RESUME POUR L’ANNÉE
Ablations partielles .
Ablations totales sans aisselle.
Ablations totales avec aisselle.
Guérisons
| de l’opération.
I de la tumeur.
Guérisons pour l’opération.
Guérisons au moins jusqu’à ce jour pour la tumeur il récidive probable). Guérisons pour l’opération (1 mort).
Guérisons au moins jusqu’à ce jour pour la tumeur (2 récidives).
Donc enfin sur 31 opérations ayant porté sur le sein, dont 25 graves, il y a eu seulement 1 mort et 3 récidives après 6 mois, il) Le détail sera donné dar>s les observations qui suivront ; sinon pour tous les faits relates au Tableau, du moins pour les principaux .
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observations
Observation I.
Aclenome pur du sein gauche . Tumeur de la première zone.
Envahissement de quelques grains glandulaires.
Cl. L..., âgée de 21 ans, se présents à la consultation de l’hôpital de la Pitié, avec une petite tumeur située à la partie supérieure et interne du sein gauche.
La tumeur est très mobile sous la peau et dans l’épaisseur de la mamelle, elle est indolente, meme à l’époque des règles, il n’existe aucun ganglion. Le début du néoplasme remonte à deux mois environ et l'accroissement a été insensible. La santé générale est parfaite. Le diagnostic porté est: adénome, etM. Yerneuilconseilie l’essai de la compression méthodique à l’aide de coton cardé et d’une pile de rondelles d’amadou appliquées directement sur la tumeur.
Sous l’influence de la compression on observe une diminution graduelle dans le volume de la tumeur et, un mois et demi après le début du traitement, celle-ci est réduite à la grosseur d’un grain de chènevis qu’on a peine à retrouver sous le doigt explorateur.
Observation II.
Fibr o* adénome. Tumeur de la première zone . Segment de la glande ,
envahi partiellement.
D..., âgée de 39 ans. Entrée le 31 janvier 1884 à l’hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Verneuil et couchée salle Lisfranc
Valude.
Début . Il y a un an, après avoir reçu quelque temps auparavant un coup sur le sein gauche, la malade reconnut la présence d’une
petite grosseur qui était indolente d’ailleurs et qui, depuis, conserva ^
ce caractère sans changer de volume.
Etat actuel. Il existe chez cette malade une petite tumeur du vo- j lume d’une noisette au-dessus du mamelon gauche et tout auprès de lui. Ce dernier n’est du reste pas rétracté. La peau est normale et mobile sur la tumeur, cette .dernière est, elle-même, très mobile au milieu de la mamelle. Le reste de laglande est parfaitement souple et sain; autant qu’on peut en juger par l’exploration, le segment glandulaire n’est lui-même que partiellement pris vers la partie qui avoisine le mamelon.
Il existe un petit ganglion, unique et mobile, situé au sommet de l’aisselle, que M. Verneuil juge être un simple ganglion inflammatoire.
L’état général est des plus satisfaisants.
Opération. — Ablation de la tumeur seule , le reste de la glande reconnu sain et respecté.
Une incision de cinq centimètres, comprenant le mamelon, découvre la tumeur, et par une seconde incision exploratrice, M. Verneuil ayant fendu cette tumeur, en reconnut l’extrême
bénignité.
L’extirpation du néoplasme seul fut pratiquée par une véritable énucléation ; le reste de la mamelle et le reste du segment mammaire lui-même fut respecté ainsi que le ganglion.
Après huit jours d’un pansement fait de façon à tenir rapprochées les lèvres de la plaie, la réunion était parfaite et la malade guérie.
Examen anatomique de lapiece. — Tumeur arrondie, bien limi-l tée, offrant le type macroscopique de l’adénome.
Examen histologique. — On constate surtout du tissu fibreux qui présente ses caractères ordinaires et forme la substance fonda-, mentale de la tumeur. Dans ce tissu néoplasique on reconnaît la coupe d’une certaine quantité d’acini et de culs-de-sacs glandulaires avec leur revêtement épithélial normal.
Observation III.
Fibro-adénome lobulé du sein. Tumeur de la première zone. Segment glandulaire seul envahi.
Une jeune femme d’une trentaines d’années, de santé parfaite, porte au sein gauche, au-dessus et en dehors du mamelon, une tumeur du volume d’une petite orange.
