CHAPITRE VI
DIl^-TÉTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
Les détails minutieux et peut-être un peu monotones que j'ai donnés au sujet de l'isolement, du repos, du massage et de l'électricité ont préparé la voie pour l'exposé du traitement diététique et médicinal, qui, sans les premiers, serait à la fois impraticable et inutile.
Et tout d'abord, il faut, quant à la diète, ou régime alimentaire, nous laisser guider par l'état préalable et par l'histoire de la malade.
Il est rare que ces femmes mangent de bon appétit, et, quand cela se rencontre, on a à faire, dans quelques cas, à des sujets enclins à l'embonpoint aussi bien qu'à l'auémie. Occupons-nous un instant de ces dernières avant de nous arrêter au groupe le plus considérable de
la classe. J'ai essayé de traiter les anémiques grasses par le massage, l'électricité, le fer et le repos, mais tout cela ne réussit pas aussi bien qu'une autre méthode qui, à première vue, peut sembler surprenante. Après avoir soumis les patientes au repos absolu au lit, je les mets à une diète de lait écrémé, dont on gradue la quantité de manière à faire perdre à la malade environ une demi-livre de son poids par jour. Si elle était levée, cet amaigrissement rapide lui serait extrêmement sensible, mais il est étonnant combien peu une perte semblable est ressentie au lit.
Voici les détails du traitement :
Le repos doit être absolu; je me suis déjà étendu à ce sujet. Je donne alors deux litres de lait bien écrémé par jour. La malade le prend, comme l'a indiqué Garel, froid ou chaud, pas trop chaud cependant ; la quantité totale doit être divisée de telle sorte que la malade, en en prenant toutes les deux heures, ait consommé le tout pendant ses douze heures de veille. Dans mon service ii l'hôpital, on pèse les malades chaque jour, et l'on réduit lentement la quantité de lait, jusqu'à ce que la perle de poids devienne
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sensible. Une femme pesant cent livres, au lit, et restant inactive, verra son poids se maintenir au même chiffre par l'usage quotidien de trois pintes de lait écrémé, sans qu'il devienne nécessaire de lui donner d'autre nourriture; il est, à ce sujet, comme on le conçoit, des particularités individuelles. M. G..., âgée de vingt-deux ans, personne très nerveuse, fut nourrie de cette façon et pendant dix jours il y eut à peine une fluctuation de quelques onces par jour dans son poids.
J'ai vu récemment une dame de New-York, qui. souffrant de dyspepsie, avait été mise à la diète lactée ; cette dame vivait depuis deux ans avec deux litres de lait par jour; sa vie habituelle était assez active. Elle vint me consulter pour savoir s'il était quelque moyen d'échapper à la monotonie de ce régime. Observant que, pendant qu'elle prenait de l'exercice, elle ne pouvait digérer d'autre aliment sans souffrir, je lui prescrivis le repos, le massage et l'électricité. Un peu plus tard, je la traitai comme un enfant que l'on voudrait sevrer rapidement, et je pus ainsi, par une série de modifications dans son régime, réussir à faire varier ses aliments de façon suffisante et confortable.
Dans la diète exclusivement lactée, chez les anémiques grasses, il est quelquefois nécessaire de substituer le bouillon au lait, pendant un jour, de temps en temps, afin de mitiger le dégoût que ce dernier peut occasionner.
Au commencement du printemps de cette année, Mme G...., âgée de quarante ans, vint me voir ; elle présentait une paralysie hystérique partielle du côté droit et de l'anesthésie du côté gauche. Elle ne ressentait pas la douleur et ne distinguait pas le froid dii chaud ; le toucher était normal. De grandes souffrances morales longtemps prolongées l'avaient rendue quelque peu irritable, et elle s'émouvait facilement. Son appétit était assez bon, mais elle était décolorée d'une façon étrange; elle pesait cent soixante-trois livres, et sa taille était de cinq pieds cinq pouces. Gomme elle avait déjà été traitée à de nombreuses reprises par le fer, le changement d'air, etc. , je préférai ne pas renouveler des essais qui avaient déjà échoué. Je la fis donc mettre au lit et traiter au lait, en quantité que l'on diminua lentement. Ses maux d'estomac, qui l'avaient si fort tourmentée, disparurent aussitôt, et, quand sa ration quotidienne
fut réduite à trois piotes, elle commença à maigrir; avec un litre de lait par jour, elle perdit une demi-livre de son poids dans les vingt-quatre heures, et en deux semaines elle était descendue à cent quarante livres. Elle fut alors soumise au traitement complet que je décrirai plus loin. Son poids revint peu à peu ; en même temps, elle prit des couleurs, et son embonpoint perdit totalement ce caractère de flaccidité qu'il avait auparavant.
Je n'ai jamais rencontré de cas dont le résultat fût plus frappant ni plus instructif.
J'ai eu soin de m'étendre sur le traitement de ces cas d'anémie grasse, parce que, bien qu'ils ne soient pas fréquents, ils m'ont donné plus de mal que toutes les autres anémies susceptibles de guérison, et parce que, à l'aide de la méthode que j'expose, j'ai été aussi heureux dans mes résultats que je pouvais souhaiter de l'être.
La diète lactée est presque toujours partie essentielle dans le début du traitement de la masse de mes malades : je veux parler de celles qui sont maigres et anémiques.
Supposons que, après avoir soigneusement
étudié un cas, nous avons finalement décidé que nous avons à faire aune personne faible, amaigrie et à sang pale. Assurons-nous qu'il n'existe pas d'affection utérine grave, pas de maladie des reins ni du poumon, qu'il n'y arien autre que de la dyspepsie constante, et les innombrables doule\irs et afTaiblissements qui caractérisent ces malades. Nous séparons alors la malade de ses amies, et nous la soumettons au repos absolu au lit. Puis nous l'amènerons par degrés à la diète lactée ; celle-ci présente deux avantages : elle nous permet de connaître la quantité précise de nourriture ingérée et de la régulariser avec facilité ; presque toujours, elle supprime, comme par enchantement, tout état dyspeptique. Si j'ai à faire à une affection ancienne, j'omets rarement le lait; mais, tout en commençant à donner trois onces toutes les deux heures, j'augmente la quantité, jusqu'à donner en quelques jours deux litres comme ration quotidienne, en doses égales toutes les trois heures. Si, à l'aide d'une tasse de café, sans sucre, donnée le malin au moment du réveil, je n'obtiens pas une évacuation alvine régulière, je fais prendre cà la dernière heure du jour un peu d'aloès, sous
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forme d'extrait aqueux; s'il y a coustipatioii obstinée, je donne trois fois par jour un quart de grain d'extrait d'aloès avec deux grains de fiel de bœuf desséché. Je trouve que la simple diète lactée aide puissammeut à écarter le chloral, les bromures et la morphine; j'arrive ordinairement à abandonner toutes ces substances pendant la première semaine de traitement. Il n'est pas plus difficile d'amener la malade à abandonner les stimulants, et j'ajouterai, à ce propos, que la diète lactée possède une efficacité admirable pour l'estomac congestionné du buveur invétéré.
J'ai parlé à plusieurs reprises de l'usage des stimulants par les femmes nerveuses, et je dirai encore ici que cet usage poussé à un point excessif est, selon moi, extrêmement rare chez les femmes appartenant aux classes aisées; quand je fais allusion à l'habitude des stimulants, j'entends seulement que les femmes nerveuses peuvent contracter l'habitude de prendre du vin ou du whisky tous les jours, mais nullement jusqu'au point d'aiïecter d'une façon visible leur conduite ou leur manière d'être.
Cependant, on contiiuie le traitement méca-
nique d'une façon régulière, et de quatre à huit jours après son établissement, alors que l'estomac est devenu indolore, la malade prend aussi un léger déjeuner. Un ou deux jours plus tard, elle prend une côtelette de mouton à son repas de midi^ et, un ou deux jours après, elle prend encore trois fois dans la journée du pain et du beurre ; dans l'intervalle de dix jours, je peux habituellement permettre trois repas complets par jour, en même temps que trois ou quatre pintes de lait, que l'on boit aux repas et entre les repas en guise d'eau.
De même, dans l'espace de dix jours, je fais prendre avant chaque repas deux onces d'extrait de malt liquide. J'ai mis tous les extraits à l'essai; mais je préfère le malt liquide de Hoff, importé.
Cette hyperalimentation ne donne lieu, ordinairement, à aucun symptôme gênant ou douloureux, et la malade peut être amenée à manger d'autant plus abondamment que sa garde la fait manger. Des personnes qui mangeraient très peu, si elles se nourrissaient elles-mêmes^ prennent souvent une grande quantité d'aliments si elles sont nourries par une autre; je
l'ai déjà dit, rien n'est plus fatigant pour une malade étendue dans son lit, dans le décubitus dorsal, que de couper elle-même ses viandes et de se servir de la fourchette ou de la cuillère. En suivant mon mode d'alimentation à la lettre, nous profitons à un double point de vue.
Quant aux repas, je laisse toute latitude aux malades, à moins qu'elles ne soient trop peu raisonnables; mais j'aime à donner le beurre en ample quantité, et, comme il est très bon chez nous, j'éprouve peu de difficultés à faire prendre cette excellente graisse en grande quantité.
A la fin de la première semaine, j'ajoute or; dinairement une livre de bœuf, sous forme de soupe crue. On fait cette préparation en hachant menu une livre de bœuf cru et en mélangeant dans une bouteille avec une pinte d'eau additionnée de cinq gouttes d'acide chlorhydrique fort. On abandonne le tout sur la glace pendant la nuit, et le matin on pose la bouteille dans un réchaud contenant de l'eau à la température de 110" F.; elle reste deux heures soumise à cette température. On filtre ensuite, jusqu'à ce que le résidu représente une masse presque sèche. C'est la partie filtrée que la malade
prend ilaus sa journée en trois portions égales. Si le goût de viande crue soulève trop de répugnance, on fait rapidement rôtir le bœuf d'un côté, puis on procède pour le reste comme je viens de le décrire. La soupe qu'on a faite de cette manière est à peu près crue, mais elle possède aussi la saveur de la viande cuite.
Dans les cas difficiles, surtout ceux que l'on traite pendant les saisons fraîches, j'ajoute quelquefois après chaque repas une demi-once d'huile de foie de morue. Si ce médicament diminue l'appétit, ou s'il occasionne des nausées, je le fais donner trois fois par jour sous forme d'injection rectale; pour les cas où de fortes doses de fer donnent de la constipation, je trouve les lavements d'huile de foie de morue précieux à un double point de vue : ils agissent comme nutritifs et disposent l'intestin à une action quotidienne. Je l'emploie ainsi de préférence, en émulsion avec le jus du pancréas frais de bœuf ; ce pancréas est écrasé dans une quantité d'eau chaude suffisante pour recouvrir une demi-livre de cette substance bien hachée; on l'abandonne pendant une demiheure à la chaleur douce d'une cuisine, puis
OU presse le tout à travers une grosse serviette. Pour le lavenient on en mélange une once avec la moitié de cette quantité d'huile, et on injecte lentement trois fois par jour. Ceci convient très bien à certaines personnes et peut donner lieu à une selle par jour; cela convient moins à d'autres et peut être ou mal retenu ou rendu immédiatement; cela peut aussi quelquefois causer du ténesme rectal.
