‹ Du traitement de la syphilis par le bismuth: Quelques Observations et Résumé de l'État actuel de la QuestionChapitre 8 sur 31 · B. — ACTION DU BISMUTH SUR LA SYPHILIS SECONDAIRE · texte numérisé non relu

B. — ACTION DU BISMUTH SUR LA SYPHILIS SECONDAIRE

Nous donnerons d’abord quelques observations résumées de traitement de la syphilis secondaire par le bismuth; nous en tirerons ensuite les conclusions convenables en les comparant à celles des autres auteurs.

OBsERvATION IL. — Cas de roséole de retour avec kératodermie palmaire et plantaire, rapidement guéri par le tartrobismuthate de K et Na insoluble en suspension huileuse.

G. P.., sexe masculin, âgé de 33 ans. En 1909, contracte une première syphilis au Tonkin: il présente un chancre trpique, une roséole, des plaques muqueuses. La réaction de Bordet-Wassermann est fortement positive.

Entre temps, le sujet présente des manifestations nerveuses et psychiques que nous nous bornons à signaler et qui sont purement fonctionnelles. Elles disparaissent à peu près complètement après un séjour de quelques mois à l’asile départemental de Font-d’Aurelle.

Au cours de son internement, le malade aperçoit un nouveau chancre sur sa verge (mars 1921). D’après les commémoratifs, le coït infectant remonterait à un mois et demi environ. IL est possible, mais non certain, que la lésion n’ait pas été remarquée dès son apparition.

Peu de temps après, une roséole, des plaques muqueuses et une réaction sérique fortement positive ne laissent aucun doute sur la réalité d’une réinfection syphilitique (avril 1921). Un traitement est institué, mais le novarsénobenzol est mal supporté.

Le malade entre à la clinique de dermatologie et de

RE a ES syphiligraphie le 29 avril 1922, un peu plus d’un an après le chancre.

La dernière série d’injections arsenicale intra-veineuses remonte à trois mois.

Depuis quinze jours est apparu un érythème fait de taches de dimensions variables. A l’examen on constate une roséole d’un type un peu particulier, étendue à tout le corps, mais surtout apparente sur la poitrine, le dos et la face antérieure des membres supérieurs. Elle est faite d'éléments de coloration rosée, disparaissant sous la pression du doigt et de grandeur variable; certains atteignent 2 à 3 centimètres de diamètre. Ils se groupent parfois, réalisant des figures grossièrement circulaires.

Leur bord est irrégulièrement arrondi. Un certain nombre présentent à leur centre une petite surface de peau saine: la tache est alors annulaire. Cette circination est très caractéristique.

Aucun des éléments n’est papuleux, ni squameux. L’éruption n’est pas prurigineuse.

On se trouve en présence d’une roséole de retour.

La paume des mains et la plante des pieds sont ie siège de taches rouges à bords nettement délimités et assez exactement circulaires. Elles ont approximativement 7 à 11 millimètres de diamètre. Elles sont plus rugueuses que la peau normale voisine, mais ne présentent pas de squames très apparentes. Il s’agit d’une kératodermie syphilitique secondaire suffisamment caractérisée.

Sur la langue existe une petite. ulcération arrondie, rouge, à fond plat, ayant environ 2? millimètres de diamètre. Aucun enduit opalin ou diphiéroïde ne la tapisse.

Des plaques muqueuses hypertrophiques couvrent le serotum sur une partie de sa surface.

On trouve des ganglions petits, durs et mobiles dans

l’ame, au niveau de la nuque et au-dessus de l’épitrochlée gauche.

La réaction de Bordet-Wassermann est fortement positive.

Le diagnostic de syphilis secondaire ne saurait être douteux.

Le 2 mai on commence une série d’injections intramusculaires de tartrobismuthate de K et Na insoluble, en suspension huileuse. On fait huit piqûres de 0 gr. 20 chacune, séparées l’une de l’autre par cinq jours d'intervalle.

La douleur a toujours été très supportable. Dès la deuxième injection, l’érythème disparaît complètement. Les plaques de kératodermie palmaire et plantaire pâlissent, demeurent squameuses et moins rugueuses. Les syphilides scrotales s’affaissent.

L'’ulcératien linguale se comble. Bien avant la fin de la série de piqûres, les lésions ont complètement rétrocédé.

