CHAP. IX. — FORGES ET LOIS DU SYST. SOC
individus; elles glorifient le lendemain ce qu^elles ont brisé la veille ; et, dans le monde politique, rien ne pourrait résister à ce torrent capricieux.
L'instinct de conservation existe également chez les peuples; il se développe en raison des dangers qui menacent leur existence, et souvent il les rend capables des plus grandes actions.
Nous devons aussi répéter, pour les peuples, ce qui a été dit pour les individus : 1^ les causes qui agissent sur eux , soit physiquement , soit moralement , sont proportionnelles aux forces qu'elles développent; 2vquand plusieurs forces concourent vers un même point, elles ont une résultante qui, dans certains cas, peut être nulle. Ce dernier état constitue l'état d'équilibre.
Si cet équilibre n'a pas lieu par lui-même, on peut le produire en ajoutant aux forces existantes une nouvelle force égale et directement opposée à leur résultante. C'est dans l'estimation de la nature et de la direction de cette résultante, que réside tout l'art de gouverner. Il faut connaître parfaitement les forces et les tendances des partis qui divisent ordinairement un État, pour juger des moyens les plus propres à les combattre et à les paralyser.
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Les gouvernements ont donc comme les individus leurs conditions d'équilibre ; et il est des indices auxquels on peut reconnaître si cet équilibre est stable ou 7îon stable. Dans le premier cas, le gouvernement peut subir des secousses, mais qui sont sans danger pour son existence, et qui s^effectuent autour d'un état moyen déterminé. Dans le second cas, au contraire, les moindres perturbations entraînent sa ruine. On reconnaît si cette ruine est imminente , en examinant siles perturbations qui surviennent, tendent à éloigner rapidement le système de son état primitif.
Ceux qui provoquent les révolutions, commencent par toucher aux institutions et aux lois de leur pays ; ils cherchent à en modifier les habitudes et les coutumes ; ils ne se bornent pas à demander les réformes exigées par les progrès des lumières, ils attaquent l'édifice à sa base même ; et chaque jour, par de nouvelles secousses, ils s'efforcent de lui faire perdre son aplomb. Aussi un gouvernement sage met-il la plus grande circonspection dans la réforme des lois; et il faut pour détruire des abus, surtout s*ils sont devenus héréditaires, que la nécessité en soit bien généralement reconnue par tous les citoyens. L'Angleterre qui occupe un rang si élevé dans l'échelle de la civilisation, nous en donne des exemples frappants.
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Xorsqu' un système de corps est en mouve- QientvSa marche demeure invariablement la même,è moins que les causes de ce mouvement ne viennent à varier. C'est ainsi qu'un État verra annuellement le retour des mêmes effets, comptera le même nombre de naissances, de décès, de mariages, de crimes, d'actions vertueuses, pourvu que les lois, les coutumes, les mœurs, les lumières et toutes les conditions de cet État ne changent pas. Le libre arbitre de Thoimne semblerait seul pouvoir modifier le cours des choses ; mais nous savons déjà que son action est très-restreinte et qu'elle s'efface complètement devant les causes qui dominent le système social.
Nous pousserons plus loin ces analogies et nous rappellerons que le principe de mécanique cité précédemment, peut s'énoncer d'une manière plus générale, en disant : quelles que soient les forces qu'exercent les unes sur les autres les différentes parties dont se compose un système de corps, pourvu qu'il ne survienne pas d'action nouvelle qui s'ajoute à celles qui existent déjà, le centre de gravité poursuit invariablement sa marche en ligne droite. C'est cette marche que suit également, dans le système social, l'homme d'État qui sajit juger sainement des choses et prendre la place qui lui convient ; il avance
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sans froissement, soutenu pour ainsi dire par toutes les opinions qui viennent se neutraliser autour (le lui; il est véritablement Thomme moyen de ce monde politique.
Le système social se trouve, comme tous les corps physiques, soumis à deux espèces de forces, les unes attractives et les autres répulsives ; rétat d'agrégation dépend du degré d'intensité de ces forces. Il est très-difficile de maintenir le système dans un état d'équilibre qui conserve l'ensemble, tout en laissant du jeu et du ressort aux parties dont il se compose.
Les changements brusques ne se font jamais sans une certaine perte de forces vives ; d'après ce principe, les révolutions politiques sont toujours funestes, à moins que l'on ne donne aux forces une direction plus utile, en consentant à en perdre une partie.
Qui ne sait les dévastations, les excès et les crimes qu'a fait naître la révolution française? Que de choses et de personnes ont été s'abîmer dans ce gouffre ! Mais aussi quelle influence immense ce changement brusque n'a-t-il pas exercé sur la marche de la civilisation ! Tout en regrettant les sacrifices qu'il a fallu faire, ne doit-on pas s'applaudir des résultats qu'on a obtenus?
Les révolutions sont bien propres à faire
comprendre les analogies nombreuses qui exis-