‹ Du traitement de la pneumonie aiguëChapitre 26 sur 37 · IV. — Traitement suivant l'état antérieur du pneuinonique · texte numérisé non relu

IV. — Traitement suivant l'état antérieur du pneuinonique

Pneumonie des enfants. — On s'accorde généralement à considérer la pneumonie des enfants comme très bénigne. Toutefois un certain nombre d'auteurs ont excepté les enfants au-dessous de deux ans, chez qui la pneumonie serait grave.

« Il y aurait cependant lieu de savoir si, dans les nombreux cas de mort qui ont été cités (Valleix, Vernois, Bouchut, Barrier, Rilliet et Barthez, etc.), une erreur n'a pas été commise, et si les prétendues pneumonies franches des enfants âgés de moins de deux ans ne sont pas des broncho-pneumonies pseudo-lobaires, à marche très rapide. » (Cadet de Gassicourt.)

Ziemsen, sur 201 pneumonies, n'a perdu que 7 enfants, Barthez, sur 212 {Mémoire sur V expectation dans la pnemnonie des enfants), n'en a perdu que deux.

Quoi qu'il en soit, chez les enfants, « la pneumonie franche est une maladie très bénigne qui se termine presque toujours

par la guérison. Celle-ci sera d'autant plus probable que l'enfant sera plus avancé en âge, et d'une santé antérieure meilleure. » (Damaschino.)

« Elle guérit presque toujours, quand elle est simple, limitée à un seul poumon, et quand elle n'est pas soumise à une médication hyposthénisante. » (Picot, d'Espine, Maladies de reiifance.)

Quand on pense à cette bénignité de la pneumonie de l'enfant, on comprend aisément que la théorie de l'expectation ait trouvé là immédiatement un terrain favorable.

(( De 1854 à 1861, dit M. Barthez, pour beaucoup de mes malades, la seule thérapeutique a consisté en une médication peu active, telle qu'un purgatif ou un vomitif, ou un bain : un sixième de mes malades a été soumis à un traitement ayant quelque activité ; la seule variété de pneumonie que j'ai vu aboutir à la mort, est la pneumonie double, dans la proportion de deux sur treize. Les malades étaient âgés de deux à quinze ans. » Tous les cas dont il s'agit (et l'auteur insiste sur ce point) sont des cas de pneumonie franche, non pas de broncho-pneumonie. Étudiant la marche de la maladie, M. Barthez démontre que le traitement ne la modifie en rien, quand le traitement est très actif; ce serait plutôt un ralentissement de la marche qu'une impulsion vers la guérison que cet auteur aurait cru remarquer. Quant à la convalescence, celle des pneumonies non traitées ne dépasse jamais quinze jours; le plus souvent, elle dure cinq jours environ ; tandis que celle des pneumonies traitées avec activité durent de quinze à trente jours. A côté de ces faits, on pourrait signaler les dangers que peut faire courir aux petits malades la prescription intempestive des émissions sanguines et du tartre stibié (obs. III du Mém. de Legendre, et obs. V de la thèse de M. Damaschino). On concluera donc, avec M. Barthez : Il n'est presque jamais utile, il n'est jamais nécessaire de traiter activement la pneumonie lobaire de l'enfance.

« Je ne traite pas plus la pneumonie franche régulière que la rougeole et la scarlatine régulières, dit M. Cadet de Gassicourt ; je

