Scène I
Le Soldat Français, touchant la terre avec ses mains.
Oui, c'est la terre . . . c'est la terre. . . .
io DU THEATRE AU CHAMP D'HONNEUR
Qu'est ce que je fais là, immobile contre cet arbre ? Oh ! ... je ne puis faire un mouvement. Que m'est-il arrivé ? . . . Où suis- je ? ... Je ne sais pas. Est-ce le jour qui tombe ? . . . Est-ce l'aurore qui se lève ? [Il regarde l'heure à la montre de son bracelet.'] Six heures ? . . . Oui, elle marche. Est-ce six heures du matin ? . . . Six heures du soir ? [// essaie de se lever?. Ah ! quelle horrible souffrance ! Là, j'ai la jambe brisée. [Il reste un instant le regarde fixe.] Pourquoi suis- je seul dans ce bois ? Voyons . . . Voyons . . . j'avais . . . j'avais ... Oh ! je ne sais plus. Voyons, je ne suis pas fou pourtant . . . j'avais ... [7/ porte la main à sa poitrine.] Qu'est-ce que j'ai là ? [Il entrouve son vêtement et retire sa main.] Ah ! je saigne f ... je suis blessé, là aussi. . . . Oui, je me souviens ... la bataille faisait rage. C'est le bois dans lequel nous nous sommes tant battus, les anglais et nous, contre les boches. J'ai soif . . . ma gourde ? ... j'ai perdu ma gourde. . . . Oui, j'avais mon drapeau . . . je suis tombé . . . pourtant, mon drapeau ? . . . je ne l'ai pas lâché, mon drapeau. . . . Ils ne l'ont pas pris les boches ? . . . Non . . . non . . .j'ai soif. Ah ! ce nuage . . . s'il pouvait laisser tomber sa rosée sur moi ! Je
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brûle ! Mon colonel a été tué . . . j'étais un peu à l'arrière avec le porte-drapeau. Le caporal Fagon mon cousin a été tué, ainsi que les porte-fanions. Un allemand lui avait arraché le drapeau en hurlant. D'un coup de crosse j'ai brisé la hampe du drapeau et je lui ai enfoncé ma baïonnette dans la gorge ; il a lâché prise. J'ai ramassé le drapeau et puis . . . et puis ... je ne souviens plus. . . . Mon Dieu ! mon Dieu ! ... On marche, . . . estce un boche ? Voilà pour lui. [Il se dresse, son revolver au poing.']
[Un Jeune Officier Anglais paraît.
Sa tête est enveloppée de linges. ,]