CONCLUSIONS
De toutes les obsérvations que nous avons passées en revue il se dégage un fait général, indéniable, c’est que l'issue du liquide céphalo-rachidien amêne dans toute Hydrocéphalie, de quelque nature qu'elle soit, une atténuation notable de tous les phénomènes attribuables à la souffrance du névraxe. C’est la preuve palpable que toutes les considérations dans lesquelles nous sommes entré au début de notre travail ne sont pas de pures hypothèses, et la vérification des déductions que nous en avons tirées.
Nous pouvons donc par l'intervention chirurgicale agir d’une façon bien réelle sur l'Hydrocéphalie. Cela veut-il dire que nous en possédions le remède? — Non. Nous avons en main un moyen puürement palliatif, mais des plus importants. Il ne combat en rien le principe même du mal, mais il permet d’en atténuer la gravité en empêchant l’altération du système nerveux central. Il place ainsi le malade dans des conditions de résistance bien surérieures. La ponction du liquide céphalo-rachidien n’est pas plus un moyen curateur que ne l’est celle du liquide pleurétique. Mais, de même qu’en amenant l’issue du liquide contenu dans la plèvre on donne au malade les moyens de combattre l'infection, tuberculeuse ou autre, localisée
à sa séreuse pulmonaire (la dyspnée et les troubles de l'hématose
Le TAPER
étant enrayés), de même, en provoquant l'écoulement de celui des cavités ventriculaires et sous-arachnoïdiennes, on met le malade en
demeure de mieux soutenir Ia lutte; il aura plus de chances d'en sortir vainqueur.
$. — On est effrayé du nombre de morts survenues dans les cas
d'Hydrophalie chronique ordinaire opérés, et beaucoup de chirurgiens
se laissent aller au découragement. — Ils ont tort, si on abandonne la maladie livrée à elle-même, qu’en advient-il en effet? — Le malade est pour ainsi dire condamné à une mort certaine. Les exemples de survie notable chez les Hydrocéphales sont tout-à-fait exceptionnels. Or ceux de guérison après intervention ne sont pas absolument rares; ils doivent nous encourager. Si le nombre n’en est pas plus grand, ce n’est pas au traitement chirurgical lui-même qu’il faut s’en prendre, sauf dans les cas où il.a été pratiqué de façon à amener une décompression brusque, cause de la mort. Il a toujours, au contraire, rempli son but palliatif. Malheureusement dans la plupart des cas d'Hydrocéphalie ordinaire cela n’a servi à rien, parce que la lésion première est inguérissable, ‘parce ‘qw’elle persistera toujours, et toujours amênera l’hypersécrétion du liquide; cette lésion est uné malformation congénitale plus ou moins considérable. Elle entraine à sa suite l'Hydrocéphalie; comment? On ne sait. Le fait n’en est pas moins sûr et Dareste en lésant les centres nerveux d’embryons de poulets a pu les rendre hydrocéphales. -
Mais il est des Hvydrocéphales chez qui ces anomalies nerveuses n'existent pas; l’intégrité du cerveau est absolue. La cause primordiale (inflammation des méninges peut-être — ? —) nous échappe ; mais nous savons — fait capital — qu’elle peut disparaitre et l’hypersécrétion s'arrêter. Cest dans les cas de ce genre qu’on peut, en secondant les efforts de la nature, obtenir la guérison.
Il nous est impossible à l'heure actuelle de reconnaitre les formes dont le pronostic est favorable d'avec celles où il est fatal. Peut-être
le jour est-il proche où nous pourrons discerner les cas faciles d'avec
= T9 à les cas difficiles, ceux où les chances de réussite sont nombreuses d'avec cèux où l’abstention est presque de: R tellement elle est souvent inutile. 4
Pour le moment nous devons lé le parti d'intervenir toto ours, Ë et cela le plus tôt possible. II faut agir dès le début pour éviter tous les phénomènes de compression et d'intoxication cérébrales, et pæfiter de ce que le crâne n’est pas encore soudé, On institue en même temps un traitement mercuriel. Si l’'Hydrocéphalie est de nature syphilitique, ou si elle n’est pas attribuable à un vice de. conformation la guérison aura, par ces moyens, toutes les chances de se produire. Si le cas est défavorable, le liquide devant se reproduire constamment jusqu’à la mort, l'intervention ne peut empêcher le mal de suivre son cours; elle pourra toutefois produire une amélioration passagère, et 1l sera toujours assez tôt pour abandonner le malade quand on aura vu le liquide se reproduire d’une façon invariable.