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me borne, comme le conseille Barthez dans son mémoire, à l'emploi d'une bonne liygièiie, c'est-à-dire que, loin de mettre l'eniuiit il la diète absolue, je lui donne du bouillon de bœuf et du lait ,à (disopôtion. J'entends àla discrétion de il'enfamt, qu:e l'instinct seul dii'ige, mais non à celle des parents, qjui radsomnent et que sou.vent les ipréjvugés dominent. Quand le (point de coté exisîte, je fais appliquer ioco daletvù deux .ou trois ventouses scarifiées, que je, préfère de beaucoup aux sangsues: j.e règle mieux la ^quantité de sang à tirer. La dys,pnée paurra être diminuée par un vomitii'. La .digitale amène souveiiit unie sédation marquée ; j'administre liabituelLement l'infusion .de ipoiadre ide feuilles, à la dose de 20 à 40 .oenligr,, selon l'âge de l'ieniCant, daius un jtulep de 60 grammes; j'jai soin 4e faire filtrer l'in.fusion a'Yaatide .l'introduire dans la potion, pour .éxiiter que l'enfant aa'ingère la poudre. J'emploie aussi la teinture alcoolique à la dose de 25 centigrammes à 1 gramme dans 60 grammes de véhicule. Je fais en un mot la médecine des symptômes, .et je n'agis que pour soulager le malade.

Q.uaat aux complications, .elles sont de trois ordres, comme vous ■savez : adynamiques (forme typhoïde), comateuses et délirantes •(forme méningée), oanvulsives (forme éclamptique). Dans le premier .cas, j'insiste sur les toniques : le bouillon, le lait, et j'y ajoute un peu de ?vin .ou d'alcool, de 10 à 30 grammes d'eau-devie selon les âges. Dans les autres, j'ai recoui-s aux antispasmodiques et aux calmants : le musc m'a rarement rendu des ser- .vices; mais le bromure de potassium, à la dose de 1 à ^ grammes selon l'âge del'enfant, m'a paru a.voir une véritable efficacité. J'ai égailemenit ^employé aîwec quelque succès, dans la forme délirante, l'ergot de.seigle àla dose de 30 à 50 centigrammes, tandis que les .convulsions ont été plus efficacement combattues par le chloral, que les -enfants supportent à des doses fort élevées, 1, 2 et ■Même 3 grammes (par jour, même obez ceux .qui n'ont pas dépassé sept ans. Mais il ne .faut ipas oiubliej- que les formes mêmes les plus graves en appaa-ence guérissent presque toujours, et que nous devons mesurer l'énergie du ticaitemeiQt au danger couru. » (Cadet de Gassicourt.)

Pmumonie des vieillards. — Les diverses niôelications peuvent avoir leur raison d'être; mais il est de la plus feautle iinportanee d'en préciser ici les diverses indications.

Emissions sainjitines. — « L'âge , dit Grisolle , ne peut être line contre-indication absolue à l'emploi de la saigiît'e. Cette considération doit seulement engager le médecin à moins la prodiguer. «

Beaucoup de maîtres, qui se sont occupés des maladies des vieillards, ont reconiui à la sa;ignée lane place légitime dans le traitement de la pneumonie à cet âge. Les uns en ont fait la iase de leur thérapeutique, les autres la réservaient pour la période congestive de la pneumonie. Aujourd'hui on n'en fait usage qu'avec les précautions les plus minutieuses et on ne l'admet que dans un nombre de cas relativement restreinit. (Grisolle, Hounnann et De^hambre, Durand-Fardel, Hardy et Béhier, etc.)

C'est cette dernière pratique qui rallie aujourd'liuile plus grand nombre de suffrages.

D'ailleurs il y a vieillards et vieillards : « Vieillards doués d'euibonpoint, à peau lisse, ayant conservé quelque vitalité, susceptibles d"un peu de transpiration par l'exercice, offrant ordinairement une légère coloration des joues, ayant les facultés intellectuelles assez bien conservées et présentant une certaine disposition aux affections expansives; ou bien au contraire, vieillards amaigris, au cou décharné, à la peau ridée, sèche et parcheminée, au visage décoloré, ayant leurs facultés détériorées et ayant une disposition d'esprit triste et concentrée ou un caractère acariâtre. Pour les premiers, le traitement tendra à se rapprocher de celui de la pneumonie chez l'adulte, et pour les seconds, il s'en éloignera au contraire, surtout en ce qui concerne les émissions sanguines. » (Hourmann etDechambre.)

