PRÉFACE
L’opuscule que je livre ici au public était destiné à être lu devant l’Académie royale de médecine. Les discussions importantes qui ont rempli ses séances depuis le commencement de l’épidémie, m’ont ernpéché de profiter de l’autorisation que Monsieur le Président m’avait donnée avec tant de bienveillance.
Peut-être les faits et les résultats positifs qu’il présente, donneront-ils aux personnes qui ne connaissent que superficiellement^ ou seulement de nom , la méthode homœopatlüque , le désir de l’étudier plus à fond; peut-être encore les indications qu’il renferme, seront-elles d’un utile secours aux médecins qui la pratiquent déjà.
Dans tous les cas, j aurai rempli un des premiers devoirs de 1 homme ; faire connaître et propag’er
ce qu’il croit être la vérité : heureux s’il en résulte quelque soulagement aux maux de l’humanité !
Je le publie donc en regrettant que l’état de ma santé ne m’ait pas permis de le faire paraître plus tôt.
DU
TRAITEMENT HOMCEOPATHIQUE (i)
Le Choléra-Morbus , après avoir ravagé le nord et l’est de l’Europe, vient de pénétrer en Angleterre et en France. Il a été et est encore l’objet des investigrations des médecins : néanmoins on est forcé de reconnaître que le traitement de cette maladie est loin de répondre encore aux besoins de l’humanité et aux vœux des hommes de l’art.
L’étude de ses causes , de son essence, et sur-tout de la manière dont elle se propage , n’est pas plus avancée. Loin de moi la prétention d’aborder ces grandes et mystérieuses questions. Quant àsatraris-
(i) HahnemaDD divise la pratique delà rne'decine en trois méthodes : antipathique, homœopalhique, allopathique.
La méthode antipathique (evavrtov Traôoç), est celle qui se sert des médicaments qui produisent des effets opposés aux symptômes de la maladie.
La me'thode homœopathique {opoXo-j TraOoç) , est celle qui se sert des remèdes qui excitent des effets semblables aux symptômes de la maladie.
3° La méthode allopathique (odUov -nuOoi) , est celle qui emploie des médicaments qui produisent des effets étrangers aux symptômes de la maladie, c’est-à-dire, ni semblables ni opposés.
En Allemagne , on distingue les médecins , en ALLOPATHES ou TIOMOEOPATHES , selon qu’ils traitent d’apres la méthode ordinaire » ou celle de Ilahnemann.
niissibilité, mes opinions ont varié. Avant mon arrivée en Allemagne , je les avais puisées dans les ouvrages des médecins anglais qui ont observé cette maladie dans l’Inde ^ alors j’étais non contagioniste. Les faits dont j’ai été le témoin ont modifié ma manière de voir à cesujet. 3’ai reconnu que la maladie se propage souvent par contagion, mais sous l’influence de conditions presque toujours inconnues ^ et qu’elle n’est pas le seul moyen de transmission (i).
Je n’ai qu’une seule certitude, c’est celle de la supériorité d’un traitement sur tous ceux indiqués jusqu’à ce jour. Oserai-je ajouter que les efforts les plus malheureux^ sont précisément ceux de ces hommes auxquels leur génie a mérité la plus grande réputation et la plus haute influence : cela tient sans doute à des idées, à une théorie préconçue sur les causes et le siège du choléra asiatique. Chacun emploie trop souvent une médication unique dans des circonstances qui ont peu d’analogie , n’attachant une assez grande importance ni à l’idiopathie des individus, ni aux groupes des symptômes, bien differents entre eux, quoique caractérisant une même maladie. C’est là peut-être une des causes qui fout le plus de victimes.
Qu’il soit permis à un médecin etranger de
(i) V. Appendice, page 49.
parler des bienfaits de la doctrine de Hahnemann, encore trop peu connue.
A l’époque où l’épidémie se montre avec le plus de violence , la plupart des individus qui en sont atteints succombent , et la diminution d’intensité du mal amène seule une proportion plus grande dans le nombre des guérisons. Les moyens thérapeutiques , employés dans ce dernier période , acquièrent une grande réputation d’efficacité ; et cependant, lorsqu’on en fait usage dans les localités où la maladie éclate, ils sont loin de répondre aux espérances du praticien. C’est ainsi que les observations de ceux qui nous ont devancés dans le traitement du choléra , nous servent peu quand nous approchons du lit des malades.
En faut-il une preuve? que l’on compare les tables publiées sur la mortalité : toutes nous montrent que le fléau, parvenu à son terme, avait moissonné la moitié des malades.
Un tel résultat ne doit-il pas porter le médecin consciencieux à chercher s’il n^existerait pas d’autres moyens que ceux fournis par la médecine ordinaire, pour combattre un mal si meurtrier. Or, je n’hésite pas à croire à leur existence et qu’ils se trouvent dans la méthode fondée parle célèbre Hahnemann , et pratiquée en Allemagne sous le nom d’homœopathie. Je puise celle conviction dans les succès ainsi obtenus , bien plus heureux que ceux que l’on peut attribuer à tout
autre système, ainsi que j’essaierai Je le démou trer bientôt.
Une expérience de plusieurs années m’avait convaincu de l’efficacité des doses infinitésimales administrées selon la loi de similia similibus , c’està-dire, des médicaments choisis d’après l’analogie de leurs effets avec les symptômes qui caractérisent les diverses maladies : cependant je n’avais d’abord pas osé espérer que les doses minimes pourraient maîtriser un mal si brusque dans son attaque , si rapide dans son cours , si fatal dans sa teminaison. L’expérience a éclairci mes doutes.