Dans le cas où l’Hydrocéphalie a déjà acquis un volumé énorme, que peut bien faire le traitement? Le mal qu’il aurait pu émpécher s’est établi; la compression a amené l’atrophie du cerveau; il est peut-être réduit à une mince coque. Il est trop tard pour espérer la guérison. Il sera cependant possible, exceptionnellement, de faire bénéficier le malade du traitement chirurgical, dans le but de combattre certaines complications graves, telles que l’amaurose.
$.— Dans l’'Hydrocéphalie symptomatique d'une tumeur la mort est fatale. Le néoplasme qui est cause de l’épanchement ne saurait disparaître, et tant qu’il existera il y aura Hydrocéphalie. Il n’y a de succès possible que par l’extirpation. Malheureusement celle-ci est généralement impossible. On provoquera l'issue du liquide céphalo- ‘rachidien quand les phénomènes de compression seront trop intenses.
$.— Aucun cas d'Hydrocéphalie aiguë essentielle n’ayant été opéré, nous ne pouvons rien conclure à ce sujet.
$. — Dans l’Hydrocéphalie méningitique, les guérisons obtenues
sont encore très rares, mais les améliorations passagères nombreuses nous permettent et nous font même un devoir d'intervenir. Le terme normal des méningites est en effet la mort; elle arrive quelques jours plus tôt ou plus tard, aucun traitement médical ne saurait empêcher l'issue funeste; il faut même reconnaître qu’en se bornant à l'espoir modeste d’atténuer par l'usage de médicaments appropriés les symptômes principaux de la maladie, on est loin d'obtenir toujours l'effet désiré. On cite bien quelques cas de guérison sans intervention chirurgicale, mais quelle guérison! Les sujets ainsi guéris sont demeurés atteints d'Hydrocéphalie chronique, de paralysies, d’affaiblissement intellectuel, d’idiotie, et leur survie n’a le plus souvent été que de courte durée.
Si chez ces malades on avait amené l'issue du liquide céphalorachidien, les lésions cérébrales auraient eu bien moins de raisons de se produire, et tout porte à croire qu’on eût obtenu une guérison véritable. L'intervention est donc indiquée dans l’Hydrocéphalie méningitique; mais ici encore, elle devra être hâtive; on devra faire écouler le liquide avant que son action noscive ne se soit exercée sur lPencéphale et ait mis le patient dans un état d’infériorité complète en face du mal. Il faudra, en un mot, intervenir à la période d’excitation et ne pas attendre celle de coma où l’on ne peut plus obtenir qu'une atténuation absolument passagère des symptômes. En agissant ainsi, nous espérons voir une diminution dans la mortalité. Nous ne sommes point aussi pessimiste que Dupré quand il dit que « les affections séreuses méningiennes ne peuvent pas bénéficier du progrès des méthodes chirurgicales modernes. »
Dans la paralysie générale, on à obtenu par l'issue du liquide des résultats extrêmement curieux; ce ne sont pas de véritables cures puisque la survie n’a pas été très longue, mais il est déjà beau d’avoir obtenu pendant un an la disparition de tous les symptômes. De nouvelles tentatives sont tout indiquéss; elles devront être faites au début de la maladie.
