STRASBOURG, TYPOGRAPHIE DE G. SILBERMANN
DU
Il serait absurde de prétendre que le tissu connectif est un nouveau venu dans la science. Depuis que l'on s'occupe d'analomie, son existence fut reconnue. Mais les anciens le groupèrent sous différents titres; ils firent de chacune de ses variétés un tissu différent, sans reconnaître leur lien de parenté.
Sans entrer dans l'histoire des opinions anciennes, arrivons au grand Bichat. Ce génie puissant ne put s'affranchir complètement des idées de ses prédécesseurs. Lui aussi méconnut la relation qui existe entre les différentes formes du tissu connectif; il établit des différences entre le tissu cellulaire, le tissu fibreux etc. Et néanmoins l'esprit est frappé de stupeur en étudiant les considérations et les aperçus ingénieux du créateur de l'anatomie générale , en réfléchissant surtout aux faibles moyens d'investigation qu'il avait entre les mains. L'école micrographique nouvelle le considère comme son précurseur; elle lui rend l'hommage le plus complet et ne veut dater que de lui.
Lorsque le microscope fut appliqué avec une nouvelle ardeur à l'étude des sciences anatomiques et que l'on eut découvert des éléments cellulaires dans l'organisme, il fallut donner un nouveau nom au tissu appelé cellulaire jusqu'alors. J. Mûller, le
Historique.
premier, le désigna sous le nom de tissu conneclif ou conjonctif. Henle adopta ce terme dans son anatomie générale; mais son traduclenr Jourdan recula devant tant d'audace et écrivit en note : « Nous n'avons osé adopter cette innovation. »
Bientôt les progrès de l'histologie moderne, cette science née d'hier, firent voir que ce qui avait été décrit jusqu'alors sous les noms de tissus fibreux, tendons, tissu cellulaire etc., n'est qu'une seule et même substance dont les éléments identiques se sont groupés d'une manière différente. On venait donc, par une simplification fort belle, de réunir autour d'un même nom des éléments épars jusque-là.
Ce n'est pas tout. En 1845, Reichert, par un trait de génie, eut l'idée de créer une famille anatoraique complète, sous le nom de tissus de substance connective. Elle se composait d'après lui du tissu conjonctif ordinaire, des os, des cartilages. Cette conception admirable n'eut pas dès l'abord tout le retentissement qu'elle méritait; elle heurlait de front les idées admises jusqu'alors et les errements anciens. Sharpey et Kôlliker firent voir que physiologiquement l'os pouvait naître du tissu connectif; c'était là une analogie incontestable, mais le grand pas n'était pas fait; le tissu de cartilage avec ses cellules et sa substance fondamentale restait toujours isolé. Il était réservé à Virchow, et en même temps que lui à Donders, d'établir la véritable analogie qui existe entre les tissus de substance conjonctive. La cellule plasmatique fut le lien inutilement cherché par Reichert, qui devait légitimer sa belle classification. Le tissu conneclif présentant à l'observation deux éléments , une substance fondamentale et des corpuscules, fut étudié avec ardeur à ce double point de vue. L'existence de la cellule plasmatique fut accueillie par tous; citons Ilessling, Reichert, Leydig, Remak, Luschka, Kolliker; seul Henle protesta et proteste peut-être encore. Virchow et Donders démontrèrent bientôt, de plus, la liai-
son qui existe entre ces tissus au point de vue de leur développement. L'idée de Reichert rayonna de tout son éclat le jour où Virchow découvrit la cellule osseuse. Il ne restait donc plus que des questions de détail à trancher. C'est ainsi qu'en 4861 seulement Kôlliker parvint à rattacher, au moins aujpoint de vue de sa genèse, le tissu élastique aux tissus connectifs. Déjà antérieurement le célèbre micrographe de Wiïrzbourg y avait relié le tissu de l'ivoire dentaire.
En 4851 Virchow démontra que le tissu muqueux n'est qu'une variété, une forme élémentaire du tissu connectif.
Ainsi que nous le verrons, le seul point sur lequel puissent encore porter les divergences, c'est le tissu adénoïde de Hiss, tissu réticulaire de Kôlliker.
Déjà Bichat avait supposé que le tissu cellulaire est en relation avec le système lymphatique. Breschet adopta les idées du grand physiologiste, mais il leur manquait la sanction de la démonstration. Virchow à son tour crut, quoique sans preuves suffisantes, à la connexion entre les corpuscules plasmatiques et les radicules lymphatiques. La question n'est pas encore bien nettement résolue, elle semble avoir fait de grands progrès dans ces dernières années, ainsi que nous le verrons dans un chapitre consacré spécialement à l'histoire de ces recherches.
Division.
Avant d'entrer en matière, il est, je crois, indispensable d'indiquer comment j'envisagerai la question que le sort m'a assignée.
Je n'ai pas à étudier les tissus connectifs ou tissus de siiùstance connective, mais bien le tissu connectif.
Je ne ferai donc pas l'histoire des différents membres de cette famille analomique, je me bornerai au cadre qui m'est tracé
par le titre même de mon travail et n'étudierai que le tissu conneclif et ses variétés, en y faisant rentrer toutes les parties que l'école de Berlin a l'habitude d'y comprendre.
Mais avant de pénétrer au cœur même de la question y je crois nécessaire de jeter un coup d'œil sur les éléments essentiels de tout tissu de substance conneclive.
Je regrette que le temps, fort court déjà pour les nombreuses recherches que j'ai été obligé de faire, ne m'ait pas permis d'insister sur les analogies des différents membres de la famille des tissus connectifs; je regrette de n'avoir pu faire voir comment ils se remplacent l'un l'autre dans l'échelle animale, comment dans l'économie humaine elle-même et dans des conditions physiologiques ils peuvent se transformer les uns dans les autres. C'eût été là un beau chapitre à traiter, quoique l'on eût pu m'objecler qu'il sort de mon sujet. Mais en traitant de la pathologie générale du tissu connectif , il me sera impossible cependant de ne pas faire ressortir les modifications et les transformations qu'éprouve ce tissu dans les différentes productions morbides.
Je préviens également le lecteur que je me servirai indifféremment du mot de tissu conjonctif ou de celui de tissu conneetif; ils ont la même signification.
Mon travail est divisé en quatre parties.