« Il ne faut pas, dit M. Durand-Fardel, toujours se laisser guider par la seule force des battements du cœur; cette force peut tenir à une hypertrophie; or, celle-ci suppose presque toujours

une lésion du cœur ou des gros vaisseaux que nous devons rechercher ». Cette lésion, sans être une contre-indication formelle de la saignée, ne permet plus au moins de considérer l'énergie des battements cardiaques comme autorisant la saignée, ainsi qu'on l'a admis longtemps.

Enfin, chez les vieillards plus qu'à tout autre âge, la fréquence de la rigidité des parois artérielles doit entrer en ligne de compte. Il faut se garder d'attribuer à un état inflammatoire intense la dureté du; pouls qui appartient à cet état des artères. (Grisolle.)

L'état des bronches peut fournir des contre-indications à la saignée. Elle est, en effet, d'autant moins indiquée que les bronches contiennent plus de mucosités, car le premier effet de l'affaiblissement qui suit l'évacuation sanguine est un arrêt de l'expectoration, phénomène des plus graves qui peut amener rapidement l'asphyxie. (Hourmann et Dechambre.)

Indépendamment de ces cas, en dehors de tout état adynamique, la distinction entre les deux types de vieillards mentionnée plus haut, ayant été bien établie préalablement, s'il s'agit d'une pneumonie franche, avec pouls fort, plein, résistant, face congestionnée, sans compUcations du côté du tube digestif ou des bronches, ou encore d'une pneumonie «àmarche latente dont une congestion passive a été le point de départ, où l'évacuation sanguine aura le triple effet de soustraire une part de son élément à cette congestion, de combattre l'inflammation congestive, de diminuer notablement l'état asphyxique - (Hourmann et Dechambre), alors les émissions sanguines pourront être utiles chez les vieillards.

A quel moment de la maladie la saignée est-elle indiquée'? « La saignée est le principal remède de la pneumonie chez le vieillard quand elle est employée dans les vingt-quatre heures. » (Gruveilhier). .

« Quand quarante-huit heures se sont écoulées depms 1 apparition du frisson et du point de côté, on hésitera, toutes choses

égales d'ailleurs, à pratiquer une saignée qui se fût trouvée indiquée vingt-quatre heures auparavant.

« L'hépatisation rouge une fois établie, il est bon d'abandonner la saignée. » (Durand-Fardel.)

La quantité de sang à soustraire est variable. Durand-Fardel conseille de ne pas dépasser 300 grammes d'une seule fois.

Pour C3tte question de la quantité de sang à soustraire, comme aussi pour celle de la répétition des saignées, le meilleur critérium se tire de l'état général.

Les émissions sa}iguines locales s'adresseront surtout au point de côté violent et persistant avec dyspnée ; ce sont les ventouses scarifiées qui seront mises en usage. On pourra dans certains cas, où l'on ne voudra pas saigner, placer quelques ventouses scarifiées sur la poitrine.

En terminant, nous indiquerons quelques difficultés pratiques de la saignée chez le vieillard. Quand on saignait beaucoup, on n'arrivait qu'à grand'peine à faire subir au malade un traitement antiphlogistique régulier.

Le sang noir et épais ne coule qu'en bavant, s'arrête avec une grande facilité et la saignée est rarement copieuse ; quelquefois même elle donne à peine.

Sans doute on peut la renouveler, mais on a perdu du temps et la maladie a marché. On rencontrera de semblables difficultés dans l'application des sangsues : elles prennent difficilement sur une peau sèche, écailleuse; leurs piqûres ne fourniront qu'une faible quantité de sang et leur application est presque toujours sans effet.

En résumé, si l'on veut tenir compte des contre-indications nombreuses à la saignée chez le vieillard, des difficultés pratiques, de la période fort limitée de la maladie à laquelle elle peut convenir, enfin des accidents qu'elle peut entraîner, on concluera qu'on ne doit user qu'exceptionnellement des émissions sanguines chez le vieillard.