La réaction de Bordet-Wassermann, faite le 23 juin 1923, est absolument négative (Hecht-Bauer et Wassermann type avec 2? antigènes). |

Le seul inconvénient qu'’ait paru présenter la médication consiste en un état d’affaissement et de semnolence légère survenu les premiers jours. Le sujet avait un peu de dépression physique et morale. (Il est peut-être utile de rappeler ses antécédents psychopatiques.)

Son teint paraissait faiblement plombé, mais nous n'avons constaté qu’un très léger liséré gingival.

Ogservarion II. — X.., sexe féminin, âge: 28 ans. Prostituée du dépôt. L'origine de sa sxphilis est incertaine. Il semble cependant qu’elle ne remonfe pas à plus d’une année, puisqu’en 1620 cette femme a été soignée à Marseille pour une roséole et des plaques muqueuses de sièges divers.

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Le B.-W. pratiqué à ce moment était fortement positif.

Malgré la disparition des accidents sous l’influence d’une série de sept piqûres de novarsénobenzol, la réaction sérique ne s’est pas modifiée. La malade est envoyée au dépôt de Montpellier le 14 avril 1922.

Malgré une série de piqûres d’arsénobenzol faite en juin 1922, représentant un total de 4 gr. 05, elle présente des végétations des petites lèvres et des plaques ulcéreuses du sillon interfessier.

Le B.-W. est fortement positif.

On excise, on cautérise les végétations et on institue un traitement mixte par le novarsénobenzol et l’huile grise.

Après la fin de la série, les ulcérations du silon interfessier ne se sont pas modifiées.

Le B.-W. reste fortement positif.

On fait alors sept piqûres intra-musculaires de tartrobismuthate de K et Na insoluble, séparées l’une de l’autre par un intervalle de cinq jours.

Les ulcérations se cicatrisent rapidement. Le lendemain de la quatrième piqûre, elles sont complètement fermées.

Le 23 juin on fait une nouvelle réaction de B.-W. Elle est toujours très fortement positive.

La médication a été plus difficilement supportée que dans l’observation précédente. La douleur de l’injection a toujours été vivement ressentie. Une courbature assez forte et de l’asthénie se sont manifestées. Enfin, les dernières injections ont été suivies d’une stomatite sérieuse (ulcération de la langue au niveau d’une dent cariée et ulcération gingivale D LE de la dent de sagesse). Ces lésions ont cependant guéri assez vite après la suppression du traitement, par de simples soins hygiéniques de la bouche.

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OBSERVATION IIT. — A. M... sexe masculin; Âge: 24 ans. Entre dans le service le 11 septembre 1922, avec une large uicération de la verge et une éruption cutanée.

Le début remonte à deux mois et fut marqué par un petit bouton sur la verge non douloureux et ne rétrocédant pas. Il ne fut alors institué aucun traitement particulier.

Actuellement l’ulcération qui siège sur la face externe du prépuce est large de 4 à 5 centimètres, avec fond rouge et bords non décollés.

La face inférieure de la verge porte deux autres petites ulcérations à peu près planes. L’induration manque de netteté. |

Sur la face antérieure du tronc et sur la paroi abdominale, l’on remarque des macuies rosées, séparées par des intervalles de peau saine.

D’autres éléments papuleux non acuminés, avec collerette squameuse, répondent à des syphilides acnéiformes. Rien de particulier à la bouche et à l’anus.

Contre ces accidents primo-secondaires il est institué, le 22 septembre, un traitement au tartrobismuthate de K et Na en injections intra-musculaires tous les trois jours, par série de dix injections. TOR

Le malade sort le 6 octobre 1922, après la cinquième injection. A ce moment, l’ulcération principale de la verge est considérablement diminuée: elle est réduite à 1 centiinètre, et les syphilides acnéiformes ont complètement disparu.

OBservaTION IV. -- C..T., sexe féminin; âge: 23 ans. Entrée dans le service le 3 octobre 1922. À ce moment, la malade présente une éruption généralisée datant d’un mois environ. Cette éruption a tous les caractères d’une roséole qui couvre particulièrement tout le thorax,

De plus, sur le cou et la région supérieure du dos, lon constate des papules roses, squameuses, disparaissant à la pression, dont quelques-unes ont une apparence légèrement lichénoïde.

Sur la grande lèvre gauche il existe une ulcération, en voie de cicatrisation, apparue un mois environ après des rapports suspects.

Il n’y a pas de plaques muqueuses.