Dans une science hérissée d’hypothèses, il faut respecter les succès, même d^un moyen dont l’action est inconnue, attendre et voir, car les faits dominent les raisonnements. Quand le résultat absout les moyens^ qu’importe le modus operandi ; la .guérison ne suffit-elle pas au malade? N’est-elle pas une réponse péremptoire aux subtilités scolastiques? Ne devons-nous pas lui sacrifier des idées, des préjugés qui souvent n’ont que le droit ^ de préséance? Le véritable but de la médecine est de guérir.
Ainsi que la plupart des maladies , le choléra a un caractère d’individualité 1res marqué. Peu d’affections se manifestent sous des formes aussi variées et demandent plus de moyens différent pour les combattre.
Espérer le guérir par un traitement unique y
invariable^ sans se mettre en peine de le modifier d’après les nombreuses anomalies qu’il présente, c’est se préparer de cruels désappointements.
L’invasion du choléra^ à Paris, a rendu les hommes de l’art familiers avec ses symptômes et leur succession. Les quatre périodes ont élé si bien décrites dans les ouvrages publiés jusqu’à ce jour^ que je crois inutile de les retracer ici. L’opinion est une sur la différence des prodromes de celte affection et de son état confirmé ; il est impossible de confondre la période de collapsus ou d’asphixie avec celle de réaction , alors que les signes propres du choléra sont remplacés par des affections nouvelles et également meurtrières.
Ces périodes se succèdent , parfois , d’une manière bien tranchée , mais plus souvent encore le mal précipite son cours avec une effrayante rapidité , et la mort survient presque instantanément , sans avoir permis au médecin de reconnaître les diverses phases de la maladie. Les malades traités homœopathiquement passent rarement de la première période à la seconde et presque toujours ils échappent à la troisième. La quatrième, celle de réaction ou des maladies inflammatoires ou des fièvres nerveuses , n’apparaît aussi que fort rarement.
L’observateur attentif reconnaîtra que le choléra peut offrir six variétés distinctes , qu’il
est important irapprécier pour bien comprendre, selon moi , l’application des moyens homœopathiques.
r® Variété. Choiera acuta. Sa marche est rapide ; on peut le diviser levior et gravior , selon la plus ou moins grande violence des symptômes, et la rapidité avec laquelle ils se succèdent.
Pesanteur de toute la tête, étourdissements; oppression à la poitrine; engourdissement des muscles , des extrémités; bruits, mouvements dans les intestins ; chaleur du corps; pouls accéléré, puis alFaibli; vertiges, nausées, efforts pour vomir , vomissements; diarrhée, la matière évacuée est d’abord bilieuse, puis aqueuse; suppression d’urine; langue refroidie ; voix altérée; figure jaunâtre; cercle livide autour des yeux; prostration; spasmes , d’abord dans les pieds et les mains , puis ils gagnent les extrémités supérieures et inférieures qui deviennent bleu foncé et froides comme le marbre; les yeux sont ternes, renfoncés dans l’orbite, le cercle qui les entoure grandit et devient plus plombé ; les battements du cœur et des grosses artères à peine sensibles; les évacuations sont séro-muqueuses , et comme parsemées de flocons de savon ; collapsus général; les vomissements, la diarrhée, les crampes , les spasmes disparaissent ; la langue est froide; le corps couvert d’une sueur glaciale ; la peau prend
une
teinle violacée; le pouls, le cœur ne se serilent plus ; coma; respiration laborieuse; lace hippocratique ; la mort.
Il" Variété. Choiera djsenlerica. C’est la
forme la plus fréquente.
Au début , diarrhée simple , ordinairement précédée de mal de tête; sensations de douleur et de raideur dans les muscles du col et des bras; lassitude dans les jambes ; borborygmes ; langue humide, peu chargée, quelquefois pâteuse; les évacuations , d’abord composées de matières fécales , deviennent bientôt jaunâtres, verdâtres, quelquefois rouges , aqueuses ; plus tard , elles ont l’aspect d’eau d’orge ou de petit-lait parsemé de flocons de savon ; chaque selle est précédée de grands bruits et de mouvements dans les intestins ; cercle livide autour des yeux ; adynamie ; nausées; quelquefois dans l’état avancé, vomissements et spasmes; diminution de sécrétion de l’appareil urinaire. Cette forme de choléra est facile à traiter , si la maladie est prise à temps et si le médecin sait la reconnaître ; mais trop souvent le malade fait peu d’attention à son état ; le médecin croit avoir affaire à une diarrhée ordinaire , et n’administre pas les remèdes convenables. Alors le mal passe promptement du premier degré au second et au troisième ; les forces
iG
du sujet sont si épuisées qu’il n’y a presque point de réaction à espérer. La guérison devient difficile, la mort arrive très fréquemment et en peu d’heures.
III<? VARIÉTÉ. Choiera vomitoria. Ce qui caractérise cette forme est un vomissement continuel j il est accompagné de plusieurs des symptômes déjà décrits. Point de diarrhée, ou simplement au début une ou deux évacuations qui n’aitirent pas l’attention du malade, la sécrétion de l’urine a diminué. Cette variété est moins fréquente et n’est pas la plus dangereuse.
IV® Variété. Choiera spasmodica. Le vomissement et la diarrhée sont en général peu fréquents. Les principaux symptômes sont les contractions et les crampes dans les doigts des pieds et des mains ; puis des mouvements convulsils dans les muscles des avant-bras et des jambes ; bientôt les spasmes gagnent les extrémités supérieures , lés muscles de la poitrine et du col, au point de ressembler au trismus et au tétanos.
