QUIN
La vérité m’oblige de convenir que tous les malades dont j’ai fait le relevé ci-dessus ont été traités dans leurs maisons, et que chez une partie seulement la maladie avait atteint son apogée d’intensité. Il ne faudrait sans doute pas s’attendre à obtenir les mêmes résultats dans les hôpitaux où les malades nesonl trop souvent portés qu’à la dernière extrémité. Cependant le traitement que j’ai décrit a combattu avec succès quelques-uns des cas désespérés où les moyens ordinaires n’oflraient
aucune chance favorable. Il m’eut été facile do citer encore la pratique de plusieurs médecins homœopathes, mais dans l’incerlitude du nombre exact de malades qu’ils ont eu entre les mains, j’ai dû ne point en parler.
Depuis l’invasion du choléra à Paris, la faiblesse de ma santé m’a rendu impossible de me livrer à l’observation de celtemaladie,conime j’aurais voulu et dû le faire. Quelques jours de fatigues on quelques veilles suffisent en ce moment pour m’aliter. Cependant j’ai eu à traiter plusieurs cas, dont quelques-uns étaient graves. Le traitement recommandé dans cet opuscule a toujours parfaitement répondu à mon attente.
Je ne parlerai point ici des nombreuses personnes qui ont eu recours à l’esprit de camphre, qui n’avaient d’autre mal que la peur du choléra et de légers symptômes insignifiants.
Plusieurs fois j’ai été appelé auprès de malades chez lesquels je n’ai reconnu aucuns symptômes caractéristiques de choléra. Ils avaient une diarrhée, chronique chez les uns, causée accidentellement chez les autres par une indigestion, quelquefois des nausées , des vomissements , provenant d’écarts de régime. D’autres cependant étaient véritablement alleinls par l’épidémie.
Beaucoup avaienl fail usage de l’espril de eamphre avant mon arrivée. Ceux-là, je les ai généralement trouvés en transpiration abondante^ cessation des vomissements , diminution des évacuations alvines ; crampes , coliques moins fréquentes et moins violentes ; quelquelois le froid des pieds et des mains , leur couleur bleue , n’avaient pas encore disparu. Dans la plupart des cas , je me suis borné à suspendre l’usage de l’esprit de camphre, à tranquilliser les malades et à ordonner l’eau glacée pour boisson.
J’ai reconnu qu’ils avaient véritablement le choléra, à la diminution et quelquefois même à la suppression totale de l’urine , à la faiblesse extrême , à la lenteur du pouls , aux vertiges éprouvés dès que l’individu quittait la position horizontale. Ces symptômes se prolongeaient souvent pendant quelques jours. Au moindre écart de régime , ils étaient menacés d’une rechute , et, chez la plupart , le cercle livide autour des yeux a subsisté pendant la convalescence.
Dans certains cas, le mal avait fait trop de progrès avant que la personne eut pu se procurer de l’esprit de campiire ; ou elle avait pris simultanément avec ce remède d’autres médicaments, tels que laudanum , etc. Alors , quoique j’aie trouvé l’état déjà considérablement modifié, cependant des symptômes menaçants subsistaient encore, et
souvent même allaient croissant. Alors, le moment convenable pour l’administration de ce médicament étant passé, j’ai employé quelques-unes des substances ci-dessus mentionnées, selon les indications.
D’autres fois j’ai été appelé auprès de malades qui n’avaient pas eu recours à l’esprit de camphre , mais à d’autres médicaments, et chez qui le choléra avait fait des progrès très rapides. Ce sont les cas que j’ai eu le plus de peine à guérir, et où la convalescence s’est le plus prolongée. En total , j’ai été appelé auprès de 67 personnes : 58 n’avaient point de symptômes du véritable choléra ; 19 étaient réellement attaqués. De ces derniers, 9 furent guéris par l’esprit camphré, 7 par l’esprit camphré suivi d’autres remèdes homœopathiques. Quant aux 3 autres , la maladie était déjà trop avancée pour que j’aie pu espérer obtenir de bons effets du camphre : je ne l’ai point donné. Aucun des malades que je viens de citer n’a atteint le troisième degré, celui de collapsus.
Deux malades seulement ont atteint la quatrième période; l’un était menacé d’une lièvre cérébrale, l’autre avait une gastro-entérite. Tous deux ont été guéris ; le premier, par V Aconituin trois fois répété, et une dose de Belladona ; le second, par V Aconituin cinq lois répété , la Nux vomica et le Rhus toxicodendron.
On peut reinai’qiier cjue loules les (ois que les malades ont lait usag'e de l’esprit camphré, la guérison a été facile. Sur les cholériques, seulement m’ont donné de grumes inquiétudes pendant plusieurs heures.