Vomitifs. — Les vomitifs jouent m\ rôle important dans le traitement de la pneumonie des vieillards. L'engouement des hronc'lies, les complications gastro-intestinales si fréqucTites, indiquent cette médication de la façon la plus nette.

L'ipéca est à cet âge le vomitif par excellencè. Il est surtout le médicament de la première pédode de la pn^^uraonie (Durand- Fai-del), mais on l'administre encore aux époques plus avancées.

Les vomitifs pourraient trouver « une coiilre-indication du côté de la tête et du cœur » (Duraud-Fardel). Tl faut évidemment en tenir compte.

Tartre slibié. — Grisolle s'exprime ainsi « son opportunité chez les vieUlards est la même que pour les adultes ; seulement il faut, chez les premiers, surveiller le remède, tâter le degré de susceptibilité de chaque malade. » Sans imiter la hardiesse de Rasori, Grisolle ne craignait pas d'augmenter la dose du médicament pendant plusieurs jours, sans cependant dépasser -10 décigrammesou 20 centigrammes au plus dans les 24 heures. Selon Durand-Fardel, « le tartre stibié à petite dose se trouve indiqué dans la pneumpnie primitive des vieUlards arrivé à l'état d'hépatisation. On ne dépassera pas 20 à 40 centigrammes par jour-, on ne prolongera pas celte médication au delà de deux ou trois jours. » Malgré la grande autorité qui s'attache au nom de ces auteurs, on se méfie généraiement de l'éraélique chez les vieillards. ^Hourmann et Deehambre, Prus, Gillette, Roccas, Rayer, etc.) Certains accidents qui peuvent résulter de son administration, surtout la diminution de l'action cardiaque, la dépression du système nerveux, colkpsus, détournent de le donner aux vieillards.

Révulsifs. — 11 paraît incontestable que les Aésicatoires peuvent rendre des services. La plupart des auteurs s'accordent à vanter leur efficacité contre la pneumonie des vieillards.

Toniques et stimulants. - Ces agents constituent la médication des états adynnmiques ; ils devaient donc prendre une

place de premier ordre dans îa thérapeutique de la vieillesse.

« Dans les hôspiees de vieillards, on a toujours reconnu l'influence heuFewse des tomqnes' contre les symptômes adynamiques de la pneumonie. » (Grisolle.) « On ne peut pas faire la médecine des vieillards, sans avoir présent à l'esprit un pareil ordre d'idées. ,Duraiid-Fardel.)

Quelques-uns réservent les toniqEies pour la fin de la maladie. ^Durand-Fardel.l Beaucoup les prescrivent dès le débat. Si l'on est pénétré de cette idée qu'il ne peut y avoir aucun inconvénient à recourir à ces agents de bonne heure, mais au contraire un réel danger à attendre trop tard, que d'ailleurs cette médication se combine parfaitement avec la médication antiphlogistique, si l'on voulait tenter cette dernière, on comprendra le peu d'importance qu'on doive attacher à la précision du moment exact où les toniques sont indiqués.

C'est à l'alcool que revient le rôle principal dans cette n:iédication. (Todd, Béhier.) On le prescrit, par exemple, sous forme de potion : 80 à 100 gr. d'eau-de^vie ordinaire dans une potion de l'20 gr, par cuillerée à bouche, toutes les heures, ou bien sous forme de limonade vineuse.

Pneumonie dans la grossesse. — Les anciens médecins, persuadés que la pueumonie, comme toutes les maladies aiguës, est mortelle chez la femme enceinte, ne traitaient pas la maladie. Plus tard, cette opinion changea, et du temps de Mauriceau on saignait largement les femmes enceintes atteintes de pneumonie. Aujourd'hui, on. traite la pneumonie de la femme enceinte en se conformant aux diverses indications spéciales qui peuvent se présenter.

