sur un assez grand nombre (Vannées , qu'à l'état de paix, de liberté, d'instruction, d'aisance, de civilisation enfin où la France est arrivée, il se produit, année moyenne, sur une population moyenne aussi de 32 millions d'habitants, 7,206 malfaiteurs connus ; encore serait-il juste de retrancher de ce nombre un cinquième pour les récidives.

« Certes il n'y a là rien dont il faille s'effrayer, et

qui place un assassin ou un fripon derrière chaque citoyen ; et cependant, si ce nombre venait tout à coup à s'élever à 10,000, bien qu'il fût aussi complètement absorbé que 7,000 dans une population de 32 millions d'individus, il y aurait là pour la société une juste raison de s'alarmer ; car il ne saurait arriver dans les lois de l'ordre moral comme dans celles de l'ordre physique , de perturbation subite, sans que l'homme ne craigne aussitôt pour son existence ou pour ses intérêts. Deux écrivains qui se sont occupés avant moi de l'examen des comptes delà justice (MM. Quételet et Guerry) ont tous les deux exprimé cette opinion, « que la plupart « des faits moraux considérés dans les masses et non « dans les individus, sont déterminés par des causes « régulières dont les variations se renferment dans « d'étroites limites, et qu'ils peuvent être soumis, « comme ceux de l'ordre matériel, à l'observation di- « recte et numérique. »

« Sans réduire aussi complètement la conscience à un rapport de quantité, et sans emprisonner le libre arbitre de l'homme dans une formule d'algèbre, j'avouerai cependant que je n'ai pas vu sans le plus vif sentiment d'intérêt, quelques-uns des penchants les plus cachés de l'homme se trahir chaque année dans le retour constant, régulier des mêmes nombres, et quelques simples chiffres mettre à nu le cœur humain.

« Cet intérêt dont je n'ai pu me défendre, j'ai pensé que l'Académie peut-être l'éprouverait ainsi que moi, et je lui ai communiqué cette note. »

Pendant l'impression de cet ouvrage, il a paru dans le compte rendu des séances de l'Académie royale des sciences morales et politiques de Paris, cahier de novembre 1847, un mémoire de M. Fayet, intitulé :

Essai sur la statistique intellectuelle et morale de la France. Dans cet essai, l'auteur confirme également, la plupart de nos résultats publiés depuis 1829.

« Ainsi, dit-il, nous sommes fondés à conclure que/pendant la période des 19 ans qui viennent de s'écouler, la criminalité spécifique de l'homme n'a pas notablement varié ; d'où il semble résulter qu'à moins d'influence plus puissante, elle ne variera pas non plus d'une manière considérable dans les premières années qui vont suivre cette période.

« La constance de l'influence de l'âge sur la criminalité est telle, que nous pouvons, après 19 ans d'observations, déduire la plupart des conséquences que MM. Quételet et Guerry avaient tirées des 4 ou 5 premières années de cette longue période. Il y a là, ce nous semble, en faveur de la statistique criminelle, un argument qui devrait bien la dédommager du dédain avec lequel certaines personnes semblent la traiter, quand elle a le malheur de heurter des opinions admises à priori ou des préjugés enracinés. »

J'ai eu l'occasion de soumettre moi-même à un nouvel examen les différents documents des comptes rendus de la justice d'après les 19 années de 1826 à 1844, dans un travail récemment imprimé dans les Mémoires de l'Académie royale de Bruxelles et portant pour titre : Sur la statistique morale et les principes qui doivent en former la base. La constance des faits est telle que je n'ai pas eu à modifier une seule des conclusions auxquelles j'étais parvenu dans mon Essai de physique sociale, imprimé en 1835, ou même dans mes Recherches statistiques, publiées en 1829. Les faits parlent si haut, qu'il serait en effet impossible de les interpréter diversement.

« Je supposerai donc que nous aijons à rechercher la tendance du Belge à se marier, dans l'état actuel des choses. » page 76.

Pour connaître à quelle époque de la vie la fréquence des mariages est la plus grande, il faut fractionner la population par âges, et rapprocher du nombre de chaque catégorie le nombre des mariés qui y appartient. Le rapport entre ces deux quantités donne la mesure de l'élément que Von veut apprécier. Le tableau suivant présente un exemple de ce calcul. Le nombre des célibataires et des veufs est calculé d'après la table de population de Y Annuaire de l'Observatoire de Bruxelles, table qui laisse à désirer aujourd'hui, puisqu'elle est basée sur les éléments de l'ancien recensement de 1829. Les mariages sont donnés pour les quatre années 1841 à 1844, d'après les documents officiels de la Belgique, en supposant que les mariages avaient lieu, pour les hommes, à partir de 18 ans, et, pour les femmes, à partir de 16.

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