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Au nombre des rapports sociaux affaiblis par la fumée de tabac, l’artiste, l’homme du monde, doit nécessairement faire entrer la diminution de l'attrait de la conversation des femmes. C’est en vain que de soi-disant philosophes, gourmés dans leur rigorisme, 'nevoientque futilités dansles entretiens dont les femmes sont tout a la fois l’objet et les meilleures partenaires. Pour tout homme sensé, il
y a longtemps que la question est résolue en faveur du salon européen contre le gynecée oriental : or, l’habitude de plusen plus répandue du tabac tend à priver la plus belle moitié du genre humain du rôle civilisateur qu’on s’était plu à lui accorder, et a la reléguer dans un isolement qui rapproche nos mœurs des coutumes islamiques. 11 n’est pas maintenant de bon raoùt sans tabac; a peine le café estil servi, que si les dames ne sont pas de cette catégorie qui n’impose aucune gêne, les cavalieisse retirent pour aller se livrer aux voluptés du cigare. Il en résulte que les femmes, entre elles, sont réduites à des conversations dont le sujet, nécessairement d’un ordre efféminé, bannit de leur esprit une des plus vives sources de plaisir et d’exercice intellectuel; aussi la femme applique-t-elle tous ses efforts à vaincre sa répugnance pour le tabac, qui lui enlève un de ses plus beaux apanages, et la voit-on petit à petit se plier elle-même a une habitude qui ne peut que la dégrader. Comme toutes les déchéances, celle-là en entraîne une autre. Ce qu’il y a de plus puéril chez l’enfant, c’est d’imiter l’homme : il sait déjà que son père fume,
et s'il brûle de l’hniter, il ne l’ose, soit par res; peet pour la défense qui lui en a été faite, soit par la haute idée qu’il peut avoir des faits et gestes paternels; mais s’il surprend chez sa mère l’action qui lui en impose, vue à travers le respect qu’il a pour son père, c’en est fait, rien ne pourra l’empêcher de s’y livrer à son tour, et son éducation de fumeursera parachevée. Encore imberbe pour longtemps, il se livrera, sans frein, à une habitude qui appauvrira les éléments intellectuels qu i! peut promettre. Cette nature fragile, portant encore te us les caractères du germe, grandira au sein des misères et de i’étiolement. résultats de l’abus précoce d’une substance qu’il n’aurait jamais dû toucher, et dont on aurait dû lui inspirer une crainte salutaire. Car si les fumeurs adultes ont quelque chose a craindre du tabac, qu’est-ce que cela peut être pour des individusàpeiue pubères? Quels effets doit-il en advenir pour ces appareils pulmonaires, chez lesquels la fumée de tabac vient augmenter la cause enrayante du développement de tout le corps? Dans ces jeunes poitrines, où ies affections constitutionnelles, les diathèses mor-
bides, commela tuberculisation, n’attendent qu’une circonstance opportune, une simple infraction aux lois de l’hygiène, pour se développer*
Nous l’avons dit plus haut, lorsqu’on fume, on respire peu-, c'est un temps d’arrêt, une vacance éminemment préjudiciable à l’appareil respiratoire : l’apparence chlorotique, la pâleur plombée, la figure vultueuse ou avinée ne sont-elles pas l'image directe d’un état incomplet dans l’organe dont la vie surgit, dont la vie se mesure, et enfin dont la vie se réfléchit avec plus ou moins de puissance dans l'économie générale?