‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 43 sur 86 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

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Quand une nation se révèle, elle a déjà en ellemême le principe de vie nécessaire pour assurer son exigence et la défendre au besoin.

Une nation ne se forme pas toujours d'éléments homogènes ; assez souvent, au contraire, elle est le résultat de Tinvasion et du mélange des vainqueurs et des vaincus. Sur les débris d'un peuple qui périt, il se forme un peuple nouveau. L'enfantement peut être plus ou moins long, plus ou moins difficile ; il faut que le temps ait pu calmer les passions et effacer la ligne de démarcation entre les oppresseurs et les opprimés.

Chacun alors consent à sacrifier, dans l'intérêt de tous, une partie de son individualité. Ce qu'il engage de la sorte, il l'acquitte avec d'autant plus d'exactitude qu'il sent davantage la nécessité de maintenir l'unité, et de donner de la force au gouvernement pour écarter les dangers communs. Un pareil pacte ne se

conclut pÉsd'uneaufiiène soleiiMUe;ils*étabMt enqiiedqiiewrte à l'iosu deoeux qui le cootractent» Chacun veut jouir paisiblement de ce qu'U a et de fa portion de liberté qu'il 8'est réservée. C'est quand on se croit sûr de ces garaniiea. que r-esprit |mblic se refroidil; et que l'égoîsme se néveiUe.; c'est alors que la uatieû, privée du tribut que lui devait chaque citoj^en, perd saccessivement de sa force et voit se multiplter les chances d'une ruine prochaine.

Une nation peut, sans cesser d'exister, cfaangier la iorme de son gouvernement ; c'est ainsi que la nation romaine a vu se succéder la royauté, la république et l'empire; elle peut aussi se fractionner en différents États, comme anciennement la nation grecqae et, dans les temps modernes, la nation allemande.

Qcfêlquefois la formation d'un État est le résistât d'arrangements politiques auxquels le peuple n'a pris aucune part. Le peuple nouveau^ uni par des liens qu'il doit à des mains étrangères ou à un pouvoir oppresseur, est moins disposé à les respecter; ceux qu'il doit à la nature ou à une origine commune et qui constituent la nation, exercent une influence phis profonde et plus durable. Le peuple grec se divisait en différents États, mais il formait toujours une seule et même nation; de même

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la nation italienne, bien que morcelée, a toujours conservé une tendance à rétablir son unité.

L*instinct de conservation qui forme les agrégations d'hommes et qui est le premier germe de la nationalité, unit quelquefois plusieurs peuples entre eux, quand ils se trouvent en présence d'un ennemi commun qui menace leur existence. C'est ainsi que les peuples chrétiens se liguaient, au moyen âge, pour repousser les invasions des Sarrasins; c'est ainsi qu'ils se sont unis, plus tard, pour combattre les progrès de l'islamisme.

Pour qu'une nation soit puissante, il faut que toutes les parties de ce grand corps fonctionnent dans un juste équilibre ; il faut que les membres agissent avec harmonie, dès que l'intelligence qui les dirige leur imprime le mouvement. C'est avec cette organisation vigoureuse que la nation grecque, malgré l'infériorité du nombre, a successivement vaincu toutes les armées asiatiques qui fondaient sur elle ; c'est ainsi que Rome est devenue la maîtresse du monde.

Une des premières conditions d'une existence durable chez un peuple, c'est la forme de son gouvernement. On conçoit que, parmi toutes les combinaisons politiques, il en est une qui

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lui convient mieux que toutes les autres et qui, avec le moins de sacrifices possible pour les individus, leur procure toutes les garanties désirables. Selon que le législateur s'en écarte plus ou moins, il rend aussi plus ou moins problématiques les conditions de stabilité de la nation dont les destinées lui sont confiées.

Gomme tous les peuples n'ont pas les mêmes besoins, il en résulte aussi qu'ils n'ont pas les mêmes sacrifices à faire. Ces besoins dépendent du territoire qu'ils occupent, du degré de maturité où ils sont parvenus, de leur caractère particulier et d'une infinité d'autres causes.

Il n'existe sous ce rapport rien d'absolu; telle constitution politique qui convient à un peuple, serait essentiellement nuisible à un autre ; il y a plus, elle peut être parfaitement appropriée à un peuple à peine naissant et ne pas lui convenir à une autre époque de son existence. Les peuples, comme les individus, changent de besoins selon les diflérents âges.