La question des stimulants alcooliques est grave. Trop souvent, j'ai à mettre en jeu toute mon ingénuité pour obliger mes malades à rompre avec l'usage des boissons alcooliques sous toutes les formes; j'ai donc une grande répugnance à les conseiller, tout en étant certain qu'en petite quantité ils aident à l'augmentation rapide de la graisse. C'est une question à débattre mûrement; cependant, chez les personnes qui n'en ont jamais fait excès ou qui ne s'en sont pas servi, habituellement, je préfère adjoindre au traitement une légère ration quotidienne de stimulant alcoolique ; une once de whisky par jour, ou bien deux ou trois verres de vin de Champagne sec, me semblent des adjuvants utiles ; ils augmentent la ca-
pacitc pour la nourriture au moment du repas. Toutefois, l'alcool n'est pas essentiel pour les cas dont nous nous occupons, et, pour la plu- * part, je n'en donne pas, à l'exception de la petite quantité que contient l'extrait de malt.
Aussitôt que mes malades commencent à prendre autre chose que du lait, et même quelquefois avant ce moment, je donne du fer; mais je n'ai pas grande foi dans les doses de fer d'un grain que l'on donne habituellement; quant au choix du médicament, après de nombreux essais, j'en reviens à l'ancien sous-carbonate de fer de la pharmacopée des Etats-Unis ; il remplit toutes les indications et possède les deux avantages, appréciables pour l'hôpital, de n'être ni cher ni difficile à prendre.
Je fais mettre deux onces de la poudre dans un litre d'eau distillée. On remue bien, et à chaque repas ou, quelquefois, quatre ou cinq fois par jour, on en prend deux onces dans un demi-verre d'eau pure, ou d'eau carbonatée, ou encore d'eau d'ApolUnaris.
Je trouve souvent des femmes qui ne peuvent pas prendre de fer, soit parce que cela dérange leur estomac, soit que cela leur donne
mal à la tête ou que le docteur X.... leur a dit de n'en jamais prendre. Quand c'est de la dernière raison qu'il s'agit, j'ajoute simplement cinq grains de pyrophosphate à chaque once de malt^ et je le donne ainsi pendant un mois à l'insu de ma patiente.
Il est alors facile de lui faire comprendre que le fer n'est pas si difficile à prendre qu'on lui a fait croire, et, dès qu'il a cessé de déranger au point de vue psychique, il m'est toujours facile d'en revenir aux préparations plus simples. Si le fer constipe, ce qui peut arriver, et arrive en effet quand on le prend à fortes doses, on corrige cet inconvénient à l'aide des pilules d'extrait aqueux d'aloès et fiel de bœuf, dont j'ai déjà parlé, ou avec des lavements d'huile. Les cas dans lesquels le fer cause des maux de tête ou donne une sensation de plénitude sont très rares quand le patient est soumis au traitement complet que j'ai décrit; règle générale, je néglige toute plainte de ce genre, et il ne se passe pas longtemps avant que les symptômes déplaisants cessent de se montrer. Je me sers depuis quelque temps, et avec une satisfaction toujours croissante, de l'oxyde de fer dia-
lysé K Cette préparation ne noircit pas les dents et ne constipe pas autant, je crois^ que le souscarbonate; bon nombre de mes malades le prennent plus volontiers qu'aucune autre forme de fer. Je le donne quatre fois par jour, à la dose de six à neuf grains.
A moins d'indication spéciale, le fer est le seul médicament que j'ordonne jusqu'à ce que la patiente commence à se lever; je donne alors presque toujours un trentième de grain de sulfate de strychnine trois fois par jour.
Il n'est peut-être pas de médecin qui ne lise sans un sentiment d'étonnement les détails de l'énorme quantité de nourriture que j'arrive à faire prendre, non seulement avec impunité, relativement à la dyspepsie, mais encore avec un avantage permanent ; j'admettrai , pour ma part^ avoir considéré à de nombreuses reprises et avec un étonnement toujours croissant ces pauvres créatures, faibles et exsangues, pour ainsi dire, apprenant, peu à peu, à consommer ces énormes rations, et accumulant, sous leur influence, chair, cou-
1. Admirablement fabriqué en grand aujourd'hui par MM, Wyeth et C'«, de Philadelphie.
leurs et dispositions salutaires de l'esprit et du corps. Il est inutile de dire qu'il n'est pas facile, dans tous les cas, d'accomplir le traitement dans son entier.
Quand le traitement est dans son développement complet, et qu'on l'a continué ainsi pendant plusieurs jours, je commence à surveiller les urines avec soin, car, si la patiente reçoit trop de nourriture, la sécrétion rénale trahit rapidement ce fait par la précipitation des urates. Si ce fait se présente d'une façon tant soit peu constante, je fais ordinairement diminuer la quantité d'aliments azotés jusqu'à ce que l'urine devienne libre de tout dépôt.
Presque toujours, dans le cours du traitement, il y a des attaques de dyspepsie ; il suffit alors de réduire la diète de moitié ou de ne donner que du lait pendant un jour ou deux. La diarrhée est plus rare, mais il faut la combattre de la même manière; ou bien, si elle persiste, il peut être nécessaire de donner le lait bouilli. Quelquefois, l'augmentation rapide du sang se fait voir par des épistaxis qui ne réclament aucun traitement spécial.
Je me ferai peut-être mieux comprendre, en
exposant maintenant, en détail, la liste diététique de quelques-uns de mes cas, et ma méthode de l'établir.
Je prends, comme exemple, le cas suivant dans mon carnet :
Mme G..., native de la Nouvelle-Angleterre, entreprit, à l'âge de seize ans, un cours d'études sérieuses, et compléta dans l'espace de deux ans la série d'études qui, à l'école qu'elle fréquentait, remplissaient ordinairement quatre années complètes. Elle se maria de bonne heure, et devint trois fois grosse ; les deux dernières grossesses s'étaient déclarées pendant qu'elle nourrissait encore. Elle commença enfin à perdre embonpoint et couleurs. Cependant elle remplissait avec énergie les nombreuses exigences d'une vie pleine de sympathie pour toutes les souffrances d'autrui ; et, sans négUger aucun des devoirs dus à la société ou aux proches, elle trouvait encore du temps pour l'étude et pour les arts d'agréments. Petit à petit, elle commença à se sentir fatiguée, puis sa santé s'ébranla tout d'un coup ; elle avait cessé de menstruer cinq ans avant que je la visse; elle était devenue
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pâle et faible, et, de cent vingt-cinq livres qu'elle pesait, elle était tombée en six mois à quatre-vingt-quinze. La nature prenait enfin sa revanche. Tout la fatiguait : manger, sortir en voiture, lire, coudre. La marche lui était devenue impossible, et, étendue sur sa couche, elle était en proie à la dyspepsie et à la constipation. Gomme il fallait abandonner la lecture, l'asthénopie , qui accompagne presque invariablement les cas de ce genre, vint encore s'ajouter à ses maux, et, malgré la vigueur de son caractère, elle se laissa aller au désespoir et commença à se montrer de temps à autre émotive et morbide dans ses pensées relativement à la vie. Après avoir été soumise, en vain, à d'innombrables formes de traitement, elle vint dans notre ville et se mit entre mes mains.
A ce moment, il lui était impossible de faire plus de quelques pas sans avoir la face congestionnée et sans la sensation d'un épuisement douloureux. Elle avait une température de 97% 5 F., et ses globules blancs étaient au moins d'un tiers trop nombreux.
N'ayant, après un examen très minutieux,
découvert de lésion dans aucun organe ; je pus conseiller mon traitement, avec la plus entière confiance quant au résultat.
Pour ce cas seulement, je vais donner, comme exemple, les détails complets du régime.
Le 10 octobre, Mme G.... reste au lit au repos complet. On la fait manger, et elle ne se lève que pour exonérer la vessie ou le rectum.
10. — Elle prend un litre de lait divisé à doses égales toutes les deux heures.
11. — Une tasse de café au moment du réveil, et deux litres de lait en portions égales toutes les deux heures. Une pilule d'aloès tous les soirs remplit bien l'indication pendant quelques jours.
12 au 15. — Même régime. La dyspepsie avait disparu, et la malade dormait sans sa dose habituelle de chloral. On ajouta la pinte de soupe crue en trois portions le 16.
17 et 18. — Même régime.
19. — Elle prend au réveil, à sept heures du matin, du café; à sept heures trente, une demirpinte de lait; à dix heures, à midi, à deux, à quatre, à six, à huit et à dix heuri^s
du soir, nouvelle demi-pinte de lait. La soupe à onze, cinq et neuf heures.
Le 23, elle déjeune d'un œuf, de pain et de beurre; deux jours plus tard (le 25), on lui donna à dîner, et on ajouta le fer.
Voici le régime alimentaire du 28 :
Au réveil, à sept heures, du café; à huit, du fer et l'extrait de malt. A déjeuner, une côtelette, du pain et du beurre, un verre et demi de lait. A onze heures, la soupe. A deux heures, fer et malt. Le dîner se terminait avec un ou deux verres de lait. Pour le menu, ol consultait son goût, et elle prenait toujours à ce repas environ six onces de vin de Bourgogne ou de vin de Champagne sec. A quatre heures, la soupe. A sept heures, malt, fer, pain et beurre, et généralement des fruits, le tout accompagné de deux verres de lait. A neuf heures, la soupe, et à dix sa pilule d'aloès. A midi avait heu le massage, qui durait une heure; à quatre heures, on appliquait l'électricité pendant une heure, de la façon que j'ai décrite.
Un régime alimentaire aussi chargi', ])our une malade qui ne pouvait digérer avec confort
le plus léger repas, semble certainement surprenant. Je n'ai pas donné au complet la quantité des aliments pris à chaque repas. Légère d'abord, cette quantité devint rapidement plus considérable à mesure que se développait chez la malade le désir de manger, et en quelques jours cette quantité constituait pour chaque jour trois repas complet.
Il faut voir les résultats dans un de ces cas heureux pour y croire. Mme G commença à montrer un peu d'embonpoint au visage dès la seconde semaine du traitement, et, pendant ses deux mois de repos au lit, son poids, qui était de quatre-vingt-seize livres, s'éleva à cent trente-six ; l'apparition des couleurs était également marquée.