La saignée a été fort discutée. — Hippocrate la considérait comme un puissant abortif. Beaucoup d'accoucheurs ont partagé cette opinion ; mais les plus grandes autorités, Mauriceau, De Laraotte, Velpeau, Dosormeaux, Chailly-Honoré, ont enseigné que la grossesse n'est point une cont'e-indication. De Lamotte

cite une femme qu'on se crut obligé de saigner 87 fois dans les cinq derniers mois de sa grossesse et qui n'accoucha point avant terme. « Le professeur Depaul est partisan de la saignée dans la pneumonie aiguë des femmes enceintes. Dans une leçon qu'il fit en juin 4874, l'éminent professeur déclare qu'il avait vu dans sa pratique des femmes grqsses atteintes de pneumonie même double, guéries par les émissions sanguines, et cela sans faire de fausses couches. (Ricau.)

Le professeur Peter, se fondant sur la part considérable que prennent souvent dans ces pneumonies les phénomènes congestifs sous l'influence d'une « impuissance fonctionnelle du cœur qui est obligé de fournir à la circulation fœtale M. le professeur Peter est aussi partisan de la saignée. .

On emploiera surtout la saignée lorsqu'il s'agira d'une femme forte et vigoureuse, lorsque la suffocation est intense. On apportera la plus grande réserve si la femme est anémique et débile, si l'état du cœur peut faire craindre une syncope.

L'émétique a été surtout préconisé dans la pneumonie de la grossesse par MM. Mazade, Habrand, Watelle. Grisolle ne pensait pas non plus qu'il y fut contre-indiqué. — Mais il résulterait de recherches faites par MM. Young, Aies, Parker, Ganti, que l'émétique est un abortif. D'après ces auteurs :

1" Il excite la contractilité des fibres musculaires de l'utérus ; 2° Les contractions qu'il détermine ne sont pas tétaniformes comme celles produites par l'ergot de seigle; elles sont temporaires, intermittentes, semblables aux douleurs normales;

3» Il relâche les muscles tant volontaires qu'involontaires et détruit la rigidité du col de la matrice et celle du périnée ;

4° Il excite la sécrétion des mucosités du vagin, lubrifie sa surface, la ramollit ainsi que le col. En voilà assez pour rendre très 'réservé sur l'emploi du' tartre stibié dans la pneumonie delà grossesse. S'il est vrai que la congestion extrême qui accompagne parfois la pneumonie de la grossesse soit due en partie à la faiblesse du muscle cardiaque, la digitale pourrait être employée avec fruit.

Il est inutile d'ajouter que si la pneumonie détermine des contractions utérines, on administrera, comme dans le cas ordi-. naire, des lavements laudanisés ou chloralisés.

Comme il est admis que dans les trois derniers mois de la grossesse, la mort de la femme et celle de l'enfant sont souvent la conséquence de la pneumonie, et que parfois il se produit une amélioration considérable immédiatement après l'expulsion du fœtus , un certain nombre de médecins conseillent de pratiquer l'accouchement artificiel ; nous n'avons pas ici à juger cette question, mais lorsqu'il paraît indispensable de le laire, on pourrait, selon le conseil de M. Ricau, employer de préférence « le tartre stibié à dose raisonnée, afin d'activer et d'achever l'avortement qui tuera l'enfant, mais peut-être sauvera la mère. »

Pneumonie rhumatismale. — Il faut se rappeler ici que le malade est affaibli, anémique de par son atteinte rhumatismale {febris pallicla des anciens), et il est indiqué, par conséquent, de proscrire les saignées et de n'employer les antiphlogistiques qu'avec la plus extrême réserve. Les sudorifiques , les diurétiques trouvent ici leur indication ; Marmonier {Lyon médical, 1873) s'est bien trouvé de la digitale et du sulfate de quinine.

Une autre indication qui résulte de la nature même de la maladie, de sa grande mobilité et de la facilité avec laquelle elle peut passer des manifestations pulmonaires aux manifestations articulaires, est de faire le possible pour rappeler la fluxion au niveau des articulations par des frictions irritantes, et de l'y maintenir lorsqu'elle s'y est portée. A ce propos, les larges vésicatoires ont paru efficaces. Le salicylate de soude n'a pas été suffisamment employé dans les cas de pneumonie rhumatismale pour qu'on puisse juger définitivement de son action.

