CHAPITRE V
BACTÉRIOTHÉRAPIE.
Principe de la méthode. Applications.
Le terme bactériothérapie désignant une méthode dans laquelle le microbe joue le rôle d'agent thérapeutique fait penser immédiatement à la vaccinothérapie inspirée de AI. Wright.
Rapproché des affections chroniques, il peut éveiller l’idée de microbe pathogène spécifique de ces affections. Or il n’y a pas d'agent spécifique cause de ces affections prises individuellement.
Le principe de la bactériothérapie telle que nous l’envisageons ici ne peut être la vaccination créant l’immunité. |
D'ailleurs les résultats obtenus par d’autres procédés dans le traitement de certaines-affections chroniques font penser à un tout autre mode d'action. Il est intéressant de rapproeber les essais de protéosothérapie de James W. Jobling dans les arthrites, de Walker dans l’asthme, ceux d’auto-sérothérapie de Widal, de Ilymphothérapie dans toutes sortes de maladies infectieuses par Baïllon, Arthault de Vevey qui ont
pu être inspirés par les travaux de Mulheim datant de 1880
sur les peptones et ceux plus récents de Roger et Josué, Ancel et Bouin, Gley et Champy sur la septo et la tachy-
DR: en
phylaxie, ceux de Delezenne et Bosc sur l’action vaccinante
réciproque de la peptone et des extraits d'organes.
Les travaux de F. Widal, P. Abrami et Brissaud, Lermoyez, Joltrain sur l'asthme avaient abouti à cette parfaile observation que la lésion pulmonaire n’est que la dernière répercussion cellulaire d’un « brusque déséquilibre apporté à l’élat physico-chimique des éléments colloïdaux du plasma, « un choc hématique » s’accompagnant du reste d’une rupture d'équilibre dans la formule leucocytaire ainsi que dans la composition de la constitution physico chimique du plasma qui devenait sensiblement plus coagulable ». Le
traitement appliqué dans ce cas comme dans celui de l’hé-
moglobinurie paroxystique et consistant dans l'injection à diverses reprises d'aulo-sérum a eu pour résultat de conférer une immunité assez durable.
L'action de l’auto-sérum n'est pas anti-microbienne spéci-
fique, elle est tout autre. Elle à pour effet d'éviter le déchai-
nement d’une crise anaphylactique.
Il y avait donc dans l'organisme du sujet traité un état d'anaphyiaxie latente, c’est à-dire un excès d'anticorps ayant pour origine plus ou moins lointaine l'introduction d’un antigène dans cet organisme,
C’est la disparition de cet excès d'anticorps que poursuit
la bactériothérapie dont le principe est l’antianaphylaxie.
Thérapeutique.
PRÉPARATION. — Après examen des selles, les microbes prélevés dans les déjections des malades, sont isolés et cultivés sur gélose inclinée selon les procédés ordinaires en bactériologie. Les cultures obtenues sont ensuite mélangées dans les proportions où elles se sont développées.
On stérilise par la chaleur à 60° s’il n’y a pas de spores, si
ose
l'on constate la présence de spores, on répèle l’ébullition deux ou trois fois. |
Dosace. — Les corps microbiens de ces préparations polyvalentes sont dosés en poids et, pour la commodité des prescriptions, répartis en émulsion dans des tubes. Le liquide qui les tient en suspension est de l’eau distillée pour les préparations à prendre per os et de l’eau physiologique pour les injections hypodermiques.
PosoLocie ET ADuinisrraTION. — Deux modes d'administra-
lion : per os et par injections hypodermiques.
a) Per os, les émulsions contenant la dose pour vingt-.
quatre heures renferment 2 à 3 milligr. de corps microbiens, qui,au moment de l'administration, seront dilués dans 100 à 150 c.c. d’eau bouillie, à prendre en 10 ou 15 fois; de demiheure en demi-heure, une cuillerée à café pour commencer. Après la troisième ou quatrième prise on pourra faire prendre par cuillerées à soupe toutes les demi-heures.
b) Par la voie hypodermique, les émulsions dosées pour vingt-quatre heures contiennent 1 à 2 centièmes de milligrammes de corps microbiens, que l’on administre en une seule fois.
IxtoLérance. — En cas. d’intolérance pouvant se manifester par des fourmillements dans les extrémités et par tout le corps, des sensations de chaleur, de malaise général : vertige, céphalée, ou par l’exagération des symptômes pour lesquels on intervient, il suffit souvent d'espacer le traitement. Mais si les troubles persistent, la suspension s'impose. On le reprendra au bout de quelques jours soit avec la même préparation soit avec une autre.
CHoix DU PROCÉDÉ D'ADMINISTRATION. — Par la voie buccale on obtient d'excellents résultats dans les cas de troubles gastro-intestinaux et nerveux. Pour ces cas aussi les préparalions peuvent provenir de la flore intestinale d’autres individus que le malade traité. (Bactériothérapie hétérogène.)
Pour les cas de dermatoses anciens, d'asthme, ou Les cas déjà traités et rebelles, il y a lieu de recourir aux microbes
PRE Na
de la flore intestinale du malade mème (Bactériothérapie
autogène), on traitera d’abord per os, puis en cas d’insuccès, on administrera les préparations autogènes en injections sous-cutanées en observant les précautions habituelles d'asepsie et d'antisepsie.
Dürée pu TRAITEMENT. — Le traitement doit être poursuivi par séries, avec intervalles de repos entre chaque série, jusqu’à eat des troubles.
La méthode est encore trop récente pour affirmer la cure radicale et définitive des affections traitées, d’ailleurs de par son principe même elle ne met pas à l'abri des récidives. Ce que l'on peut dire toutefois, c'est que celles-ci deviennent à la fois de moins en moins graves et de moins en moins fréquentes. Certains troubles semblent avoir totalement disparu.