Quand on fut arrivé à la sixième semaine du traitement, la soupe et le vin furent abandonnés, le fer diminué de moitié; le massage et l'électricité ne furent plus employés que tous les deux jours, et on commença à exercer les membres de la manière que j'ai indiquée. On avait pris toutes les précautions habituelles relativement au sortir du ht et à l'exercice, et, à la fin de la neuvième semaine de traitement,
ma malade put sortir en voiture. A partir de ce moment, tout traitement mécanique fut laissé de côté, la convalescente ne prit plus qu'un litre de lait ; la dose de fer fut réduite à cinq grains trois fois par jour, mais elle continua à prendre son extrait de malt. Dès la sixième semaine, je commençai à employer la strychnine à la dose d'un trentième de grain trois fois par jour au moment du repas; ce médicament fut continué pendant plusieurs mois, ainsi que le fer et l'extrait de malt. La guérison était complète et permanente, et l'on peut juger du caractère de cette cure par le fait que le trentième jour de son repos au lit, et cinq ans après sa dernière menstruation, la malade, à sa grande surprise, fut réglée, et les menstrues se montrèrent régulièrement pendant dix-huit mois, à l'expiration desquels elle devint enceinte. La seule manifestation morbide qui persista, et cela pendant l'espace d'un an, après la conclusion de son traitement, fut l'asthénopie. La fatigue rapide de la vue est commune dans les cas dont je m'occupe présentement, et cet état peut persister longtemps après que tous les autres troubles ont disparu.
Quand il n'existe pas d'asthénopie, les chances d'une bonne guérison me semblent toujours plus grandes; mais jamais, quand une malade accuse de la faiblesse dans la vue, je n'omets de faire examiner l'œil et tous ses appareils, car l'asthénopie pure, en dehors de toute autre affection de l'œil, est un symptôme assez rare.
En exposant ainsi le régime alimentaire et le traitement, je n'entends pas dire qu'on doive les appbquer indistinctement à tous les cas. Il est des cas, très rares, où le lait est mieux supporté entre les repas. Il est des cas, plus rares encore, où le lait ne peut être supporté à aucune condition. Il en est d'autres où l'huile de foie de morue est si bien supportée qu'on peut la donner à des doses inusitées.
Gomme exemples additionnels, je vais encore citer quelques cas, mais sans entrer dans les minuties du traitement.
Cette observation a été prise avec soin par M. le docteur John Keating, qui en a fait l'analyse suivante :
M. P. D , âgé de cinquante-trois ans, donnait depuis plus de trente ans toute son attention aux affaires ; cette attention soutenue avait
altéré sa force de résistance physique et mentale. Il souffrait depuis plusieurs mois et s'affaiblissait graduellement, lorsqu'en janvier 1877 il se trouva absolument incapable de se livrer à ses occupations accoutumées et en proie aux symptômes les plus alarmants. Il y avait prostration complète de la force nerveuse et musculaire; ses jambes refusaient de le supporter; l'appétit avait disparu; pour se rappeler les phrases ordinaires, il lui fallait faire un effort douloureux ; le sommeil lui était impossible, à moins qu'il ne fût provoqué par l'usage de narcotiques puissants; ce sommeil si court était lui-même peu réparateur, à cause de la jactitation musculaire incessante qui le tourmentait.
Son médecin lui avait prescrit du fer et de la strychnine; il avait recommandé l'abandon de toute affaire et le départ immédiat pour un endroit où le télégraphe était inconnu et les services de poste peu fréquents. M. P. D.... partit sans retard pour les îles Bahama et passa un mois sous ce climat délicieux, dans une inaction absolue; un autre mois fut employé à en revenir lentement ; mais, quoique notre
malade eût gagne un peu d'embonpoint, il n'y avait que peu d'amélioration dans son état nerveux.
Le l""" mai 1877, M. le docteur Mitchel examina M. P. D.... Le patient était pâle, émacié et toussait à chaque instant. Il accusait des transpirations nocturnes, des tressaillements nerveux et une légère matité à la percussion au sommet du poumon droit, avec expiration prolongée, inspiration rude et une certaine augmentation dans la résonance vocale.
Il fut permis à M. P. D.... de sortir du lit tous les jours pendant quatre heures; il pouvait rester une heure dans ses bureaux. Voici quel était son traitement :
A six heures du matin, une tasse de fort consommé chaud, préparé avec l'extrait de viande d'Austrahe.
A huit heures, un demi-verre d'eau ferrée, puis le déjeuner, consistant en fruits, viande, pomme de terre, café et un verre de lait.
A huit heures trente, un verre de lait mêlé d'une cuillerée à dessert d'extrait de malt de Lœfland, puis six grains de citrate de fer et de quinine.
A dix heures, électrisatioii, administrée par le docteur Keating.
A midi, M. P. D...., pouvait se faire habiller, tout en faisant lui-même le moins d'efforts possible. Il prenait alors son second gobelet de lait et de malt, et se faisait conduire à son bureau en voiture, où il lui était permis de rester jusqu'à deux heures. Il revenait en voiture chez lui pour dîner. Ce repas était toujours précédé d'un demi-verre d'eau ferrée. La marche était absolument défendue.
Après le dîner (qui comprenait toujours un verre de lait), il prenait son troisième verre de lait et de malt; il pouvait faire ensuite une courte promenade en voiture, mais à quatre heures le patient devait être déshabillé et au lit.
A six heures du soir, troisième dose d'eau ferrée, puis un léger souper, composé de fruits, pain et beurre, crème, et suivi d'un quatrième verre de lait et de malt. Il prenait ainsi deux litres de lait par jour en plus de tous ses aliments.
A neuf heures, massage avec de l'huile de coco pendant une heure, puis soupe de bœuf, à la dose de quatre onces.
Dès la quatrième semaine, on abandonnait la soupe ; le fer dialyse remplaçait toute autre forme de fer. Le 4 juin, on cessait l'électrisation. Le patient continua à prendre son extrait de malt jusqu'au 20 juin.
M. D. pesait, le 6 mai, revêtu de lourds habits d'hiver, cent vingt-cinq livres ; le 20 juin, dans un léger costume d'été, il pesait cent trentetrois livres ; au mois d'août, son poids était de cent quarante hvres, et il a continué à augmenter depuis. Il a recouvré ses forces, ne tousse plus et a cessé d'être ce qu'il était depuis tant d'années, un homme à santé déhcate.
Je dois à M. le professeur Goodell la relation du cas suivant; je n'ai jamais vu la malade dont il est question, mais elle fut soignée suivant mon traitement dans tous ses détails. Ce rapport, témoignage d'un excellent observateur, a pour moi la plus grande valeur. Le professeur Goodell s'exprime en ces termes :
« Cher docteur Mitchell,
« Vous m'avez prié de vous donner l'histoire d'une de mes malades qui a été guérie par le traitement que vous préconisez si chaudement.
J'accède d'autant plus volontiers à votre désir qu'il est question ici d'un exemple typique de ce que peut effectuer votre traitement.
« 11 y a environ quatre ans, Mme Y, . . . , personne très intelligente, demeurant dans une ville voisine, vint me consulter. Elle souffrait beaucoup à chaque période menstruelle et ressentait des douleurs ovariques constantes ; toute la région dorsale était si endolorie qu'elle était obligé de passer la plus grande partie de sa journée étendue sur un lomige (espèce de petit sofa en forme de chaise longue, trad.).
« Elle était stérile et, en un mot, dans un état pitoyable. Après un traitement de deux mois, elle rentra chez elle, améliorée de beaucoup, et peu après devint enceinte. A mesure que sa grossesse avançait, bon nombre de ses anciens symptômes se reproduisirent, mais on espérait que la maternité l'en débarrasserait. Cependant le (( shock » de la parturition fut plus que son système nerveux, déjà ébranlé, ne pouvait supporter. Elle devint plus souffrante qu'auparavant et vint me consulter de nouveau.
« A ce moment, toutes ses anciennes douleurs l'attaquaient à la fois. Elle en souffrait
nuit et jour et ne trouvait un peu de soulagement qu'avec de fortes doses de chloral. Le moindre exercice, la couture, la lecture, l'écriture, continué pendant quelques minutes, la fatiguait à l'excès. Voire même, le simple eflbrt mental de faire les comptes de la semaine pour les dépenses d'un petit ménage la lassait à un tel point qu'elle dut abandonner ce léger travail. Faire le tour d'un de nos squares, descendre un escalier, ou faire une course d'une heure dans une voiture bien rembourrée, lui causait une « agonie indescriptible », pour me servir de ses propres termes : elle était alors prise de cris et de pleurs hystériques. Cette tension nerveuse constante l'avait rendue si excitable qu'elle ne pouvait soutenir une conversation ordinaire sans verser des larmes. Elle passait la plus grande partie de son temps au lit; de fait, c'était une invalide confirmée.
« J'essayai en vain de la sevrer de ses anodins; mais je n'y pus réussir, en dépit des nombreux remèdes que j'essayai d'appliquer et des différents modes de traitement que je mis en usage. Enfin, ne sachant plus que, faire, je la mis au lit complètement et commençai votre
traitement, c'est-à-dire le repos, l'électricité, le massage et l'hyperalimentatioii. Les premiers symptômes d'amélioration se montrèrent dans une plus grande possession d'elle-même, dont la malade fît bientôt preuve, ainsi que dans la diminution de l'intensité de toutes ses douleurs. Puis de plus petites doses des anodins qu'elle prenait lui suffirent jusqu'à ce qu'elle les abandonnât tout à fait. Enfîn elle commença à montrer de l'appétit, lequel, vers la fîn du traitement, devint si exigeant que, dans l'intervalle de trois forts repas par jour, elle prenait encore plusieurs verres de lait et de beef-tea.
« J'avais stipulé, au début, pour six semaines de traitement, et ce fut avec peine que je pus obtenir de ma patiente qu'elle acceptât de s'y soumettre pendant cette période de temps. Mais, quand les six semaines furent passées, elle était tellement frappée du bien qu'elle en avait éprouvé et qu'elle en éprouvait encore, qu'elle me pria de vouloir bien continuer le traitement deux semaines de plus. Au bout de ce temps, elle avait gagné en poids trente livres au moins ; elle n'avait plus de douleur physique ni morale. Ses terreurs nocturnes, que j'oubliais de men-
tionner comme iiu des symptômes de son état maladif, avaient entièrement disparu; elle pouvait dormir neuf à dix heures de suite. Je l'ai envoyée à la campagne continuer sa convalescence ; elle étonne ses amis par le pied alerte avec lequel elle monte et descend les collines escarpées.
« Tels sont les traits saillants de ce cas, et, je puis l'assurer, j'étais autant impressionné par les heureux résultats du traitement que l'étaient une foule d'amis inquiets et perplexes.
a Votre tout dévoué,
« Wm. GOODELL. » .
Miss G...., personne intéressante, âgée de vingt-six ans, a traversé à vingt ans une cruelle épreuve en gardant sa mère atteinte d'une fièvre typhoïde. Bientôt après, une série de calamités l'a dépouillée de sa fortune ; elle a dû se placer; pendant deux ans, elle a travaillé huit heures par jour. Par suite de ces efforts continuels, sa santé, ordinairement robuste, s'altéra. D'abord se manifestèrent des douleurs lombaires, puis une pâleur croissante, l'amaigrissement et une sensation interminable de fatigue.