— Puisque nous avons montré l'utilité d’une intervention chirurgicale dans les divers genres d'Hydrocéphalie, il ne nous reste, pour terminer, qu’à faire un choix parmi les procédés et à nous tracer une règle générale de conduite. |
Nous sommes fort partisan de la méthode de Quincke. Elle est d’une application commode et n’offre pas plus de dangers que la ponction de la plèvre. Sa simplicité la met au-dessus de tous les autres procédés. Comme elle amène aussi bien qu’eux la déplétion des centres nerveux, nous proposons de l’appliquer à tous les genres d'Hydrocéphalie, et nous nous croyons en droit d’en attendre des résultats que le petit nombre de cas traités par cette méthode n’ont pu encore nous montrer.
Ce procédé se trouvera toutefois en défaut quand le liquide ventriculaire ne communiquera pas avec le liquide sous-arachnoïdien. Mais il sera dans ces cas encore d’une utilité incontestable en nous permettant de diagnostiquer cette complication.
Pour cela, on n’aura qu'à employer le moyen préconisé par Quincke. L’aiguille à ponction sera reliée par un tuyau de caout-: chouc à un tube de verre où on lira la pression moyenne du liquide céphalo-rachidien. On aura soin de s'assurer que le niveau subit des oscillations correspondant aux mouvements respiratoires et aux contractions du cœur, car une absolue immobilité de la colonne liquide serait due à l’obstruction de la canule et les notions fournies seraient inexactes. Si cette immobilité se produisait, on n'aurait qu'à imprimer à l'aiguille un léger mouvement de rotation ou un changement de position peu marqué. Ces précautions prises, si on observe une pression qui ne dépasse pas de beaucoup 50 millimètres d’eau chez l'enfant, 100 millimètres environ chez l'adulte, et si pourtant il existe des symptômes de compression ou une augmentation de volume de la tête, on est en droit de penser à une Hydrocéphalie ventriculaire pure. — Dans ces conditions il faudra avoir
recours aux ponctions des ventricules, directes ou précédées de
trépanation. Si l’'épanchement résiste aux ponctions répétées, on sera en droit d'entreprendre la trépano-ponction avec drainage lent | et continu. Mais si la communication existe, la ponction de Quincke qu’on pourra, à la rigueur, faire suivre de drainage, nous semble le procédé préférable. Chez certains sujets on pourrait peut-être tenter en même temps la crâniectomie pour permettre l’affaissement de la voûte. | dat
Il est à souhaiter qu’on mette cette opération assez en pratique pour savoir ce qu’on en doit attendre dans l’Hydrocéphalie aiguë de la méningite et de la paralysie générale. Les opérations de Parkin et de Cripp ne seront préconisées que si elles offrent une véritable supériorité. |
Voilà notre avis sur la question. Nous espérons que de nouvelles tentatives viendront éclaircir les points encore obscurs de cette affection qui, hier encore, semblait appartenir à la pathologie interne et, où la chirurgie va peut-être trouver une nouvelle et heureuse application.
Il est bien fâcheux que dans toutes ces questions si neuves et si intéressantes, relatives au traitement de la méningite et de la paralysie générale, ne se trouve mêlé aucun nom français, alors que dans nos descriptions des procédés chirurgicaux et dans les observations par nous relatées, il y a grêle de noms allemands, anglais, amériCains.
Il est à désirer que nos compatriotes deviennent plus entreprenants ce qui n’exclura pas toute prudence ou toute réflexion.
Nous convenons que parmi les essais chirurgicaux toujours plus nombreux et plus inattendus, dont le récit nous vient de l’autre côté du Rhin, de la Manche ou de l'Atlantique, il en est de véritablement téméraires et mieux vaut s'abstenir qu’en imiter les auteurs.
Mais s’il en est de condamnables il en est d’autres qui méritent toute notre attention; les entreprises faites contre l’'Hydrocéphalie aiguë sont fort louables.
12 0 2e S'ils n’ont pas eu le mérite de la découverte, nous espérons que les chirurgiens de notre pays auront celui d’en perfectionner l’appli-
cation et nous souhaitons qu’ils aient l'honneur des premiers succès nombreux et durables.
Vu :
Pour le Doyen :
L'Assesseur,