INTRODUCTION
Dans cette étude, nous aurons en vue surtout le manuel opératoire du curettage de la hanche et ses résultats éloignés. Nous avons désigné sous le nom de curettage, cette intervention sanglante sur la hanche parce que c’est une intervention essentiellement atypique. L'opérateur se guide avant tout sur les lésions osseuses et l'ablation des parties malades peut être ou très faible ou très étendue; dans ce dernier, cas l'opération arrive à être une véritable résection. Mais ce n'est qu'au cours de l'opération que le chirurgien peut juger de la conduite à tenir, l'examen clinique ne lui fournit que des présomptions, même avec l’aide de la radiographie.
Nous envisagerons surtout les résultats éloignés de cette intervention. Pareille opération ne peut se juger que par ses résultats éloignés : la coxalgie étant une affection susceptible de guérir par la simple infmobilisation, l'intervention sanglante ne sera justifiée que si, en premier lieu, elle ne fait courir aucun danger au malade et, en second lieu, si elle lui procure le bénéfice d’une guérison plus rapide et un état fonctionnel meilleur. C'est seule-
ia re
ment à ces deux derniers points de vue que nous nous occuperons du curettage de la hanche dans la coxalgie, car la mortalité opératoire nous semble peu grave. Parmi ses réséqués, M. Vignard n'a eu que deux morts, l’une immédiate, l’autre éloignée.
Nous allons les résumer brièvement :
D... Lucie, 9 ans. — Coxalgie gauche ayant débuté en 1903 et suppuré depuis 1905 ; ponctions et plâtres successifs, injections modificatrices. En présence de la suppuration interminable, de l’œdème des jambes et de l’albuminurie, on se décide à une résection de la hanche. On tombe sur des lésions diffuses de l’os iliaque et de l'extrémité supérieure du fémur qui est entièrement détruite. Plombage immédiat. Mort de Schock, 48 heures après.
Il semble difficile de tenir compte de ce cas. C'était une maladie qui se présentait dans des conditions extrêmement mauvaises. Elle devait être considérée comme désespérée. C'était la deuxième fois que M. Vignard pratiquait cette opération; encouragé par un premier succès, il crut pouvoir tenter l'impossible ; actuellement, aucune intervention ne serait dirigée sur cette malade, les indications de la méthode étant mieux posées.
La deuxième mort s’est produite dans les conditions suivantes :
R... Germaine. — Coxalgie droite. Tumeur blanche : du coude droit. Points de tuberculose cutanée multiples. Tumeur blanche tibio-tarsienne droite. L’enfant fut opérée le 28 mars 1908 : elle présenta une suppuration interminable et présenta des poussées
lie
de tuberculose en divers endroits. Elle finit par mourir en avril 1909, un an après l'opération, de méningite tuberculeuse.
Ce cas est le seul que l’on puisse équitablement mettre sur le compte de la méthode; c’est évidemment un échec, puisque la cicatrisation de la plaie ne fut jamais complète. Cependant, en présence de la multiplicité des lésions, on peut penser que la même évolution fatale se serait produite si l'on ne füt pas intervenu.
Bref, M. Vignard a pratiqué treize fois le curettage de la hanche suivi de plombage. En éliminant le premier cas cité, on peut dire qu'il n y a pas eu une seule mort opératoire: soit douze cas sans une mort.
Au point de vue résultats éloignés, on peut dire que sur douze cas la méthode a subi un échec (deuxième cas cité plus haut); mais l'opération avait été faite sur une enfant présentant des localisations tuberculeuses multiples.