Son travail, qui était une nécessité, fut d'abord continué avec persévérance; mais bientôt il fut interrompu par l'augmentation du flux menstruel, accompagnée d'une douleur extraordinaire et d'une sensibilité ovarienne persistante. Elle ne tarda pas à laisser l'ouvrage un jour de temps à autre. Alors vint une asthénopie croissante, avec des maux de tête le soir, au point que son tempérament changea ; elle devint capricieuse et irritable. Quand je la vis, elle avait dû renoncer à tout travail et avait été traitée par un gynécologiste distingué ; elle était censée avoir été guérie d'un prolapsus utérin et d'une ulcération considérable; malgré cela, elle n'avait gagné ni en vigueur ni en solidité et n'avait pas recouvré son teint ni son embonpoint.
Elle se mit au lit le 10 décembre et se leva pour la première fois le 4 février; elle avait gagné trente-neuf livres. Pâle elle se mit au lit, avec le teint vraiment rosé elle se leva. En un mois, elle reprit son travail; elle est restée toujours depuis dans un état de santé qui lui permet, m'écrit-elle, « de travailler aisément et de faire ce qui lui plaît. »
as DU TRAITEMENT DE LA NEURASTHÉNIE
Il y a deux ans, miss L...., âgée de vingt-six ans, vint me consulter; voici son histoire : A l'âge de vingt ans, elle avait fait une chute, et, une ou deux semaines après, elle avait commencé à avoir de l'irritation spinale. Plusieurs mois après, un médecin lui recommanda le repos auquel elle se soumit si volontiers qu'un an plus tard elle était rarement hors du lit. Entourée de parents très affectueux, pour qui la maladie chronique était tant soit peu nouvelle, ellejomba rapidement, par suite de leurs soins trop tendres, dans une hyperesthésie de l'ouïe et de la vue, si bien que ceux qui la soignaient durent circuler dans une chambre obscure ; le piano demeura silencieux, et les enfants se turent. Peu à peu, toute la maison passa sous la domination tyrannique et égoïste d'une fille hystérique. Constipation bien prononcée, anorexie, états alternatifs de dysurie, d'anurie et de polyurie; tout cela s'ensuivit, et avant peu sa sœur commença à dépérir, en raison des exigences continuelles auxquelles elle était despotiquemcnt soumise. Cette circonstance alarma son frère, qui insista pour un changement de traitement, et après quelques mois elle était
transportée dans un brancard en cette ville.
Au moment où je la vis pour la première fois, elle prenait trente grains de chloral chaque nuit et trois injections hypodermiques d'un * demi-grain de morphine par jour. Quant aux aliments, elle ne prenait presque rien ; j'évaluais son poids à environ quatre-vingt-dix livres. Sa taille mesurait cinq pieds deux pouces et demi, elle était très pâle, avait les lèvres livides, et la langue épaisse et marquée par les dents, symptôme de l'anémie.
Je recherchai avec le plus grand soin s'il y avait des troubles organiques, je n'en découvris aucun; j'entrepris alors mon traitement ordinaire par le lait, et sans attendre, j'y ajoutai le massage et l'électricité. Sa digestion parut si bonne que je donnai le fer à doses de vingt grains dès le troisième jour, également la pilule d'aloès trois fois par jour. Il est peut-être superflu de mentionner que je l'isolai avec une garde-malade qu'elle n'avait jamais vue auparavant, et que pendant sept semaines elle ne vit personne autre que moi-même et mon entourage. Le chiffre total de l'hyperalimentation était atteint au bout d'une quinzaine, et le
chloral et la morphine étaient supprimés le deuxième jour. Elle reposa bien la quatrième nuit; sauf deux ou trois retours de polyurie, elle arriva sans difficulté particulière. En deux mois, elle était sur pied et pesait cent vingt et une livres. Teint, embonpoint, physionomie, tout était changé à un point remarquable : le processus de réparation aurait pu s'appeler vraiment une résurrection.
Elle retourna chez elle avec une transformation égale du moral et du physique ; elle reprit place dans le cercle de la famille et dans la vie sociale, en femme bien portante et bien guérie.
Je pourrais multiplier ces exemples à l'infini. Dans quelques cas, j'ai obtenu la guérison sans engraisser les malades ; dans d'autres, quoique rarement, les habitudes intellectuelles contractées par des années de maladie étaient trop profondément prises pour changer, et j'ai vu le patient se lever gras et bien portant, mais pour retomber à la moindre occasion.
L'entêtement de quelques femmes qui s'ol)stinent à étudier et creuser leurs symptômes est souvent la grande difficulté. Un léger malaise
physique devient pour une de ces malheureuses constitutions un trouble grave et presque irrémédiable, dû à l'habitude de s'étudier soimême.
Miss P , âgée de vingt-neuf ans, pesant
cent onze livres, haute de cinq pieds quatre pouces, peau foncée, pâle et couverte d'acné bromique, me consulta l'an dernier. Elle avait eu une attaque qu'on réputait épileptique et qu i était probablement hystérique ; mais sur ce point elle éprouvait un effroi incessant, entretenu par les trop tendres soins d'une parente très proche qui ne la quittait ni jour ni nuit. Vinrent des douleurs vagues névralgiques dans les jambes, avec faiblesse continuelle, asthénopie, anémie, perte d'appétit et d'embonpoint.
Alors ce furent des douleurs spinales et une menstruation irrégulière, une longue suite de cautérisations locales de l'utérus, des bretelles, des toniques et des narcotiques sans fin.
Je coupai court aux relations qui avaient été presque fatales aux deux femmes ; je promis avec assurance la guérison et employai mon traitement dans toute l'étendue. Après trois mois, elle retourna chez elle en bon état et
heureuse, largement indemnisée de ses pertes; elle avait le éteint clair, les fonctions régulières et pesait cent trente-six livres.
Il est inutile d'insister sur le rapport qui lie tous ces cas, et il est impossible de décrire sur le papier les moyens de déterminer — et il y a là une large part de succès dans le traitement — les procédés moraux pour obtenir la confiance et assurer, dans la mesure voulue, l'obéissance enfantine, pour ainsi dire, de la malade.
Une autre série de cas apportera cependant plus de lumière. Nous avons rencontré des femmes saines d'esprit, mais atteintes de quelque douleur chronique ou de quelque maladie définie qui ne guérit pas, soit parce que les toniques habituels font défaut, soit parce que les occupations de la vie les maintiennent toujours dans un état d'épuisement. Si nous faisons reposer notre malade et si nous ôtons au repos ses inconvénients par le massage et l'électricité, nous pouvons souvent obtenir des guérisons qui n'auraient pu être obtenues autrement. Gela est vrai de mainte maladie utérine et d'autres désordres.
Miss B , âgée de trente-sept ans, taille cinq
pieds cinq pouces, poids cent quinze livres, institutrice, sans aucun trouble organique appréciable, a eu une chute violente en conduisant une voiture. Une légère enflure dans la région lombaire blessée s'ensuivit, accompagnée d'une douleur qui augmentait quand elle marchait à quelque distance. Perte de couleur, d'appétit et d'embonpoint survint, et après beaucoup de traitement elle me consulta, il y a un an et demi .
Je ne pus constater que de la douleur en pressant fortement, et elle n^'était rien moins qu'hystérique ou impressionnable.
Un repos de deux mois avec le traitement ordinaire porta son poids à cent trente-huit livres, et depuis elle a toujours été capable de faire son ouvrage habituel; elle pouvait marcher quand, où et aussi loin qu'elle voulait.
Il y a un an, je traitai avec quelque hésitation une dame qui avait une forte bronchite et une faible albuminurie. Cette personne n'était qu'un squelette; toutes les fonctions étaient dérangées. J'entrepris son traitement avec la plus grande crainte; mais j'eus le plaisir de la voir engraisser et colorer comme les autres ; sa toux la quitta, l'albumine disparut, et elle fut à même
de marcher et d'aller en voiture; une congestion subite des reins la tua en quarante-huit heures.
J'ai entrepris, sans beaucoup d'espoir, de traiter trois cas de phthisie de la même manière. Il y a des cas de cette nature où l'exercice fatigue.
Il en est d'autres que, pour diverses raisons, nous ne pouvons envoyer sous des cieux plus favorables, et alors nous en sommes réduits à assister en spectateur à l'affaibhssement graduel de nos malades. Je crois que quelquefois et surtout dans les premières périodes de la phthisie, mon traitement sauverait un petit nombre de ces malades; mais, jusqu'ici, c'est une simple suggestion que je fais, et je désire faire distinctement entendre que mon expérience quant à son utilité à ce sujet, est peu étendue. L'une des personnes qui y fut soumise revint à la santé, et sa guérison fut permanente. Il y avait chez elle des preuves évidentes d'affection du poumon.
Le numéro 2 s'était rétablie d'une façon remarquable, et à tous les points de vue; mais les pertes de sang que lui occasionnaient constamment de grosses hémorrhoïdes et les souffrances
DIÉTÉTIQUE ET THÉRAPEU TIQUIi 125
(lue lui intligeaient des fissures à l'anus furent causes d'une rechute dont elle ne se releva point.
Le numéro 3, un homme, fut traité à l'âge de vingt-quatre ans par le repos et le massage, sans l'électricité, et son état s'était amélioré au point qu'il put reprendre ses travaux. 11 a encore une petite toux et s'astreint à de nombreuses précautions, car il existe encore au sommet du poumon gauche des traces évidentes d'affection latente.
Pour épargner d'autres détails, je vais donner un aperçu succinct de l'histoire de huit malades, toutes des femmes maigres, faibles, anémiques, et qui toutes souffraient de cette foule de maux et de malaises réels ou imaginaires, ou amplifiés par l'attention qu'on leur accorde toujours.
Mme L , âgée de vingt-neuf ans. En trois
mois, elle avait gagné dix-huit livres et était devenue forte et vigoureuse.
Miss R . . . . , âgée de vingt-huit ans , avait gagné en deux mois, vingt-huit livres, et quittant enfin son lit, elle avait recouvré force et couleurs.
Miss L., âgée de vingt-neuf ans, taille de
cinq pieds iiuit pouces et pesant cent dix-huit livres, était, dans l'espace de quatre mois, revenue à la santé parfaite; son poids s'était élevé à cent soixante-neuf livres. Elle était restée deux mois au lit.
Miss E , dispositions nerveuses, avec menace d'aliénation mentale et un état déplorable de corps et d'esprit, reprit des couleurs, et, de cent dix-neuf livres qu'elle pesait, elle vit son poids s'élever à cent trente-deux livres.
Mme P présentait comme symptôme
prédominant une sensation de fatigue incessante dès qu'elle essayait de marcher ou de se tenir debout. En six semaines, elle avait gagné seize Uvres; cependant son état ne fut qu'amélioré, elle ne fut point guérie.
Miss M...., âgée de trente-deux ans. Cette malade était précédemment d'humeur joviale; mais une chute légère qu'elle fit, et des fatigues morales la mirent rapidement à l'état d'invahde et la rendirent si impressionable, si prompte à s'irriter, qu'elle devint bientôt, et pour elle et pour son entourage, une source de misère. La guérison fut complète dans l'espace de neuf semaines de repos; elle reprit ses premières
couleurs, mais ne gagna pas au delà de sept livres.
