I. ÉLÉMENTS DÉS TISSUS DE SUBSTANCE GONNECTIVE
Dans tout tissu connectif, quel qu'il soit, on trouve toujours les deux parties fondamentales suivantes : 1° Des cellules;
2» Une substance fondamentale intercellulaire.
1" Des cellules des tissus connectifs.
Les formes des éléments cellulaires des tissus connectifs sont variées.
Pendant longtemps on y vit de véritables cellules composées d'une enveloppe, d'un contenu et d'un noyau inclus. Mais des recherches phis récentes, celles de M. Schuize ^ en première ligne, puis celles de Leydig ^ et de Kûhne^, tendent à prouver que, souvent du moins, cette disposition complexe n'existe pas. C'est ainsi que fréquemment on ne saurait y démontrer la présence d'aucune membrane d'enveloppe, et que le noyau inlra-cellulaire est simplement plongé dans la masse d'une substance spéciale désignée sous le nom de protoplasma, substance analogue à celle décrite par Dujardin sous le nom de sarcode.
Kôlliker * n'admet pas cette opinion de Schuize, et il cherche à faire triompher l'idée ancienne de la véritable cellule. Gepen-
* Ueber Muskelkiirperchen und das was man eine Zelle zu nennen liât , in Archiv fur Analovde. \ 861 .
- Vom Bau des thùrîschen Korpers. Tiibingen 1864. y Unlersucliungen etc. {CannslaU's Jahresberichf). 1865.
* Handbuch der Gewebelekre des Mcnsc/icn. i« édit. Leipzig 1863.
dant les travaux publiés, depuis la dernière édition de" l'ouvrage de l'illustre micrographe de Wûrzbourg, ne permettent pas de se ranger à sa manière de voir. Ils prouvent, en effet, que, sinon toujours, du moins dans la plupart des cas, la cellule, telle qu'on l'entendait depuis Schwann, ne correspond plus aux connaissances actuelles.
Quoi qu'il en soit, les corpuscules conneclifs offrent en général un aspect fusiforme ou éloilé, à contours nets; dans ce dernier cas ils émettent latéralement des prolongements qui s'anastomosent entre eux, et constituent ainsi un véritable réseau dont nous aurons souvent à nous occuper dans le cours de cette étude.
D'autres fois, dans des tissus dont nous nous bornerons à faire ressortir la parenté avec les autres tissus connectifs, les éléments cellulaires sont arrondis, ou ovales, quelquefois fusiformes.
Les corpuscules étoilés se trouvent surtout dans le tissu connectif ordinaire , dans la cornée par exemple, où leur étude est la plus facile, car ils y sont disposés o: régulièrement sur des (( lignes concentriques et parallèles aux surfaces de la mem- « brane oculaire » (Morel
Il ne paraît pas que l'on puisse mettre en doute complètement l'existence de cellules à membrane d'enveloppe; quoique cependant, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer plus liaut, la doctrine de M. Schulze tende à gagner du terrain de jour en jour.
A ces différentes formes de cellules se rattachent naturellement quelques dérivés, que l'on trouve toujours parmi les éléments connectifs.
Ce sont, en premier lieu, les cellules adipeuses, qui sont des vésicules plus ou moins arrondies, quelquefois aplaties ou
* Morel , Précis d'Iiisloloyie humaine.
allongées. Leur enveloppe , extrêmement mince et à peine visible, renferme un contenu formé d'une graisse neutre, huileuse. Le plus souvent ce contenu ne se compose que d'une seule goutte de liquide jaunâtre; quelquefois , mais plus rarement, on rencontre des cellules remplies d'une série plus ou moins considérable de gouttelettes graisseuses isolées. On dit alors que les cellules sont granuleuses. Dans les cas pathologiques, dans l'hydropisie par exemple, les cellules renferment beaucoup de sérosité.
Dans les cellules graisseuses, on ne saurait nier l'existence de la membrane d'enveloppe. On la démontre aisément en traitant la préparation par l'alcool ou l'éther, qui dissolvent la graisse et laissent à nu une membrane mince et flétrie.
La présence de l'enveloppe utriculaire dans les cellules graisseuses confirme peut-être l'opinion de M. Schulze, qui dit que dès que dans une cellule apparaît une membrane d'enveloppe, le petit organe entre en voie de rétrocession, et chacun sait que la transformation graisseuse est le mode le plus ordinaire de la rétrocession des éléments organiques.
Après la mort et par suite du refroidissement, les graisses neutres contenues dans les cellules se décomposent et l'on y trouve alors de beaux cristaux de margarine.
Des matières colorantes peuvent également se déposer dans les cellules étoilées, qui conservent leur forme et deviennent des cellules de pigment; les plus remarquables dans ce genre sont celles de l'iris et de la choroïde.
Au nombre des éléments primordiaux des tissus connectifs nous pouvons encore compter des cellules assez nombreuses, sans prolongements et de forme variable, sur la nature desquelles on n'est pas encore entièrement fixé. La variété de leur configuration pourrait peut-être tenir assez souvent au mode de préparation.