Cette tumeur, finement lobulée, est très mobile et indépendante de la peau et des partie profondes. L’indolence de cette production néoplasique est absolue, la peau est saine, il n’existe dans l’aisselle aucun ganglion suspect.
Opération. — Incision de la peau sur la tumeur. Enucléation pure et simple .
Examen anatomique delà tumeur . — Tumeur solide, blanchâtre, formée de petits lobules accolés les uns aux autres, mais non pédiculés; en sorte que l’ensemble de ces lobules conserve la forme arrondie et nullement celle d’une grappe.
L'examen histologique démontre qu’il s’agit d’un fibro-adénome avec tous ses caractères ordinaires de bénignité.
Observation IV.
Adeno- sarcome kystique . Tumeur de la deuxième zone. Envahissement de la glande et de la région mammaire.
P. (Rose), âgée de 39 ans, entre le 21 octobre 1884, dans le service de M. le professeur Verneuil, salle Lisfranc, n° 17.
Cette malade, douée d’antécédents arthritiques accusés, a vu se développer, il y a quatre ans, une petite tumeur de la grosseur d’une noix dans son sein droit.
Cette tumeur, qui pendant trois ans demeura stationnaire, prit depuis un an un développement assez rapide etaccompagné de quelques douleurs. Actuellement , latotalité de la mamelle droite est à peu
près occupée par cette tumeur qui offre le volume du poing. Celle-ci est multilobée et ces bosselures ont une consistance élastique qui fait songer à l’existence de cavités kystiques dans leur intérieui. Du reste, l’écoulement de gouttelettes jaunes transparentes par le mamelon, qui surviennent quand on presse sur la tumeur, sert a appuyer cette manière de voir. La peau est un peu distendue sur les points saillants de la tumeur, mais nullement adhérente, le mamelon n’est pas rétracté.
Pas de ganglions dans l’aisselle.
Operation. — Extirpation tel ale de la mamelle et de la peau de la région. — La visite du creux de l’aisselle ne fait rien connaître
de suspect.
Examen de la pièce. — Une coupe transversale de toute la mamelle montre que cette tumeur est constituée par un tissu lardacé, assez mou, blanchâtre, dans lequel sont creusés une multitude de kystes de tout calibre, remplis eux-mèmes par des végétations polvpiformes qui ne laissent aucune place à la présence d’un liquide kystique. Les cavités les plus grandes renferment à peine quelques gouttes de sérosité transparente semblable à l’écoulement produit par le mamelon. Ces végétations ramifiées qui comblent la lumière « des kystes sont assez molles et semi-transparentes. Elles représentent assez exactement les kystes proligères dont Paget a laissé la description.
Examen histologique . — Le tissu fondamental de cette tumeur est du sarcome : sarcome fasciculé à grosses cellules au niveau des points à consistance lardacée, sarcome myxomateux dans les végétations transparentes.
La surface de ces végétations, de même que la paroi interne des kystes, sont revêtues d’une couche d’épithélium glandulaire cubique qui démontre que la dilatation kystique s’est faite dans l’intérieur des acini de la glande.
L’épaisseur des végétations renferme de plus un nombre considérable de conduits et de culs-de-sac glandulaires qui vient témoigner de la néoformation adénoïde qui s’est faite dans l’épaisseur de la tumeur d’origine conjonctive
Observation V.
Epithélioma intra-canaliculaire , kystique. Tumeur delà deuxieme
zone . Glande et région mammaire.
Malade de la ville portant une tumeur fluctuante et d’apparence kystique, siégeant au-dessous du mamelon. Cette tumeur se vidait par intervalles, laissant échapper son contenu liquide par un des orifices des conduits galactophores. Pas de ganglions axillaires.
Opération. Ablation de toute la région mammaire. Guérison rapide.
Examen anatomique de la tumeur. — Le néoplasme était constitué par un kyste à parois épaisses sur la nature desquelles l’examen microscopique devra décider. Dans l’intérieur du kyste faisait saillie une végétation pédiculée qui, par ses mouvements, pouvait alternativement fermer ou ouvrir le conduit galactophore et produire de la sorte un écoulement intermittent du contenu du kyste. On voyait encore sur la paroi une production analogue à la végétation, mais celle-ci était sessile et de la grosseur d’un petit pois.
Examen histologique . — Dans le stroma de la tumeur on découvre une quantité notable de culs-de-sac glandulaires et de conduits remplis d’épithélium proliféré et altéré. Des bandes épaisses de tissu fibreux séparent ces tubes épithéliaux les uns des autres.