V® Variété. Choiera asphixia vel sicca. La promptitude de l’attaque , la prostration subite des forces des malades, rendent cette forme la plus dangereuse de tontes : presque toujours absence de vomissements et de diarrhée, et par-
fois des crampes; suppression totale d’urine; langue quelquefois bleue et même noirâlre; les joues et tout le corps ont le froid du marbre; anéantissement total de vitalité; le cœur a cessé de battre , les yeux sont contournés ou fixés vers le ciel ; une sueur glaciale visqueuse couvre tout le corps; la face et les extrémités sont d’un bleu violacé ; plus près du tronc , qui est lui-même d’une couleur terreuse, elles sont marbrées de taches d’un bleu livide; la voix, presque éteinte, a un timbre particulier , qui lui a mérité l’épithète de cholérique (^vox cholerica). Souvent le malade a conservé l’usage de ses facultés et de son intelligence; souvent aussi il est dans le coma qui précède la mort ; elle le frappe quelquefois aussi rapidement que dans l’apoplexie , et , à moins de la plus grande promptitude dans l’emploi des remèdes, elle a lieu en quatre ou six heures.
YI“ Yaiuété. Choiera injlammatoria. Elle est moins fréquente que les autres , mais assez cependant pour attirer l’attention du médecin. Le caractère général des variétés que je viens de décrire est l’abattement et une diminution notable dans les forces. Celle-ci, au contraire , présente une surexcitation de vitalité : pouls accéléré et plein ; grande chaleur de tout le corps; yeux injectés de rouge; mal de tête, vertiges,
clüurdissemeiils ; langue sèche, cliautle ; nausées , vornissemenls continuels ; moins de diarrhée ; les matières rendues par l’estomac et le rectum sont blanches, et présentent des llocons de mucosité ; spasmes violents , locaux et généraux ; le sujet meurt de congestion dansquelque organe, ou passe subitement dans la troisième période et succombe.
Ces diverses nuances sont quelquefois bien tranchées; cependant, pour les reconnaître, il faut que le médecin ait pu observer les malades dès l’invasion du mal; car, pendant son cours, ces différentes formes se confondent avec facilité , et finissent toutes par prendre les caractères de la troisième période. Trop souvent les médecins , sur-tout ceux attachés aux hôpitaux , ne peuvent voir et arrêter le premier degré de la maladie, et trouvent les malades déjà arrivés à cet état où tous les symptômes caractéristiques se sont confondus , et ne laissent plus attendre que la mort.
Pendant monséjour en Allemagne, à l’époque de l’épidémie, j’ai souvent vu des personnes attaquées du choléra depuis plusieurs heures, ou depuis quelques minutes, ou même frappées sous mes jeux, et c’est plutôt dans ces circonstances que dans les hôpitaux, que j’ai pu observer et vérifier les différentes nuances de choléra que je viens d’exposer.
Le traitement homœopathique proprement dit , tel qu’il a été indiqué par le célèbre Hahnemann ,
doit être précédé de l’administration d’un moyen de la plus haute importance, signalé par cet homme de génie, et dont les heureux elFets ont justifié l’emploi. C’est l’alcool camphré ( esprit de camphre) donné à petites doses souvent répétées (i). Sous quelque forme que se présente le choléra, ce médicament peut être employé avec certitude de succès dans la première heure , avec probabilité dans les heures suivantes; il a même réussi, en Hongrie , dans la dernière extrémité. Il est surtout efficace toutes les fois qu’il y a raideur des muscles. Les proportions dont je me suis servi sont, 5 j de camphre dissous dans 5vj d’esprit-de-vin , deux gouttes de cinq en cinq minutes, dans une cuillerée d’eau sucrée froide (2) ; si le mal est pris à temps, dix ou douze doses sont ordinairement suffisantes pour en arrêter les progrès. J’ai souvent remarqué une amélioration sensible dès la troisième ; elles déterminent une sueur ^ d’abord locale , ensuite générale. Les vomissements et la diarrhée diminuent, les pulsations
fi) \oy. appendice page 5a.
(a) Les proportions de camphre indiquées par Hahnemann , sont : une partie de camphre dans douze d’alcool. Voici comment j’ai e'te' conduit à en employer d’autres : Au moment où je fus frappé du choléra: je n’avais à ma portée que l’esprit de camphre concentré (i p. dans 6) , jugeant que les moments étaient précieux , je m’adnainistrai ce médicament; le Yésultat fut assez heureux pour m’encourager à le continuer aux malades que j’ai eu à traiter.
tlu cœur cl tlu pouls cleviennenl nalurelles, la chaleur revient, l’expression d’angoisse disparaît, les crampes sont moins fréquentes et moins violentes. A mesure que les symptômes cèdent, on donne les doses à des intervalles plus éloignés; on arrive à ne les administrer que toutes les deux heures , puis deux et même une fois par jour. Comme le médecin arrive rarement au début de la maladie, on ne saurait trop recommander à chacun de se pourvoir d’un flacon d’esprit de camphre ; tout le monde, le malade lui-méine peut se l’administrer (i); et s’il est donné dès le principe, je ne crains pas d’aflirmer que, dans la grande majorité des cas, le médecin , s’il est encore nécessaire , aura peu de chose à faire pour compléter la guérison. Il pourrait arriver que l’estomac ne gardât point le médicament : on fait alors précéder et suivre la dose par un petit morceau de glace de la grosseur d’une noisette ; si elle était rejetée , il faudrait réitérer de suite, sans attendre que les cinq minutes fussent écoulées : on donne pour boisson l’eau glacée, en petite quantité y souvent répétée y et de temps en temps un petit morceau de glace dans la bouche.
