‹ Du traitement de la syphilis par le bismuth: Quelques Observations et Résumé de l'État actuel de la QuestionChapitre 19 sur 31 · DÉTERMINÉES PAR LE BISMUTH SUR LA MUQUEUSE BUCCALE · texte numérisé non relu

DÉTERMINÉES PAR LE BISMUTH SUR LA MUQUEUSE BUCCALE

Comme dans toute autre affection, il y a un début et une période d’état caractérisés l’un et l’autre par des symptômes particuliers que nous allons passer en revue avec quelques détails.

Début: période de pigmentation. — Aw premier degré, l’on observe une pigmentation, bleu ardoisé, sur le bord libre des gencives (face externe et face interne), surtout au niveau des incisives inférieures, des dents cariées et des chicots, dessinant un liséré plus ou moins large, dénommé le liséré gingival. Ce liséré, presque constant au cours du traitement, traduit le degré d’imprégnation de l’organisme par le bismuth et se manifeste tantôt précocement, après la deuxième injection, tantôt plus ou moins tardivement, de la quatrième à la sixième injection, et d’une façon plus ou moins intense.

Dans l’observation I, nous avons remarqué un très léger liséré gingival persistant pendant toute la durée du trattement et quelque temps après.

Au deuxième degré, la pigmentation s’étend à la muqueuse génienne, à la langue, au palais, au voile du palais, sous forme d’un piqueté bleu foncé de dimensions d’une tête d’épingle; parfois on observe des taches comme une pièce de 2 franes (Milian). Ce piqueté apparaît rarement avant le liséré gingival, auquel il succède en général, traduisant une imprégnation plus accentuée de l’organisme par le bismuth.

Cette pigmentation, qui n’occasionne aucun trouble fonctionnel et doit être, par conséquent, recherchée, est

ES ANT Lt

un avertissement à ne pas négliger, et quoique des soins de la bouche permettent de continuer le traitement, avec le seul inconvénient de l’accentuation du liséré et du piqueté, il sera parfois prudent de suspendre le traitement si l’on veut éviter la stomatite.

Rarement la stomatite débute par l’ulcération, sauf quand il existe des lésions antérieures: gingivite, pyorrhée alvéolaire, ete...

Période d’état: période d’inflammation, d’ulcération. — Le premier degré de cette période se manifeste par de la gingivite. À ce stade l’on observe une inflammation des gencives, avec rougeur, tuméfaction et douleur à la mastication, phénomènes surtout accentués au niveau des altérations muqueuses et dentaires.

La localisation au repli gingivo-labial inférieur serait spéciale à la gingivite bismuthique.

L’on remarque sur la langue, d’après M. Wallon (thèse), un enduit saburral assez précoce et assez constant.

La réaction ganglionnaire est en rapport avec l’intensité de l’inflammation. | é

Comme troubles fonctionnels, l’on note l’agacement des dents, un goût spécial, la sensibilité des gencives pouvant aller jusqu’à la douleur à la mastication, ce qui n’empêche pas, cependant, le sujet de s’alimenter. La salivation et la fétidité de l’haleine sont peu marquées.

Par la suspension du traitement et des soins hygiéniques de la bouche: brossage et lavage des dents avec quelque antiseptique, ces lésions s’atténuent et disparaissent en une huitaine de jours. | |

Autrement, par la continuation des injections de bismuth, l’on risque fort de déterminer une aggravation se

. traduisant par le degré suivant: la stomatite ulcéreuse.

ED nes

Le deuxième degré se traduit par de la stomatite ulcéreuse: inflammation de la muqueuse avec ulcération.

À ce stade l’on observe deux formes: une forme localhisée, une forme généralisée, moyenne et grave.

Dans les formes localisée et généralisée moyenne, il y a, en plus des lésions précédentes, ulcération superficielle de la muqueuse, ptyalisme et fétidité de l’haleïne plus intense, sans arriver cependant à ce que l’on observe dans la stomatite mercurielle, quelques troubles généraux marqués par un peu de lassitude, une fièvre peu accentuée, parfois une légère albuminurie.

Ces formes guérissent assez rapidement par la suspension du traitement et des soins de la bouche, en dix à douze jours: constatation faite dans notre observation II, où des soins hygiéniques de la bouche avec suspension du traitement eurent vite raison de cette forme ulcéreuse localisée.

La forme généralisée grave, très rare, ressemble à la stomatite mercurielle. :

Comment le bismuth détermine-t-il la stomatite? En favorisant l'infection. D’une part, le bismuth lèserait la muqueuse aux points où il se dépose; d’autre part, il entraverait la phagocytose et augmenterait ainsi le développement microbien intra-buccal.

Au stade d’ulcération, l’association fuso-spirillaire prédomine; ce fait a donné l’idée à certains auteurs d’adjoindre l’arsenic au bismuth comme traitement prophylactique et curatif de la stomatite bismuthique.

Traitement de la stomatite. — Le meilleur traitement préventif de la stomatite serait la mise en état de la bouche du malade avant toute injection de bismuth: extirpa- | tion des chicots, plombage des dents malades, etc.; mais,

& À Tr 2e ER

dans l’obligation de commencer le traitement antisyphilitique immédiatement, il faut se contenter de précautions plus modestes: lavages de la bouche, brossage des dents, plusieurs fois par jour, avec de l’eau oxygénée à 1/10, une solution de chlorate de potasse à 40 p. 1.000, ou simplement du savon.

Il faut examiner les gencives chaque jour et, dès qu’apparaît le liséré, diminuer les doses et espacer les injections. ie

En cas de gingivite ou de stomatite ulcéreuse déclarée, la plupart des auteurs recommandent la pratique suivante: suspendre le traitement, puis ordonner des grands lavages de la bouche, plusieurs fois par jour, avec, soit de l’eau oxygénée à 1/5 ou 1/10, soit de l’eau de Labarraque à 20 p. 100.

On peut attoucher aussi les ulcérations avec une solution de bleu de méthylène à 1 p. 100, avec de la poudre de 914, de 606, de tartrobismuthate de K et Na.

L’association de l’arsenie au bismuth au cours du traitement de la syphilis préviendraïit la stomatite, d’après MM. Sézary et Pomaret, qui en ont fait les premiers essais avec succès.

Comme autres lésions de l’appareil digestif, aucun auteur n’a signalé de troubles gastro-intestinaux importants au cours du traitement de la syphilis par le bismuth.

Page 1