‹ Du Traitement de la Conjonctivite Purulente GonococciqueChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le vaccin de Nicolle et Blaizot

I. Sa nature. — Nous connaissons la composition du vaccin de l'Institut Pasteur de Tunis et nous savons quelles difficultés il a fallu vaincre avant d'arriver à la formule du. « dmégon », grâce aux communications de Nicolle et Blaizot à l'Académie des sciences. Nous allons les résumer ici en citant autant que possible leur texte aussi clair que concis.

Deux points sont essentiels :

1° La vaccinothérapie n’est possible qu'avec des vaccins atoxiques. Les vaccins antigonococciques existant sont voués à l’insuccès parce qu’ils sont toxiques. L’injection de doses même insuffisantes au point de vue curatif provoque des réactions générales très pénibles, à plus forte raison un traitement intensif, seul utile, est-il impraticable.

2° ILimporte d'obtenir un vaccin stable, capable de se conserver actif indéfiniment. Vivants, les virus et les cultures microbiennes constituent les vaccins les plus actifs. Mais on ne peut les conserver; dans l'eau physiologique qui leur sert de véhicule, certains microbes continuent à se multiplier, tôt ou tard meurent, dégénèrent el s’autolysent. |

Cette double difficulté a été résolue par Nicolle et Blaizot. La toxicité ne peut être supprimée par la méthode des vaccins sensibilisés de Besredka. L’essai en a été fait sans succès, d’ailleurs le produit ainsi obtenu ne parait pas stable. Elle a été atténuée dans une certaine mesure en habituant le gonocoque à vivre sur des milieux privés de peptone et de plus en plus pauvres

en sérum. D'autre part, le séjour du microbe dans le milieu conservateur amène encore une baisse de cette toxicité.

La stabilité s'obtient en supprimant la vitalité des microbes. Mais les moyens ordinaires (chaleur, éther, etc.) coagulent brutalement les microbes et ne mettent pas leurs cadavres à l'abri de l’autolyse. Nicolle et Blaizot ont réalisé cette stabilité en réduisant au minimum l’altération des microbes par l'emploi de solutions fluorurées. La solution de fluorure de sodium à 7 p. 1.000 ne coagule pas les albumines et s'oppose à l'autolyse des cadavres microbiens.

Ces deux progrès réalisés, la question n'était pas encore résolue. Le vaccin atoxique et stable pouvait certes être injecté sans danger, sans réaction générale appréciable, maïs son action demeurait inconstante. Cette constatation conduisit Nicolle et Blaizot à rechercher si, dans le pus blennorragique, il n’existait pas, à côté du gonocoque, des bactéries associées jouant un rôle dans l'infection. |

L'une d'elles est très répandue. C’est un coccus auquel ils ont donné le nom de synocoque. Analogue au gonocoque, le synocoque pousse comme lui sur gélose au sang, mais se développe aussi bien sur les milieux ordinaires. Les colonies sont colorées par un pigment orangé. Il se colore par la méthode de Gram.

Il fallait donc que le vaccin antigonococcique fût en même temps antisynococcique.

IT. Technique de préparation. — Voici, textuellement, comment Nicolle et Blaizot décrivent la préparation de leur vaccin : Sur le milieu :

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auquel on ajoute par tube, pour 5 centimètres cubes de milieu,

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1/2 centimètre cube de sérum de lapin, on ensemence un gonocoque légitime, entrainé à vivre sur des milieux de plus en plus pauvres en sérum. Le synocoque est cultivé sur le même milieu sans sérum. Après vingt-quatre heures, nous retirons nos cultures de l’étuve; elles sont émulsionnées dans une solution de fluorure de sodium à 7 p. 1.000 soumise séparément à des lavages et centrifugations successifs, de façon à obtenir des microbes parfaitement isolés, puis mélangées dans les proportions de 9 parties de synocoques pour À partie de gonocoques et le mélange titré à 500 millions de microbes par centimètre cube. Un séjour de quarante-huit heures à la glacière suffit pour détruire la vitalité du microbe.

IT. Mode d'emploi. — Les boites de vaccin antigonococcique Îluoruré ou dmégon, aujourd'hui délivrées par la maison Poulenc,renferment deux sortes d’ampoules. Les plus petites contiennent un 1/2 centimètre cube de vaccin. Les autres, plus volumineuses, sont remplies d’eau salée physiologique. Les solutions fluorurées étant légèrement caustiques, il convient, en effet, de les diluer au moment de l'emploi dans du sérum physiologique.

On aspire dans la seringue le liquide de la petite ampoule et l’on complète ensuite jusqu’à 2 centimètres cubes avec l’eau salée. Le mélange est injecté dans le muscle de la fesse. Quelques malades signalent pendant quelques heures après l'injection une douleur qui n’est jamais assez accusée pour ne pas être facilement supportée,

L’injection peut être quotidienne dans les cas graves et l’on peut sans inconvénient injecter une dose chaque jour pendant sept jours. C’est ainsi que nous avons pratiqué pour les cas de conjonctivite gonococcique que nous avons traités, car nous pensons que, quelle que soit son allure, cette affection est toujours des plus graves et qu’on doit agir avec le maximum de rapidité.

Capéran. 2

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