‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 32 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce qui est dû k la science, ce qui est dû à Por|^anlsation. Qualités Intellectuelles.

L'appréciation des qualités intellectuelles de rhomme présente les difficultés les plus grandes; tout en effet semble manquer pour établir nos jugements sur des bases un peu solides. Nous ne sommes pas plus d'accord sur ce qui est beau au physique que sur ce qui est bon au moral.

A tout instant on fait les méprises les plus étranges : Fintelligence portée au plus haut point et concentrée sur une question difficile de la science, est presque traitée de monomanîe; et l'homme de génie, en poursuivant une grande découverte, court souvent risque de passer pour un fou. Les hommes vulgaires d'ailleurs, en se comparant à lui dans tout ce qui sort du cercle de ses études habituelles , sont fréquemment dans le cas dé se

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donner l'avantage, et ils se trouvent dès lors disposés à nier une supériorité qu'ils ne peuvent apprécier et qu'ils regardent comme chimérique. La Fontaine, si l'on ne considère que ses œuvres, est un des premiers écrivains français; et, pour qui ne connaissait que sa personne, il passait tout au plus pour un ionfcomme. N'est-ce pas de lui que sa garde-malade disait au père Poujet : Eh ! ne le tourmentez pas tant ; il est plus bête que méchant : Dieu n'aura pas le courage de le damner.

S'agit-il des œuvres de l'intelligence? les appréciations sont tout aussi peu sûres. La généralité ne juge pas d'après des principes stable^ d'après des convictions individuelles, mais d'après le goût dominant et les caprices de quelques hommes qui disposent des jugements des autres. Les littérateurs , aujourd'hui , se sont partagés en deux camps, et le public s'est groupé autour de leurs bannières. Faut-il, avec les uns, continuer notre admiration à Racine, à Despréaux? ou faut-il, avec les autres, la leur refuser et casser les arrêts prononcés par nos aïeux ?

En considérant le développement de T intelligence d'une manière générale, on ne peut pas même, comme pour les facultés morales, s'appuyer sur un grand nombre d'observations qui

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compensent ce qu'il y a d'accidentel dans les

faits recueillis. Tous les hommes se manifestent, au moral, par des actions bonnes ou mauvaises; mais tous les hommes ne produisent pas des ouvrages littéraires, des tableaux, des compositions musicales, des ouvrages philosophiques. Quelque difficile que soit l'étude qui nous occupe, je ne la crois pas absolument inabordable ; je pense même qu'on peut essayer avec succès quelques incursions sur ce terrain nouveau. Nous formulons, chaque jour, des jugements vagues, des appréciations hasardées; peut-être parviendrons-nous à donner plus de rectitude et de précision à ces jugements.

Nous convenons tous que l'âge développe la raison. Mais quand s'arrête ce développement ? existe-t-il ensuite une époque de la vie après laquelle la raison s'affaiblit? Quelle est cette époque et quels sont les degrés relatifs de développement aux différents âges ? Voilà bien des problèmes qui se présentent à la fois ; pourrat-on les résoudre jamais? Je n*ose rassurer encore ; mais ce serait avoir fait un premier pas si l'on arrivait à des notions moins vagues que celles que nous avons jusqu*à présent.

Il faut distinguer d'abord deux choses dans nos facultés intellectuelles : ce que nous devons à la nature, et ce que nous tenons de l'étude.

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