Miss B... institutrice. Cette malade, soignée à l'hôpital, n'était pas anémique. Elle présentait cependant toute la série des symptômes nerveux habituels et de l'irritation spinale. Elle gagna treize Uvres en sept semaines, et semble revenue à la santé, mais la permanence de la guérison n'a pas encore été mise à l'épreuve par la reprise du travail.
Mme R...., âgée de trente-huit ans; taille de cinq pieds trois pouces et pesant cent dix livres. Cette dame n'avait jamais gardé le Ht complètement, mais elle était obligée de se coucher plusieurs heures par jour. Elle était excessivement nerveuse, souffrait beaucoup de dyspepsie et était anémique à un point remarquable. Elle devint capable de reprendre les travaux qui lui plaisaient, mais je crus toutefois devoir insister sur un repos quotidien de quatre heures par jour. Les couleurs étaient revenues rapidement, et elle avait gagné vingt-cinq hvres dans l'espace de neuf semaines.
Je pourrais citer d'autres exemples de gain au point de vue de l'embonpoint, sans que la
guérison manifeste en fût la suite. Je l'ai déjà dit, de tels cas sont rares, et on obtient plus souvent un grand soulagement sans augmentation de poids; l'embonpoint peut se montrer après que la malade est sortie du lit depuis quelques semaines.
J'ai plus d'une fois fait mention du retour remarquable de la menstruation sous l'influence de ce traitement; j'ajouterai, comme exemples, une petite liste des cas les plus intéressants :
Mme N...., âgée de vingt-neuf ans, n'avait pas vu ses règles depuis cinq ans ; les menstrues se montrèrent chez elle le cinquième jour du traitement et sont revenues sans interruption depuis cette époque, il y a aujourd'hui trois ans.
Mme G...., âgée de quarante-deux ans; huit ans sans menstrues; revoit ses règles au soixantième jour du traitement ; bien réglée depuis quatre mois.
xMiss A. . . . , âgée de vingt-six ans ; mal réglée. Cette demoiselle est deux ou trois mois sans voir, puis elle perd ensuite de façon irrégulière pendant deux ou trois autres mois. Elle n'avait pas vu depuis deux mois à l'époque du commence-
ment de son traitement. Le dix-neuvième jour, les règles se montrèrent, et depuis treize mois la patiente est bien réglée.
J'ai eu, pendant un moment, l'intention de donner, dans la première édition de ce travail, la liste complète de toutes mes observations avec leurs résultats; mais ce qui serait chose facile pour des affections nettement définies, pour la fièvre typhoïde par exemple, devient très difficile dans les cas dont je m'occupe.
Dans la fièvre, les statistiques sont simples, les malades succombent ou se rétabhssent ; mais dans les cas d'épuisement nerveux, comme nous nous plaisons à dénommer ces affections, il est impossible d'indiquer d'une façon exacte le nombre de guérisons partielles, ou tout au moins de définir avec quelque degré d'utihté le gain obtenu. C'est pour cette raison que je n'ai pas essayé de fournir une statistique plus étendue du grand nombre de cas que j'ai traités.
Les retours de la maladie après guérison complète ont été très rares ; mais, naturellement, il y a eu des exemples d'amélioration, sans réparation totale. Toutefois, même là, les cas de
rechute complète n'ont pas été nombreux à décourae^er le médecin, tandis que, d'un autre côté, je peux compter un nombre considérable de femmes qui ont été sauvés par mon traitement lorsque tout autre avait échoué et qui depuis ont joui de la force d'esprit et de corps de la façon la plus parfaite et la plus avantageuse.
Je ne doute point que les assertions formulées par moi n'excitent dans quelques esprits cette défiance qu'inspire si naturellement la relation de guérisons remarquables; je ne saurais y trouver à redire. Chaque médecin peut compter dans sa pratique un nombre plus ou moins grand de ces cas tels que je les ai décrits; tout praticien de grande expérience sait que bon nombre de ces malades sont un sujet d'inquiétude ou de désespoir thérapeutique si profond, qu'avec le temps il en vient à les considérer comme vouées d'une façon irrémédiable à une vie d'éternelles souffrances.
Je suis heureux de pouvoir dire que, tant dans la pratique privée qu'à l'hôpital des maladies nerveuses, mes malades se sont constamment trouvés sous les yeux d'observateurs exer-
cés et attentifs; je dois au zèle et à l'habileté de ces derniers maints détails thermométriques et autres particularités; ils ont pu de leur côté se convaincre par l'expérience de la valeur exceptionnelle du traitement que je soumets maintenant au jugement de la profession médicale tout entière.
REMARQUES SUR LE TRAITEMENT SYSTÉMATIQUE DE l'hystérie GRAVE ET DE CERTAINES FORMES DE NÉVRASTHÉNIE \
Messieurs,
Lorsque votre président me pria d'ouvrir la discussion au sujet du traitement systématique de l'hystérie et des affections névrasthéniques, affections sur lesquelles j'avais déjà attiré l'attention des médecins dans une série de communications publiées dans The Lancet en mai, juin et novembre de l'année dernière, je suggérai que le Weir Mitchell, de Philadelphie, dont j'ai adopté la méthode, se laisserait peut-être persuader à entreprendre
1. Introduction à une discussion dans la section médicale de l'Association britannique médicale à Worcester, le 9 août 1882, par le docteur W.-S. Playfair, professeur d'obstétrique au « King's Collège ».
la tâche qu'on me proposait. Je regrette, messieurs, que le Mitchell n'ait pu accepter l'invitation de votre président; assurément l'exposé des vues de ce médecin distingué, sur un sujet si important dans la pratique, aurait été extrêmement intéressant et fructueux à entendre de lui-même. Jusqu'au moment où je mis en pratique la méthode du D' Mitchell, j'avais toujours considéré, comme probablement la grande majorité de mes confrères, les affections si douloureuses et si communes sur lesquelles va s'ouvrir présentement la discussion, comme l'expression absolue de Vopprobrium medicinse. Rien ne saurait être moins consolant que le témoignage des médecins au sujet de ces vies brisées, de ces malheureuses créatures condamnées à une couche perpétuelle, qui deviennent à charge à elles-mêmes, à tous ceux qui les entourent, qui rendent misérable le foyer autrefois heureux, et qui épuisent à la fois et la patience et les ressources de ceux dont elles dépendent. Qui de nous ne pourrait indiquer quel- ([ue exemple typique de ce genre où la patiente, enfin, après l'apphcation de traitements
et de médicaments de toutes sortes, après que non pas un, mais vingt médecins ont été consultés, après l'usage inutile de toutes les méthodes orthodoxes et hétérodoxes, s'est trouvée abandonnée à cet état auquel je fais allusion, parce que l'on désespérait de pouvoir soulager ses souffrances, toujours réelles, quoique nous les tenions pour purement fonctionnelles et indépendantes de toute affection organique définie. C'est un grand pas fait en avant que d'avoir appris à arracher de tels malades au torrent, qui les emporte. Étudiant avec zèle ce sujet depuis dix-huit mois, j'ai non seulement acquis une confiance de plus en plus grande dans la valeur de la méthode du D' Mitchell, mais j'ai aussi, et j'ose le dire sans exagération, obtenu les résultats les plus satisfaisants et les plus surprenants que j'aie jamais vus dans une branche quelconque de toute mon expérience professionnelle; je soigne plus volontiers aujourd'hui un cas de ce genre, bien choisi, qu'aucune autre affection. Point ne sera, je crois, besoin de chercher bien loin la raison de cette confiance et de ce succès. Nous avons à faire à une affection très sou-
vent d'origine psychique. Jusqu'aujourd'hui, et quoique tous les médecins instruits reconnaissent ce fait, on n'a pas habituellement recours à une méthode de traitement basée sur la conception scientifique de la nature de l'afTection. A défaut d'autres moyens, on a recours à un système inutile de médication au moyen de ce que l'on appelle les toniques nerveux, et l'on abandonne la malade à toutes les influences morbides des causes psychiques, lesquelles, neuf fois sur dix, ont une part considérable dans la production de la maladie. Quoique les formes graves d'affections hystériques dont nous nous occupons, diffèrent l'une de l'autre à l'infini, quoique elles exigent, pour les caractères particuliers de chacune d'elles, une étude attentive, il n'en est pas une, peut-être, dans laquelle des influences mentales malsaines ne jouent un rôle important sinon dans l'étiologie, au moins dans l'entretien de l'affection. Les soins constants et peu judicieux qu'on lui accorde, le besoin de sympathie, le fait que la chambre de la malade devient un centre d'intérêt pour elle-même et pour ses amies, les discussions éternelles à propos
des sensations et des symptômes, tout a son effet actif, nuisible ; tant que cet état de choses continue, aucun traitement, si rationnel qu'il soit, aucune médication n'a de chance probable de succès. Je montrerai dans un instant que l'isolement complet et absolu de la malade, l'éloignement de toutes les conditions malsaines qui l'entourent, sont la base, l'essence, pour ainsi dire, du traitement systématique dans ces cas ; si vous avez fait ce premier pas, vous avez, d'une façon efficace, préparé le terrain pour le développement d'autres mesures curatives. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans une longue description des formes et des symptômes, non plus que de la pathologie des affections hystériques auxquelles ce traitement peut s'appliquer. Il n'est pas d'étude plus intéressante, mais le temps dont je dispose est absolument insuffisant pour une pareille tâche. Je me contenterai donc d'une esquisse rapide de cas typiques d'affection névrasthénique qui se prêtent le plus au traitement systématique, et j'esquisserai d'une façon également rapide la description de ce traitement. Qu'il me soit permis de rappeler à mes auditeurs que je ne
peux entrer que dans les détails les plus élémentaires; ils devront, pour un développement plus complet, consulter les écrits de Weir Mitchell, de Goodell, ainsi que mes travaux à ce sujet. Si j'ai intitulé mon dernier travail : « Le traitemeiii systématique de la j^^ostration nerveuse et de V hystérie accompagnant les affections de V utérus », c'est parce que mon attention avait tout d'abord été attirée sur ce sujet, par l'association fréquente de ces états avec les affections des organes de reproduction chez la femme. On ferait erreur, cependant, de conclure qu'il est des rapports constants ou nécessaires entre les deux. En effet, quoique les troubles nerveux soient fréquemment survenus à la suite d'affections de l'utérus, ils ont complètement masqué le désordre local originel dans une grande quantité de cas que j'ai vus.
Je ne sais si, en toute franchise, je ne dois confesser, non sans quelque confusion, que trop souvent le traitement local peu judicieux et poussé à l'extrême a tout au moins intensifié et entretenu le désordre névrasthénique dominant. J'observe présentement une malade de
laquelle je peux dire qu'elle souffre de « pessaire au cerveau », car elle songe incessamment à l'un ou à l'autre des soixante -dix-neuf instruments qui furent introduits dans ses organes en peu d'années, en Amérique et en Angleterre.