La forme générale des éléments de la glande est conservée au milieu du stroma fibreux, en sorte que c’est à un véritable épithélioma que nous avons affaire ici; mais c’est un épithélioma intracanaliculaire qui, dans sa prolifération épithéliale, n’a point encore dépassé les limites constituées par les parois des tubes glandulaires.
Observation VI.
Maladie kystique de la mamelle. Epithélioma kystique. Tumeur
de la deuxième zone. Envahissement de la glande et du tissu cellulaire pêri-acmeux.
D..., âgée de 52 ans, entrée le 10 février 1884 à l’hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Verneuil, et couchée salle Lisfranc 13.
Antécédents arthritiques. Névralgies. Début il y a deux ans, par des douleurs dans le sein droit. Dès lors, la malade remarqua l’existence d’une petite tumeur située à la partie supérieure du sein et grossissant lentement et avec douleurs sourdes.
Il y a quinze jours, survint une petite tumeur au-dessous de la première, qui prit rapidement le volume qu’elle occupe aujourd’hui.
. Etat actuel. — Sein droit. — Tumeur bosselée située à la partie supérieure de la région mammaire ; labosselure supérieure est dure et résistante, tandis que l’inférieure offre une consistance kystique. Quelques kystes sont disséminés dans le reste de la glande. La peau n’est pas adhérente, la mamelle elle-même est parfaitement mobile sur la profondeur; il n’y a pas de ganglions dans Faisselle de ce côté.
Sein gauche. — Le sein gauche présente un petit noyau de consistance kystique enfoui dans l’épaisseur de la glande et complètement ignoré de la malade avant notre exploration. Pas de ganglions.
Etat général bon.
Opération. — Ablation totale de la glande et de ses enveloppes, pratiquée le 13 février.
Pansement ouvert.
La guérison suit son cours ordinaire et régulier, traversée seulement par la formation d’un petit abcès cutané insignifiant situé dans l’angle interne de la plaie.
Au jour de sa sortie, le 28 mars, l’examen du côté droit montre
que la cicatrisation est régulière et satisfaisante, qu’il n’existe aucune trace de récidive et pas d’engorgement des ganglions de l’aisselle.
Dans le sein gauche subsiste toujours le petit kyste constaté avant l’opération ; au voisinage de ce kyste s’est développée pendant le séjour à l’hôpital une petite tumeur dure, mobile d’ailleurs sous la peau et sur les parties profondes.il s’est montré également de ce côté un petit ganglion situé au sommet du creux de l’aisselle.
L état général est bon et la malade désire retourner dans son pays.
Examen anatomique de la tumeur. — La dissection de la mammelle extirpée montre que cette tumeur est un type de la maladie kystique de la mamelle récemment décrite par M. Reclus (la pièce fut présentée comme telle à la Société anatomique par M. Reclus et un de ses élèves). Des tumeurs en assez grand nombre et de volume variable sont disséminées dans l’intérieur de la glande et reliées entre elles par du tissu fibreux qui les rattache les unes aux autres comme les grains d’une grappe. La plupart de ces tumeurs sont des kystes compris dans un tissu fondamental d’aspect lardacé; d’autres sont entièrement solides comme la tumeur située à la partie supérieure.
Examen histologique. — L’examen histologique fait voir que la masse solide de la tumeur est constituée par un tissu fibroïde qui contient un grand nombre d’acini et de conduits glandulaires dont l’épithélium est en voie de prolifération. Beaucoup de ces conduits glandulaires remplis d’épithélium ont perdu leur forme naturelle et l’épithélium proliféré tend à se répandre dans le tissu fibreux qui enserre le cul-de-sac.
La paroi des plus grandes cavités kystiques offre le même exemple de prolifération épithéliale. En somme, cette tumeur kystique de la mamelle doit être rangée parmi les épithéliomas extra-canaliculaires ; c’est un véritable carcinome avec formations kystiqnes disséminées, dont les unes restent très petites et microscopiques, tandis que d’autres prennent un très grand développement.
Observation VII.
Fibro-adénome myxomateux avec formations kystiques. Tumeur ae la deuxième zone. Envahissement de la glande et de la région mammaire .
Madame B. . ., âgée de 50 ans, porte au sein droit une tumeur volumineuse dont le début remonte à trois années.
Au début, accroissement lent; depuis trois mois la tumeur prend un développement rapide qui s’accompagne de douleurs lancinantes vives.
