VAISSEAUX ET NERFS
Dans les différentes espèces de tissu connectif les éléments vasculaires sont en proportions des plus variées.
Le tissu muqueux n'en contient pas.
Dans le cordon ombilical d'un enfant à terme les seuls capillaires que l'on puisse trouver existent auprès de l'insertion abdominale du cordon.
Ils ne s'élèvent guère, dit Virchow, à plus de cinq à six lignes au-dessus de la paroi abdominale et correspondent à la portion persistante.
«Quand ces capillaires s'élèvent plus haut, l'ombilic reste « plus volumineux, plus proéminent; il est déprimé au contraire
* His, Ueber des EpUhel der Lymjihg^asswiirzeln. ZeUschrifi fur wissenscha/Uiche Zoologie XIII, analysé dans le Centra l-Blatl. -1863.
« quand la couche vasculaire ne remonte pas très-haut. Les ca- « pillaires forment la limite du tissu permanent; les parties ca-
duques du cordon ne contiennent pas de vaisseaux^. y>
Quant au corps vitré chez l'adulte, il ne contient aucun vaisseau. L'artère capsulaire, qui chez le fœtus le traversait d'arrière en avant, est oblitérée, et c'est à peine si on en trouve encore quelques traces dans l'âge adulte.
Le tissu conneclif ordinaire (ancien tissu cellulaire), outre les vaisseaux qui le traversent et auxquels il sert d'organe de soutien et de protection, paraît contenir des vaisseaux qui lui sont propres. D'après Richet^ on parviendrait même à y injecter un assez beau réseau de capillaires tant artériels que veineux, d'une ténuité extrême.
Todd et Bowman^ ont représenté dans une planche reproduite par Kôlliker des lacis de vaisseaux entourant les cellules graisseuses du pannicule sous-cutané.
Les séreuses contiennent un grand nombre de capillaires remarquables, surtout dans les appendices ou franches synoviales.
Les tissus fibreux au contraire, tendons, aponévroses, ligaments, gaines des tendons etc., ne présentent qu'un nombre extrêmement restreint de vaisseaux, qui ne pénètrent même jamais dans toute l'épaisseur de l'organe. On dirait même qu'en raison de la plus grande condensation des éléments connectifs les vaisseaux ont été comme expulsés des tissus, et en langage mathématique on pourrait dire que dans les tissus fibreux la richesse en vaisseaux est en raison inverse de la densité de leur trame.
» Virchow, Pathologie cellulaire^ trad. de P. Picard. Paris 486<. 2 Richet, Anatomie médico-chirurg. Paris 1860, 2" édit. •'' Todd et Bowman, The physiological anato?ny and physiology of man. London 1853,
ni
11 n'en est pas de mênrie du périoste et du périchondre, qui sont plus pourvus de vaisseaux que les autres membranes fibreuses, abstraction faite, bien entendu, de ceux qui ne font que les traverser.
Le système nerveux a-t-il des extrémités terminales destinées aux éléments connectifs? Question encore peu connue. Il va sans dire que du moment où le tissu conjonctif possède des vaisseaux, il doit aussi recevoir des nerfs vaso-moteurs.
Il ne s'agit pas précisément ici de cet ordre d'éléments nerveux, mais on peut se demander si le tissu connectif reçoit des éléments sensitifs par exemple.
Schlemm a décrit des nerfs dans la cornée; Kôlliker^ les a étudiés à son tour, et leur existence est aussi généralement admise.
Le périoste en contient également qui lui sont propres. Si Kôlliker n'a pu trouver des nerfs dans les aponévroses, les gaines des tendons et les bourses muqueuses, non plus que les petits tendons, Luschka^ en a découvert dans les tendons volumineux comme le tendon d'Achille, le centre phrénique, le tendon rotulien.
Toutes les variétés du tissu connectif fournissent des matières protéiques, dont les réactions sont cependant différentes. Nous allons, pour les examiner, suivre le même ordre qui nous a servi pour l'élude anatomique.
