‹ Du Traitement de la Syphilis par les injections simultanées et prolongées, intramusculaires d'Arsenic trivalent et de BismuthChapitre 8 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans la thérapeutique courante actuelle de l’infection tréponémique et en attendant que les chimistes découvrent, en liaison avec les physiologistes, les biologistes et les médecins d’autres métaux doués d’une action heureuse contre l’état de syphilisation expérimentale et humaine les praticiens doivent se contenter d’un trop court clavier médicamenteux, du trépied : mercure, arsenic et bismuth. |

Dans une première période extrêmement reculée d’ailleurs on ne connaissait que l’action heureuse du mercure. Mais très tôt on avait déjà pensé à l’association thérapeutique pour renforcer son action. Gibert avait administré le mercure en combinaison avec de l’iode. Cette heureuse association est encore adoptée actuellement et l’on connaît la faveur dont jouit même maintenant son sirop.

Avec la découverte des dérivés arsenicaux, notamment avec le 606 d’Ehrlich, de nombreux espoirs ont été caressés. Ce produit difficile à manier présentait une technique d'injection très délicate. Elle a été la

cause de nombreux accidents. Ravaut, constatant

l'échec de la fherapia sterelisans magna adjoignit par prudence au 606 dès le début du traitement le mercure que seul, grâce à son ancienneté, on pouvait manier avec prudence et avec sûreté.

Aiïnsi fut instituée la méthode du premier traitement mixte simultané ; les malades après avoir bénéficié d’un spirillicide puissant restaient sous l'influence d’une médication antitréponémique.

Mais on ne put jamais supprimer les arsénorésistances. Bien plus on s’aperçut que si le mercure complétait efficacement l’action arsenicale, l’arsenic de son côté, par une action curative sur certains accidents dus au mercure, atténuait l’action toxique de celui-ci.

Cependant on peut dire qu’il est possible d'obtenir par le traitement mixte arsenic-mercure des résultats que l’on n'aurait jamais eus avec l’un ou l’autre des médicaments pris isolément. Il convient de préciser que la plupart des auteurs faisaient alterner les deux métaux dans le temps plutôt que de les injecter simultanément. Les premiers résultats heureux furent accueillis avec satisfaction. L'espoir de la victoire thérapeutique s’accrut rapidement mais il fallut bien avouer par la suite que certains cas résistaient farouchement à ce nouvel assaut conjugué.

En effet en 1913, Gaucher et Lévy-Franckel écrivaient : «le 606 ne blanchit pas la syphilis »; mais dans

aucun des cas cités, les doses injectées ne dépassaient

lo

guère 3 gr. de 606. Elles étaient le plus souvent très inférieures à ce chiffre ; de plus ces doses étaient plus ou moins espacées et la cure était presque toujours unique.

Une grande partie des échecs venait soit de la nécessité d'interrompre le traitement entre les doses de 606 d’où rechute grave, soit du fait des accidents d’intolérance, soit encore du fait des arsénorésistances.

Pourquoi donc attendre d’avoir constaté que la syphilis ne cédait pas à la médication arsenicale seule et laisser l'infection progresser et s’organiser en foyers profonds encore plus difficiles à réduire : alors qu'il est si simple de faire bénéficier le malade dès le début de l'association médicamenteuse simultanée ?

Dès 1912, Ravaut s’inquiétait « des accidents nerveux beaucoup plus nombreux et plus graves qu’autrefois ». Avec l’apparition du novarsénobenzène et la prolongation des traitements les accidents nerveux sont plus rares, mais la fréquence des réactions méningées n’a pas diminué.

Pour Gennerich certains auteurs les trouveraient plus fréquentes chez des malades qui n’ont reçu que des traitements arsenicaux.