Le sein est volumineux et tout entier rempli par la tumeur ; celle-ci est bosselée, fluctuante par places, la peau est adhérente, distendue et violacée en ces points.
La tumeur est mobile sur la paroi thoracique, il n’existe pas de ganglions axillaires apréciables à l’exploration.
L’état général est excellent.
Opération. — L'exérèse comprit î extirpation de la mamelle en totalité , suivant les principes fondamentaux , jusques et y compris
la peau de toute la région mammaire et l’aponévrose du grand
pectoral.
Pansement antiseptique ouvert, constitué par des coussinets d’ouate imbibés d’eau phéniquée et suivant le procédé ordinaire.
La guérison s’effectua sans fièvre, sans malaise aucun du côté de la plaie et sans autre accident qu’un légère phlébite du pied et de la jambe gauche survenue dix jours après l’opération. La jambe gauche prise de phlébite avait été jadis le siège de varices assez volumineuses.
Actuellement, la malade complètement guérie n’a eu aucune récidive du côté de sa plaie, ni aucun retentissement du côté de la santé générale qui est excessivement satisfaisante.
Examen anatomique de la tumeur. — Cette tumeur est constituée par un tissu fondamental d’aspect fibreux, pas très résistant, dans lequel sont creusés une grande quantité de kystes variables à l’infini comme volume. Les uns sont à peine perceptibles à l’œil nu, tandis que les plus gros remplis d’un liquide louche, offrent le volume d’une amande. Dans ces cavités les plus volumineuses flottent des multitudes de végétations grosses et petites, molles et de couleur jaunâtre, rattachées à la paroi du kyste par un pédicule plus allongé. Parfois ce pédicule fait défaut et l’on voit alors les végétations sous forme de grains jaunâtres implantées à la paroi kystique.
Examen histologique . — Le microscope démontre que le tissu fondamental de la tumeur est formé par places’ de tissu sarcomateux pur, à cellules fusiformes. Les végétations offrent la structure du myxome. En somme, c’est une tumeur conjonctive.
A la surface des végétations et à la paroi des kystes on retrouve une rangée d’épithélium glandulaire.
C’est donc un néoplasme de nature conjonctive avec végétations endocanaliculaires.
Orservation YÏII
Sarcome fasciculé du sein, surajouté à un Kyste rétro-mammaire
de date ancienne. Tumeur de la deuxième zone. Envahissement
total de la région mammaire.
Madame T.... appartenant à la clientèle de la ville, est d’une bonne santé quoique un peu grasse, et entachée d'arthritisme sous la forme de quelques placards eczémateux. Ses père et mère sont morts cardiaques.
Depuis dix-huit ans cette dame portait un kyste mammaire gros comme une noix et dont elle ne se préoccupait pas.
Il y a quelque temps ce kyste s’enflamma. Il apparut de la fluctuation ; l’incision pratiquée ne laissa écouler qu’une sérosité sanguinolente louche.
A ces phénomènes succédèrent bientôt les signes d’un phlegmon
mammaire, et le reliquat de tout cet ordre de symptômes existe sous forme d’une tumeur épaisse, qui occupe tout le volume de la mamelle en conservant sa forme.
Cette tumeur solide donne une fluctuation profonde qui révèle la présence d’un kyste profond.
Pas de ganglions dans l’aiselle, ni ailleurs.
Opération. — Ablation de la région mammaire dans sa totalité ; exploration digitale du creux de Vaisselle.
La région mammaire est tout entière extirpée, très largement, ainsi qu’une portion du muscle grand pectoral.
Le doigt explorateur introduit dans l’aisselle ne rencontre aucun ganglion. L’opération est bornée à l’ablation delà mamelle.
Pansement à plat.
Examen de la tumeur. — Vaste kyste de forme irrégulière, placé au-devant de l’aponévrose du grand pectoral et contenant une sanie fétide de sang puriforme.
Le kyste est recouvert par une tumeur, infiltrée dans la totalité de la glande et dont la coupe offre l'apparence du sarcome. Le tissu est formé de lobes séparés par des fentes où l’on reconnaît la présence du tissu conjonctif. Ce tissu morbide est lardacé et par places d’apparence myxomateuse. On ne retrouve aucune autre formation kystique dans l’intérieur du tissu qui constitue la masse principale de la tumeur.
Au-dessous du kyste, le tissu conjonctif, le muscle semblent épaissis par un état inflammatoire ancien, mais nullement altérés par la présence d’un tissu morbide quelconque.