Le médecin liomœopallie ne doit pas être responsable de 1 adininislration du camphre à des doses tpi’il n’avoue pas , telles, par exemple , qu’on les donne dans la médecine allopalhique.
Lorsque la maladie a lail de tels progrès, que le médecin ne peut plus espérer de retirer aucun bon effet de l’alcool camphré, on doit alors recourir aux autres remèdes selon les doses de la doctrine de Hahnemann.
Les médicaments liomœopalhiques dont 1 emploi doit exclure désormais celui du camphre qui en neutraliserait les effets (i), sont : le V^eratriim album , Cupriim metallicum , Ciiprum acelicum, Arsenicum album , Acidum phosphoricum j Phospliorus , Ipecaciianha , Chamomilla vidgaris, Nux 'vomica J Cicuta virosa, Carbo vegetabilis , Acidum hydrocjanicum , Prunus lauro-cerasus , Mercurius solubilis. '
Les médicaments employés dans les maladies qui sont la suite du choléra ou qu’on a désignées comme sa quatrième période, sont : Aconitum na~ pellus, Belladonna, Bryonia alba, Rhus loxicodendron , Nux 'Vomica , Spiritus vint sulphuralus , Cantharides , Acidum phosphoricum , Cinchona (2).
Choiera acuta. Si, àr arrivée du médecin , le malade présente les symptômes qui caractérisent
(1) J’ai failli perdre plus d’un malade par l’oubli de celte règle imporlanle.
(2) Les formules de ces mc'dicamenls sont indiqudes dans le Dispeksatori üM Homœopathicum. Lipsiaî sumplibus Baunigaertneri Mncccxxix, cl se trouvent à la suite de V Organon de Varl de gitc'rir, de Ilalinciuinann traduit par A. J,-L. Jourdan , D. M. Paris , iSJa
la i)remière variélc du choiera acula, il faiitavoir recours au V erairum album, 12' aiténuation, 1, 2 ou 3 globules, selon la gravité du cas; on les met dans un peu de sucre de lait et on les place sur la langue du malade ; on les fait suivre d’un peu d’eau glacée. Si, après une demi-heure, une heure ou une heure et demie au plus, le mieux n’est pas sensible, il faut répéter la dose de la même manière et après le même espa ce de temps ; une troisième fois encore si la maladie est stationnaire.
A-t-on à traiter un sujet fort et vigoureux, on administre ces troisdoses à la 12' atténuation ; dans le cas contraire, on se borne pour la seconde et la troisième dose à la 3o® atténuation ; mais , dès qu’après l’administration d’une dose, on aperçoit la moindre amélioration et aussi long-temps qu’elle est progressive , il faut s’arrêter; c’est une règle générale dans tout traitement homœopatbique , car il ne faut jamais entraver la nature dans sa marche vers la guérison. Lorsque l’amélioration est interrompue, on doit avoir recours de nouveau au même médicament qui l’a produite , ou à un autre, selon la modification apportée dans l’état du malade par son emploi.
Quand, dans celte forme ou celles qui suivent, aux symptômes de vomissement, diarrhée, crampes et enfin tous ceux qui caractérisent chacune
d’elles^ il se joint une sensation de brûlure vive à l’épigastre, dans les intestins;, au gosier, constriclion douloureuse de la poitrine , soif ardente, grande prostration^ quelquefois des évacuations brûlantes, accompagnées de 'violentes coliques, épuisement extraordinaire des forces, peur insupportable de la mort, continuelle agitation dans le lit, il faut donner YArsenicum album , 3o® atténuation , et le répéter s’il est nécessaire, selon le mode décrit. On peut donner la Cicula virosa 3o® atténuation, lorsqu’il y a crampes violentes des muscles de la poitrine, des vomissements continuels, peu de diarrhée et les jeux tournés vers le ciel.
Choiera djsenterica. Si le camphre n’a pas déjà rempli le but qu’on veut atteindre, il y a deux remèdes qui ne manquent presque jamais d’arrêter* le cours de la maladie; ce sont le Phosphorus , 3o® atténuation, deux globules, et Y Acidiim phosphoricum , 3' atténuation , deux globules : ce dernier a été recommandé par le docteur Weith : je les ai employés tous les deux avec un égal succès. Une dose ordinairement suffit pour arrêter la diarrhée et les autres symptômes. J’ai rarement eu besoin de récidiver , et quand je l’ai fait , ce n’a été qu’au bout de vingt-quatre heures. Cependant Y Acidwn phosphoricum est plus indiqué quand il y a empâtement de la langue par une
inallèrc gluante à laquelle le doigt s’atlaclie. Quelques médecins liomœopaihes ont recommandé l’emploi du Mercurius soluMUs et la Chamomilla vulgaris. Je ne me suis servi que de la dernière, et avec un succès passager. Dans les cas où les coliques sont opiniâtres , il faut avoir recours aux lavements d’eau glacée.
Choiera 7)oiiiitoria. Le remètle est Vlpécacuanlia , S® atténuation, deux globules; on peut le répéter de la même manière que le Veratrwn, et aux mêmes intervalles. Si , par l’elFet de V Ipe~ cacuanha , les vomissements cessent, mais que les autres symptômes subsistent, et qu’il y ait un grand poids à l’estomac, douleurs des intestins et de la tête, alors on a recours à la Nux vomica, 00* atténuation, deux globules; si le mal persiste encore, ou même empire^ on administre \e Veratrwn ou d’autres médicaments, selon les indications.