Il est peut-être superflu de vous rappeler les formes si variables et si complexes des affections névrasthéniques que l'on peut classer sous la rubrique qui fait le titre de cette communication. Je crois toutefois probable que, seuls, les médecins qui se sont occupés spécialement de ce sujet et qui ont pu observer minutieusement des cas de cette description comprennent combien ces affections nerveuses sont vraiment singulières, trompeuses et variables dans leurs formes. Il n'est peut-être jamais deux cas absolument semblables, et chaque patient exige l'étude la plus soigneuse et la plus minutieuse, si nous voulons réussir dans notre traitement, tant au point de vue des symptômes physiques, pour éviter de confondre quelque lésion organique" obscure, mais réelle, avec les simples désordres fonctionnels, qu'à l'égard du caractère mental spécial de notre malade; notre succès dépendra en grande partie de la fidélité
avec laquelle nous aurons su comprendre ce dernier point et de notre tact dans les mesures à prendre à cet égard. Celui qui s'engagerait dans le traitement de cas de ce genre sans avoir soigneusement étudié les caractères psychologiques de chaque individu échouerait inévitablement.
Le cas type le mieux adapté au traitement systématique est, selon moi, la femme épuisée et amaigrie, qui fréquemment peut à peine quitter son lit et qui en est arrivée là à la suite de quelque coup soudain, tel qu'un chagrin, une perte d'argent ou une fatigue excessive mentale ou corporelle. Elle n'éprouve peutêtre au début que de la faiblesse, qui cependant augmente de jour en jour ; elle y cède de plus en plus, jusqu'à ce que tout pouvoir de résistance ait disparu ; la sympathie hors de propos, les soins attentifs de parents affectueux et d'amis contribuent aussi à la production de cet état. La perte totale de l'appétit, l'anémie profonde, l'amaigrissement des tissus, conséquence caractéristique de tous ces cas, s'établissent aussi en même temps. Sur le sol ainsi préparé se développent souvent les formes protéennes plus graves
de l'hystérie, telles que la parésie, la paralysie, le vomissement, les désordres du mouvement, l'hystéro-épilepsie et d'autres encore, qui font le désespoir des médecins et nous sont à tous plus ou moins familières. Tels sont, dans leurs variations infinies, les cas dont les résultats, par la médication ordinaire, sont si peu satisfaisants. Ceux d'entre vous qui ont ^ssayé de les traiter amsi seront, je l'affirme, d'accord avec moi : ils causent plus de déboires que toutes les autres affections de la pratique médicale.
Les éléments principaux du traitement systématique sont :
1° L'éloignement de la malade de toutes les influences funestes qui l'entourent chez elle; le repos absolu.
2° La production de l'usure musculaire et, comme conséquence, la possibilité d'assimiler les aliments, au moyen de ce que l'on a appelé « les toniques mécaniques », c'est-à-dire les mouvements prolongés et le massage des muscles par une masseuse instruite, et les contractions musculaires produites par l'électricité.
3° La réparation de l'usure, ainsi provoquée, par une alimentation régulière et excessive, de
façon que l'organisme entier, et en particulier le système nerveux, soit nourri en dépit de la malade.
Je vais maintenant faire, sur chacun de ces points, une ou deux observations rapides.
1° L'éloignement de la malade de chez elle, son isolement dans la seule compagnie d'une garde-malade est un point de la plus haute importance. Je ne saurais appuyer d'une façon trop emphatique sur ce premier pas, car c'est là une exigence cruelle, tant pour la malade que pour ses amis ; des réclamations constantes vous seront faites pour que vous modifiiez ce point, que je considère, quanta moi, comme une condition sine quâ non. J'attribue une bonne partie du succès que j'ai pu obtenir à l'adhérence rigide à cette règle. Dans la plupart des échecs dont j'ai entendu parler aux mains d'autrui, on avait fait quelques modifications à ce sujet, pour complaire aux amis de la malade; par exemple, on avait entrepris le traitement dans une chambre séparée chez elle, ou bien on avait admis les visites occasionnelles de quelques parents ou amis. Cependant, comme l'isolement de la malade doit être absolu, il faut se
APPENDICE i4S
procurer une garde-malade instruite et dont l'intelligence et l'éducation soient suffisantes pour en faire une compagne agréable.
Enfermer pendant six semaines une femme aux goûts délicats, à l'intelligence développée, avec une garde-malade stupide et grossière, ne peut aboutir qu'à un échec. J'ai eu plus de mal à trouver de bonnes gardes-malades, possédant assez de fermeté pour assurer l'accomplissement de toutes les conditions prescrites, sans être ni rudes ni antipathiques, que pour tout le reste du traitement. Dès que ma patiente ne va pas bien, je change la garde-malade et souvent avec les résultats les plus heureux. En même temps qu'on l'isole, on met immédiatement la malade au lit, pour assurer le repos absolu. Souvent, elle garde déjà le lit; d'autres fois, il y a eu fatigue, et le repos complet assure un soulagement considérable.
2° Le second point a rapport aux mouvements musculaires systématiques, dont le but est de produire l'usure des tissus. Cette partie du traitement doit être faite par des masseuses instruites, mais nous nous heurtons ici à une difficulté pratique. Les masseuses de profession
sont, selon moi, plus qu'inutiles, et j'ai dû instruire de novo un nombre suffisant de jeunes femmes fortes et bien musclées. L'aptitude pour ce travail est loin d'être chose commune, car une grande partie des sujets que j'ai essayés s'y sont montrés tout à fait impropres.
Je n'entreprendrai pas la description de ce procédé. Qu'il me suffise de dire qu'il consiste en massage systématique complet et en mouvements provoqués de tout le système musculaire pendant environ trois heures par jour; le premier effet est tout d'abord une fatigue assez grande, mais il survient peu après une sensation agréable de lassitude. On joint à cela l'usage du courant faradique pendant dix à vingt minutes, deux fois par jour; l'électricité provoque dans les muscles de fortes contractions et rend la circulation cutanée excessivement active. La combinaison de ces deux applications produit une quantité considérable de déchets organiques , que l'on remplace par l'alimentation excessive, et, par suite de l'assimilation qui augmente, par suite de la nutrition qui s'améliore, on obtient une augmentation énorme de poids ; il n'est pas rare de voir une malade gagner de
six k douze kilogrammes dans l'espace de cinq ou six semaiues. Nourrir la malade à intervalles réguliers constitue une bonne partie du travail de la garde-malade. Tout d'abord, on donne de trois à cinq onces de lait toutes les quelques heures; et pendant les premiers jours on maintient la malade exclusivement à la diète lactée. On détruit, par ce moyen, tout symptôme de dyspepsie, et l'on prépare l'organisme pour l'asmilation d'autres aliments. Ces derniers sont ajoutés par degrés, passu, avec la production de l'usure musculaire par le massage, que l'on commence dès le troisième ou quatrième jour du traitement. Vers le dixième jour, on fait commencer le massage pendant une heure et demie deux fois par jour ; à cette époque, la malade est toujours capable d'ingérer une quantité d'aliments qui semblerait inconcevable si l'on n'apprenait par expérience combien l'assimilation est parfaite et combien est rapide le développement de l'embonpoint. Il est habituel, pour les malades qui en sont arrivés au régime alimentaire complet, de prendre, à part deux litres de lait par jour, trois repas complets, c'est-à-dire : le déjeuner, se composant d'un plat
de bouillie de farine d'avoine, de poisson ou de lard, de pain rôti, de thé, de café et de cacao; le luncheon, à une heure de l'après-midi, composé de poisson, de côtelettes ou de bœuf rôti et de dessert, fruits cuits, crème, ou pudding au lait ; le dîner à sept heures : soupe, poisson, viande rôtie, et dessert; ajoutez à cela, le matin à sept heures et le soir à onze heures, une tasse de jus de viande crue. Il est vraiment très rare de voir le plus léger inconvénient résulter de cette alimentation énorme en apparence.
Si une attaque de dyspepsie se produit à l'occasion, ou la fait disparaître immédiatement en mettant la malade à la diète lactée exclusivement pendant vingt-quatre heures.
Telle est, eu peu de mots, la méthode sur laquelle je suis venu appeler votre attention. Quant à ses résultats, j'ai déjà publié plusieurs faits remarquables qui en témoignent, et il n'est peut-être pas nécessaire d'appuyer sur ce point. Je puis dire, en considérant les cas que j'ai traités, que les seuls qui m'ont causé quelque désappointement sont ceux qui à l'origine étaient mal choisis; dans les quelques cas où les résultats ne furent pas entièrement satis-
faisants, j'avais, au préalable, exprimé mes doutes : je ne croyais pas qu'ils fussent propres au traitement. Ils comprennent entre autres un cas d'affection chronique de l'ovaire et un cas d'antéflexion avec développement fibroïde de l'utérus; chez ces deux patientes, la lésion locale empêchait vraiment une amélioration persistante. Chez une troisième malade, j'avais du arrêter le traitement, à cause de lésions cardiaques; chez deux autres, c'était de l'aliénation mentale nettement caractérisée; enfin, dans un autre cas, j'avais à faire à une épileptique. Pour moi, toute lésion organique de ce genre bien constatée est une contre-indication positive. Dans mes autres cas, les résultats furent tout ce que je pouvais désirer, et dans bon nombre de ces derniers les malades revinrent à la santé parfaite après des années de souffrances au lit; l'une d'elles n'était pas sortie de son lit depuis vingt-trois ans, une autre depuis seize ans^ une autre depuis neuf, une autre encore depuis six, et ainsi de suite. Deux fois les malades étaient dans un état tel qu'il ne fut possible de les transporter à Londres qu'à l'aide des anesthésiques ; leurs mé-
deciiis les amenèrent de loin sous l'influence du chloroforme, et chacune d'elles put s'en retourner six semaines pUis tard parfaitement guérie. Je ne veux pas occuper votre temps par de longs détails; j'ai du reste déjà publié plusieurs de ces cas; mais, comme un grand nombre de mes auditeurs n'ont probablement pas vu mes premières publications, je conclurai par une notice succincte de quelques-unes de mes observations les plus récentes; elles feront bien comprendre à quelle classe d'affections cette méthode est utile. Je les choisis non seulement à cause de l'intérêt qui s'attache à chacune d'elles en particuUer, mais encore parce qu'elles fournissent la preuve de l'inutilité de tous les traitements ordinaires dans de semblables conditions. J'ai conservé la hste des médecins qui ont soigné chacune de ces malades; pour l'une d'elles, il n'y en a pas moins de vingt-cinq; ces hstes contiennent les noms de bon nombre des consultants les plus éminents du pays, preuve suffisante que tout ce que pouvaient faire les connaissances médicales les plus avancées et l'habileté la plus consommée avait été essayé en vain.
