‹ Du Traitement de la Conjonctivite Purulente GonococciqueChapitre 5 sur 15 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous n'avons pas l'intention d'analyser ici toutes les publications se rapportant à la vaccination antigonococcique. Il y a dix ans que les premiers essais ont été faits par Wright, en 1906. Mais le premier vaccin est toxique, instable et ne peut être utilisé par les praticiens. Son emploi reste très limité et les nombreuses publications sur le traitement de l’ophtalmie purulente gonococcique n’en font pas mention.

- En 1909, Wéeks, parlant au XVI° Congrès internalional de médecine de Budapest de la sérothérapie et des vaccins en __ ophtalmologie, déclare que le vaccin antigonococcique de Wright n’a été utilisé que dans un petit nombre de faits, ce qui ne permet pas d’en juger la valeur. L’impression que l’on retire de la lecture des faits publiés, c'est que sur les infections aiguës l'efficacité est très faible.

En 1913 paraissent les premiers travaux de Nicolle et Blaizot. Presque en même temps Cruveilhier utilise les vaccins sensibilisés de Besredka, Hermans et Vän der Branden emploient l'arthigon de Schering, Lumière et Chevrotier préparent un entérovaccin.

. MM. Nicolle et Blaizot présentent à l’Académie des sciences, le 6 octobre 1913, un vaccin antigonococcique atoxique. Déjà 24 cas d'ophtalmie purulente ont été traités par eux et ont donné 24 guérisons en trois à dix jours, les inoculations étant répétées tous les jours ou tous les deux jours.

Le 24 novembre, par une nouvelle note, ils font connaitre

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exactement la technique de préparation et les qualités de leur vaccin.

Leurs observations sont rapportées en détail par Cuénod et Penel. Ils présentent tout d’abord (en août 1913) 8 cas traités par un vaccin contenant des gonocoques cultivés et injectés, lavés et vivants (1" formule de Nicolle et Blaizot). L'injection était suivie, au bout d’une demi-heure ou d’une heure, d’une violente fièvre (39-40) précédée d’un grand frisson. Le lendemain tout rentrait dans l’ordre.

18 cas nouveaux rapportés en novembre 1913 ont été traités par le vaccin atoxique de la nouvelle formule de Nicolle et Blaizot. Les gonocoques sont tués, stables et atoxiques; la réaction générale n'existe plus; les résultats sont également bons.

Le vaccin constitue une arme certaine dans la lutte terrible contre l'ophtalmie purulente gonococcique. Dans les premiers cas, les auteurs ont employé simultanément les moyens ordinaires (nitralage, argyrolage, grands lavages fréquents). Dans les derniers, sans abandonner les lavages fréquents au sérum physiologique, ils ont supprimé tout collyre actif, et ces cas ayant été les meilleurs, ils pensent que la preuve est bien faite de l’incontestable efficacité du nouveau vaccin.

Le 9 février 1914, Morax, dans sa statistique des cas traités à Lariboisière depuis 4906 à 1913, rapporte à la Société d’obstétrique de Paris 6 cas d'ophtalmie des nouveau-nés traités par le vaccin de Nicolle et Blaizot. L'apparition de lésions cornéennes dans 2 cas, l'absence de modifications manifestes de la sécrétion l'ont obligé à pratiquer en même temps le traitement argentique. La durée de la'maladie n’a pas été modifiée. Il conclut qu'il ne faut pas faire trop confiance à la vaccinothérapie et dans tous les cas ne pas négliger le traitement argentique.

Fromaget présente en même temps (le 13 février 1914) à la Sociélé de médecine de Bordeaux un cas d'ophtalmie purulente de l'adulte. Le vaccin a été employé sans négliger le traitement argentique (instillations d’argyrol). La guérison a été rapide. Le 27 février il communique un nouveau cas favorable à la vaccinothérapie. IL s’agit d’une conjonctivite purulente des nouveau-nés.

En mai 1914 Offret rapporte 32 cas d’ophtalmie gonococcique traités par le vaccin de Nicolle et Blaizot. Ce sont 13 conjonctivites des nouveau-nés, 13 conjonctivites de l'enfant et de l'adulte, 3 cas de conjonctivite métastatique.

Pour lui, le vaccin a une action thérapeutique certaine contre la gonococcie oculaire. Il diminue presque toujours les symptômes inflammatoires. Assez souvent il diminue la sécrétion qui devient plus fluide ét moins abondante, mais en général ne disparait pas aussi vite que les phénomènes inflammatoires. Une très légère sécrétion peut persister longtemps, contenant encore de très nombreux gonocoques, capable par conséquent de produire des complications cornéennes. Néanmoins le vaccin semble avoir donné des résultats appréciables même et surtout dans la conjonctivite métastatique. Il ne semble pas avoir d’effet sur les ulcères cornéens. Pratiquement, le vaccin est un agent thérapeutique excellent, mais qui jusqu’à nouvel ordre ne doit pas être employé seul; il doit être associé au traitement classique. |

Roche (de Marseille) publie en juin 4 cas de conjonctivite purulente des nouveau-nés pour lesquels le résullat de la vaccinothérapie est excellent. Roche estime que le vaccin de Nicolle et Blaizot est tout aussi efficace que le sérum de Roux dans la diphtérie. Il faut seulement ne pas demander à ce traitement ce qu'il ne peut donner, il ne faut pas oublier les associations microbiennes qui peuvent compliquer les choses, il faut traiter les complications cornéennes et laisser aux ulcérations le temps de se fermer. Certes, le traitement local ne doit jamais être négligé, mais il n’est pas permis actuellement d’omettre d’employer le vaccin de Nicolle et Blaizot. C’est un traitement absolument anodin et qui a fait ses preuves.

Lagrange présente à la Société de médecine de Bordeaux, le 19 juin 1914, deux cas d’ophtalmie purulente gonococcique de l’adulte traités avec succès par le vaccin de Nicolle et Blaizot. Ce sont deux cas très favorables à l’emploi du vaccin. Voici quelle est son opinion : |

« La deuxième observation est surtout remarquable en ceci

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que la médication a vraiment eu un résultat abortit; l’ophtalmie purulente affirmée par l'examen bactériologique et par tous les gros signes inflammatoires de la première période a été arrêtée au début de la deuxième période par les injections de vaccin.

» L'observation des deux faits que nous rapportons ici entraine d'une façon absolue notre conviction sur l'efficacité du vaccin de Nicolle et Blaizot dans l’ophtalmie purulente gonococcique el nous considérons que la découverte faite par nos confrères mérite la plus grande attention et les plus grands éloges. » |

Ces deux observations seront rapportées en détail dans un autre chapitre.

Fromaget rappelle qu'il a présenté à la Société deux malades traités el guéris par le vaccin de Nicolle et Blaizot. « Nous nous félicitons, dit-il, du succès obtenu, surtout dans le cas de l’adulte où nous avions constaté une atténuation si notable de l'affection et les cas signalés par M. Lagrange montrent l’excellence de ce nouveau procédé thérapeutique.

» Malheureusement tous les cas ne subissent pas de la même façon les bienfaits du vaccin antigonococcique et je crois qu'il est indispensable, pour juger de sa valeur, de publier la statistique intégrale de lous les cas traités. C’est pour cela que je crois, à propos de cetle communication, devoir rapporter à la Société l'observation d’un cas grave où, malgré l'application du vaccin dès le début, la cornée s’est perforée le cinquième jour. Malgré cette perforation il sera possible de rendre à l'œil une vision très appréciable avec une iridectomie optique. » (Voir plus loin les observations de Fromaget.)

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