L'association médicamenteuse est donc devenue rapidement indiscutée. Encore il semble que les traitements simultanés soient supérieurs aux traitements

alternés. Nous n’en voulons donner comme exemple

rats,

que la comparaison suivante de Bernard de Bruxelles: En 1925, pour des malades traités par un traitement mixte As.-Hg. alterné cet auteur trouve 41% de liquides céphalo-rachidiens pathologiques à la fin de quelques séries de traitement et 9% seulement, pour les malades traités, avec l’association mixte As. Bi. simultanée dans les mêmes conditions.

Le problème devint bientôt différent avec l’apparition du 914 en 1912 puis celle du Bi. en 1920. Le «novar » bénéficia rapidement d’une faveur générale, plus maniable que le 606 son emploi fut très précocément généralisé. La nécessité de frapper vite et fort d'emblée par de fortes doses permettait de trouver dans le novar un médicament de choix.

Mais on vit de nombreux accidents: crises nitritoïdes, érythrodermies, neuro et viscéro-récidives, apoplexie séreuse, etc.

De plus le novar est éliminé en 48 heures pour les uns et en un à cinq jours selon la quantité injectée pour les autres. En raison des retards possibles de cette élimination variable selon les sujets, il est dangereux de rapprocher les injections à doses élevées.

Ainsi donc entre les injections de novar d'action très courte rien n’agit sur le tréponème pour empêcher le réveil de son activité.

Le bismuth avait depuis longtemps été étudié.

Balzer en 1889 avait expérimenté le citrate de Bi. mais

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les injections s'étaient montrées très douloureuses.

Après la communication de Sazerac et Levaditi sur l’action spirillicide des sels de Bi. en 1920, l'emploi de ce nouveau métal fut très prapidement généralisé. Dès 1921, Ravaut traitait ses malades par des inJections intraveineuses de 914 et des injections intramusculaires de Bi.

Plusieurs travaux importants, notamment ceux de Sézary et Pomaret furent consacrés à l’excellence de ce mariage thérapeutique. Wallon dans sa thèse de Paris, 1922, montra que le traitement arsenical associé à la cure bismuthique permet d’administrer le Bi. métal en plus grande quantité sans crainte d’accidents.

En 1926, Arque étudia sous la direction de Ravaut à l'Hôpital Saint-Louis les effets, comparatifs des traitements conjugués As.-Hg. et As.-Bi. et il conclut en écrivant que « le traitement conjugué arséno-mercuriel premier en date à paru agir moins rapidement sur les accidents cliniques de la syphilis et d’une façon moins profonde moins durable. Au point de vue sérologique le traitement associé arsenic-mercure s’est montré très nettement inférieur au traitement arsénobismuthique ».

Le même auteur préconise le bismuth aux dépens du mercure dans son action sur le système nerveux.

Nous voilà donc amené à admettre l'association arsenic-bismuth comme la meilleure. Presque la

totalité des auteurs est d’accord.

Or en quoi consiste la technique pratique du traitement ?

Grosso modo, deux injections de novar par semaine jusqu’à la dose de 0 gr. 60 puis au-dessus une injection de novar seulement par semaine. Pour le bismuth on fera dans la même séance une injection intramusculaire le jour de la piqûre de novar et à partir du moment des injections hebdomadaires on intercalera une injection de bismuth entre deux doses de novar. Ce traitement donne d'excellents résultats mais il force le malade à supporter deux piqüres dont une intraveineuse, dont la réussite est parfois délicate chez certains malades, notamment les femmes. De plus nous ne connaissons pas un médecin qui n'ait pas une légère inquiétude en poussant même lentement dans une veine une dose de 0 gr. 90 de novar.

Pour éviter ces inconvénients, il a été essayé l’association de stovarsol-bismuth (thèse de Cuperman, Paris 1927). Le stovarsol est administré par la bouche et le bismuth par voie intramusculaire. Mais le produit bismuthique est le principal agent thérapeutique et le stovarsol de l’avis même de l’auteur ne joue que le rôle d’adjuvant.

Très récemment également Stokes et Chambers ont essayé une combinaison d’arsphénamine et de bismuth soluble dans l’eau, injectable intramusculaire

mais constatèrent des réactions locales importantes.

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