1° Tissu mitqueux. Il fournit une substance particulière dé-
* Kôlliker, 4« édit., pl. 54.
* Luschka , Die Anatomie des Menschen. Tubingen 1863.
' Pour la rédaction de ce chapitre je me suis servi surtout des ouvrages de Gorup-Besanez et de Paul Schutzenberger.
signée sous le nom de mucine qui n'est pas coagulable par la chaleur. Les acides la précipitent de ses dissolutions, surtout l'acide acétique et les acides minéraux; le précipité est solubie dans un excès de ces derniers, mais ne se dissout pas dans un excès d'acide acétique. Une solution de mucine traitée par l'eau et évaporée à siccité fournit une modification de la substance protéique qui est devenue insoluble.
Il semble que dans le tissu muqueux la mucine soit tenue en solution par les sels alcalins qu'on y rencontre normalement, et c'est peut-être à la quantité variable de ces sels que sont dues les différences de consistance que présente ce tissu dans l'économie (Gorup-Besanez).
La composition de la mucine est la suivante * :
Carbone 52,17
Hydrogène 7,01
Azote 12,64
Oxygène 28,18
La mucine ne paraît pas contenir de soufre; elle est un dérivé des matières protéiques;mais comment ce produit se formet-il? C'est là une question à laquelle il paraît impossible de répondre.
Il existe en outre dans le tissu muqueux une certaine quantité d'albuminates, mais je n'ai pu trouver d'analyse que je puisse citer à ce sujet.
2<* Tissu connectif proprement dit. Les trois éléments que l'on trouve toujours dans le tissu connectif proprement dit, la substance fondamentale, la cellule et les fibres élastiques, présentent des caractères chimiques différents.
La substance fondamentale est collagène; les deux autres éléments ne fournissent pas de gélatine par la coction.
1 Goriip-Resancz, Le/irOuch dcr phijniol(ygisclien Chemie. Braiinschwoip 1862.
Traitée par l'eau bouillante , la substance fondamentale du tissu connectif proprement dit se gonfle d'abord, puis se dissout entièrement et fournit la forme de gélatine connue sous le nom de gliUine. ,
La glutine tirée des tendons se compose d'après Gorup- Besanez de :
Carbone 80,9
Hydrogène 7,2
Azote 1 8,3
Oxygène j 23 5
Soufre S
Si l'eau est acidulée, la transformation est beaucoup plus rapide. L'acide acétique la gonfle et la rend transparente; mais d'après Gorup-Besanez il ne la dissout pas, car si on vient à laver la préparation avec de l'eau et à neutraliser l'acide par l'ammoniaque, les fibrilles reprennent leur forme primitive.
L'action des alcalis caustiques est analogue à celle des acides; la solution de tissu connectif dans l'eau bouillante ne précipite pas par le cyanure jaune*.
D'après les recherches de Rollet-, il existerait dans le tissu connectif qui forme les tendons une substance albuminoïde particulière, dont les réactions diffèrent de toutes celles que fournissent d'ordinaire les composés protéiques.
Les tissus connectifs traités par le sublimé corrosif, l'alcool, l'alun et le tannin, changent de formes, se resserrent, cessent de se putréfier. Cette réaction a été mise à profit dans la préparation des cuirs.
Le tissu connectif cornéal présente quelques particularités chimiques remarquables. Ce n'est pas de la glutine qu'il fournit par la coction, mais de la chondrine ou plutôt une substance
' p. Schûtzenberger, Chimie appliquée à ia physiologie animale. Paris 1864. » Rollet , Siizungsberichtder priener Àkademie, B. XXXIX.
qui se rapproche de celle dernière; elle précipite par l'acide acétique, mais le précipité est soluble dans un excès d'acide, ce qui n'a pas lieu avec la chondrine (Gorup-Besanez). Comme cette dernière, la substance de la cornée précipite par les acides minéraux étendus, par l'alun, par l'acétate de plomb et le précipité se redissout dans un excès de réactif.