Ces éléments cellulaires ressemblent tantôt à des noyaux libres, tantôt au contraire à des cellules dont le noyau a disparu. Quoi qu'il en soit, ils sont arrondis ou aplatis, gonflés ou flétris, de volume variable, quelquefois allongés et effdés à leurs extrémités, comme de véritables fuseaux; d'autres fois ils présentent un aspect plus ou moins onduleux, comme dans le tissu connectif proprement dit.
Il est encore des éléments plus spéciaux au tissu connectif proprement dit, tels que les globules qui remplissent les lacunes de ce tissu, les corpuscules migrateurs décrits pour la première fois par Recklinghausen^; mais nous les étudierons ultérieurement dans le chapitre consacré à ce tissu en particulier.
Au point de vue chimique, tous ces éléments cellulaires se distinguent nettement de la substance dans laquelle ils sont plongés : ils ne donnent pas de gélatine. Alors qu'ils sont encore en voie de développement, ils sont facilement attaqués par les alcalis et les acides, mais plus tard leur résistance augmente, et s'ils n'étaient solubles dans les alcalis bouillants, leurs propriétés les rapprocheraient des tissus élastiques.
Quoiqu'ils ne rentrent pas dans le cadre qui m'est tracé, je ne saurais abandonner l'étude des éléments cellulaires connectifs, sans dire quelques mots de certains corpuscules qui ne sont que des modifications de ceux que je viens d'étudier : ce sont la cellule cartilagineuse, la cellule osseuse et la cellule de la moelle fœtale.
La cellule du cartilage est d'abord arrondie, puis en avançant en âge elle s'allonge, devient quelquefois fusiforme ou même étoilée comme chez les ruminants d'après llessling*-.
* Recklinghausen, Die Lymjihgefdsse und ihre Beziehvng zum Bindegewebe. Berlin -1862.
«Hessling, Grundziige der al/gem. und speciel. Geivebdchrc des Mcnschen. Leipzig 1866.
Dans certains poissons elle présente même des appendices anastomosés entre eux et formant un véritable réseau. Elle semblerait ne pas être pourvue de membrane d'enveloppe et n'être constituée que par une masse de protoplasma. Quant à la capsule de cartilage qui entoure une ou plusieurs cellules, elle paraît dépendre plutôt de la substance fondamentale que des cellules elles-mêmes.
Quant à la cellule osseuse découverte par Virchow^, sa ressemblance avec la cellule plasmatique du tissu connectifest telle qu'il est inutile d'insister; même forme étoilée, mêmes prolongements anastomosés en réseaux. Et, chose remarquable, le passage de l'une à l'autre est si facile que nous pouvons considérer le tissu osseux comme du tissu connectif dans lequel les cellules ont conservé toutes leurs dispositions, la substance fondamentale seule s'est chargée de sels calcaires.
Une dernière variété dérivée de la cellule connective, c'est la cellule de la moelle fœtale ou cellule rosée de la moelle, qui est sphérique, plus ou moins volumineuse , avec des granulations tines et un ou plusieurs noyaux.
L'analogie que nous cherchons à établir est ici beaucoup plus difficile à démontrer que dans les tissus précédents; mais puisque la cellule de la moelle fœtale provient des cellules cartilagineuses de l'os primordial (Morel), et que nous avons démontré plus haut la ressemblance entre ces dernières et les cellules connectives, on ne saurait s'empêcher de rattacher les cellules de la moelle fœtale aux éléments des tissus conneclifs.
2° Substance fondamentale intercellulaire.
La substance fondamentale intercellulaire est tantôt amorphe, granulée, homogène; tantôt striée, avec des faisceaux de fibrilles.
* Virchow, Ferhandlungen-der mirz-b. phys. med. Gesdlsc/i., 1. 1, ii» 13.
iO
Il n'est pas rare d'y rencontrer des fibres, des réseaux beaucoup plus denses, qui constituent alors la transformation élastique du tissu. Nous aurons à revenir sur ce sujet.
Au point de vue de ses caractères physiques, la substance fondamentale présente un très-grand nombre d'aspects différents.
Tantôt gélatineuse ou muqueuse, elle peut dans d'autres cas atteindre un degré de densité- considérable; tantôt transparente et hyaline, elle devient ailleurs complètement opaque. Son élasticité est également très-variable; quelquefois elle est forte, d'autres fois absolument nulle.
Les propriétés chimiques de la substance fondamentale sont en rapport intime avec les différences de structure des tissus ' connectifs, et présentent un certain nombre de variétés. Nous y rencontrons toujours des substances proléiques plus ou moins modifiées; mais tantôt c'est une matière albuminoïde à moitié fluide, de la mucine, dans les formes embryonnaires de la substance connective (tissu muqueux ou gélatineux); tantôt au contraire de la gélatine sous ses deux formes, la chondrine dans le tissu de cartilage, la glutine dans le tissu osseux.
Quant au tissu connectif proprement dit, sa substance fondamentale fournit toujours de la gélatine. La présence constante de cette matière protéique a fait désigner certains de ces tissus sous le nom de tissus à gélatine , ou tissus collagènes.
Parmi les matières étrangères que l'on peut trouver dans la substance fondamentale, nous rappellerons les sels calcaires qui l'envahissent de préférence, de même que nous avons vu la graisse et les matières colorantes se déposer principalement dans les éléments cellulaires.