‹ Du traitement moral de la folieChapitre 38 sur 80 · OPINION DE QUELQUES SPIRITUALISTES · texte numérisé non relu

OPINION DE QUELQUES SPIRITUALISTES

l’acte de l’exercice de sa liberté, ni par l’intervention d’une force étrangère : donc l’esprit ne peut, de lui-même, perdresa liberté.» MM. Nasse et Jacobi veulent également que l’esprit ne puisse jamais être malade; ils pensent que la folie est toujours le résultat de la réaction opérée sur le cerveau, par la souffrance de quelque autre organe , tandis que MM. Heinroth, Hohnbaum et quelques autres, soutiennent opiniàtrément le contraire. Ces disputes allemandes sont à peine arrivées jusqu’à nous, et je puis les négliger ici, attendu qu’elles n’ont pas eu et qu’elles ne paraissent pas appelées à exercer, sur la pratique des maladies mentales, une véritable influence.

J’en dirai autant d’une opinion émise par Fodéré, qui regardait la folie comme de produit d’un dérangement quelconque, direct ou indirect de la substance intermédiaire qui sert aux relations entre l’intelligence et les organes corporels. » Cette substance intermédiaire , qui l’a vue? Comment prouver qu’elle existe? Fodéré ne pouvant concevoir l’alliance de l’àme avec le corps, trouve bon de placer, entre eux, une troisième substance tenant de l’un et de l’autre, et les réunissant en un seul tout, pour former l’homme : c’était expliquer une difficulté par une difficulté plus grande, et charger inutilement l’histoire de la folie, d’une hypothèse nouvelle.

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§ XV. Sur quelles bases doit reposer le traitement

de la folie.

Avons-nous besoin, pour le traitement des aliénés , d’adopter la doctrine des matérialistes ou celle des spiritualistes? non, heureusement. 11 suffit que nous nous laissions guider par la raison et par l’expérience. Or , nous savons quelle influence les passions exercent les unes sur les autres; nous connaissons la réaction réciproque des idées et des sentimens, apprenons à les employer à propos, à les faire réagir dans un but salutaire. Tel mode d’impression, tel raisonnement qui agiraient sur un homme raisonnable , restent sans effet sur un aliéné ; ayons recours à des raisonnemens plus forts, à des impressions plus vives et plus variées. Que faisonsnous à ceux que nous croyons dans l’erreur? leur opposons-nous des sangsues, des purgatifs, ou des objections? Des objections. Faisons de même avec les aliénés, car les aliénés sont des hommes qui se trompent.

La croyance généralement reçue qu’une lésion matérielle et visible du cerveau est la cause de la folie, a détourné la plupart des médecins d’aliénés de l’emploi d’un traitement moral énergique. C’est là une faute grave : le cerveau des aliénés n’est visiblement ma-

154 BASES DU TJLAITEJJEWT de la folie,

lade que chez les aliénés dont la folie est compliquée d’altération dans les fonctions appelées organiques. Et quand il y aurait une véritable altération du cerveau, chez les aliénés, le traitement moral, le traitement par les idées et les passions, serait encore celui qui offrirait le plus de chances de succès. Voyez, en effet, ce qui se passe chez les idiots; il y a, presque toujours dans leur cerveau, un vice congénial ou acquis; est-ce par des agens physiques ou par l’éducation que l’on parvient à donner quelque développement à leur intelligence? Les agens physiques n’y seraient d’aucune utilité, on ne songe pas même à y recourir; les agens moraux, employés avec adresse et ténacité (i), produisent, au contraire , dans l’intelligence et les passions des idiots, des changemens presque merveilleux.

Quant à l’expérience des moyens moraux sur les aliénés, elle a été faite, mais elle est restée sans fruit. On n’a pas distingué les cas où ces moyens étaient indiqués, des cas où ils devaient rester inutiles, et après avoir restreint leur em-

(i) V. à ce sujet les excellens rapports publiés, sur le Sauvage de V Aveyron, par Itard. De t Éducation d’un homme sauvage, Paris, 1801 , in-8. — Rapport sur les nouveaux dèvcloppemens et l’état actuel du sauvage de l’Aveyron , Paris, 1807, in-8.

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