ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
du tissu conjonctif. (Aperçu.)
Quoique cette étude ne semble pas tout d’abord rentrer directement dans la question qui m’a été posée, je ne crois pas devoir me dispenser d’en donner au moins un aperçu général.
Nous savons, en effet, que l’anatomie et la physiologie pathologiques de certains organes éclairent parfois quelque point encore obscur de leur structure anatomique à l’état sain; d’autre part, l’état pathologique d’un tissu peut être regardé comme une déviation dans sa marche habituelle, un changement dans sa nature, une exagération dans ses fonctions ; i I est donc naturel, à mon avis, quand surtout on a à traiter un sujet comme celui du Tissu Conjonctif, qui a joué, depuis plus de vingt aimées, un si grand rôle dans la pathologie, il est indispensable même de mettre en regard l’élément sain, et l’élément malade.
Nous nous renfermerons du reste dans des limites physiologiques telles qu’on ne pourra, j’espère, nous
reprocher d’avoir trop envahi le terrain de la pathologie (1).
Nous retrouvons encore naturellement ici le désaccord qui existe en anatomie, entre les écoles allemande et française ; la première fait jouer au tissu conjonctif un rôle d’organe générateur, quidonne lieu à la multiplication, à la prolifération cellulaire. Pour Ch. Robin, au contraire, la maladie n’étant qu’une altération des propriétés vitales des parties vivantes, toute maladie doit reconnaître pour cause première une altération des éléments.
§ 1. — Régénération dn tissu conjonctif.
Et d’abord quel est le mode de régénération du tissu conjonctif et les différentes modifications que présente successivement ce tissu régénéré? Cette étude comprend toute l’histoire de la cicatrisation des plaies et de la cicatrice, aussi ne puis-je indiquer ici que les points principaux.
Pour les partisans de la Doctrine Cellulaire , il y a toujours développement interstitiel du tissu conjonctif (Bouvier, Cicatrisât, dans les plaies sous-cutanées. Th. de Deville).
a. Les liquidessont puisésdans le sang, en vertu des lois de nutrition indiquées plus haut; l’activité plus grande de prolifération détermine un appel plus actif et ainsi de suite : la multiplication des éléments nucléaires et cellulaires a lieu en môme temps que l'ac-
(1) Bicliaf (foc cit.) , après l’étude fies propriétés de tissu, puis des propriétés vitales, consacre un long chapitre aux propriétés de reproduction du tissu cellulaire (Cicatrices, adhérences, format, des tumeurs, des kystes, etc h
croissement de la matière inter-cellulaire. Pour eux, dans la cicatrisation, le fait capital et primordial se passe dans cette prolifération intestitielle des éléments cellulaires du tissu.
b. Le tissu qui forme les bourgeons charnus est un tissu embryonnaire (en cela, ils se rapprochent de la théorie de Robin) normal, dérivant du tissu conjonctif répandu partout dans l’organisme, en raison de ce prinque, quel que soit le tissu lésé, le tissu conjonctif est nécessairement intéressé. De là, Yidentité de toutes les lymphes plastiques, de tous les bourgeons charnus et même cle toutes les cicatrices au début. La cicatrice dérive toujours du tissu conjonctif.
Pour Robin (!) la régénération du tissu lamineux reproduit presque, d’une façon identique, les phénomènes de la génération première et normale dans l’embryon. — On voit d’abord naître ( théorie de l'organisation d'emblée des blastèmes), à la surface des plaies, des noyaux embrjm-plastiques, delà matière amorphe et des vaisseaux capillaires; ces noyaux deviennent le centre de la génération de corps fibro-plastiques fusiformes et étoilés, forment un tissu mou, friable, comme le tissu embryonnaire, rougeâtre et mamelonné ( tissu ou couche des bourgeons charnus).
