CHAPITRE PREMIER
Ceux qui m'ont fait l'honneur de suivre mon service clinique à l'hôpital pour les maladies du système nerveux connaissent le soin que nous mettons à constater l'embonpoint de nos malades. Perdent-ils ou ont-ils perdu de leur poids? Sont-ils, naturellement, gras ou maigres?
Ces questions sont d'une importance capitale à tous les points de vue et méritent d'attirer l'attention d'une façon toute particulière. Nous avons l'habitude, dans notre hôpital, de peser nos malades à leur entrée, puis à des intervalles déterminés ; mais je ne crois pas que cette pratique soit mise à exécution réguHèrement dans les autres hôpitaux. La perte de la
graisse est, dans l'espèce, de peu d'importance, pourvu que la quantité quotidienne des alir ments soit suffisante pour les besoins de la dépense journalière et que les organes soient capables d'élaborer la quantité de graisse nécessaire. Mais la perte constante ou rapide des hydrocarbures accumulés dans les tissus est très importante, car elle indique soit une dépense excessive, soit un défaut d'élaboration; c'est quand il en est ainsi que nous devons rechercher les causes de phénomènes si frappants.
Cette diminution du tissu adipeux a aussi, selon moi, une autre signification : c'est une règle presque invariable que l'amaigrissement rapide est accompagnée d'anémie plus ou moins prononcé, et il est rare de voir l'augmentation dans la quantité de graisse survenir après la diminution pathologique du poids, sans remarquer aussi un gain correspondant dans la quantité et la qualité du sang.
Nous perdons trop souvent de vue que le sang s'appauvrit quand le patient perd son embonpoint, et qu'il devient plus riche à mesure que celui-ci regagne du poids.
Avant d'entrer dans plus de détails, j'appel-
lerai Fattentioii sur quelques points relatifs à l'état normal des matières grasses chez l'homme. J'envisagerai notre sujet surtout au point de vue dinique, admettant que mes lecteurs sont bien renseignés sur la valeur physiologique et les fonctions des tissus adipeux.
Quand le poids d'un individu varie plus ou moins rapidement, cette variation est presque toujours due à une modification dans la quantité de la graisse accumulée dans les réseaux du tissu aréolaire. Chaque fois que la santé est gravement atteinte, cet état se révèle chez la plupart par la diminution de l'embonpoint, diminution se reconnaissant très facilement à la face, qui, toujours exposée et présentant les contours les plus irréguliers, montre tout d'abord et très nettement la perte ou le gain de tissu,
La graisse est, par conséquent, l'élément de Forganisme qui va et vient le plus facilement. Nous ne savons pourquoi il existe chez presque tout le monde des limites normales à son accumulation. Le poids de l'homme, et plus encore celui de la femme, n'est pas constant, même à l'état de santé ; mais, en thèse générale, quand
il y a équilibre parfait entre la recette et la dépense, nous sommes en bonne santé; de môme, si notre poids ayant diminué à la suite de fatigue ou par quelque autre cause, nous réparons lentement la perte qu'a subie notre organisme, si, en un mot, nous accumulons de la graisse, nous sommes encore en état de prospérité nutritive. La perte de la graisse, surtout sa perte rapide ou continue, coïncide toujours avec des conditions amenant lappauvrissement du sang; d'un autre côté, le développement adipeux, borné à de certaines limites, semble marcher de pair avec l'amélioration de la santé dans tous ses points essentiels et particulièrement avec l'augmentation du nombre des globules rouges.
La quantité de tissu adipeux nécessaire à chaque individu varie avec le sexe, le climat, les habitudes, la saison, l'époque de la vie, la race et la descendance. Quetelet ' a montré qu'avant la puberté le poids du jeune garçon dépasse celui de la jeune fille, mais qu'à l'approche de cette époque le poids relatif de cette
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dernière, poids dû au développement adipeux, augmente, de sorte qu'à l'âge de douze ans les deux sexes pèsent autant l'un que l'autre. Pendant la période de la conception, il y a une diminution absolue dans le poids delà femme; mais, après cette époque, le poids augmente et atteint son maximum vers l'âge de cinquante ans.
Le docteur Henry J. Bowditch ' est à peu près de la même opinion ; il a mesuré un grand nombre d'enfants de Boston et montré que les garçons pendant leur développement sont plus lourds que les filles, relativement à leur taille et jusqu'à ce que celle-ci ait atteint la hauteur de cinquante-huit pouces; le jeune garçon a alors environ quatorze ans. La jeune fille le dépasse à cette époque, et le docteui* Bowditch attribue ce fait à l'accumulation du tissu adipeux aux approches de la puberté. Deux ou trois ans plus tard, le jeune homme acquiert de nouveau et conserve alors la siq^ériorité dans le poids et dans la taille. Cependant il est dans la vie des particula-