‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 73 sur 86 · CHAP. IX. — FORCÉS ET LOIS DU SYST. SOC · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — FORCÉS ET LOIS DU SYST. SOC

tent entre les principes d'équilibre et de mouvement qui régissent le monde matériel et ceux qui dominent le monde moral.

Celui qui veut produire un changement brusque doit calculer, avant tout, si ce qu'un pays va perdre se trouvera suffisamment compensé par le bien que ce changement est destiné à produire, La suppression subite des douanes et lar proclamation de la liberté entière du commerce feraient naître, sans aucun doute, beaucoup de ruines particulières, feraient tomber différentes sortes d'industrie, causeraient des froissements dans tous les rangs ; cependant il ne faudrait pas reculer devant ces maux temporaires, si c'était le seul moyen d'obtenir des biens nombreux et permanents capables de les compenser et d'ajouter au bien-être de l'humanité.

Les changements brusques, du reste, sont rarement d'une nécessité absolue : dans le plus grand nombre de circonstances, un gouvernement sage et éclairé réussit à les prévenir.

Quand il y a urgence de passer d'un certain ordre de choses à un autre, il applique ses soins à y parvenir sans froissement, sans secousses et par conséquent sans perte de forces vives, à peu près comme un ingénieur habile passe d'un chemin sur un autre par des raccordements

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adroitement ménagés et qui ne permettent jpas même de s'apercevoir de la transition.

Les peuples, comme les individus, mettent à tout Instant en évidence la vérité de cette loi, que, quand deux corps agissent l'un sur Fautre, les actions et les réactions sont égales. L.es mouvements populaires ne sauraient avoir des conséquences graves, quand l'oppression n'a point été vive. La révolution française que j'ai souvent citée comme exemple, n'a été si violente que parce qu'il s'agissait de rompre avec les restes de la féodalité et de secouer un fardeau qui, pendant plusieurs siècles, avait pesé sur le peuple d'une manière accablante.

Nous pourrions porter plus loin ces rapprochements curieux entre les lois qui dominent le monde matériel et celles qui régissent le monde moral ; nous pourrions parler de la communication du mouvement, des ricochets, du plus ou du moins d'élasticité des corps, etc.; mais ce qui a été dit suffira sans doute pour que chacun puisse faire, par lui-même, les comparaisons que comportent les principes de la mécanique.

Les sciences médicales se prêteraient également à des rapprochements intéressants, si l'on entreprenait d'en faire, et l'on trouverait que le corps social a ses maladies tout aussi bien que le corps humain. Ces maladies admettraient à

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