HISTORIQUE
De‘tous temps, l’iode à été utilisé dans le traitement du goitre exophlalmique, mais son histoire a connu des fortunes diverses et il est curieux de noter les flucfualions de ce médicament avant d'arriver à la généralisation actuelle de son emploi.
Pendant toute une première période, il fut très en faveur : « Dès 1840, Basedow avait employé l’iode dans Je traitement du syndrome exophtalmique. De nombreux cliniciens, à sa suite, signalèrent les bons résulfats obtenus par eux : Cros, Féréol, Stokes, Mac Guire qui administraient l'iode par voie buccale ; Bootz, Galup, Hirsch, Von Graefe, qui en usaient par voie externe : Debove, Thyssen, derniers partisans des injections interstitielles. diode, que leurs dangers ont fait
nnanimement abandonner ; Mendel enfin, par vole
intraveineuse, injectait un mélange d'iode et d’arsenic.…. Mais une vive réaction ne tarda pas à se produire, suscitée par l'usage immodéré que l’on fit de cette médication. Rilliet, dès 1860, avait décrit sous le nom « d’iodisme constitutionnel » des accidents rappelant ceux du basedowisme et consécutif au traitement du goitre banal par l’iode. Les accidents iodiques étaient beaucoup plus à redouter encore et avec des doses beaucoup moindres dans le goitre exophtalmique. » (Bérard et Dunet.)
Une seconde période marqua donc la disgrâce de cette thérapeutique justifiée, semblait-il, par les accidents qu'elle entraînait parfois. Mais surtout l'influence de deux auteurs illustres contribua à jeter le discrédit sur la médication iodée, un peu malgré eux peut-être. En France, Trousseau porte un jugement sévère et condamne en principe le traitement par les préparations iodées. « L'iode est un médicament périlleux dans le goitre exophtaimique et il prévient rarement le retour des paroxysmes.. l'iode ne fera qu'augmenter tous les symptômes de la maladie. » Cette condamnation venant du célèbre clinicien détourna dès lors les médecins de la thérapeutique iodée. Et cependant une (elle sévérité était dépasser peut-être l’idée du Maître qui, plus loin, reconnaît que « il arrive que les préparations iodées
peuvent être supportées sans dommage et même avec.
un semblant d'amélioration par certaines personnes atteintes de maladie de Graves. Je ne voudrais pas jaisser dans votre esprit que l’iode est invariablement nuisible dans le traitement de la maladie de Graves. quelquefois, il semble améliorer les conditions de la
in à
SE
maladie. » Il semble donc que Trousseau ait déjà reconnu l'influence de l’iode telle qu'elle est envisagée aujourd'hui : amélioration primitive, suivie d’une aggravation secondaire. En Suisse, Kocher, dans une série de publications, en 1904 et 1910, insiste sur les dangers de la thérapeutique iodée dans le goitre simple et décrit les troubles qu'elle entraîne souvent chez de tels malades sous le nom de « Iod-Basedow ». Ce terme nouveau servit à merveille à fixer dans tous les esprits Je danger de l’iode et par réaction le fit prohiber défiuitivement du traitement du goitre -exophtalmique. Malheureusement, là encore, c'était exagérer la pensée de Kocher, car si cet auteur, qui avait étudié l'effet de l’iode sur les différents types de goitres, le défendait systématiquement dans le goitre nodulaire, par contre, il en reconnaissail l'utilité fréquente dans les goitres charnus et vasculaires, apportait des cas de maladies de Basedow améliorés par l’iode et en eonseillait même déjà l'emploi comme médicament préopératoire dans le goitre exophtalmique. Mais malgré les réserves faites par ces auteurs, l’idée alla plus loin qu'ils ne le voujaient probablement, le danger du traitement iodique fut universellement admis et le résultat fut son discrédit dans toutes les variétés de goitre.