Examen histologique. — Des coupes pratiquées dans le tissu dense situé au-devant du kyste rétro -mammaire montrent que ce tissu est formé uniquement de grosses cellules fusiformes de sarcome et de quelques cellules étoilées.
Dans la partie de la glande qui est la moins altérée on constate une tendance à la dilatation kystique des conduits glandulaires en même temps qu’une prolifération de noyaux embryoplastiques au pourtour des éléments de la glande.
C’est en somme un sarcome fasciculé de la glande mammaire
développé au-devant d’un kyste rétro-mammaire antérieur à ce néoplasme.
Récidive locale. — Au cours de l’opération, M. Verneuil abandonna l’instrument tranchant à l’aide duquel il dépassait largement les limites de la tumeur pour se servir de ses doigts. Par ce moyen il se borna à une simple décortication de la tumeur sur une assez faible étendue du reste. La capsule en cet endroit formée par l’aponévrose du grand pectoral paraissait saine à l-’oeil nu ; elle fut laissée en place et ce fut justement en ce point qu’on vit la plaie se déterger mal et une récidive se faire rapidement.
Partout ailleurs où la tumeur avait été à dessein très largement dépassée par le bistouri, la plaie devient granuleuse, rose, analogue
aux plaies de bonne nature.
Observation IX.
Epithèlioma intra-canaliculaire du sein droit. Tumeur de la troisième zone. Tumeur extra-mammaire .
F.... (Marie), âgée de 32 ans, entrée le 7 février 1884, dans le service de M. le professeur Verneuil, salle Lifranc, n° 24
Rébut. — Depuis un an par une petite tumeur siégeant à la partie supéro-interne du sein droit.
Pendant les six premiers mois, la tumeur fit peu de progrès, mais s’accrut au contraire assez rapidement depuis ce dernier
terme.
Etat actuel. — Il existe, à la partie supérieure et interne du sein droit, tout près de l’aisselle, une tumeur arrondie, du volume d’une mandarine, bosselée et assez dure. La peau est mobile sur cette tumeur et celle-ci est elle-même mobile sur les parties profondes.
Rien dans l’autre sein.
La santé est excellente d’ailleurs.
Opération. — Extirpation totale de la mamelle; nettoyage du creux de l'aisselle.
Pansement ouvert. Guérison.
Examen de la pièce. — L’examen macroscopique de la mamelle est très intéressant et très digne d’être rapporté.
La tumeur, de forme arrondie, bien limitée, paraissait à l’exploration parfaitement encapsulée et semblait avoir envahi exclusivement la partie périphérique du segment de glande mammaire qui lui correspondait.
I ne fois la mamelle enlevée, la dissection fit voir que la tumeur très dure siégeait bien à la périphérie de la glande, mais que le reste du segment glandulaire qui rattachait cette tumeur au mamelon n’était pas aussi sain que le reste de la glande mammaire.
En un mot l’ensemble des conduits glandulaires allant de la tumeur au mamelon, bien que d’une souplesse normale avait un aspect blanchâtre et grenu absolument différent de la glande saine. Il n’est pas moins vrai que cette partie du segment glandulaire ne semblait pas altérée d’une manière aussi caractéristique que la tumeur ellemême, qui, très dure, offrait un aspect lardacé qui ne laissait aucun doute sur sa nature.
V examen microscopique devait éclairer plus nettement la question. 11 fit voir que la tumeur principale offrait l’aspect caractéristique de l’épithélioma intra-canaliculaire, arrivé à cette période à laquelle les culs-de-sac épithéliaux commencent à sortir de leurs limites, à perdre leur forme glandulaire pour laisser les amas cellulaires se diffuser irrégulièrement dans le stroma fibreux principal.
L’examen de la zone suspecte de cette portion du segment glandulaire envoie d’altération était plus important.
Il fut facile de reconnaître la section des conduits glandulaires avec leur forme arrondie et leur revêtement épithélial. Presque tous ces conduits étaient le siège d’une certaine dilatation, et un grand nombre d’entre eux montraient dans leur intérieur une prolifération épithéliale caractéristique, mais sans que leur forme fût changée et sans que la gaine périacineuse fut rompue.
Il faut noter une augmentation certaine dans le nombre de ces conduits glandulaires beaucoup plus multipliés et plus rapprochés les uns des autres qu’à l’état normal.
