‹ Du Traitement de la Cataracte Molle Par La Méthode De L'AspirationChapitre 7 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'opération de la cataracte par la succion paraît remonter à une haute antiquité.

D’après Billaudeau (2) cette méthode viendrait des Grecs, mais comme cet auteur ne porte aucune preuve suifisante à l'appui de son assertion, nous sommes plus porté à croire avec Sichel qu’elle a été inventée et pratiquée pour la première fois dans une partie de la Perse (c'est-àdire dans l'Irak et le Khorassan), vers le rx° siècle.

Albucasis, chirurgien arabe habitant l'Espagne, a écrit en effet : «On m'a rapporté qu’un habitant d'Irak racontait que dans l’Irak on confectionne une aiguille à cataracte creuse avec laquelle on suce l’eau (c’est ainsi que les Ara-

(4) Nous avons principalement puisé les indications qui nous été nécessaires pour cet historique dans :

Leugiec. Annales d’oculistique, t, XVII, p. 29-80.

Armati. — — p. 79.

Cunier, — — pp. 85. Sichel. — — p. 104,

Sichel. Arch. für opht. Berlin, t. XIV, part. 3, p. 1. Nélaton. Thèse de concours. Paris, 1850.

Malgaigne, Man. de méd. op., 8° éd.,t, Il, p. 104. (2j Gazette des hôpitaux, 1847, p. 47.

Ausset. 2

bes désignaient la cataracte). Je n’ai trouvé ce procédé mentionné dans aucun des livres anciens, il est possible que c’est une chose nouvelle. »

On trouve aussi dans le traité des maladies des yeux d’'Ira-ben-Ali, oculiste de Bagdad auix° siècle, le dessein d’une aiguille creuse et au-dessous l'explication suivante : « Ceci est la figure de l’aiguille creuse qu’on appelle l’aiguille de Khorassan. Elle entraîne l’eau par sa cavité et la fait écouler par la tête de l'aiguille. Mais cette opération n’est pas sans danger car elle pourrait bien vider l'œil. » ‘ Enfin, Rhazès, natif de Raï en Kharassan, s'exprime en ces termes : « Et aliqui operuerunt sub pupilla, etextraxerunt cataractam, et potest esse cum cataracta est subtilis et cum est grossa non poterit extrahi,quia humoregrederetur cum ea. Et aliqui loco instrumenti posuerunt concilum vitreum, et sugendo eam suxerunt albugineum cum ea.

Au xve, xvi°, xvu* siècle, quelques auteurs décrivent cette méthode comme l'ayant inventée.

Galeatius de Sancta Sophia, écrivain du xv° siècle (opus medicinæ in nonum tractatum libri Rhasis, 1533), prétend être l'inventeur de la méthode par la succion. Toutefois il paraît difficile à croire que cet auteur, de même que ceux dont nous allons parler, ne connussent pas les écrits des médecins arabes que nous avons cités, car au milieu du xv° siècle Arculan (Arculani practica 1557), et un peu plus tard Andrea della Croce, (chirurgia universale e perfetta 1605), citent en les commentant plus ou moins longuement les passages de Rhazès et d’Albucasis.

Au xvi* siècie on trouve dans un ouvrage de Rondelet, professeur de médecine à Montpellier, le passage qui suit. < On pourrait traiter la cataracte chirurgicalement en con-

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fectionnant l'instrument suivant : qu’on fasse une aiguille creuse-comme un tuyau où un tube ; afin qu’elle perce plus facilement la cornée et pénètre, on l’arrange comme une plume à écrire. On introduit le tuyau dans l'œil, de manière qu'il remplisse exactement la plaie et que l'air ne puisse pas passer à côté, et en suçant l'aiguille on attire par eile l’eau de l'œil. (Gulieimi Rondeletii, methodus curandorum morborum, Paris 1575.) »

Au commencement du xvu‘ siècle, Claudini, professeur à Bologne (S. C. Claudini Empirii rationale, 1653), et Hercule de Saxonia (Hercules Saxonia, Pantheum medicinæ 1603), citent le procédé de Rondelet et émettent des doutes sur son efficacité.

Borri est venu revendiquer pour Mattioli et pour iuimême l’honneur d’avoir inventé et perfectionné l’aspiration de la cataracte : « Francisci Josephi Borri, Epistolæ duæ ad Th. Bartholinum, 1609). Roch Mattioli avait inventé une aiguille de jonc se terminant en une pointe creuse, au moyen de laquelle il pouvait ponctionner les yeux et extraire par elle les cataractes à l’aide de la succion pratiquée avec la bouche. Mais l’étroiture du petit orifice et l'épaisseur de la membrane sur laquelle la succion devait agir, ayant gêné l’ingénieux inventeur dans la manœuvre de son opération, je lui conseillais d'introduire dans son petit tube pointu confectionné en fer, des fils d’or très fins formant un mince pinceau. Ces fils d’or tournés autour de leur axe à l’aide des doigts, tandis que l’aiguillé resterait au milieu de l'orbite, seraient poussés pour ainsi dire hors de la gaine métallique et écarteraient ainsi la membrane, ou même la diviseraient en petites parcelles ; après quoi ils pourraient être retirés dans leur étroit iourreau de fer. Le succès fut complet. »

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Enfin, Lanzweerde (Append. ad {sculteti armamentar. chirurg 1741,) donne des explications détaillées sur le procédé de Borri. Il prétend en avoir obtenu d'excellents résultats et continue en disant : « Nous recommandons cette opération à tous les chirurgiens quelque inouïe qu'elle soit. >

Ontrouve encore l'opération de la succion mentionnée dans Verduc (Traité des opérations de Chirurgie, Paris 1703), et dans un traité du docteur d'Ammon de Dresde, qui consacre un chapitre à l’aspiration de la cataracte dans son ouvrage intitulé : Ophthalmo-Paracenteseos historia, 1821, p. 80.