Pneumonie des alcooliques. — La pneumonie des buveurs s'accompagne d'agitation, de délire, d'un véritable delirium

tremens spécial, qia'il faut par conséquent traiter par la méthode qui réussit dans ce cas. (Grisolle, Pneumonie.)

L'accord est unanime sur ce point (pie cette pneumonie doit être traitée par l'opium et l'alcool.

On prescrit l'opium dès les premiers phénomène:,' ataxiques, et l'on porte rapidement la dose assez haute sans dépasser pourtant 50 à 30 centigrammes. Comme il est le plus soavent diClicile de faire boire le malade, on fait administrer un lavement avec âO ob 30 gouttes de laudanum, qu'on répète au besoin, on encore on emploie les injections sous-cutanées de morphine.

Quant à l'alcool, il est de règle de l'ordonner danstoute affection aiguë des buveurs, et en particulier dans la pneumonie. (Behier Todd.) Chomel avait beaucoup aussi contribué à répandre cette sage mesure. D'ailleurs, de tout temps on avait signalé le danger qu'il y avait à interrompre l'usage de l'alcool chez les alcooliques. On administrera donc l'alcool môme ava-.t l'apparition du délire, quand l'examen du malade, le tremblement des mains, auront fait soupçonner chez lui l'alcoolisme. (Grisolle.)

Pneumonie chez les tuberculeux. — Nous pensons avec les savants les plus autorisés, MM. Grancher, Thaon, Charcot, Rindfleisch,etc., que Laennec a raison contre Virchow et Niemcyer, que la 'pneumonie caséeuse n'est pas une pneumonie, mais bien une infiltration tuberculeuse, selon l'expression de l'illustre médecin français. Nous n'avons donc pas à nous occuper ici du traitement de la prétendue pneumonie caséeuse.

Hn'enest pas moins vrai que la pneumonie aiguë se développe quelquefois chez des tuberculeux. Grisolle déclare, d'après quelques cas observés, que la pneumonie qui survient dans le cours de la phthisie confirmée, peut, il est vrai, accélérer beaucoup la marche de la maladie, mais que cela n'a lieu que dans le plus petit nombre des cas, que le plus souvent la pneumonie , limitée à une petite surface et au voisinage des tubercules, a une marche assez régulière, une durée moyenne de douze à quinze

jours, et se termine toujours par la guérison, sans. qu'elle ait paru avoir aggravé la maladie première. Louis professait la môme opinion.

On trouve dans le livre de Lorain une observation de pneumonie chez un plithisique, laquelle évolue comme une pneumonie franche. « La maladie n'eut d'influence que surla ligne d'ensemble du tracé à cause de la gêne de la respiration. » (Lorain, Température du corps humain.)

C'est dans la phthisie au début ou encore peu avancée, dans la phthisie à marche lente, avec conservation d'un assez bon état général, que la pneumonie est relativement bénigne. Elle peut, au contraire, précipiter la terminaison fatale si elle survient à une période avancée.

Gomme la pneumonie qui se développe chez des phthisiques encore résistants ne s'accompagne pas ordinairement d'une symptomatologie tumultueuse, le traitement sera ordinairement des plus simples ; les révulsifs, vésicatoires, ventouses sèches, si la douleur de côté est intense; le quinquina et le sulfate de quinine si la fièvre est vive et si les forces se dépriment, suffiront dans la majorité des cas.

Les émissions sanguines seront prescrites, sauf dans un des cas d'urgence dont nous avons parlé à propos de la saignée en général, ce qui sera absolument exceptionnel.