L’examen des ganglions enlevés dans de suspect dans leur intérieur.
l’aisselle n’a montré Heu
Observation X.
Carcinome du sein droit. Tumeur de la deuxieme zone. Tumeur extra- mammaire . Envahissement des ganglions axillaires
de M. le professeur Verneuil, salle Lisfranc, n° 19.
Etat actuel. — Tumeur du sein droit du volume d’une mandarine, assez dure. Adhérence à la peau de la partie inférieure de la tumeur et sur une étendue de un centimètre carré. Adhérences profondes avec le muscle. Rétraction légère du mamelon.
Envahissement des ganglions de l’aisselle. Rien au creux susclaviculaire. Intégrité des viscères autant que permet de le juger l’exploration.
Opération. — Extirpation très large (à cause de l’envahissement de la peau) de toute la région mammaire et du grand pectoral dans lequel on trouve un noyau cancéreux du volume d’une amande.
| Le muscle étant excisé sur une assez large étendue, le nettoyage du creux axillaire devient très facile, et il est effectué avec le plus grand soin.
Examen histologique. — Carcinome à grosses cellules et présentant la disposition habituelle.
L’envahissement du muscle grand pectoral offrait ceci de particulier que les cellules épithéliales avaient pris la place des fibres musculaires en respectant la charpente connective du muscle.
On reconnaissait donc à un faible grossissement la disposition générale du faisceau musculaire avec cette différence que les fibres striées étaient remplacées par les cellules épithéliales caractéristiques.
Observation XI.
Squirrhe récidivé après opération partielle. Tumeur de la
troisième zone.
Une jeune dame du département de la Charente-Inférieure, présente, au mois d’août 1883, une tumeur grosse comme une noix au niveau du sein droit.
Opération insuffisante. — Le 4 septembre opération. On enlève le tiers externe de la mamelle qui était le siège de la tumeur, et les ganglions qui existaient dans l’aisselle sont extirpés à l’aide d'incisions partielles.
Réunion immédiate. Récidive hâtive. — Un mois après, la plaie étant réunie on constate déjà une induration de la lèvre inférieure et interne de la plaie.
Actuellement (juin 1884). La partie inférieure de la glande mammaire et la lèvre inférieure de la cicatrice sont envahies en totalité par une masse néoplasique de la grosseur d'un œuf de poule.
Sur la lèvre supérieure on trouve également deux petites bosselures indurées qui représentent évidemment deux grains glandulaires laissés par la première opération et devenus cancéreux.
La peau est très adhérente à la tumeur.
L’aisselle est remplie de ganglions. Pas de ganglions sus-claviculaires.
Opération. — Ablation large de la tumeur et de toute la région mammaire. Dissection attentive de la périphérie pour ne laisser en place aucun grain glandulaire. Cette partie de l'opération est rendue difficile par X état assez grand de maigreur de la malade.
L'aisselle est entièrement vidée de ses ganglions.
Le grand pectoral reconnu un peu altéré est extirpé en partie, ainsi que tout le tissu cellulaire rétro-mammaire.
Examen de la tumeur. — La tumeur principale offre des lésions caractéristiques du squirrhe avec des îlots de cellules épithéliales étouffées par des bandes très serrées de tissu fibreux.
L’examen des ganglions du creux de l’aisselle a montré un envahissement général des ganglions voisins de la tumeur, tandis que ceux qui étaient situés au sommet de l’aisselle ne présentaient qu’un début d’envahissement localisé à un ou deux foyers remplis de cellules épithéliales.
Comme complément à cette observation, nous recevons (novembre 1884) une lettre de la malade, qui nous annonce que, malgré la grande étendue donnée à notre opération, le mal n a pas tardé à récidiver sur place et même à se généraliser.
D’après cette communication, le sein serait redevenu gros et dur, un ganglion resté dans l’aisselle serait envahi, et enfin, il existe une oppression constante, de la toux, une douleur fixe entre les omoplates, qui font penser qu’il s’est formé des dépôts secondaires à la surface du poumon et dans la colonne vertébrale.
Observation XII.
Extirpation partielle. Récidive du carcinome dans le trajet cutané intermédiaire à la glande mammaire et aux ganglions. Tumeur de la troisième zone. Envahissement des ganglions de l aisselle.
M..., âgée de 43 ans, entre le 4 juin 1884, à l’hôpital de la Pitié, dans le service de M. le professeur Yerneueil, salle Lisfranc,
Il y a deux ans, au mois d’avril, cette malade vit, quelque temps après un coup, se développer une tumeur au niveau du sein gauche.