Les médicaments que j’ai employés à Paris sont : VEspj'it de camphre, Cupruniveratmm,Phosphorus, Acidwnphosphovicuin, Arsenicum, Aconilum , Bell adonna , Nux vomica , Rhus ioxicodendron. Ces remèdes feront juger des cas que j’ai eu à traiter.
Je pourrais rapporter ici , avec détails , plusieurs cas de choléra que j’ai traités , mais ce serait m’écarter du but que je me suis proposé ; cependant je crois devoir en citer un, parce que le diagnostic et le pronostic avaient été tirés avant que je n’aie vu le malade, par un médecin distingué, qui s’est beaucoup occupé de choléra.
Le premier mai Henri Thuillier, âgé de 29 ans , cocher, se leva à cinq heures et demie du matin ; bientôt des coliques assez vives, des nausées, un malaise général , le forcèrent d’interrompre son ouvrage j il eut 5 évacuations qui se succédèrent rapidement : à peine put-il gagner sa chambre.
Vers 7 heures, 2 évacuations aqueuses et 5 vomissements, dont les 3 derniers, uniquement d’un fluide glaireux blanchâtre sensation de pesanteur et de brûlure à l’épigastre, profonde adynamie^ borborygmes.
Vers huit heures et demie, un des gens de la maison lui donna l’esprit camphré ; à la quatrième dose (8 gouttes en 20 minutes), les accidents s’arrêtèrent, la transpiration se manifesta, ce qui fit qu’on cessa le remède , pensant que l’individu avait eu une simple indigestion, et non le choléra. On se borna à lui administrer une tasse de thé de menthe, avec quelques fleurs de camomille.
Le médecin qu’on avait envoyé chercher , arriva entre 9 et 10 heures. 11 reconnut tous les symptômes de l’épidémie^ et administra une potion composée de rhubarbe^ magnésie , etc. Elle fut rendue sur-le-champ. 11 donna le quart d’une mixture contenant 5 ij de teinture d’opium (laudanum) et répéta ce remède deux fois; mais chaque fois le malade le rendit presque aussitôt. Alors le médecin vit le maître du cocher, et lui exprima l’indispensable nécessité, vu la gravité des symptômes , de faire porter de suite le malade à l’hôpital. Il promit de l’y aller voir, et partit. Le cocher ne voulut absolument point entendre parler d’hôpital : son maître se résolut à le garder chez lui, et m’envoya chercher. Les vomissements et les autres symptômes s’étaient manifestés de nouveau avec violence après les doses de laudanum^ il lui fit redonner, en m’attendant, des gouttes d’esprit camphré. Le malade en avait pris 6 doses, de 2
gouttes chacune , lorsque je le vis pour la première fols à midi (i®' mai).
Cessation de vomissements et de diarrhée, coliques moins fréquentes et moins violentes ; crampes et sensation de pesanteur et de brûlure à l’épigastre, diminuées; les mains n’étaient plus que marbrées de taches bleues, unesueur abondante couvrait le corps. Pulsations du cœur naturelles, borborygmes , suppression d’urine, pesanteur de la tête, pouls faible et lent, soif ardente, grande anxiété, yeux creux et cernés, prostration.
Je fis suspendre l’esprit de camphre, et donnai pour boisson l’eau glacée en petite quantité, souvent répétée. J’ordonnai, si les vomissements recommençaient, de reprendre l’esprit camphré, jusqu’à 4 doses seulement ; si ce moyen ne ramenait pas l’amélioration ^ de donner une dose de Cuprum ou une dose de eratrum , selon mes instructions , et de m’envoyer chercher.
Le soir, je revis le malade ; il n’avait pris que de l’eau glacée à de nombreuses reprises , et ne se
plaignait plus que d’une grande faiblesse, borborygmes, légères coliques à de longs intervalles ; il continuait à transpirer beaucoup; les urinesavaient peu à peu repris abondamment leur cours, rouges d’abord, ensuite claires, donnant un sédiment blanchâtre. Chaque fois qu’il se levait , il avait des vertiges ; il est aujourd’hui en pleine
convalescence. Il n’a pris que l’esprit de camphre.
Je n’ai parlé ici que des faits que j’ai vus et observés moi-même. Tous les jours on me cite de bons effets et des guérisons résultant de l’esprit de camphre. Je ne les mentionne point, n’ajant pu les vérifier et les constater.
Qu’il me soit permis de répéter encore le vœu que j’ai émis au comnmncement de cet opuscule; celui de voir se multiplier les essais de la méthode homœopalhique. J’ai la conviction qu’elle satisfera les médecins qui n’apporteront dans son étude que ce doute louable qui écarte l’erreur sans voiler la vérité.