Les noyaux embryo-plastiques, sont les uns petits (cytoblastions des tumeursgommeuses, desgranulations grises, etc.), les autres plus volumineux. — Donc, selon cet auteur : existence propre du blastème et pas de scission des noyaux amenant (la multiplication par prolifération des bourgeons charnus. Le fait capital estla
(1) bien n’est plus démonstratif à cet égard que ce qui se passe lors de l’apparition des membres des têtards de batraciens. Robin, Dict. enoycl., art. Cellule, p. 649.
production de vaisseaux ainsi que la disposition si intéressante de leurs mailles et de leurs anses, qui, à partir du moment de la genèse des éléments et pendant toute sa durée, pénètrent la couche que nous venons d’esquisser (végétations fongueuses des tumeurs blanches). Pour lui, comme dans l’anatomie normale, la vascularisation du tissu conjonctif joue le plus grand rôle dans ces phénomènes pathologiques: de môme, pour les adhérences, dans le cas de production de néo-membranes péritonéales ou pleurales, les deux faits primordiaux sont la génération des éléments du tissu lumineux et leur vascularisation.
Telle est l’histoire bien abrégée de la jeune cicatrice; plus tard, d’autres modifications s’opèrent. Le tissu restant vasculaire dans les néo-membranes , où il ressemble sous beaucoup de points au tissu lumineux proprement dit, change d’aspect dans celui de la cicatrice. Par un fait d’évolution comparable à celui que nous avons exposé dans le développement anatomique de la fibre conjonctive , il perd ses vaisseaux ( tissu inoclulaire), prend une autre couleur et une autre consistance, etc. ; de plus, ces changements anatomiques lui impriment une modification physiologique, et alors la résorption moléculaire, lente et graduelle du tissu, donne lieu à sa rétraction.
Nous venons donc de voir deux, théories pathologiques qui correspondent aux deux théories anatomiques indiquées plus haut :
Doctrine cellulaire : théorie du développement continu ou de la prolifération cellulaire.
Doctrine des éléments anatomiques et de leurs
propriétés vitales : théorie des blastèmes et de la genèse des éléments anatomiques.
§ 2. Inflammation.
Doctrine cellulaire (1) : 1° Hyperémie secondaire , quelquefois même elle ne se manifeste pas ; 2° le fait capital est l’hypertrophie ou plutôt V hyperplasie clés cellules plasmatiques du tissu conjonctif ; 3" globules de pus provenant des noyaux.
Le professeur Cohnheim en 1868 a cherché à combattre cette théorie et de ses expériences, a conclu que, dans l'inflammation, les corpuscules du tissu conjonctif ne subissent que des altérations régressives et que la multiplication des noyaux est un fait exceptionnel.
Hayem est arrivé aussi à cette conclusion que les corpuscules ne prolifèrent pas dans l’inflammation suppurative.
Doctrine des éléments anatomiques : 1° Hyperémie, est le fait primordial ; 2° Naissance d’un élément anatomique nouveau, le leucocyte.
§ 3. Modifications du tissu conjonctif.
Ce sont des modifications qui reconnaissent pour causes certains troubles survenus dans la nutrition, le développement, la génération des tissus et leurs éléments.
A ce groupe immense appartient l'étude des hypertrophies et hyperplasies des éléments de ce tissu, et, par
(1) Pathologie cellulaire, Virchow.
suite, celle de bon nombre de tumeurs. Nous n’en dirons que quelques mots.
\ Le professeur Robin (article Lumineux) reconnaît des modifications accidentelles de ce tissu et des modifications par changements survenant dans quelquesuns de ses éléments.
Modifications accidentelles de tous les éléments à l'état adulte.
Elles se rapportent :
à I’obésité ou polysarcie adipeuse (transformation graisseuse des éléments fibro-plastiques, lipome); —
à I’hypertrophie et à l'hyperplasie du tissu conjonctif, qui vient prendre la place d’éléments normaux (envahissement par substitution du tissu lamineux interstitiel (1); c’est ce qu’onobservedans les paralysies musculaires (2), surtout dans la paralysie pseuclohypertrophique , caractérisée non-seulement par une hyperplasie des éléments conjonctifs intermusculaires, mais par une production nouvelle de graisse dans un grand nombre de ces éléments : dans la cirrhose, dans la sclérose des centres nerveux plaque) ; dans celle des nouveau-nés; dans V éléphantiasis ; dans toutes les hypertrophies qui sont sous la dépendance des maladies chroniques ou constitutionnelles (scrofule, syphilis, etc.).