1" cas. — Le 24 avril dernier, je fus consulté pour une jeune clame du nord de l'Angleterre, qui avait des vomissements hystériques intenses. Ces vomissements avaient débuté à la suite de travaux intellectuels prolongés et duraient depuis six ans. En dernier lieu, il lui était impossible de rien garder sur l'estomac autre qu'une seule cuillerée de lait, et encore fallait-il que ce lait fût mélangé de whiskey ; elle prenait ainsi tous les jours trois ou quatre verres de whiskey. Elle était émaciée à un point extrême, ne pesant que 63 livres anglaises. Sa mère écrivait à son sujet : « Il y a eu cinq ans, à Noël dernier, qu'elle n'a conservé un repas. Ses souffrances sont extrêmes et résistent à toute espèce de traitement. Son avenir est complètement détruit, et j'ai depuis longtemps perdu tout espoir de guérison. »
La rapidité de la guérison, chez cette malade, fut presque amusante. Trois jours après son isolement, elle digérait deux litres de lait, sans l'aide, faut-il le dire, du whiskey. Au bout de dix jours, elle mangeait avec un appétit énorme, et en six semaines elle quittait la ville, pesant
106 livres anglaises, un gain de 43 livres; elle est, depuis, restée en bonne santé.
2" cas. — Le cas suivant est un exemple des mauvais effets d'une éducation de serre chaude et d'une fatigue cérébrale trop intense chez une jeune fille intelligente et douée d'une organisation nerveuse hautement développée. Elle me fut envoyée, d'après l'avis de l'un des médecins les plus connus de Londres, qui la voyait fréquemment depuis plusieurs années, en consultation avec le médecin de sa famille. Plusieurs autres médecins, également éminents, avaient été consultés pour elle. La jeune fille était âgée de dix-sept ans. A l'âge de quatorze ans, étant au travail, elle avait été prise tout à coup d'hémiplégie hystérique, et depuis quatre ans elle n'avait pas quitté son lit et n'avait pu remuer les membres inférieurs. De plus, elle avait une toux stridente et aboyante, que l'on entendait dans toute la maison et qui avait résisté à toute espèce de médication. Il lui était impossible de prendre d'autres aliments que du lait, un biscuit, une orange. Ce cas m'avait été confié, en quelque sorte, comme épreuve, et je désirais tout par-
ticulièrement qu'il se terminât bien. Quant au résultat, il me suffira de dire qu'au bout d'un mois je pus conduire ma malade dans ma voiture au haut de la rue, où elle demeurait, d'où je la fis marcher jusqu'au domicile de ses parents. Elle est, depuis, restée en parfaite santé. Il est curieux de noter, et c'est un point caractéristique, que sa toux, qui avait résisté pendant des années aux traitements les plus énergiques, disparut entièrement quarantehuit heures après son isolement et ne s'est pas remontrée depuis.
3" cas. — Le cas suivant, dont j'ai eu de nombreux exemples, est le type de ceux qui se prêtent le mieux au traitement en question. Il n'existait ici aucune affection définie, aucune simulation d'afTection, comme chez la dernière malade; il y avait affaissement total de tout l'organisme. Son médecin me l'avait envoyée avec la note suivante : « Elle a toute sa vie été invalide, sans montrer de symptôme bien défini; quelquefois, elle se plaint de maux de tête et de nausées ; d'autres fois, c'est de l'irritabihté spinale, de l'étourdissement, etc. En un mot, c'est une hystérique type. Elle ne
quitte jamais la maison ; à peine abandonne-telle le lit ou le canapé ; elle mange à peine et n'est heureuse que quand elle voit le médecin ou qu'elle prend des médecines. » Cette jeune fille, on le pensera sans peine, était très amaigrie : on eût dit un squelette. Elle se plaignait surtout de nausées , de maux de tête , de douleurs dans le dos, de dépression nerveuse intense, et de timidité (à un tel point qu'elle ne pouvait parler à un étranger) ; l'anorexie était absolue; la peau sèche et rude, la menstruation irrégulière; elle ne dormait qu'à l'aide du chloral ou de l'opium. Elle était âgée de vingt-neuf ans et depuis neuf ans conservait le décubitus dorsal. J'en finirai avec elle en disant que la réussite fut aussi complète que dans tous les cas du même type que j'eus à soigner et dont j'aurais pu prendre le premier venu comme exemple. En six semaines elle marchait; au bout de deux mois, elle put faire un voyage en mer avec la garde-malade; il il lui était recommandé de fréquenter les passagers autant que possible, afin de surmonter son effroi de la société. Elle est revenue me voir il y a deux jours, ayant fait seule le voyage
de chez elle; j'eus positivement de la peine à la reconnaître, tant la jeune femme bien mise et brillante de santé différait de la malheureuse invalide d'il y a quelques mois. Elle me dit qu'elle joue maintenant au « tennis » ; elle va à la campagne, en pique-nique, et jouit de la vie comme tout autre.
4« cas. — Le dernier exemple que je veux signaler est important^ parce qu'il représente bon nombre de ces phénomènes si étranges et si multiples qui compliquent les affections nerveuses ; à ce point de vue, c'est un des cas les plus remarquables que j'ai jamais observés. Le sujet dont il est question doit être bien connu à de nombreux praticiens, car il n'est peutêtre pas de médecin consultant dans la métropole qui n'ait été appelé à le voir pendant les seize années que dura sa maladie, sans compter les nombreux médecins qui ont vu la malade dans les villes d'eau qu'elle visitait à la recherche de soulagement. Ma première rencontre avec elle est assez curieuse. Deux mois avant qu'elle me fût présentée, me promenant sur l'esplanade de Brighton avec un médecin de mes amis, mon attention fut attirée par un groupe
remarquable que tout le monde regardait. La figure principale de ce groupe était une dame que l'on traînait sur une longue couche ; elle paraissait très souffrante et était extrêmement maigre; sa tète était tirée en arrière, presque à l'état d'opisthotonos, ses bras et ses mains serrés et contractés, ses yeux fixes et le regard perdu dans le vague. Il y avait un je ne sais quoi dans toute cette procession qui me parut le type de l'hystérie, et je fis en riant la remarque que (( j'étais sûr de guérir ce cas si je l'avais entre les mains ». Tout ce que j'appris au moment fut que la malade venait à Brighton chaque automne, et que mon ami l'avait vue traîner ainsi depuis dix ou douze ans. Le 14 janvier de cette année, on me pria de me trouver en consultation avec mon ami le Behrend, et je n'eus pas de peine à reconnaître dans la malade la dame que j'avais vue à Brighton. Il serait fastidieux de détailler tous les symptômes nerveux que cette malade avait éprouvés depuis 1864, époque où elle fut prise pour la première fois de paralysie du bras gauche. Entre autres, — je cite les notes que me fournit le docteur Behrend, — elle eut de la paraplégie complète, de l'hé-
miplégie gauche, de l'amaurose hystérique totale ; mais elle s'était remise de ce dernier symptôme pendant l'année 1868. Depuis tout ce temps , elle avait gardé le lit ou la chaise longue et n'avait point exonéré sa vessie spontanément depuis seize ans. Je trouve encore dans les notes « des souffrances terribles dans la colonne vertébrale, dans la tête et dans les yeux, » imposant l'usage du chloral et de la morphine à fortes doses. « Depuis de nombreuses années, elle a des attaques convulsives de deux types bien distincts, ayant évidemment le caractère de l'hystéro-épilepsie. » Voici les notes rapides que je pris sur mon carnet lors de ma première visite à la malade. « Je la trouvai étendue sur une chaise longue, le bras gauche paralysé et contracturé, attaché au côté afin de le maintenir en position. Elle poussait de longues plaintes à intervalles de quelques secondes, indiquant son dos comme siège de grandes douleurs. Je voulais lui serrer la main droite, mais elle me pria de ne pas la toucher, alléguant que le moindre contact la plongerait en convulsions. On dit qu'elle aurait eu des attaques d'épilepsie étant enfant. Présentement, elle a plusieurs fois par
jour, fréquemment deux fois par heure, et cela nuit et jour, des attaques subites et complètes de perte de connaissance, dont elle sort avec des mouvements convulsifs de la fiice et du corps. Elle fut prise d'une de ces attaques pendant ma visite ; on eût dit un paroxysme épileptique. Le bras gauche et les deux jambes sont paralysés et privés de toute sensation. Elle mange à peine et est émaciée à un point inouï. La malade est une femme naturellement spirituelle, ayant reçu une belle éducation; mais depuis quelque temps sa mémoire et ses facultés intellectuelles semblent lui faire défaut. »
On décida d'essayer la guérison de ce cas ; on l'amena donc à « Home Hospital », dans Fitzroy Square. Elle fut si malade pendant la première nuit de son séjour dans la maison, cria et se plaignit si fort, que l'on me raconta le lendemain que personne n'avait pu dormir ; et l'on m'affirma qu'il lui serait impossible de rester. Entre trois heures et onze heures et demie du soir, elle avait eu neuf paroxysmes convulsifs violents de caractère épileptiforme, qui avaient duré, en moyenne, cinq minutes. A onze heures trente, elle perdit toute connais-
sauce et demeura dans cet état jusqu'à deux heures trente du matin; sa garde-malade la croyait mourante. Le jour suivant, elle fut plus tranquille, et depuis ce moment ses progrès se maintinrent dune façon uniforme. Le quatrième jour, elle urina spontanément, et à partir de ce moment on n'eut plus à se servir de la sonde. En six semaines, elle sortait, en voiture et à pied; avant l'expiration de deux mois, elle faisait un voyage en mer au Gap ; elle avait alors la mine excellente et se trouvait en parfait état. Arrivée au Gap, sa garde-malade fut prise d'une affection assez grave, et ce fut l'ex-patiente qui la soigna à son tour d'une façon très assidue. Elle a joui depuis d'une santé robuste, se mêlant avec plaisir à la société, faisant plusieurs milles par jour à pied, sans accuser le moindre souvenir d'une affection qui avait rendu son existence à charge à elle-même ainsi qu'à ses amis .
Je ferai cette remarque, pour conclure : je crois que la valeur principale de ce traitement systématique, traitement qui est capable de produire des résultats si remarquables, est qu'il fait appel non pas à une seulement, mais bien à de
nombreuses influences d'un caractère curatif. Chacun savait, d'une façon vague, que si l'on éloigne une hystérique de son entourage morbide, on a fait un grand pas vers la guérison. Cependant il en est peu qui prirent la peine de mettre cette donnée en pratique; et, lorsqu'ils le firent, ils se contentèrent de cet éloignement seul, joint à la persuasion morale. Quant à moi, je suis absolument convaincu que l'on ne peut, par les sermons, rappeler aucune hystérique à la santé. Le régime moral, bien compris, peut faire beaucoup ; mais très peu de femmes hystériques peuvent être accusées d'imposture consciente. La grande efficacité du traitement de Weir Mitchell me semble dépendre d'une combinaison d'agents qui, ramenant à l'état sain un système nerveux affaibli et malade, guérissent la patiente en dépit d'elle-même.
