DES
AFFECTIONS SCROPHULEUSES
VATL Z.ES PREPARATIONS DE NOYER.
ABCflivES mium m médecine (avril ïuï).
Le litre de ce travail médical annonce clairement son but; il est entièrement pratique. Je ne chercherai point à expliquer les effets salutaires du traitement sur les affections scrophuleuses, pas plus que je n'émettrai de théorie sur la nature de la scrophule ; assez d'hypothèses gratuites ont été créés sans avantages pour la science et pour l'humanité , j'entre donc immédiatement en matière.
Quand j'eus la pensée d'administrer les préparations de feuilles de noyer à l'intérieur, je croyais être le premier à tenler ce mode de traitement et cette persuasion n'a pas peu contribué à aiguillonner et soutenir mon zèle. L'ouvrage de Lepelletier, le dictionnaire et les journaux de médecine, étaient les sources ou j'avais cherché des
renseignements sur Temploi des feuilles de noyer comme médicament. Aucune pharmacopée, sauf celle de Lemery (1748) , ne fait mention du noyer.
Pris à l'intérieur, dit Lemery : « les feuilles et fleurs » de noyer sont astringentes , sudorifiques et propres à » résister à la malignité des humeurs, étant prises en » décoction. » Au mot noix, du dictionnaire de médecine en 21 volumes, le professeur Achille Richard se borne à dire : « Néanmoins, aujourd'hui on ne fait guère » usage de ce médicament, quoique son action soit assez » énergique. » J'ignorais entièrement que Jurine, de Genève, eût employé les feuilles de noyer contre les scrophules, fait qui résulte cependant d'une lettre du docteur Borson, de Chambéry, insérée dans la monographie de A.-C. Baudelocque; depuis ce temps, je n'ai rien trouvé qui indiquât l'usage du noyer en médecine.
Au reste, et quoiqu'il en soit, c'est sans guide que j'ai employé et suivi les effets des préparations de noyer sur l'économie ; les faits rapportés dans ce mémoire le prouveront assez.
J'avais toujours employé dans ma pratique les décoctions de feuilles de noyer, en lotions , sur les ulcères scrophuleux, les tumeurs blanches des articulations et dans leurs trajets fistuleux ; je suivais en cela l'exemple de mon premier maître J.-F. Mirault, praticien éminemment distingué , qui m'a servi de père. Les chirurgiens , ses contemporains, à Angers, employaient aussi ce topique avec avantage.
En 1834, notre vénérable doyen, M. Chevreul, père de l'illustre chimiste actuel, me délégua son service à l'Hospice-Général qui renferme les enfants abandonnés. J y trouvai beaucoup de ces petits malheureux atteints d'affections scrophuleuses. Quelques-uns, arrivés aux der-
niers degrés de la maladie, allaient succomber; d'aiilres, dont les maux avaient été palliés chaque année pendant la saison chaude, voyaient aussi, chaque année, reparaître la maladie qui devait les faire succomber. Tous ces enfants étaient uniquement traités par les amers qu'on dit antiscrophuleux, la décoction de houblon, de gentiane; la baryte, le fer, l'iode, étaient aussi administrés. Les plaies étaient pansées, tantôt avec des topiques émollients, tantôt avec des onguents iodés, etc. Les dortoirs des enfants étaient sains, aérés et bien éclairés; leur régime alimentaire, sutrisamment bon.
Je continuai d'abord les traitements établis , mais sans plus de succès, c'est-à-dire que les plaies de quelques enfants se cicatrisèrent vers le mois de mai, pour se rouvrir au mois de novembre, et que sur le nombre de vingt malades, à peine un ou deux arrivés à la puberté, échappaient aux conséquences funestes du mal.
Trois ans après, en 1837, avant de soumettre les petits malades de l'hospice aux préparations de feuilles de noyer, j'avais déjà fait usage de cette médication dans ma chentelle particulière et avec des résultats remarquables.
Je résolus dès-lors d'appliquer le traitement aux enfants de l'hospice , de soumettre tous ces malades de la scrophule, à la même médication, quelque fût la forme sous laquelle l'affection existât, quelque fût son degré de curabilité.
Les enfants scrophuleux étaient au nombre de dix-sept; neuf étaient atteints de gonflements osseux avec caries et fistules; sept portaient des ganglions strumeux ulcérés; un seul, moins gravement atteint, portait de nombreuses tumeurs ganglionnaires non ulcérées, autour du cou; il était affecté, en outre, d'une double ophthalmie chronique.
Tous ces malades prirent, chaque jour, deux ou trois
lasses, selon l'âge, d'une infusion de feuilles fraîches de noyer édulcorée avec le sirop simple , quelquefois avec du miel. Chaque enfant prit aussi , matin et soir, une pilule d'extrait de feuilles de noyer, du poids de vingt centigrammes, ou une cuillerée à bouche d'un sirop préparé avec ce même extrait. Toutes les plaies furent lavées avec une forte décoction des mêmes feuilles et recouvertes, soit de compresses ou de charpie imbibée de cette décoction, soit de cataplasmes de farine de lin délayée avec de l'eau de feuilles de noyer. Le régime alimentaire , composé d'un repas de viande par jour, resta le même ; les vêtements furent les mêmes aussi et les enfants couchèrent dans leurs dortoirs ordinaires.
Le traitement commença avec la belle saison, le 20 juin 1837.
Les premiers signes de l'action de ce traitement ne tardèrent pas à se manifester. Les Sœurs de l'hospice, chargées de son administration, remarquèrent, dix à quinze jours de là , que les petits malades étaient plus gais, plus tapageurs, leur appétit s'était considérablement augmenté. Ces effets furent à peu près généraux; aucun enfant ne se plaignit de mauvaises digestions, de coliques ou de chaleurs intérieures; aucun d'eux n'eut de selles plus fréquentes.
L'influence du traitement ne fut pas moins marquée sur les plaies. Les chairs prirent une fermeté et une coloration qui dénotait une vitalité plus active. Plus tard, enfin, je me convainquis que les cicatrices étaient sohdes et que le bien obtenu cette fois, était une véritable guérison.
Quelques paragraphes en forme de tableaux résumeront ce qu'il advint des dix-sept malades dont je viens de parler, et donneront l'explication de la persévérance que j'ai apportée dans cette nouvelle voie de traitement..
Noms des malades soumis au traitement le 20 juin i837.