L’opération fut pratiquée au mois d octobre. On pratiqua une incision en dehors de la mamelle et par cette incision, 1 extirpation partielle de la tumeur fut effectuée. Peut-être alla-t-on à la recherche des ganglions de l’aisselle? Le fait est incertain (lre opération) .
Au mois de décembre 1883 une seconde opération devenait nécessaire pour enlever deux petites tumeurs récidivées in situ.
Ces deux nouvelles productions néoplasiques sont enlevées par
deux incisions : l’une à la partie inférieure et externe du sein, l’autre dans l’aisselle, sous le bord inférieur du grand pectoral. Cette dernière s’adressait vraisemblablement à un paquet de
ganglions (2e opération).
Actuellement on retrouve les trois cicatrices qui résultent des deux opérations successives :
1° La plus élevée, située au niveau du bord du grand pectoral, à la partie antérieure du creux de l’aiselle, est soulevée par une masse de récidive ganglionnaire très indurée, fixée dans les tissus voisins et de la grosseur d’une orange.
3° La seconde cicatrice est située à la partie externe du sein, elle est indemne de toute récidive. C’est la cicatrice delà première opération.
3° La troisième cicatrice, la plus inférieure, est située plus bas et également en dehors de la mamelle ; elle est un peu adhérente à la profondeur, quoique peu indurée elle-même. Le mamelon est un peu rétracté.
D’après ce qui s’observe aujourd’hui, il est visible que les deux extirpations successives n’ont porté que sur une partie de la mamelle, sur le segment inféro-externe seulement. Outre cette faute, la seconde, au moins aussi grave, est d’avoir pratiqué l’extirpation des ganglions axillaires par une incision spéciale, isolée de la première.
La bande de peau qui sert de passage aux lymphatiques, allant de la glande aux ganglions, est restée en place et c’est dans son épaisseur que s’est faite la récidive.
Rien à la région sus-claviculaire, pas de généralisation.
Troisième opération. — Cette fois-ci, M. Yerneuil par une opération très large réparant les économies antérieures inopportunes, enlève la glande mammaire en totalité et pratique le nettoyage complet du creux de l’aisselle.
V examen histologique de la tumeur principale récidivée montre sur des coupes la structure caractéristique du carcinome.
Des cellules épithéliales en masses irrégulières sont diffusées au
milieu des trousseaux fibreux qui constituent le stroma de là tumeur.
L’examen d’un ganglion enlevé par le nettoyag du creux de l’aisselle a montré qu’il se faisait un envahissement par du tissu néoplasique en un point de ce ganglion.
La dissémination de la récidive était, on le voit, au début, et prête à s’étendre.
Observation XIII.
Carcinome du sein. Tumeur de la quatrième zone. Envahissement
des ganglions éloignés.
F..., 39 ans, d’une bonne santé antérieure, s’aperçut, il y a trois mois, de la présence d’une tumeur au niveau du sein gauche.
Etat actuel. — Tumeur de la grosseur d’une mandarine, siégeant au sein gauche, mais assez mal limitée pour que la totalité de mamelle semblât prise. Cette tumeur est surtout prononcée à la partie supérieure et interne du sein, où elle offre sa plus grande dureté.
La peau n’est pas adhérente à la tumeur, mais elle offre par toute la mamelle le caractère propre à la peau d orange.
Le néoplasme semble mobile sur les parties profondes. Adénopathie axillaire très volumineuse. Quelques ganglions sus-
claviculaires sont envahis également
Opération. — Ablation totale de la mamelle. Section partielle du grand pectoral pour faciliter le nettoyage du creux axillaiie.
L’extirpation fut laborieuse, les ganglions axillaires volumineux formaient un chapelet remontant presque sur la gaine des vaisseaux à laquelle ils étaient adhérents.
La veine axillaire dut être réséquée sur une étendue de trois centimètres.
Le grand pectoral n’était pas envahi, mais sa section fut faite pour faciliter la recherche des ganglions élevés du creux de 1 ais-
* selle.
Examen de la tumeur. - L’examen histologique fait recounai- Vaiude.
tre l’existence de grandes alvéoles irrégulières remplies de cellules épithéliales et environnées de tissu fibreux.
Des traînées de cellules épithéliales qni semblent isolées se diffusent entre les fibres du tissu conjonctif qui forme le stroma de la
tumeur.