Le docteur Glifford Allbut dit qu'il avait prié le docteur Playfair d'ouvrir la discussion, parce qu'il avait été frappé d'un cas dont le docteur Playfair n'avait point parlé : celui d'une dame qu'il lui avait envoyée du Yorkshire, il y a quelques mois. On avait déclaré qu'il était impossible de la transporter, et on ne put le faire,
somme toute, que dans un hamac et sous l'influence du chloroforme. Il ajoute son témoignage de la guérison, qui fut effectuée dans ce cas ; elle était certainement de la nature la plus étonnante. Il s'agissait d'une dame d'une culture intellectuelle très élevée; ce n'était pas une hystérique du type habituel. C'était une personne exerçant sur elle-même un contrôle parfait; il n y avait rien de morbide dans son état mental; son affection était de la névrasthénie physique pure. Elle souffrait depuis une période de temps indéfinie, était extrêmement faible, et sa vie lui était plutôt une charge à ellemême qu'à toute autre personne de son entourage. Elle fut guérie dans l'espace de six ou huit semaines, puis elle fit un voyage en mer et est aujourd'hui en parfaite santé. Il a vu aussi un cas qui l'avait mis dans une position assez difficile, il n'y a pas longtemps. La « Midland Railvvay company » le pria de voir une dame qui s'était trouvée dans un accident de chemin de fer et qui avait une attaque d'hystéro-épilepsie. Il eût été absurde de dire qu'il s'agissait là d'une imposture; mais, ne perdaiit pas de vue la singularité de ces cas, il dut, témoignant en
justice, dire qu'elle pouvait se remettre en six ou huit semaines. C'était vraiment s'avancer, et il fut soumis au moment à des critiques peu favorables. Il ne sait pas si les amis de cette malade l'ont soumise ou non à cette méthode de traitement. Quant à l'hyperalimentation, il dit que des recherches ont été faites, montrant qu'il n'y a pas une grande quantité d'aliments non digérés ; la cure n'est donc point entièrement psychique; c'est^ croit-il, ce que le docteur Playfair avait voulu indiquer. Enfin il a eu un ou deux hommes parmi les malades de cette catégorie, et il aimerait savoir si le docteur Playfair en a eu aussi ; il voudrait savoir encore si le docteur Playfair ne croit pas que dans certains autres cas compliqués d'un défaut marqué dans la nutrition et d'un certain degré de désordre organique, peut-être un défaut d'assimilation pouvant faire craindre la phthisie^ le traitement pourrait jusqu'à un certain point être appliqué.
Le D' Ross (de Manchester) témoigne aussi en faveur du traitement en question. Il appuie surtout sur la nécessité de séparer la malade de ses amis et sur le choix d'une garde-malade convenable. Il croit que si le traitement du
Mitchell n'est pas nouveau en ce qui concerne chacune des recommandations en particulier, il l'est au moins, en ce sens que ces recommandations sont, pour la première fois, combinées de manière à former une méthode complète de traitement.
M. D. de Berdt Hovell (de Londres) dit que si le Playfair venait d'établir une preuve quelconque, c'était bien celle de l'absurdité du mot hystérie. M. Hovell combat depuis vingt ans cette pathologie étroite qui rapporte tous ces cas à l'utérus et aux ovaires. Sans doute, ces organes prennent forcément part au mal, mais les considérer comme la cause de l'affection est non seulement une erreur de nom, c'est encore dérouter le traitement. Toutes ces affections trouvent leur étiologie dans quelque circonstance déprimant la force nerveuse, dans un choc physique, un choc moral, et très souvent dans le désappointement. Le défaut de volonté et la susceptibilité aux irritations, telles sont les conditions essentielles pour l'établissement de cet état; et, la plupart du temps, la guérison est lente, parce que la puissance de
réparation se trouve au-dessous de la moyenne.
Il existe aussi un sentiment profond d'abandon, que l'on érige en besoin de sympathie. De nombreux malades arrivent ensuite à la paralysie ou plutôt à la parésie. M. Hovell croit que le système sympathique est intéressé dans cette affection. Il croit aussi que cet état de débilité épuisante explique la grande capacité pour les aliments que montre quelques malades pendant leur guérison.
Le D' Myrtle (de Harrogate) dit qu'il vit malheureusement dans un endroit où, depuis vingt ans, il se passe à peine un an sans qu'il soit appelé à voir un ou deux cas d'hystérie. D'après son expérience, l'un des points les plus essentiels du traitement est d'écarter la malade de son entourage habituel; le second point est d'obtenir sa confiance. Ge qu'il faudrait prendre en considération, c'est le manque d'aptitude à coopérer à sa guérison dont fait preuve la malade. Il ne faut pas trop essayer, mais les mesures sévères doivent être mises en harmonie avec le peu de puissance de coopération des malades. Il faut encore les encourager à bien faire, car la guérison de bon nombre de malades est retardée tout autant par l'indiffé-
rence de leurs amis que par la sympathie peu raisonnable de quelques-uns d'entre eux. Il connaît parfaitement les difficultés que l'on rencontre dans le traitement de ces cas ; mais il est heureux d'avoir entendu cette conférence, car il est parfaitement certain que ces cas sont trop souvent méconnus, tant par les amis des malades que par les médecins.
Le D' Drummond (de Newcastle-on-Tyne) dit qu'il a été très heureux d'entendre le bel exposé que vient de faire le D'" Playfair du traitement du D' Weir Mitchell contre l'hystérie grave. Quant à lui, c'est à l'hôpital qu'il a rencontré le plus grand nombre de malades souffrant d'hystérie grave, et il déclare qu'il n'a pas réussi comme il l'aurait désiré, dans ses essais de traitement par cette méthode; son échec dépendait peut-être de l'intervention malheureuse des infirmières, avec lesquelles les malades peuvent si facilement se mettre en connivence. Selon lui , il existe généralement trois formes d'hystérie : 1° l'hystérie entièrement indépendante de la volonté ; 2° celle que la volonté peut contrôler ; 3^ la forme plus ou moins simulatrice. Le Drummond
donne des exemples pour appuyer son dire.
Le Ransome (de Manchester) fait remarquer que, dans plusieurs cas d'hystérie associée à la phthisie au début, le traitement avait non seulement guéri l'hystérie, mais il avait encore contribué à l'amélioration dans l'état des poumons.
Le Henry Bennet (de Weybridge) fait remarquer que l'intérêt inspiré par la communication du Playfair a attiré dans la salle un nombre considérable de membres de la section voisine, la section d'obstétrique. A défaut d'autre volontaire, il veut rompre une lance en faveur de la vieille doctrine hippocratique, qui rapportait dans de nombreux cas, quoique non dans tous, l'hystérie aux organes utérins, surtout chez les jeunes personnes. Il se fait gloire d'avoir, le premier, indiqué à la profession médicale, il y a déjà de nombreuses années, le fait, généralement admis aujourd'hui, que les affections utérines, inflammatoires ou autres, se rencontrent assez fréquemment chez des vierges, jeunes ou non, et que ces affections sont souvent la cause véritable des formes les plus graves de l'hystérie. Il a vu à la suite de ses
publications à ce sujet, à une époque où la clientèle l'occupait beaucoup, de nombreux cas de ce genre, en consultation ou chez ses propres malades. Il en effectuait ordinairement la guérison par le traitement local, sans avoir recours à une thérapeutique spéciale quelconque. Il admet certainement l'existence de l'hystérie grave sans affection utérine, il croit aussi que l'hystérie grave peut persister après qu'une maladie concomitante de l'utérus a disparu, et qu'il faut alors autre chose qu'un traitement chirurgical . Le Mitchell a guéri une des malades de l'orateur; cette patiente, une jeune Américaine, était restée à peu près invalide après la disparition d'une affection utérine. Mais ce fait n'autorise pas à négliger les faits pratiques auxquels il fait allusion, et dont l'expérience d'une longue carrière chnique leur a démontré l'exactitude. Il lui arrive constamment de hre, dans les écrits de médecins non gynécologues, des descriptions d'hystérie grave, qui pour lui sont des formes, absolument évidentes, d'affections utérines. Les auteurs ne reconnaissent pas ce fait, parce qu'ils ne sont pas versés dans la science gynécologique.
M. Ross Jordan (de Birmingham) loue hautement le D' Playfair des vues qu'il vient d'exposer d'une façon si claire et si convaincante. D'après un ou deux cas qu'il a traités incomplètement, il croit que la méthode en discussion présente les plus grands avantages. Il désire surtout dire quelques mots au sujet de l'opinion do l'un dos orateurs, M. de Berdt Hovell, qui affirme que l'hystérie n'est pas le résultat des affections utérines. M. Ross Jordan croit qu'un bon nombre de ces cas n'ont pas d'autre origine ; les médecins, et en particulier ceux qui professent une connaissance particuUère du système nerveux, assument une lourde responsabilité, en niant systématiquement l'existence de troubles utérins et ovariens au début de l'hystérie. Sans doute, on peut trouver de nombreux cas d'hystérie grave sans trace d'affection utérine; mais la raison en est que le repos imposé par l'inaptitude de la malade à aller et venir a amené la guérison de l'affection locale. Il a trouvé l'hystérie bien plus commune avec une affection utérine ou ovarienne légère que quand cette dernière est sérieuse. Il affirme que, si tous ces cas étaient
convenablement traités à l'origine, on trouverait moins d'invalides chroniques, moins d'hystérie profonde.
Le D' Leech (de Manchester) attire l'attention sur deux cas de névrasthénie chez des hommes qu'il a vus récemment; chez l'un et l'autre il y eut rechute après la guérison apparente ; l'orateur demande si le D' Playfair a vu des rechutes dans les cas qu'il a traités.
Le D' Mahomed (de Londres) dit que, dans tous les cas d'hystérie, il y a fréquemment rechute; il demande si le D' Playfair a vu des . récidives dans les cas qu'il a soignés ou s41 en connaît dans ceux du MitchelL II voudrait connaître l'expérience des autres praticiens au sujet de ces maladies, et savoir comment elles se terminent ordinairement, quand on n'applique pas le nouveau traitement. Il croit que le secret de la chose gît dans la rigueur du traitement et dans la foi entière de la malade quant au succès définitif. Il croit que la même rigueur nous est nécessaire dans le traitement d'autres affections, et que l'on n'obtiendra ce progrès qu'en adoptant la mé-
thode de traitement préconisée par le D' Mit- | chell.
Le D' Playfair^ en réponse au président, dit que son expérience à l'égard de ce traitement chez les hommes n'est pas suffisante; sans doute, dans des cas appropriés, il remplirait les indications. Dans d'autres maladies, ce traitement fait certainement du bien, par exemple dans la chorée. Il a guéri tout récemment par ( ce moyen un cas de chorée intense, qui durait depuis neuf ans et qui avait résisté à tous les traitements essayés. Il a peu à dire en réponse aux autres orateurs, si ce n'est que l'expUcation de l'énorme quantité d'aliments absorbés par les malades se trouve, assurément, dans les déchets excessifs produits par le massage.
La perte exige une augmentation de combustible, et, pendant le processus d'assimilation, la malade guérit. C'est un processus strictement physiologique, basé sur l'amélioration de la nutrition. Il considère l'existence d'une lésion organique bien constatée comme une contre-indication positive. Quant à la question des récidives, tout ce qu'il peut dire, c'est
que jusqu'ici aucun de ces cas n'avait eu de rechute. On peut cependant s'attendre, et c'est une question de sens commun^ à ce que ces malades si intéressantes et si fragiles retombent encore de temps en temps sous le coup de quelque malaise.