Grisolle, il est vrai, n'hésite pas cependant à recourir aux émissions sanguines modérées. « Sur 10 malades, dit-il, dont j'ai analysé les observations, 5 furent traités par les antiphlogistiques et les révulsifs; tandis que chez les autres on employa simultanément quelques petites émissions sanguines et les préparations antimoniales qui furent suivies d'un soulagement rapide. Chez ces derniers, la convalescence fut plus prompte ; elle commença trois jours plus tôt que chez les malades du premier groupe, leurs forces se rétablirent aussi beaucoup plus vite, bien que la maladie eût été plus grave. » On sait ce qu'il faut penser de cette avance de trois jours dans la production de la guérison, ces différences

Hanot. — Pneumonie. An

sont souvent du ressort de l'évolution naturelle de la maladie. Toutefois, de l'enseignement de Grisolle, il reste acquis que si les émissions sanguines abondantes chez les plitliisiques sont plus qu'un contre-sens, il ne serait pas sage de redouter outre mesure les émissions sanguines pratiquées avec une certaine réserve. D'ailleurs, il n'est pas déraisonnable de supposer que le processus pneumonique apporte un aliment favorable à l'évolution tuberculeuse et, à ce point de vue, les émissions sanguines sous forme de ventouses scarifiées ne sont pas sans utilité réelle.

En tous cas, si l'on croyait devoir employer les anlimoniaux, on n'oubliera jamais que cette médication trouve une contre-indication absolue dans la diarrhée rebelle des phthisiques. Il en sera de même, bien entendu, dans le cours de ces antérites chroniques si communes chez les tuberculeux. C'est en enfrei- - gnant cette loi, qu'on a provoqué des accidents cholériformes auxquels les malades ont succombé.

Pour ce qui est des pneumonies qui surviennent à une période avancée de la maladie, il est certain que probablement en vertu des conditions de terrain elles prennent l'aspect des pneumonies septiques, typhiques, adynamiques. C'est donc surtout à la médication tonique et antiseptique qu'on devra recourir (qumquina, sulfate de quiniAe, alcool).

Pneumonie diabétique. - Le traitement de la pneumonie diabétique se déduit de l'état local et de l'état général.

Cette pneumonie s'accompagne facilement d'une congesUon intense, parfois généralisée, à laquelle Bouchardat et Seegen attribuent la gravité de cette inflammation capable d'emporter le malade en 24 ou 48 heures. Or les émissions sangmnes et les antimoniaux répondraient parfaitement, suivant M. Bouchardat, à l'indication. Les diabétiques supporteraient facilement ce

mode de traitement. . , . j

Un autre danger àéviter, c'est la gangrène ; onsait la tendance générale qu'ont les graves inflammations diabétiques à évoluer

vers ce mode de terminaison. Les toniques, l'alcool conviennent donc sans nul doute à cette forme de pneumonie.

N'oublions pas enfln que la moindre piqûre de la peau peut provoquer l'apparition d'un phlegmon. Ces faits sont aujourd'hui trop connus (Gimelle, Duncan, Landouzy, Dionis des Carrières, Piteairn, Verneuil), la prédisposition des diabétiques aux érysipèles est Ircrp évidente pour qu'on soit tenté d'appliquer des vésicatoires aux diabétiques. Le traitement général qu'on doit établir, n'est autre que celui du diabète. Et l'on verrait, sous l'influence de ce seul traitement, guérir des pneumonies survenues chez des sujets diabétiques. (Lécorché.) Mais alors même qu'il n'agirait que comme adjuvant, le traitement général est souvent indispensable à la réussite du traitement local. Les faits sont nombreux, qui démontrent qu'il en est de la pneumonie, comme de ces plaies qui, sous l'influence du traitement antidiabétique, se cicatrisent après avoir longtemps résisté à tout pansement, comme de ces tuberculoses pulmonaires qui, soumises à ce même traitement, se modifient et s'arrêtent, alors qu'on les avait en vain combattues par les moyens ordinaires. (Lécorché.)