Observation XI Y.
Squirrhe atrophique. Tumeur delà quatrième zone. Dissémination
aux ganglions éloignés .
C. F..., âgée de 46 ans, entre le 8 juin 1884, à l’hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Verneuil, salle Lisfranc, 17. Cette femme, arthritique et surtout névropathique àl excès, a vu ' sa tumeur débuter il y a sept ans, pour arriver graduellement sans douleurs notables à l’état dans lequel nous 1 examinons aujourd’hui.
État actuel. A la partie interne de la mamelle droite existe une tumeur dure, bosselée, adhérente à la profondeur, adhérente â la peau, faisant corps avec tous les tissus de la mamelle.
Le mamelon est attire en dedans et retracte vers sa base. Ganglions axillaires envahis dans tout le territoire de l’aisselle. Il en est de même de quelques ganglions sus-claviculaires et on trouve un ganglion engorgé à la région sus-hyoïdienne.
Il existe une rétraction de la peau au niveau du passage des lymphatiques qui vont de la tumeur aux ganglions de 1 aisselle , et cette rétraction démontre l’envahissement, en ce point, des trajets lymphatiques, du tissu cellulaire et de la peau.
Les viscères n’offraient pas d envahissement qui put etre reconnu, la malade était tellement affectée que le refus de l’opération eût été pour elle d’une signification funeste ; aussi l’opération fut-elle entreprise.
Opération. — Ablation totale de la région mammaire. Nettoyage du creux de Vaisselle. Extirpation du ganglion sus-claviculaire.
L’opération fut des plus laborieuses. L infiltration squirrheuse
s’était diffusée d’une façon extraordinaire ; les adhérences des ganglions et des vaisseaux étaient très étroites, le tissu cellulaire de l’aisselle fibreux et résistant ; au point que, contre toute habitude, M. Yerneuil dut renoncer à déchirer les brides du creux de l’aisselle avec ses doigts. Il fallut couper ce tissu morbide avec des ciseaux et sectionner à l'instrument tranchant le ligament suspenseur transformée en une lame dense et épaisse.
Dans de telles conditions, on conçoit qu’une opération doive toujonrs être incomplète, et qu’il soit difficile d’extirper tout le tissu morbide infiltré dans les parties molles et entre les vaisseaux.
Examen de la tumeur. — L’examen histologique fit voir un entrecroisement extrêmement serré de bandes de tissu fibreux circonscrivant dans leurs intervalles de petites alvéoles remplis de cellules épithéliales d’un très petit calibre.
C’est un squirrhe à petites cellules et dans lequel existait une "grande proportion de tissu fibreux.
Récidive dans les ganglions éloignés, peu de temps après l’opération.
Observation XV.
Squirrhe récidivé dans la cicatrice. Tumeur de la quatrième zone . Dissémination dans les ganglions sus-claviculaires.
P..., âgée de 37 ans, entrée le 18 février 1884, à l’hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Yerneuil, salle Lisfranc, n° 30.
Antécédents arthritiques. — Migraines, eczéma du cuir chevelu. Couperose du visage.
Début. Il y a deux ans, après un coup? Quoi qu’il en soit de l’origine, il y a quinze mois, M. Yerneuil pratiqua l’extirpation d’une tumeur du sein droit du volume d’un petit œuf, sur laquelle la peau était très adhérente Le mamelon était rétracté et il existait des ganglions axillaires qui furent enlevés.
La réunion immédiate ne fut pas tentée, on pansa à plat.
Etat actuel. — Il y a quatre mois, développement le long de la cicatrice vers sa partie interne, de petits noyaux indurés.
1/jS —
Un trouve en outre à la région sus-claviculaire, en arrière du bord du sterno-mastoïdien un petit ganglion suspect.
Opération. — Les petits noyaux indurés dans le bord supérieur de la cicatrice sont enlevés largement au thermo-cautère, le ganglion sus-claviculaire est extirpé au bistouri.
La guérison marche à souhait quand, le 10 mars, nous constatons de nouveau la formation d’une petite nodosité indurée au niveau du bord inférieur du grand pectoral. Cette formation néoplasique est poursuivie une dernière fois à l’aide du thermo-cautère, et la malade sort guérie le 2 avril.
Observation XVI.
Tumeur maligne récidivée dans les ganglions éloignés. Tumeur de la quatrième zone. Dissémination.