‹ Du tissu conjonctif ou lamineuxChapitre 8 sur 13 · RÔLE PHYSIOLOGIQUE DU TISSU CONJONCTIF DANS · texte numérisé non relu

RÔLE PHYSIOLOGIQUE DU TISSU CONJONCTIF DANS

l’économie.

On comprend facilement qu’entrant dans la constitution intime des organes, le tissu conjonctif doive concourir pour une certaine part à V accomplissement clc leurs fonctions , souffrir des désordres dont ils peuvent être le siège et en subir les modifications.

1° Usages cl'orclre morphologique . Le tissu con jonctif a , comme première fonction générale , de contribuer à donner au corps une forme normale , en dissimulant les saillies multiples des organes ou en remplissant les vides, comblant les lacunes que ces derniers laissent entre eux. Cet usage est en raison directe de son abondance, et offre de nombreuses variétés, suivant les sujets, leur âge, leur état de santé ou de maladie, etc. Il existe surtout près désarticulations autour desquelles il forme des coussinets qui facilitent leurs mouvements.

2° Usages d’ordre physique. (Attributs d’ordre physique du système lumineux. Robin.) En raison de sa constitution aréolaire, de sa mollesse et de son extensibilité, il contribue à séparer et à faciliter le glissement des organes les uns sur les autres (tissu lumineux, pénien, scrotal, rétro-pharyngien et œsophagien, du

dos des mains, du cou, etc.) il permet aux différentes cavités d’opérer sans gêne leur distension et leur resserrement (vessie, urèthre, etc.). Les deux preuves suivantes viennent à l’appui de cette manière de voir : si deux orgunes sont en connexion intime et n’ont pas besoin de ce glissement, il n’existe pas de tissu cellulaire intermédiaire : si deux organes glissant habituellement l’un sur l’autre, perdent cette propriété, le tissu lamineux disparaît (Cicatrice. )Ce rôle de glissement est en rapport avec la constitution anatomique de ce tissu ( mollesse , flexuosité des fibres , présence de fibres élastiques, etc.)

Si, nous rapprochant de la théorie de la substance conjonctive , exposée plus haut, nous considérons ce tissu comme une masse homogène au milieu de laquelle se moulent les divers organes, nous pouvons dire alors qu’il joue un rôle de moyen d’union (tissu unissant), de jonction (tissu conjonctif entre les masses ou leurs segments. Nous ne ferons que mentionner la propriété d’isolement sur laquelle Bichat a tant insisté.

En résumé :

a Moyen de séparation, — de glissement des organes pleins, — d'expansion facile pour les organes creux.

b Moyen d’union ;

c Moyen d’isolement.

La perméabilité du tissu conjonctif et sa continuité dans différents points du corps expliquent certains phénomènes qui sont complètement sous la dépendance de la pesanteur (migration de corps solides, épingle, etc.; abcès migrateur, etc.). Les chirurgiens uti- 1 sent encore les propriétés de ce tissu pour faire

refouler, par la pression, les liquides épanchés dans ses mailles, permettre leur diffusion et favoriser par suite leur résorption.

3° Usages cVorclre organique. Si l’existence de vaisseaux capillaires innombrables, tant sanguins que lymphatiques, dans ce tissu, ne suffisait à prouver son activité d’absorption, les nombreux succès obtenus depuis quelques années par la méthode hypodermique lèveraient tous les doutes à cet égard ; mais cette absorption olïre-t-elle la même intensité dans tous les points du corps? Südeckum (1) le croyait : Eulenburg, au contraire, pense qu’elle n’a pas lieu partout avec la même rapidité. Selon lui, ce serait auniveau desparties où la sensibilité est la plus grande, c’est-à-dire où il existe un plus riche réseau vasculaire (doigts), que l'absorption aurait son maximum de rapidité.

On nous pardonnera, j’espère, de faire bon marché de l’idée originale, ou au moins de l’hypothèse, qui consiste à comparer l’ensemble du tissu lamineux du corps entier à une vaste glande lymphatique analogue au ganglion de ce nom ou à la rate : la netteté avec laquelle apparaît, dans les lymphatiques , dit Robin, la couche formée de cellules fusiformes ou étoilées réduit à néant cette manière de voir.

Le tissu lamineux est-il l’organe premier, l’organe générateur des éléments qui composent le corps humain? C’est là une doctrine qui a longtemps régné dans la science où elle avait été lancée par des hommes de génie, tels que Bicbat et de Blainville, et qui tend,

(1) Baudot, Voies d’introduction des médicaments, th. agrég. méd., 1806.

depuis quelques années, grâce à l’emploi de l’instrument grossissant, à être remise en vigueur par l’école allemande et à se propager aussi dans notre pays.