Quelques médecins bomœopathes se sont servis delà ÇhamoTnilla, 12e atténuation , deux globules, pour le traitement de cette variété^ et de la seconde chez les personnes adultes, dont la maladie paraissait devoir son développement à des peines morales; on y a eu recours aussi pour les enfants.
Choiera sp a 87110 die a. Spasmes violents, contractions caractéristiques des doigts des pieds et des
mains, douleur au creux de l’esloinac ; celte région esl le siège d’une pesanteur douloureuse que le toucher augmente; vomissement toujours précédé de conslriction à la poitrine. On donne le Cuprum melallicunij So^ atténuation , deux globules; et il faut le répéter plusieurs fois , s’il est nécessaire , si l’effet salutaire ne se manifeste pas après une demi-heure ou une heure. Quelques médecins ont donné avec succès le Çuprum aceticum, 3o® atténuation, deux globules. Dans les cas où le tétanos et le trismus se déclarent, on doit revenir à l’esprit de camphre; et si. l’on ne peut ouvrir la bouche du malade, il faut lui en frotter les gencives; s’il ne produisait pas tojut le bien que, d’après nombre d’épreuves, on a droit d’en attendre, il faudrait ajouter le Veratrum, 3o* atténuation, une goutte en teinture, à plusieurs reprises, ou d’autres médicaments, selon les différentes indications.
Choiera asphyxia ou sicca. Le premier remède^ comme toujours, est le camphre : on le donne particulièrement ici pour réveiller le système nerveux; s’il est nécessaire, il faut le faire suivre parle Veratrum album, en répétant ce dernier comme il a été indiqué. Si le malade est dans l’étal d asphyxie complète, si les crampes, les vomissements ont lout-à-fail cessé , donnez le Carho vegetabilis , 3o® atténuation, deux globules, ou
acide liydrocianique , 3“ allciiualion , deux globules, ou l’un après Taulre, laissant entre eux une heure ou deux d’intervalle , si le premier donné n avait pas rempli votre attente. On reconnaît leur effet aux pulsations qui deviennent sensibles, et quelquefois au retour des souffrances, crampes^ vomissements, diarrhée, symptômes que l’on traite alors par le Veratrum ou le Cu~ prum y ou un autre médicament, selon l’indication , et toujours de la manière usitée.
Choiera injlammaioria. Dans cette variété , la surexcitation de l’organisme ne permet d’employer le camphre qu’au début et encore avec circonspection. Le V^eratrurrij VIpecacuanha , le Cuprum y sont indiqués; et aussitôt que les vomissements ont cédé, il faut avoir recours à V Aconitum , et le répéter deux ou trois fois , si l’état phlogistique n’est pas calmé. On s’occupe ensuite de l’organe, qui est le siège d’une congestion ou d’un travail inflammatoire.
Quelques médecins ont employé le Lauro-cerasus dans les diverses variétés, quand les symptômes suivants prédominaient : Pouls petit et lent, étourdissement, surdité, convulsions des muscles de la face, sensation de tiraillement des cheveux.
Le Bismuihum , vu l’analogie de ses effets avec quelques symptômes du choléra , pourrait peut-
être devenir utile dans les cas ou le CiipnimeiX^ Keratrum n’auraient pas suffi.
Les moyens externes paraissent peu utiles aux médecins hoinœopalhes. Je ne les ai tentés que dans deux cas : dans l’un je me suis servi de frictions de glace , suivies de frictions sèches avec la flanelle ; dans l’autre, j’ai fait frotter avec l’alcool camphré, et je ne crois pas en avoir retiré de bons effets. Je suis plus porté à penser que ces moyens nuisent (i). Cependant, comme il est difficile d’obtenir des malades ou des parents, qu’ils attendent l’action du remède, j’ai permis des frictions sèches de flanelle ou d’eau-de-vie, dans le but de les occuper, et les empêcher ainsi d’être tentés, par la violence des symptômes , d’avoir recours à d’autres moyens qui pourraient nuire au traitement hoinœopathique. On n’emploie ni la saignée, ni les boissons chaudes, ni l’application de chaleur externe , ni les vésicatoires^ ni les sinapismes. Le malade doit être modérément couvert et couché entre des couvertures de laine. On lui administre , pour
(i) L’usage exte'rieur n’est permis que concurremment avec l’esprit de camptre administre' à l’inte'rieur , et je répété que les frictions m ont toujours paru etre plus nuisibles qu’utiles. Halinemann luimême , dans une conversation que j’eus avec lui, m’a dit qu’il ne croyait plus à la ne'cessité de ces moyens externes ; qu’autrcfois il en avait conseille' l’usage , ainsi que des lavements camphre's ; mais que de nouveaux faits . observés par des hommes dignes de la plus grande confiance , .avaient modifié son opinion à cet égard.
calmer la soil , l’eau glacée el de lenips en temps des morceaux de glace. S’il y a des coliques et des crampes dans les intestins, les lavements d’eau glacée procurent le plus grand soulagement. On peut cependant permettre l’application des briques chaudes aux pieds; et en cas de fortes douleurs à la vessie, le docteur Weith recommande de recouvrir cette partie avec des linges trempés dans l’esprit de camphre ; mais l’emploi de Canlharides , ainsi que je le dis page 29^ est , selon moi, un moyen plus efficace.