Pneumonie bnghtique. — La pneumonie brightique, dont la marche est souvent latente, peut dans d'autres cas offrir la plupart des manifestations de la pneumonie franche : Rosenstein conseille pour la combattre le nitre, la digitale, le calomel et les révulsifs cutanés. Graves saignait sans hésitation les brightiques atteints de pneumonie aiguë. Si les émissions sanguines devenaient nécessaires, dit Rosenstein, on aurait soin de les proportionner à l'état général des forces, « et mieux vaudrait n'avoir recours qu'aux émissions locales. »

Quant à M. Lécorché, il les repousse absolument et les rem- » place par des antiphlogistiques qui, tels que l'aconit, la digitale, » l'antimoine, n'ont pas sur l'état général du [malade d'aussi » fâcheux effets que les émissions sadguines. »

La susceptibilité des individus atteints de maladie de Bright a être pris de ptyalisme, devrait faire également rejeter le mercure. (Roberts.) Les révulsifs cutanés, emplâtres, ventouses sèches, quand l'état de la peau ne s'y opposera pas, rendront des services. Quant aux vésicatoires , « ils sont à éviter, sauf toute- K fois à certaines périodes avancées de la néphrite parenchyma- 4 teuse, alors que la cantharidine peut être absorbé^ sans danger et même avec avantage pour le malade. » (Lécorché, Maladies des reins, page 290.)

Convalescence. — On sait qu'il arrive souvent que pendant la convalescence les signes physiques persistent indiquant une résolution incomplète. Quelques médecins, se préoccupant outre mesure de cette irrégularité, appliquent des vésicatoires volants coup sur coup et même des cautères, comptant favoriser ainsi la résolution. Si la toux a disparu, si l'appétit et les forces reviennent , si lapyrexie est complète, cette médication de la dernière heure est au moins inutile ; il faut laisser au temps, dit Grisolle, et à une bonne hygiène, le soin de faire disparaître les reliquats de la maladie.

Toutefois si la persistance des signes physiques coïncidait avec un rétablissement incomplet, les révulsifs, surtout les vésicatoires, rendraient service en hâtant la résolution. Une hygiène convenable, la médication tonique, concourront encore au même but.

Lorsque le malade éprouve une rechute, on se trouve en présence d'un individu déjà débilité par la première étreinte et le traitement devra être dirigé en conséquence. On adoptera d'autant plus aisément cette conduite qu'en général (1 fois sur 3 d'après Grisolle), ces retours de la maladie sont peu violents. L'expectation complétée par les toniques suffit amplement.

GOiNGLUSIONS

La pneumonie aiguë est une maladie cyclique dont nulle médication ne peut suspendre le cours. Considérée dans son type le plus régulier, dans sa forme la plus favorable, abandonnée à sa seule impulsion, elle débute brusquement, finit de même, sans convalescence sérieuse, dans un espace de temps qui varie entre cinq et neuf jours. Il arrive même quelquefois qu'elle avorte spontanément avant le cinquième jour.

Il est bien certain que ce rapide retour à la santé a été attribué souvent à la médication employée et qu'il a fait plus pour l'émétique que Rasori et que Broussais pour la saignée. Il n'y a point de médication qui jugule^ qui coupe la pneumonie aiguë, qui lui soit ce que la quinine est à la fièvre intermittente.

En vertu des lois ordinaires de la réaction, au dogme du traitement formulé succéda la doctrine nihiliste de Skoda et de Dietl ; la pratique actuelle s'est placée entre ces deux extrêmes.

Elle sait qu'autour du type régulier et bénin se rangent des formes compliquées et aussi, pourrait-on dire, des formes malignes; que si l'expectation, l'expectation raisonnée, diététique, a souvent sa raison d'être, souvent aussi « la contemplation stérile est indigne du médecin » .

Les modifications du type créent de nombreuses indications qu'il faut s'efforcer de remplir dans la mesure du possible.

Le traitement de la pneumonie aiguë est un traitement des indications.

Le praticien trouvera d'utiles ressources dans les médications

dont l'histoire vient d'être résumée, s'il subordonne habilement son intervention aux variantes des symptômes, aux complications anatomiques, à l'état général du sujet; s'il n'oublie jamais qu'il ne traite pas la pneumonie, mais des pneumoniques.

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