Cunier (1) rapporte aussi que dans une notice manuscrite sur Du Broeucqget, Paternostre prétend que ce savant botaniste devenu aveugle s'était adressé à Brisseau (1740), qui l'avait opéré sans succès de la cataracte ; il alla alors trouver le clerc de Baudour (2) qui l’opéra par la succion pratiquée à l’aide d’un tube introduit dans l’œil. Il récupera la vue de l’œil droit ; seulement, fait remarquer Paternostre, « il ne pouvait voir distinctement qu’en faisant usage d’une loupe, qu’il finit par porter en permanence au-devant de l’œil. »

Quoi qu’il en soit, ceite méthode était bien tombée dans l'oubli lorsqu'en 1847 elle en fut tirée par le professeur Laugier. Nous ne nous arrêterons pas sur les discussions qui eurent lieu à cette époque pour savoir si Laugier avait

(4) Cunier. Loc. cit.

(2) Cunier nous apprend (loc. cit., p. 96) que les clercs de l’église

de Baudour ont été réputés pendant très longtemps dans leur habileté pour opérer la cataracte, Aussi est-il passé en proverbe dans les environs de Mons de dire à quelqu'un qui n’y voit pas très bien : « Vas te faire sucer ies yeux par le clerc de Baudour. »

= eu oui ou non connaissance des écrits que nous avons sighalés ou « s’il avait eu l’idée de cette opération sans autre guide que les conditions physiologiques de la cataracte. » Nous passerons aussi sur la revendication de priorité faite par le docteur Armati en faveur du professeur Pecchioli, de Sienne.

Après quelquestätonnements, Laugier fit fabriquer pour opérer l’aspiration, un instrument qui se compose d’une aiguille en fer de lance, cylindrique et creuse, vissée sur un corps de pompe. Dans ce corps de pompe joue un piston que l'on fait mouvoir à volonté en appuyant sur un levier à ressort.

Avec l’aiguille creuse Laugier ponctionnait la sclérotique et arrivait dans le cristallin en traversant la cristaloïde postérieure. Il aspirait toutes les parties molles et si après la succion il restait un noyau dur, il l’abaissait avec la pointe de l’aiguille. Nous serions entraînés trop loin si nous voulions discuter la valeur de la méthode de Laugier. Toutefois, on est bien obligé de reconnaître qu’il a obtenu plusieurs succès. Parmi les cas dont il a publié jes observations, nous avons choisi le suivant qui nous a paru présenter d'autant plus d'intérêt, que des deux yeux, l’un a été opéré par le broiement et l’autre par la succion.

OBsERvATION (Laugier, Ann. d’ocul. 1848, p. 39). — J’avais opéré madame Gély d’une cataracte de l’œil gauche, en nov. 4846. Le cristallin était mou et avait dû être broyé. Deux mois au moins avaient été nécessaires pour la disparition des fragments tombés dans la chambre antérieure et obstruant en partie la pupille; la vision était bonne. Lorsqu’elle s’adressa à moi en nov. 1847, pour la cataracte de l’œil droit, j'espéraistrouver le cristallin dans

des conditions favorables à la succion. La capsule antérieure était restée transparente, je me proposai de la respecter. La cataracte était sans complication; son aspect était d'un blanc laiteux, plus foncé au centre. L'aiguille plongée dans la sclérotique comme pour l'abaissement, j'engageai la lance dans le cristallin en tournant vers moi l'ouverture qu’elle présente. Pendant le mouvement d’ascension du piston dans le corps de. pompe, la pupille s’éclaircit aussitôt, le changement fut manifeste pour les témoins de l'opération. Elle me paraissait terminée et j'imprimais un léger mouvement à l'aiguille pour la retirer, lorsqu'un gros fragment de cataracte, de la forme du cristallin, mais beaucoup plus petit, évidemment le noyau de la lentille, remonta vis-à-vis le centre de la pupille; mais comme l'aiguille à succion esttrès convenable pour l’abaissement, j'en portai la pointe sur ce fragment et le plus léger choc suffit pour le faire retomber au-dessous de la pupille qui resta parfaitement nette.

La malade n’avait point souffert pendant l'opération; elle n’éprouva ni douleur, ni accident les jours qui la suivirent. Dès les premiers, la vision était aussi bonne qu'on pouvait le désirer. Deux semaines après l’opération, la malade sortit de l'hôpital distinguant très bien les objets sans lunette à cataracte, mais voyant plus nettement en se servant d’un verre convexe.

Peu après les premières publications de Laugier, Blanchet présente à l'Académie de médecine (27 juillet 4847) un malade atteint de cataracte qu’il a opéré depuis dix jours par la succion, mais au moyen d’un procédé un peu diffé rent de celui de Laugier. Voici du reste l'observation de ce malade.

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