Et ce fut dans une troisième période que la réaction se fit progressivement pour aboutir à la réhabilitation de l’iode dans le traitement du Basedow. La renaissance de la méthode s'ouvre en 19141 par les travaux expérimentaux de Marine et Lenhart, qui établissent que la glande hyperplasiée est toujours très pauvre en iode
qui ne s'y trouve qu'en petite quantité ; ils estiment
Der
que c'est à ce manque d'iode qu'il faut attribuer la cause première de ce travail d'hypertrophie el qu'inversement l'administration d'iode peut entrainer la régression des lésions et le retour du corps thyroïde à sa structure normale. (était établir le rôle bienfaisant de ce médicament dans le goitre exophtalmique dont l’hyperplasie épithéliale reste la Iésion fondamentale. A la suile de ces travaux expérimentaux, le traitement iodé fut employé à nouveau el regagna peu à peu sa place dans la thérapeutique du goitre exophtalmique. C'est en Allemagne que furent faits les premiers essais : Chvosteck, en 1917, signale des améliorations surprenantes des.symptômes basedowiens avec de faibles doses d’iode et attribue les accidents notés jusqu'alors à l'emploi de doses trop fortes. Neisser, en 1920, estime que la classique contre-indication de l’iode est injustifiée et apporte d'excellents résultats avec l'emploi de faibles doses de solution d’iodure de potassium. En 49214, Lœwy et Zondeck notent une amélioration clinique considérable, caractérisée par une augmentation de poids, une diminution de la nervosité, un ralentissement de la tachycardie. Leurs constalations eurent un grand retentissement parce que portant sur un nombre de malades assez étendu et surtout parce que, parallèlement aux modifications symplomatiques, ils mon- .traient un autre. élément important, à savoir l’abaissement des échanges respiratoires .et du métabolisme basal ; pour la première fois les épreuves de laboratoire venaient confirmer les données cliniques. Mais c’est surtout en Amérique que ce problème thérapeutique a été étudié dans {toute son ampleur, au point de
tas
vue de ses indications, de ses résultats, de son influence sur la chirurgie du Basedow. Plummer, se basant sur les travaux de Marine et Lenhart indiquant un déficit diode dans la glande hyperplasiée, édifie sa fameuse théorie de la thyroxine incomplètement iodée comme cause des symplômes du goitre exophtalmique : d'où l’idée de donner de l'iode à ces malades. Si celte théorie n'était qu'une hypothèse qui n'a reçu aucune confirmalion expérimentale, elle n'en a pas moins eu le mérite de réintroduire l'iode dans Je traitement de Phyperthyroïdisme et les résultats, étudiés sur une grande échelle, en ont affirmé la valeur. Dès 1922, Plummer institue le traitement iodé préopéraloire à la clinique Mayo el, en 1923, il publie ses 400 premiers cas, presque tous considérablement améliorés. Mayo, dans ses statistiques, affirme son efficacile, en montrant l’abais sement de la mortalité opératoire. En 1924, Boothby. dans une revue générale détaillée, basée sur 1.200 obser- .vations à la Clinique de Rochester, confirme ce qu'avait annoncé Plummer. L'iode devient dès lors le médicament spécifique du goitre exophtalmique el tous les chirurgiens américains utilisent cette méthode et successivement, au cours de ces dernières années, il» CD apportent les résultats, en fixent les indications et niontrent ce que l’on peut légitimement en espérer (Means, Marion Read, Jackson, Sturgis et Greene, de Courcry, Clute, Graham). En Europe, l’iodothérapie ne tarda pas à se généraliser. Fraser, Cowel et Mellanby, en Angleterre ; Holst, Troell, Lied, dans les pays scandinaves ; Dautrebande, Slosse, en Belgique, s’en déclarent partisans convaincus. En France, Labbé a étudié sa valeur
et dès 1919, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, il publiait, au grand étonnemnent des membres de cette société, deux observations de basedowiens améliorés par l’iode ; en 1926, il y rapporte ses premiers résultats qui sont basés déjà sur un nombre important d’observations et dont l’excellence confirme la thèse américaine ; tout récemment, à la séance du 29 juin 1928, il donne encore des faits nouveaux qui concordent pleinement avec ses premiers résullats. Depuis trois ans déjà, la pratique de l'iode dans la préparation des cpérés a été introduite dans la clinique de notre Maître M. le Professeur Bérard. Avec M. Dunet, il en a rapporté les excellents effets. Depuis que nous sommes
dans son service nous avons pu nous convaincre nous-
mêmes des heureuses transformations qui surviennent chez les malades et qui les rendent plus aptes à aborder l'intervention. Cest d'ailleurs cette constatation qui nous incite à étendre de plus en plus les indications de l’iode à toutes les manifestations de l’hyperthvroidisme et nous en usons actuellement de la même façon (mais à doses plus faibles) dans les cas de goitres basedowifiés et d’adénomes toxiques.