On est averti des bons effets du traitement homœopathique par les signes suivants : le pouls s’élève , la température de la peau s’approche de l^élat normal, une sueur chaude paraît. Si , après la période d’action des médicaments, la soif, la diarrhée, les vomissements disparaissent, que la flexibilité des membres remplace leur état de raideur, on peut se livrer à des espérances fondées, qui se réalisent à l’apparition des urines. Elles sont quelquefois noirâtres au commencement , plus tard , elles deviennent claires ; mais le meilleur signe est le dépôt d’un sédiment blanchâtre.
Quand les malades sont vieux et usés, les cas graves et opiniâtres, on peut administrer trois, cinq, et jusqu^à dix globules, ou même une goutte, de l’atténuation de chaque remède, et répéter la dose plusieurs fois, sans attendre que
l’efTel en soit bien marqué. Si l’on est menacé d’une rechute , il faut la prévenir par une autre dose ; enfin , ne s’arrêter qu’au moment où l’amélioration est sensible et progressive. Il n’est pas de maladie où l’on puisse dire avec plus de raison que dans celle-ci ; prlncipiis ohsta. Le succès dépend de la promptitude des secours. Cependant tous nos moyens echouent quelquefois devant une prédisposition qui, probablement, a pour cause des désordres organiques ; et quoique le praticien, grâce au chemin que lui a ouvert l’immortel fondateur de l’homœopathie ^ trouve le choléra une des maladies les plus faciles à guérir dans son principe , il sera obligé de convenir qu’il n’en est plus ainsi quand elle est arrivée à son plus haut degré d’intensité.
Si un médecin homœopathe est appelé auprès d’un malade déjà traité allopathiquement , ou si un praticien désire tenter comme dernière ressource la méthode homœopathique sur un cholérique désespéré , il faut commencer par cinq ou six gouttes d’esprit de camphre , et réitérer plusieurs fois cette dose pour ranimer le système abattu par la maladie, et neutraliser les remèdes donnés antérieurement ; puis ensuite on emploie les autres substances, le Veratrum^ le Cu- Driim , etc.^ ainsi qu’il a, été indiqué.
J ai déjà dit qu’il était rare qu’après un traite-
ment homœopalhiqiie , le malade entrât dans la quatrième période, c’est-à-dire éprouvât les maladies qui sont les suites du choléra. Cependant , comme cela arrive quelquefois , je vais indiquer les moyens de guérison.
Comme nous l’avons remarqué , le caractère de cette quatrième période est l’inflammation ou la congestion au cerveau , à l’estomac, aux intestins , plus rarement aux poumons , quelquefois à la vessie. Parfois la fièvre typhoïde se manifeste. Dans tous les cas où l’inflammation générale est très développée, on a d’abord recours à V A conitum napellus , 24® atténuation , deux globules. On renouvelle la dose deux ou trois>fois à des intervalles d’une demi-heure ou d’une heure ; on la fait suivre par les médicaments désignés ci-dessous, selon les indications et les organes attaqués.
Si la congestion existe au cerveau , le premier remède à donner est la Belladonna.
Si les symptômes se manifestent aux poumons^ à V A coniium on lait succéder la Brjonia ; si au bout de quelques heures, la gène ou la douleur des poumons ne diminue pas, on a recours au Rhiis toxicodendron , sur-tout si l’on observe des symptômes de fièvre nerveuse.
Si c’est l’estomac ou les intestins qui soulFrent, après V A coniium on donne la Nux vomica y et quelquefois la Brjonia.
Si c’est la vessie , Cantharides y 5o® atténuation, deux globules. Aux sjmptônies propres de la cystite se joignent souvent : borborjgmes, selles précédées de ténesmes , et quelquefois sanguinolentes, ardeur d’intestins, et par saccade une sensation de brûlure profonde à l’hypogastre.
Quand une fièvre nerveuse se développe , on emploie VAcidum pliosplioricum , le Rhus toxicodendron , la Brjonia.
Pour la faiblesse qui reste après le choléra ou après les suites du choléra, quand il n’y a aucun symptôme déterminé , le Cincliona.
Si le choléra ou ses suites guérissent , et qu’il reste néanmoins encore des symptômes , pour ainsi dire une queue de la maladie , on emploie le Spiritus vint sulphuratus.
Je n’ai indiqué qu’un médicament pour chaque cas principal qui se manifeste dans la quatrième période; c’est celui qui ordinairement doit suivre l’emploi de VAconitum. Cependant, après celuici chacun des médicaments indiqués peut être encore employé comme auxiliaire, selon les symptômes que manifestent les individus; il est rare qu’on soit obligé d’y avoir recours : cela ne m’est encore arrivé qu’une seule fois.
Le malade rétabli doit observer une diète sévère pendant au moins huit jours , et s’abstenir de
tout ce qui peut exciter ou embarrasser les organes digestifs.
La mélliodo liomœopathique emploie aussi des moyens prophylactiques. Le Veralmm album et le Cuprum melallicum , que l’on administre alternativement de sept en sept jours , et à jeun ; l’expérience a prouvé que ces substances avaient ])réservé nombre d’individus exposés au choléra. Cette observation ne doit pas étonner si l’on songe que la vaccine, qui est en réalité un préservatif homœopathique , garantit pendant un grand no mbre d’années ceux qui sont exposésà l’épidémie variolique. En faisant usage de ces deux médi' carnents, il faut s’abstenir de vin pur, de café, de thé fort et d’épices qui contrarieraient leur action.