Le 3 octobre 1922 est commencé le traitement au tartrobismuthate de K et Na, à raison de 2 ce. tous les trois jours par série de dix injecions intra-musculaires. = La malade sort le 10 octobre 1922, après trois injections. À ce moment l’on note une très grosse amélioration, marquée par la disparition de la roséole et des syphilides.

La malade continuant à se faire traiter après sa sortie est revue le 23 mars 1923. A cette époque il n’y a pas d’adénopathie épitrochléenne ; il existe seulement quelques ganglions cervicaux.

La bouche ne présente pas de lésions spécifiques, malgré son aspect vernissé.

La séro-réaction est faiblement positive.

OBSERVATION V. — C. M... sexe féminin; âge: 33 ans. Prostituée dont les antécédents pathologiques sont inconnus, ne voulant rien avouer.

Actuellement l’on constate des plaques muqueuses hypertrophiques à la face interne des grandes lèvres et sur les petites lèvres.

Le pharynx est rouge et l’on découvre une plaque muqueuse opaline sur l’amygdale gauche.

La malade est atteinte de laryngite et de coryza. Sur le côté droit du cou il existe des taches pigmentaires et des taches hypochromiques paraissant plutôt le fait de

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lésions cicatrisées que d’une véritable leucomélanodermie secondaire.

Quelques ganglions cervicaux sont perceptibles, mais l’on ne trouve ni ganglions inguinaux, ni ganglions susépitrochléens.

L’ultra-microscope révèle des tréponèmes sur les plaques muqueuses des grandes lèvres. La séro-réaction est fortement positive.

Le 14 avril 1923 est institué un traitement au tartrobismuthate de K et Na, les deux premières injections à 0 gr. 10, les autres à 0 gr. 20.

Les accidents disparaissent complètement à la dixième injection.

Le traitement est poursuivi avec six autres injections, ce qui fait un total de seize injections, c’est-à-dire 3 grammes de tartrobismuthate de K' et Na. | . Le traitement est interrompu le 29 avril pour accidents de stomatite: gingivite intense,

Les injections furent en général très douloureuses et suivies parfois de fièvre moyenne: température axillaire,

Le 22 mai 1923, la séro-réaction est moyennement positive avec sérum chauffé et sérum non chauffé.

Dans ces observations, suffisamment démonstratives des effets dx Lismuth sur certains accidents de la syphilis secondaire, nous remarquons que:

1° Les manifestations de cette période (roséole, plaques muqueuses, etce.), facilement influencées par tous les traïtements, disparaissent rapidement sous l'influence du traitement bismuthique.

Ainsi, dans l’observation I. la roséole de retour disparaît après la deuxième injection, c’est-à-dire vers le dixième jour après le début du traitement; dans l’obser-

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vation III, les syphilides acnéiformes ont complètement disparu après la cinquième injection, c’est-à-dire quinze jours après le début du traitement ; dans l’observation IV, la disparition de la roséole et des autres syphilides a lieu après la troisième injection, c’est-à-dire neuf jours après le début du traitement, ce qui nous donne une moyenne de huit à quinze jours pour la guérison des lésions secondaires, généralement bénignes.

Ces résultats sont assez analogues à ceux des auteurs qui ont obtenu la guérison des mêmes accidents, les uns dans une moyenne de onze jours, après trois à quatre injections (Emery et Morin), d’autres après deux et huit injections pour les syphilides muqueuses, six et dix injections pour les accidents cutanés (Fourcade, Jaloustre et Lemay), trois et quatre injections, c’est-à-dire du douzième ou treizième jour (M. (Clément Simon).

2° Les lésions généralement résistantes, à guérison tratnante, telles que: syphilides palmaires et plantaires, syphilides ulcéreuses, syphilides hypertrophiques, etc., quoique plus lentement que les précédentes, disparaissent assez facilement.

Dans l’observation I, la kératodermie palmaire et plantaire, les syphilides hypertrophiques scrotales s’atténuent déjà dès la deuxième injection pour disparaître enfin avant la huitième injection, c’est-à-dire vers le trentième jour après le début du traitement.

Dans l’observation V, les plaques muqueuses hypertrophiques sont disparues à la dixième injection.

Certains auteurs donnent une moyenne de quinze jours de traitement pour obtenir la guérison de ces formes résistantes de la syphilis, mais il nous paraît, d’après les observations précédentes et d’après MM. Clément-Simon, Fournier et Guénot, qu’il faille trois à quatre semaines pour les faire disparaître complètement.

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