Avant de discuter le fait, constatons une chose, c’est que l’idée première de cette théorie appartient à un Français.

Bichat regardait le tissu cellulaire comme continu à lui-même dans toutes les régions de l’écocomie (1), enveloppant les organes, et constituant dans l’intérieur de chacun d’eux une trame qu’il considérait comme faisant partie intégrante de leur structure.

Pour lui, dans l’embryon, il est \eparenchyme générateur de tous les organes et plustard il devient ou plutôt reste, grâce à ses vaisseaux et à ses nerfs, le parenchyme commun de nutrition ( canevas cellulaire ), où se forment le muscle, le cartilage, l’os, par un dépôt de fibrine, de gélatine, de matière calcaire. Mais, comme le dit Roux dans l’éloge qu’il fait de ce grand homme, « Bichatse préoccupait moins de considérer les différents systèmes de l’économie au point de vue de l’anatomie proprement dite, y compris même ce qui a trait à leur structure, que de les présenter avec tout le cortège des forces diverses, des propriétés de toutgenre dont ils sont doués : de les montrer, pour ainsi dire, en jeu, en action. »

De Blainville (2) qui tendait toujours à se rapprocher de l’idée d’unité ne va pas pourtant si loin que Bichat : ri admet pour tous les organes l’élément nerveux le musculaire et le cellulaire , élément végétatif par excel-

(1) An. générale, tëOl.

(i) Organisation des animaux, Paris 1822, p. 13 ; et cours de Physiologie comparée, 1833, p. 10.

lence qu'il appelle aussi générateur et qui sert de principe à tous les éléments du corps, sauf les deux que nous venons de citer.

Ce sont ces idées, comme le dit le professeur Robin dans son article Lcimineux du Dictionnaire Encyclopédique, qui ont été reprises par certains auteurs modernes.

Reichert (1) et plustard Donders, Kœlliker, Virchow ont cherché à les vulgariser, et le célèbre professeur de Berlin a voulu en faire le point de départ de cette grande théorie ou doctrine cellulaire , qui tout d’abord a plutôt séduit que convaincu d’une façon inébranlable les nombreux partisans qui en ont été les propagateurs, grâce à la facilité réelle avec laquelle elle explique les phénomènes de physiologie pathologique.

Je ne relaterai ici que les points indispensables pour comprendre le côté du sujet que nous traitons.

Dans cette théorie, les Phénomènes Biologiques ont leur raison d’être dans l’activité d’un seul corps pour tous, la cellule , qui est l’élément premier ou dernier (comme on veut l’entendre), c’est-à-dire l’élément générateur par excellence de tous les tissus normaux ou pathologiques.

Cette cellule, c’est le corpuscule du tissu conjonctif , la cellule fibro-plcistique, 1 ’ostéoplaste, etc., devenant, par suite de conditions propres, la fibre lamineuse, l’élastique (2), l’os, etc., mais ayant toujours été en

(1) Bemerkungen zu r vergleichenden, etc. , Dorpat, 1845.

(2) Kœlliker n’admet plus maintenant ce mode de formation pour la fibre élastique.

en première analyse une véritable cellule. Ce n’est pas tout. Le fait principal qui domine dans cette théorie est que cette cellule est douée d’un genre spécial cl activité (non soustraite aux lois chimiques et physiques de la substance inorganique), dans lequel 1 auteur voit une irritabilité nutritive, formative et fonctionnelle, pour employer son expression.

Exemple : Un cartilage est traversé par un fil, des éléments cellulaires nouveaux et nombreux se forment autour du corps étranger. Est-ce la vascularité de 1 organe et un apport plus considérable du sang qui, dans cette circonstance, fait naître ces éléments en si grande quantité ? Est-ce la cellule première qui s’est multipliée (cellule mère, cellules filles)? C’est cette dernière opinion qu’adopte Virchow. Des corpuscules du tissu conjonctif, par exemple, donneraient naissance aux globules du pus, etc.

Les partisans de l’Ecole Allemande admettent donc, au point de vue physiologique comme en anatomie, que l’élément le plus important et le plus actif est la cellule ; ils se fondent en partie sur ce que l’activité diminue singulièrement dans les tissus où l’élément cellulaire disparaît (ligament cervical).