On peut continuer son genre de vie habituel, en supprimant les crudités, les acides , le porc , l’oie et le canard. Nous n’avons pas besoin d’ajouter qu’il peut être utile de se vêtir un peu plus chaudement, d’éviter tout genre d’excès, de faire un exercice modéré, de ventiler les appartements, etc. , etc. Ce sont là de ces précautions que le bon sens indique.
C’est à Tisebnowitz, en Moravie , que j’ai eu la première fois l’occasion de traiter homœopathiquement des cholériques. Une maladie du docteur Gerstel de Prague, résultant de la fatigue, l’ayant forcé de s’aliter . et les deux chirurgiens étant atteints du choléra , j’ai eu à soigner leurs malades au nombre de treize , le premier jour, dont neuf ne me donnaient pas d’espérance de guérison
jugeant d’après ce que j’avais observé dans les hôpitaux. Mais l’action des médicaments bomœopathiques a surpassé mon attente , et je n’en ai perdu qu’un; une fille de vingt-trois ans. J’ai eu ensuite 24 malades dont 7^ bien qu’ils eussent des diarrhées , ou des coliques , ou des vomissements, ne peuvent être comptés comme cholériques, parce qu’ils n’en avaient pas les symptômes caractéristiques; des 17 autres l’un était un chirurgien qui n’avait pas la moindre confiance dans l’homœopathie, et que je fus obligé de traiter par la méthode allopathique, cependant j’ai débuté par le camphre. Les 16 restant avaient le véritable choléra , quelques-uns au plus haut degré d’intensité. J’en ai perdu 2 dont une femme de cinquante-huit ans , auprès de laquelle je ne fus appelé que neuf heures après l’attaque. J’ai employé l’esprit de camphre, le V eralrunij le Cuprum, le Carbo vegetabilis sans le moindre succès. Elle est morte six heures après ma première visite ; elle avait déjà été atteinte et ne s’était jamais bien rétablie. L’autre était âgée de quarante-cinq ans. gardemalade, elle fut frappée à quatre heures , je ne l’ai vue qu’à neuf; elle était dans la seconde période. Le camphre parut lui faire du bien; mais ce lie fut que momentanément. J’ai eu recours au Verairum que je répétai après une demi-heure. 11 y eut un mieux sensible. Je l’ai quittée lui ordonnanf;
Il ne troisième dose , si son élal l’exigeait , et j’ai donné ordre qu’on m’appelai dans la nuit s’il y avait un changement défavorable. Elle eut en effet des retours de crampes ; on la frotta avec de l’esprit de camphre au lieu de venir me chercher (]).
Le lendemain matin , j’appris qu’elle avait expire dans la nuit.
Les sg cas que je viens d’indiquer sont suffisants , pour démontrer au médecin de'jà convaincu de la force des médicaments administre's selon la loi similia similihus , toute l’efficacité des doses homœopathiques dans le traitement du choiera. Mais ce n’est pas assez ^ je le sens , pour satisfaire les hommes de l’art qui examinent cette question pour la première fois; je crois qu’il ne sera pas inutile de mentionner à l’appui de ce Mémoire les sui:cès, plus remarquables encore, obtenus sur differentes parties du continent , par d’autres médecins ; les uns, en employant les mêmes substances médicinales, les autres, par des médicaments à peu près semblables, mais toujours boni œopalbiqu es.
A Leraberg, le docteur iSc/i/’oeter eut, au mois de mai i85i, 27 cholériques; la majorité de ses malades étaient dans la première période , quelques-uns dans la seconde, un seul dans la
(i) Voyez page 19 note (•).
troisième; il perdit ce dernier, auquel il n’administra que le camphre intérieurement et extérieurement. Les autres furent guéris. Remèdes' employés : Ipécacuanha , Verairum , Arsenicum,
A Vienne , le chevalier docteur Lichienfels eut 4o cholériques, Sy furent guéris; des 5 qui moururent^ un, eut une rechute pour n’avoir pas observé une diète sévère et s’être exposé au froid ; dans cette seconde attaque, le docteur Lichienfels fut appelé trop tard. Remèdes mis en usage : lpé~ cacuanha , Arsénicum , Cuprum , V^eratrum.
A Vienne encore, le docteur Vrecka eut 27 malades; il en guérit 24 : des 3 qui moururent, il y avait 2 femmes âgées de soixante-dix ans; le troisième avait négligé une diarrhée depuis plusieurs jours (choiera dysenterica.) Remèdes employés : Cupmm , JAeratrum , Phosphorus.
M. Vreeka alla plus tard en Moravie, à Selowitz, près de Brünn , où il a traité 107 cholériques ; g moururent; 98 furent guéris par Vespritde Camphre et le TA eratrum,
A Berlin, le conseiller docteur Shuller eut à traiter les cholériques dans les maisons Wersukeschen , au faubourg de la porte d’Hambourg; sur 3i , 6 moururent ; la convalescence des autres ne fui interrompue ni par des congestions, ni par des fièvres nerveuses. Le docteur Stuller fut aidé par le docteur llaynel , qui se rendit exprès de
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la Saxe à Berlin. Presque dans tous les cas, ces deux médecins ont employé la Nux Vomica au début, puis V jd rseniciwi , le J^ercilnim y le Phosphoi'us et le Spirilus mi sulphuraliis , selonles indications. Dans deux cas, M. llaynel a employé V esprit de Camphre, mais sans succès : il l’a sans doute employé trop tard.
