CT DURE
gatifs un adoucissement à ses maux, elle en fit un fréquent usage pendant plusieurs années, ce qui n’empêcha pas la maladie de faire des progrès ; ils furent tels que la malade fut contrainte d'entrer à l'Hôtel-Dieu le 47 mars 1806,
Elle était obligée, pour éviter d’être suffoquée, de setenir jour et nuit dans une position presque verticale assise dans son lit, ou sur le bord appuyée sur ses mains et les pieds par terre. Malgré cette position sa respiration était courte, pé- nible et comme retardée. Elle disait éprouver dans le côté gauche de la poitrine des palpitations que l’embonpoint ne permettait pas de sentir, mais son pouls était petit, serré et intermittent au bout de quatre pulsations ordinairement. Sa face était tuméfiée, les conjonctives rouges, nez et lèvres livides, le ventre gros sans fluctuation, sensible au toucher. Les membres supérieurs et inférieurs étaient infiltrés, froids, livides. Enfin les symptômes s'aggravèrent et la malade périt au bout d’une agonie de plusieurs heures.
OgservarioN II (recueillie par Aran, dans le service de Rostan, sur une jeune femme de 25 ans, morte d'obésité excessive, 4851).
Le 1® avril est entrée à ja salle Saint-Antoine une jeune femme de taille moyenne, âgée de 25 ans, affectée de polysarcie avec quelques signes de bronchite et une gêne de la respiration voisine de l’asphyxie.
Des renseignements communiqués par cette femme, il résultait que, bien portante et bien conformée jusqu’à l’âge de 21 ans, elle avait, à cetté époque, et à la suite de sa seconde couche, commencé à prendre de l'embonpoint.
D'abord elle ne s’en était pas inquiétée; mais cet embonpoint avait fait continuellement des progrès, et en quatre ans elle était parvenue aux proportions monstrueuses où nous la voyons en ce moment.
Depuis quelques mois elle avait été prise de gène de la respiration, par suite de laquelle, et aussi du volume énorme de son corps, elle était condamnée à un repos absolu. La malade ne savait au reste à quelle cause rapporter cette
hypertrophie du tissu celluls-graisseux; elle n'avait rien changé à son régime habituel.
Il serait difficile de se faire une idée de l'aspect que la polysarcie avait donné à cette malade. La tête se perdait dans les épaules par l'intermédiaire d'un cou monstrueux
et démesuré, les traits de la face étaient altérés par l’hypertrophie énorme des joues, du menton et des paupières. Les
mamelles étaient aussi volumineuses que la tête d'un adulte, retombaient sur l'abdomen, dont les parois également hypertrophiées descendaient sur les cuisses. A travers les parois il était facile de sentir que l'abdomen contenait lui-même dans l’épiploon et les viscères abdominaux une grande quantité de graisse, Les membres avaient acquis un volume énorme ; en les palpant on éprouvait sous le doigt cette sensation de mollesse que donne naturellement le tissu graisseux, et l'impression du doigt restait dans ces tissus comme dans les cas d'œdème. Au reste la partie inférieure des jambes et les pieds étaient fortement œdémateux.
Voici quelques-unes des mesures qui furent prises pendant la, vie : \
Circonférence du tronc prise au niveau del’ombilic. 4,55
— de la cuisse.e, 4 STE ET NEE —= AUSENRONE TE COS SLR 02
— du MONET PRESS 555 SSOUNEO SE
— Qu:DrIS Se AS A CRD ER Epaisseur € de la paroi abdominale, nee Ne 0 ,12 ps SL sans les muscles, 0 ,08 Epaisseur d parties molles thoraciques. . . . .. 0 ,09 —. de la mamelle,”. M
Par un oubli bien regrettable, la malade ne fut pas pesée,
mais on peut, sans exagération, évaluer son poids à 200 kilogrammes au moins.
En présence de la gène de la respiration, qui se traduisait d’une manière évidente par la coloration viclacée de la face, il n'y avait pas à hésiter; plusieurs saignées lui furent pratiquées et chaque saignée fut suivie d’un tel soulagement que la malade les réclamait avec insistance.
L'examen des cavités abdominales et thoraciques rendu, d’ailleurs, fort difficile par l'épaisseur des couches de graisse déposées dans leurs parois, ne faisait reconnaître aucune altération profonde, mais seulement quelques signes de bronchite. Néanmoins la dyspnée aug mentait, et, dans les derniers jours de sa vie, la malade restait continuellement assise sur un fauteuil ou dans son lit.
La mort eut lieu subitement le 4° mai.
Autopsie. — À l'ouverture du corps, outre l'existence d’une grande quantité de graisse dans le tissu cellulaire de tout le corps, et même dans les cavités abdominale et thoracique, on trouva qu'il y en avait beaucoup à l’origine des gros vaisseaux, à la base et à la surface du cœur dans les
médiastins antérieur et postérieur. Il y en avait encore
entre la plèvre et les parois de la poitrine, et comme Dupuytren en a déjà fait la remarque, la graisse ne correspondait pas aux espaces intercostaux, mais aux corps des côtes le
long desquelles elle formait une multitude de languettes
qui avaient jusqu’à plusieurs pouces de long. Dans la cavité péritonéale, les organes semblaient litté-
ralement perdus au milieu de la graisse. [Il y en avait par-
tout, et les épiploons avaient un pouce ou deux d'épaisseur. Néanmoins, aucun organe n'avait subi la dégénérescence graisseuse.
Les muscles n’avaient perdu aucun de leurs caractères ; ils semblaient même avoir subi un véritable accroissement de tissu, bien que dans certains points ils fussent recouverts, comme à l'abdomen, par une couche graisseuse épaisse de cinq travers de doist.
Quant aux altérations morbides auxquelles on pouvait rattacher la mort et les accidents éprouvés pendant la vie, on observe un cœur au moins quadruplé de volume, avec des cavités hypertrophiées, mais surtout énormément dilatées, remplies d’une espèce de gelée noirâtre ; ses orifices et
ses valvules, parfaitement sains, contrastaient même, ainsi
que les gros vaisseaux, par leurs petites dimensions, avec les proportions qu'avaient acquises les cavités cardiaques. Les poumons ainsi que presque tous les organes inté.
rieurs étaient gorgés de sang ; ils étaient œdémateux, laissaient suinter à la coupe un liquide spumeux, rougeâtre; les bronches dilatées étaient le siége d’une congestion trèsintense et d’une coloration violacée, que l’on pouvait suivre jusque dans les dernières ramifications ; elles contenaient un mucus épais et visqueux.
Le foie, très-volumineux, était gorgé de sang, mais sans aucune altération. La rate était au moins doublée de volume, mais non ramollie. Les reins étaient fortement congestionnés et hypertrophiés ; la substance corticale était ie siége d'une infection vive et d’une coloration violacée que l’on suivait jusque dans la substance tubuleuse ; les bassinets, eux-mêmes, étaient fortement injectés. Pariout le système veineux était le siége d'une congestion et d’une dilatation très-prononcée,.