Pour eux, les fonctions de cette cellule auraient trait ou aux transformations chimiques de l’organisme (transsudation, derme, muqueuses), ou bien à la circulation dans le système plasmatique dont nous avons dit un mot, ou bien à la génération des autres tissus dits de substance conjonctive (cartilage, os, etc), ou bien même à la formation des fibres musculaires lisses, des cellules épitheliales, etc.

J’avoue que c’est là pousser un peu loin la faculté

génératrice du Corpuscule Conjonctif, mais il n’en es; pas moins vrai que Heidenhain a cru démontrer la communication des prolongements de la cellule étoilée avec l’élément épithélial cylindrique de la villosité intestinale !

Le rôle phj^siologique intime du tissu conjonctif c omprendrait donc uniquement dans ce cas celui de la cellule qui lui appartient, et sans chercher le rôle de la libre lumineuse, ici se bornerait, si nous suivions cette théorie, la physiologie du tissu que nous étudions.

Le professeur Ch. Robin s’élève complètement contre cette manièrede voir et ne fait pas dériver d’une cellule conjonctive unique des corps qu’il regarde comme parfaitement distincts sous le rapport physiologique, mais surtout au point de vue anatomique : il ne faut pas croire, dit-il, que la continuité des organes et des tissus les uns avec les autres , ni que la succession des uns aux autres chez V embryon indique une identité de nature. Selon lui, les tissus fibreux. , tendineux, etc., ne dérivent pas du tissu lumineux, pas plus qu’ils ne se transforment eux-mêmes en cartilage, puis en os. Il y a substitution d’un tissu à l’autre et non transmutation réciproque : en un mot il existe des éléments anatomiques distincts, sans qu’on doive en rapporter la naissance à la multiplication ou la transformation d’une cellule première.

Mais cependant il ne faudrait pas conclure de là que le tissu lumineux n’a aucune action sur la génération des éléments, bien loin de là : il possède, au contraire, des attributs d’une importance capitale, relatifs ci la nutrition. Renfermant, comme nous l’avons vu, une quantité considérable de vaisseaux capillaires

qu’il se charge par ses trabécules, ses travées, etc., d’aller distribuer aux divers organes, il concourt par conséquent à l’apport de principes immédiats indispensables à sa nutrition propre, à celle des organes et à la génération individuelle d’éléments de toute espèce (leucocytes, etc.).

La preuve qu’il est porteur, distributeur de capillaires dont il n’est en quelque sorte que le soutien (pie-mère encéphalique), et dont il n’a pas uniquement besoin pour lui, c’est que le cordon ombilical (type de tissu lumineux colloïde) ne possède pas de vaisseaux. En résumé, selon Ch. Robin, le tissu lamineux ne serait pas générateur ou formateur direct des éléments anatomiques : grâce à sa grande vascularité, il ne fait qu’apporter les conditions favorables à leur génération .

Sur ce terrain bien épineux, le professeur Robin, il faut le reconnaître, se place toujours en face de l’anatomie et ce n’est ni à la physiologie ni à l’anatomie pathologique qu’il s’adresse pour rechercher et établir quelssontlesorganespremiers dont se composele corps humain. — Pour lui les tissus, d’une façon générale, ne sont pas les derniers termes auxquels on doit s'arrêter dans cette étude anatytique, après eux viennent les éléments anatomiques.

Nous pouvons dire, par conséquent, qu’après l’anatomie d'un tissu (complexe) à laquelle correspondent les phénomènes complexes de physiologie, doit rigoureusement se placer l’étude des éléments anatomiques et celle de leurs phénomènes physiologiques, origine des fonctions plus complexes des tissus et des organes.

Là réside toute la Théorie ou Doctrine anatomique

des éléments et de leurs propriétés défendue par le professeur de la Facülté de Paris et adoptée par Liégeois et d’autres anatomistes en France.

Cette Théorie est moins hypothétique, il est vrai, que celle du professeur de Berlin, mais elle esr bien loin de nous donner encore la clef de tout ce vaste ensemble que nous nous contentons de nommer phénomènes biologiques. Pourrons-nous j amais, du reste, en pénétrer l'essence ( les Eléments Anatomiques étant encore ci ce point cle vue des corps extrêmement complexes ), môme avec le talent, le génie d’hommes comparables à ceux que j’ai cités dans ma thèse et en supposant les grossissements les plus inimaginables, les plus fantastiques, auxquels peut arriver le microscope ?

Quoi qu’il en soit, dans cette physiologie des éléments qui représente la Biologie nous devons de toute nécessité faire rentrer celle de la fibre conjonctive ou lumineuse , élément du tissu complexe lamineux, qui est un corps parfaitement visible au microscope et non pas un produit artificiel.

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