L'expérience semble prouver que le gouvernement monarchique est celui qui convient le mieux à une nation naissante. L'activité de la vie, pendant la jeunesse, se concentre davantage sur un même point. Les plus anciens empires, et particulièrement ceux d'Assyrie et

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d' É^pte^ emété goiiTcmés pw des rois pcadantî toote leur longue existence^ Les réfMririiqHe» de la Grèce ont aussi commencé par le gowrevBement monarchique et il en a été de: même et te nation romaine.

Les premiers àg£s des peuples modernes présentent la même forme gouvernementale ; le poiffivoiff se troure généralement réunidans une seule main; diea quelques-uns^ dans uo âge plus avamié, le pouvoir tend à se dûrisa; les gouvernements constitutionnels ferment mie espèce d'intermédiaire entre la monarchie ette république.

On objectera peut-être que les États-Uma d'Am^que ont débuté par le gouvernement républicain ; mais il est à remarquer que le peu^ pfe n'étaiit pas essentiellement nouveau ; il fanl le considérer plutôt comme une firaction de; la nation anglaise qui, parvenue à F âge adulte, s'est émancipée et détachée avec violence de la mère patrie;

Quand un peuple vieillit et se désorganise,, on remarqiue,.eD général, la même faiMesseetles mêmes besoins que ceux de Tenfance ; le pouvoir se ref^ace encore dans une seule nma.

Rome a fini comme elle avait cennnencé, par reconnaître: des maîtres sous d'autres noms^.

J'ai déjà faU obseirver que chacun sacrifie.

SEGT. !•— DS l'ATAT FBTSIOCE. 151

comme membre de TÉtat, mM partie de sa H* berté. faidiTiduelle ; cette partie est plus eu moins grande, et le sacrifice est fait en écbange de la protectioa qui Im est accordée pour sa persomie et pour ses biens. Pour que le contrat soit équitable , il faut que le bénéfice ré^ ponde au prix payé pour l'obtenir. On engagé une partie de sa liberté, pour jouir avec sécurité de l'autre.

Que m'importe de virre sous u» gouvernement libre, si la liberté est telle qu'elle touche de près à la licence , si chacun se raj^ochant de rétat de nature peut me porter préjucfice, sans que les lois aient la force nécessaire pour me donner protection !

jyune autre part, la protection pour ma personne et mes biens peut être très-puissante, mais ma liberté individuelle être tellement circonscrite y qu'elle se trouve à peu près aliénée.

Dans les gouvernements représentatifs on a placé à côté du pouvoir exécutif, sous les noms de députés ou de représentants et de pairs ou de sénateurs, des défenseurs de l'élément démocratique et de la propriété. Ils sont chargés de peser avec équité ce que chaque individu doit au gouvernement.

Il n'existe pas d'État possible avec une liberté individuelle illimitée. Mais si, d*un côté. Tins-

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tinct de conservation nous prescrit de nous soumettre aux lois et de n'aliéner qu'une partie de notre lil)erté dans notre propre intérêt ; de l'autre, la nature et notre diignié nous disent de faire que cette partie soit aussi faible que possible. C'est donc à l'atténuer que doivent tendre tous nos efforts, pourvu que la force de l'État ne soit pas compromise.

Il est nécessaire aussi qu'un État soit nonseulement fort au dedans, mais encore respecté au dehors , car de là dépend la considération dont jouiront à l'étranger les individus dont il se compose. Il en est des peuples comme des familles : on ne s'y attache véritablement que quand il y a honneur à leur appartenir. Ceux qui ne peuvent se distinguer par la puissance, par la richesse ou par d'anciens souvenirs historiques, doivent chercher à se concilier l'estime par le développement de l'industrie, des sciences ou des beaux-arts. Les peuples les plus puissants de la terre n'ont jamais permis qu'on port&t atteinte à leur pavillon, parce qu'ils sentaient qu'affaiblir leur puissance morale, c'était relâcher un des liens les plus sûrs de leur existence.

Qu'importe qu'un lambeau de soie, fixé à Fextrémité d'une lance, soit placé un peu plus haut ou un peu plus bas qu'un autre ; mais ,

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qaand ce lambeau est le signe de ralliement d'un peuple, il en est tout autrement, et plutôt que d'en abandonner un pouce, Ton sacrifierait des milliers d'hommes et l'on exposerait à la dévastation les plus belles provinces : tant l'o pinion a de puissance et tant elle demande à être respectée.

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