‹ Du théâtre au champ d'honneurChapitre 4 sur 6 · Scène IV Les mêmes, puis le Médecin-major · texte numérisé non relu

Scène IV Les mêmes, puis le Médecin-major

Anna Courtois

[A Marc] Tu n'es pas assez raisonnable. Tu sais, ce n'est pas grave cette blessure ; mais si tu es aussi peu sage, cela deviendra sérieux.

Le Major

[Approchant.] Eh bien, mon jeune ami, vous voilà donc touché, vous aussi ? Voyons cela. Laissez-vous faire. Vous avez confiance, hein ? [Il déboutonne l'habit.] Ah ! Ah ! Voilà bien de la force perdue.

Marc Bertrand, illuminé

[Commence à déclamer les vers de Deroulède "Au porte-drapeau."]

Porte-drapeau mon camarade !

Au combat comme à la parade, Ton chemin est notre chemin.

C'est un fier poste que ton grade !

Porte-drapeau, mon camarade, Tu tiens la France dans ta main.

Nous irons où tu veux qu'on aille, Vois cette foule qui tressaille . . .

Ils sont passés les jours de pleurs, Et viennent les jours de bataille, Nous irons où tu veux qu'on aille Faire acclamer nos trois couleurs.

Tous les Français qui sont en France Savent quelle est ton espérance Et qui tes yeux cherchent là-bas.

Elle viendra, la délivrance ; Tous les Français qui sont en France Marchent vers ceux qui n'y sont pas.

Notre cocarde à leur corsage, Maintes femmes sur ton passage Ont murmuré : " Qu'il soit vainqueur ! Ô Françaises d'heureux présage ! Notre cocarde à leur corsage Et la revanche dans leur coeur !

Et plus d'un pleurait sous les armes !

Larmes de héros, nobles larmes

Que la France doit vénérer !

Ce n'était pas des pleurs d'alarmes . . .

Et plus d'un pleurait sous les armes,

Dont les armes feront pleurer.

Non ! ce n'est pas la gloire encore : Avant le jour il faut l'aurore.

Le porte-drapeau le sait bien.

Mais le soleil est sûr d'éclore ; Non ! ce n'est pas la gloire encore, Mais c'est la fierté qui revient.

Autour du drapeau qui nous guide, Tout un peuple attend, intrépide, L'heure que nul ne peut prévoir.

L'homme espère, Dieu seul décide.

Autour du drapeau qui nous guide Tout un peuple est prêt au devoir.

Porte-drapeau mon camarade !

Au combat comme à la parade, Ton chemin est le droit chemin.

C'est un fier poste que ton grade !

Porte-drapeau mon camarade, Tu tiens la France dans ta main.

[Il finit les vers en râlant. Son souffle se fait plus court, la fièvre illumine son visage.]

La Duchesse [Montrant le brancard.] Faut-il.

Le Major Non. Laissez le mourir en paix.

Marc Bertrand

Ah ! c'est le soleil qui se lève. — C'est la vie qui renait ! — Quelle immense clarté partout ! — Ah ! que c'est beau ! — Arrière, vous autres, les boches ! — On n'entre pas ici ! C'est l'Elysée de la Victoire ! — [Apercevant la duchesse dont le grand manteau s'entrouvre.] La voilà ! toute blanche ! — Ouvre tes ailes, Victoire !

[La Duchesse ouvre son manteau]

Toutes grandes ! — toutes grandes ! — Emporte-moi sur tes larges ailes vers ce lumineux empire ! — Le mot d'ordre pour y entrer,

c'est : " Jusqu'au bout ! " Vive la France ! — La porte s'ouvre ! . . . Anna . . . Anna, c'est mon dernier rôle. — Ah ! Votre main, my lord. — Vive l'Angleterre ! — Vive la France !

Le Major, se penchant sur lui C'est fini.

L'Officier

Petit français, le voilà ton drapeau. Dors en paix ; tes mains fermées sur lui ne se rouvriront plus.

[On enveloppe le corps, après que l'Anglais a étendu le drapeau sur Marc Bertrand.]

Le Rideau tombe.

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