Mantegazza (Gaz. Lomb. 18, 1867) dit que parmi les modifications histologiques qui suivent la section
(1) D’après Virchow, on retrouve dans une série de transformations pathologiques le substratum du tissu conjonctif des centres nerveux; ce professeur a donné le nom de gliomes aux tumeurs offrant cette structure.
(2) Ollivier, Atrophies musculaires, th. agrég., 1809.
des nerfs de la moelle il a observé l’atrophie musculaire, celle des os et Y hypertrophie du tissu cellulaire et du périoste.
Waldeyer de Breslau (Arch. de Virchow, VLI, 3 et 4, p. 470, 1868), dans un travail sur le carcinome, fait intervenir comme cause les vieilles hypertrophies du tissu conjonctif. Thiersch explique la plus grande fréquence du cancer dans la vieillesse par ce fait que le tissu conjonctif perd plus vite que l’épithélium son énergie vitale et qu’alors ce dernier tend à prédominer; à quoi Waldeyer oppose que au contraire on voit dans la vieillesse le tissu épithélial s’atrophier dans les glandes, tandis que le connectif s y hypertrophie .
AI’atrophie du tissu conjonctif : elle n’avait pas été jusque dans ces derniers temps considérée comme un fait bien démontré. M. Lande, dans sa thèse (1), regarde l’élément lamineux comme susceptible â’citrophie autopathique (atrophie unilatérale de la face). Selon cet auteur, l’atrophie porterait sur les éléments (fibre et noyau embryo-plastiques), l’élément élastique restant intact. Quelle est la cause première de cette atrophie? les nerfs des vaisseaux sanguins ou lymphatiques ont-ils une action spéciale sur la production ou la résorption de ce tissu? Bergson se contente de poser la question.
Eléments à V état embryonnaire. — Ces tumeurs, dites colloïdes ou gélatiniformes, ne sont, selon Robin, que le développement par hypergénèse des éléments qui
(1) Louis Lande, th . , Paris, 1869, Aplasie lamineuse progressive (trophonévrose de Rortberg).
composent le tissu du cordon ombilical; seulement elles possèdent des vaisseaux.
Modifications par changement de quelques éléments du tissu lumineux . — Elles comprennent :
L’étude du tubercule (Robin pense qu’il débute par une multiplication exagérée de l’un des éléments accessoires de ce tissu et le passage à l’état granuleux des noyaux (granulations grises , tubercules miliaires, etc.);
L’étude d’un grand nombre de tumeurs;
Tumeurs fibreuses;
Tumeurs q>ar hypergén'ese des noyaux ( tumeurs embryoplastiques), dont on a actuellement des observations authentiques de développement dans le tissu conjonctif sous-cutané ou intermusculaire, dans les nerfs, dans le périoste, dans la moelle des os, dans les parois du tube intestinal (estomac, rectum, etc.), dans les glandes (mamelle), etc.
Tumeur par hypergénèse des corps fibro-plasticjues ( tumeurs fibro -plastiques), etc., etc.
Parvenu à la fin du programme que nous nous sommes tracé, nous reconnaissons modestement que nous n’avons pu, dans notre description du tissu conjonctif, qu’effleurer à peine un sujet si vaste.
D’une part, il touche, en effet, comme on a pu le voir, à l’anatomie et à la pathologie tout entière; d’un autre côté, et c’est ce qui nous a rendu la tâche un peu pénible, l’étude de ce tissu n’a pas encore reçu tous les éclaircissements désirables malgré les innombrables travaux d’histologistes modernes éminents, qui certainement n’ontpas dit leur dernier
mot sur la nature du tissu que nous appelions autrefois et que même aujourd’hui, par un fait d’habitude pardonnable, nous continuons bien souvent à appeler à l'amphithéâtre le