‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 27 sur 86 · LIV. I. -~ DE L HOMME · texte numérisé non relu

LIV. I. -~ DE L HOMME

quable dans tous les faits soumis à rinfluence des causes accidentelles.

Ce sont , en définUive , des moyennes que Von compare entre elles; et ces moyennes sont d'autant plus dégagées des effets de toutes les causes accidentelles , que les observations s'étendent sur un plus grand nombre d'hommes.

; La France, depuis une vingtaine d'années, recueille avec soin les documents statistiques de ses tribunaux; plusieurs autres pays ont suivi cet exemple. J'ai pu profiter de leurs don- ; nées pour appliquer les principes qui précèdent, - ta la formation de tables de criminalité^ c'est-4dire de tables qui indiquent, pour les différents âges, les degrés de la tendance au crime. Or, il se trouve que la loi du développement de cette tendance est la même pour la France, pour la Belgique, pour le grand-duché de Bade et pour l'Angleterre , les seuls pays dont les observations soient bien Connues. Le penchant au crimCy vers Vàge adidte, croît assez rapide ment ; il atteint un maximum et décroît ensuiie jusqu'aux dernières limites de la vie. Cette loi parait constante, et n'éprouve de modification que dans la grandeur et l'époque du maximum. En France, pour les crimes en général, le maximum se présente vers 24 ans ; en Belgique , cette époque arrive deux ans plus tard ;

en Angleterre et dans le grand-duché de Bade, au contraire, elle s'observe plus tôt.

Ces différences, bien que faibles, le seraient probablement plus encore, si les tribunaux de ces quatre pays n'avaient à juger que des crimes et des délits du même ordre. Le maximum de la criminalité se déplace, en effet, selon la nature des crimes : ainsi, en France, le maximum du penchant au crime contre les propriétés devance, de deux ans environ, celui du penchant au crime contre les personnes ; et il est deux à trois fois plus prononcé. Si Ton considère en particulier les principaux crimes , ils se présentent, pour la précocité, dans l'ordre suivant : le vol , le viol , les coups et blessures , les meurtres , les assassinats , les empoisonnements , et les faux de toute espèce.

Il existe aussi une différence eu égard aux sexes : en France, le maximum, pour les hommes, arrive une année environ plus tôt que pour les femmes, et il est quatre fois plus grand.

Que l'on ne croie pas que ces différences soient fortuites; elles se reproduisent, d'année en année, et avec une constance et une régularité plus grandes que celles qu'on pourrait remarquer dans l'ordre des phénomènes purement physiques. Ces exemples présentent une

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nouvelle confirmation de ce que j'ai avancé déjà sur les effets du libre arbiti*e, relativemenl aux faits sociaux.

Le suicide est également soumis à une loi , laquelle diffère essentiellement de la loi de la criminalité. Le penchant au suicide, plus ou moins développé dès l'enfance , croît sensiblement vers Vâge adulte, et va continuellement en augmentant jusquà la vieillesse la plus reculée.

Cette loi, qui se vérifie, d'année en année, comporte une probabilité presque aussi forte que la loi de la mortalité ordinaire.

Il y a plus : non-seulement les suicides sont à peu près , chaque année , en même nombre ; mais, en les séparant par groupes et d'après les instruments qui servent à leur exécution, on trouve encore la même constance.

Cette distribution cependant, constante pour chaque pays , diffère sensiblement en passant d'un pays à un autre. Il suffirait, sans doute, de modifier les causes qui régissent notre système social , pour modifier aussi les résultats déplorables que nous lisons annuellement dans les annales des crimes et des suicides. Il serait d'un aveugle fatalisme de croire que les faits que nous voyons se reproduire avec tant de régularité, ne peuvent subir de changements en améliorant les mœurs et les institutions des

hommes ; mais , pour produire des effets appréciables, il faut agir sur les masses et non sur quelques individus qui en font partie. Ce sera au statisticien ensuite à reconnaître si les changements ont été avantageux ou nuisibles.

En considérant les choses sous ce point de vue, on concevra mieux la haute mission du législateur, qui tient , en quelque sorte , entre ses xnains le budget des crimes , et qui peut en diminuer ou en augmenter le nombre par des mesures combinées avec plus ou moins de prudence.

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