A Wishney-Wololscliok , en Russie, le docteur Seider eut à traiter 209 cholériques. Sur 95 soignés par la méthode ordinaire , 69 moururent ; sur 109 traités homœopathiquement , il n’en a perdu que 23, dont 9 tirent des excès, 4 prirent d’autres médicaments, selon leur caprice, 0 étaient âgés de 60 ans, et 7 étaient déjà à l’extrémité lorsqu’il fut appelé. Sur 49 malades dans la même ville , qui voulurent se traiter euxmêmes^ 35 succombèrent. Voici les résultats des différentes méthodes :
Malad. Guér. Morts.
i”Par les moyens allopathiques. 90 24 69
2° Par les moyens homœopathiques. 1 09 86 2,3
3° Abandonnés à la nature ou aux fantaisies des malades. 4 9
Un autre médecin perdit dans la même ville 70 malades sur 106 qu’il traita par les moyens ordinaires.
Le JüCteur Seicler a lait usage de V Ipecaciurnha, de VArseniciün,A^ Veralrurn. S’il n’avait pas été si éloigné de l’Allemagne, il aurait connu l’emploi du camphre et du cuivre recommandé, par Hahnemann : il -est à présumer qu’alors la mortalité eût été beaucoup moindre parmi ses malades.
A Raal) , en Hongrie, le docteur Bakody eut 223 malades , depuis le 28 juillet jusqu’au 8 septembre; i54 eurent le véritable choiera asia^ tica , 69 avaient des maladies sporadiques.
Le docteur Bakody classe à part , très consciencieusement, les cas de vomissements, coliques et dysenteries , qui sont très fréquents pendant l’épidémie. Il ne compte avec raison comme cholériques , que les malades qui ont manifesté des symptômes non équivoques. Des i54 malades, 81 étaient dans la première période , lorsqu’il commença son traitement; 69 dans la seconde, et i4 dans la troisième (1). i48 furent guéris, 6 moururent. Dans les 69 maladies sporadiques, il obtint (>7 guérisons. En résumé, sur 2 23, le docteur Bakody eu perdit 8. Remèdes em-
(1) Bakodi divise le chole’ra en trois périodes : la première indi']uc le choiera déclaré' ou confirmé ; la seconde, le plus haut degré de son iutensilé , avec les crampes et les symptômes nerveux ; la troisième désigne l’état de collapsus ou d’asphyxie.
plojés : Ipecacuanha, Feralrum album , Cuprum, Ciciita virosa , Lauro-cerasus , Cinchona.
Le docteur Gerslel de Prague , venu en Moravie pour observer et traiter le choléra, eut à Mariahilf, Tischnowilz et Kîostordorf, oSocas. Résultat : 298 guérisons ; 32 morts, parmi lesquels il eut un petit nombre seulement de maladies consécutives; 6 avaient plus de soixante-dix ans, et un d’eux était ivrogne de profession. Remèdes employés : Camphora , Ipecacuanha , Avsenicum j Feratrum album y Cuprum , Carbo vegelabilis. Il n’a retiré aucun avantage du Lauro-cerasus .
M. Hannusch (1) , chirurgien attaché à la personne de M. le Baron de Schell ,*à Tischnowitz , eut 84 malades; il en guérit 78. Remèdes; Camphora , F eratrum , Cuprum , Ipecacuanha , Phosphorus.
M. Fischer,, chirurgien dans une petite ville entre Brünn et Vienne, eut aussi de grands succès. Je n’ai pas souvenance du nombre exact de ses malades ; mais je sais que la proportion des guérisons était la même que dans les cas précités. C’est lui qui eut le rare bonheur de sauver quatre malades
(1) Ce jeune homme, qui n'avait aucune confiance dans le traitement homœopathique , m’a servi d’interprète pour la langue slai>e auprès de mes malades. Les résultats qu’il vit obtenir par celle mc'ihode portèrent chez lui la conviction et la lui firent employer après mon de'parl.
ilans la période d’asphyxie , en adininislranL le Carhovegelahilis, médicament qu’il eut le premier l’idée d’employer eu conséquence des principes de rhornœopathie.
Dans un pays où deux systèmes se trouvent en présence , on pourrait soupçonner l’esprit de parti de se faire illusion , d’attribuer à l’homoeopatliie des succès qui ne lui seraient pas dus. Mais voici un témoignage qui, par son caractère vénérable et ses motifs philanthropiques, doit être d’un grand poids auprès des hommes sans préjugés. C’est celui du père Weitli (i), prédicateur de la cour et de la cathédrale Saint-Etienne de Vienne. Ce digne ecclésiastique^ appelé au lit des malades à leur dernière heure, était affligé de voir succomber tant de malheureux ; convaincu depuis quelque temps de la vérité de la doctrine homœopathique, et secondé par son frère, professeur à l’Académie, il soigna tous les malades voisins de la cathédrale. Tel fut le succès de leur pratique, qu’ils ne. perdirent que 3 malades sur i25 ; et nous ferons, remarquer que l’épidémie était alors à Vienne à son plus haut degré d’intensité. Remèdes mis en usage. V eratriim , Cuprum y Alcool camphré,. Acidum phosphoriciim ^ Lavements dé eau glacée.
(0 T-'’- père Wciili elail docteur en racdeciiie cl auteur très estime,avaat d embrasser l’ctal eccU‘sjaslir[uc.
Voici les résultats des divers Irailemenls homœo- ])alliiques dont nous avons parle.
D' SCimOETER
Muiadet.
Cfuérii,
Morlà,
Df LICIITENFELS
iO
VRECKA
D«- SHULLER
D» SEIDER
D' BAKODY . . .
GERSTEL
M. IIANUSn
LE PÈRE WEITH, M. D