Tissu élastique. Les propriétés chimiques de ce tissu le distinguent nettement des autres variétés du tissu connectif. Par l'action prolongée de l'eau bouillante, le tissu élastique ne donne ni gluline ni chondrine.
Mùller* est parvenu à obtenir du tissu élastique pur par une série d'opérations longues et délicates. Le produit ainsi obtenu et desséché présente un aspect jaunâtre ; il est cassant et sensiblement fibrillaire; il gonfle par l'eau, par l'ammoniaque et l'acide acétique étendu. Cette substance n'est soluble ni dans l'alcool ni dans l'éther, non plus que dans l'eau ou l'acide acétique bouillants.
« L'acide acétique pur et concentré la colore en jaune pâle «et lui donne un aspect gélatineux; par l'addition d'amrao- « niaque, la couleur devient d'un rouge orange; sous l'influence «de l'action prolongée de l'acide nitrique, elle devient mu- « cilagineuse , et il se dégage du gaz. Traitée par l'ébullilion «dans une solution de potasse concentrée, elle se dissout et «prend une coloration brunâtre; la solution neutralisée par «l'acide sulfurique et évaporée ne se prend pas en gelée, et ne « précipite pas par les acides, sauf par l'acide tannique» (Gorup- Besanez).
En traitant le tissu élastique par l'acide sulfurique étendu et la chaleur, on obtient des quantités considérables de leucine, un peu de tyrosine et de l'ammoniaque.
1 Millier, ZcUschriflfûr rationdle Medizm^ 3 R., B. X, II. 2.
L'hypochlorite de soude en solution concentrée attaque le tissu élastique , et il se produit un dégagement d'azote. Robin et Verdeil* ont donné à la substance spéciale du tissu élabtique le nom à' élasticine ; elle a été analysée en dernier lieu par Tilanus2 et W.MùUer. Voici les résultats qu'ils ont obtenus:
Tilanus. W. Muller.
Carbone 55,65 55,72
Hydrogène 7,41 7,67
Azote 17,74 15,71
Oxygène. . .t. . . . 19,20 20,70
Le lissu élastique bien purifié ne contient pas de soufre.
En comparant ces analyses à celles des substances azotées qui se rapprochent de l'élasticine, on trouve que celle-ci contient 4 à 5 p. 100 de carbone de plus que le tissu connectif, et 3 p. 100 de plus que la chondrine (M. Sée).
Voici maintenant un tableau comparatif des analyses faites par M. Schulze, Vienholt etHis^. Les analyses de Schulze ont été faites sur le tissu élastique des artères; elles sont au nombre de quatre; les chiffres que j'indique sont ceux obtenus par ce physiologiste dans ses premières expériences, qui me semblent les plus complètes.
Tissu connectif. Tissu élastique des artères.
His.
Vicnholdt.
M. Schulze.
Eau
Éléments insolubles dans l'eau .
Aibuminate de soude ....
Substance collagène . , . .
Extraits alcooliques
Extraits aqueux
Sels solubles dans l'eau. . . .
Sels insolubles dans l'eau. . .
' Robin et Verdeil, Chimie anatomique.
- M. Sée, Du tissu élastique. Paris 1860. ' Ce tableau est emprunté à Gorup-Besanez.
Pour ce qui est des cellules graisseuses, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit plus haut, si ne n'est que la cuticule d'enveloppe, qui persiste après la dissolution de la matière grasse par l'éther ou l'alcool bouillant, peut se dissoudre dans les acides minéraux, la potasse ou l'acide acétique ; d'autres fois, au contraire, elle résiste à l'action de ces agents.
Quant au pigment , son histoire chimique n'est pas encore suffisamment étudiée; il semble cependant, d'après Gorup- Besanez, que la matière colorante se trouve en dissolution dans une matière grasse.