LÉSIONS DES MÉNINGES
rachnoïde, sur 20 ou 20 cerveaux de suppliciés, jeunes et n’ayant éprouvé à sa connaissance du moins, aucune maladie cérébrale, mais ces altérations de l’arachnoïde existaient sans infiltration de la pie-mère, et surtout sans adhérences des méninges au cerveau. L’épaississement des méninges et l’infiltration de la piemère, jointes à l’adhérence de ces membranes à la périphérie du cerveau, constitueraient-elles un genre d’altérations particulières aux aliénés? Et ces altérations s’accompagnant presque toujours d’adhérences morbides avec le cerveau, et d’un changement de couleur et de consistance dans la substance grise de cet organe , ne peuvent-elles pas en déranger les fonctions comme celles de la plèvre dérangent les fonctions du poumon? oui: les lésions dont il s’agit sont particulières aux aliénés; oui, elles dérangent les fonctions du cerveau , et cependant rien n’autorise
à les considérer comme la cause immédiate de
l’aberration de l’esprit.
Et la preuve de ce que j’avance, c’est que ces lésions n’existent pas chez tous les aliénés, c’est qu’on ne les rencontre jamais que chez ceux des aliénés qui sont privés en tout ou en partie, de la liberté de leurs mouvemens, c’est-à-dire, chez les aliénés paralytiques.
Quant aux monomaniaques, à ceux de ces
HYPÉRÉÎMIE DU CERVEAU.
malades qui ont seulement du délire, et du délire sans agitation, sans stupeur, sans paralysie, ils ne présentent jamais rien d’analogue à la lésion des méninges dont il est ici question.
L’inflammation de l’arachnoïde cérébrale est une des causes les plus fréquentes du délire; Fêtât dès maniaques approche, pour les phénomènes morbides et pour les lésions organiques, de celui des individus atteints d’arachnitis aiguë ; l’état des démens a souvent pour cause une arachnitis chronique, surtout lorsque la démence s’accompagne de paralysie, mais tous les individus qui ont une aberration mentale et qui n’ont que cela, ne présentent aucun des symptômes caractéristiques de l’inflammation de l’arachnoïde, et à l’autopsie, on ne découvre, chez eux, aucune trace de cette inflammation.
§ III. Injection sanguine ou hyperémie du
cerveau.
Dans l’appréciation de certaines altérations pathologiques , il n’est pas rare , que plusieurs médecins témoins du même fait , émettent des opinions très diverses, les uns regardant comme à l’état normal tel organe, ou telle partie d’un organe qui, aux autres, parait dans un état maladif. L’attention appelée plus particulièrement
HYPÉRÉMÏK DU CERVEAU.
sur «ne lésion déterminée, fait qu’on la rencontre, ou qu’on croit la rencontrer souvent, tandis que, dans une disposition d’esprit contraire, on nel’eût pas même soupçonnée. Comme nous manquons le plus ordinairement de moyens exacts pour fixer dans notre esprit, les caractères physiques des objets soumis à notre observation , il arrive, en faisant une autopsie, que nous sommes incapables de nous représenter fidèlement ce que nous avons vu dans les autopsies précédentes, et que, par là, il nous devient impossible de les comparer entre elles, pour en déterminer la valeur relative. Ces différentes causes d’erreur ont certainement contribué à faire varier les résultats fournis par les ouvertures de corps, et nous trouvons des preuves multipliées qu’en effet il en a été ainsi, en lisant ce qui a été écrit au sujet des nécropsies pratiquées dans le but de déterminer quels sont le siège et la cause de la folie.
L’hypérémie du cerveau, considérée dans la folie en général, a été notée :
Par M. Bertolini sur 100 fois
Par Haslam —
Par M. Paiichafjpe —
Voilà déjà une différence énorme, mais qui devient encore plus frappante quand on com-
HYPERÉMIE DU CERVEAU.
pare les résultats obtenus pour une même variété de folie.
Dans la manie aiguë, l’hypérémie du cerveau arrive :
Suivant Greding
sur 100 fois
Suivant M. Parchappe . . . . •
Dans la mélancolie, différence
analogue :
Suivant Greding, elle a lieu . .
sur roo fois
Suivant M. Parchappe ....
Dans la démence :
M. Calmeil l’a notée
sur j 00 fois
M. Parchappe
Dans la folie compliquée de paralysie générale, maladie qui a fait l’objet d’études spéciales de la part de MM. Délayé, Bayle et Parchappe,
M. Délayé a noté l’hypérémie du cerveau sur ioo fois 16
M. Bayle — 43
M. Parchappe — 77
Quel compte devons-nous tenir de résultats aussi opposés? Ces résultats 11e nous fournissent évidemment rien de déterminé, si ce n’est que l’on trouve le cerveau hypérémié , chez un certain nombre d’individus qui meurent fous; la même altération se trouve-t-elle chez des individus atteints d’autres maladies?
HYPERÉMIE DU CERVEAU. 17
M. Bouiluaud, dans l’encéphalilc, l’a notée sur ioo lois aS Parent-Duciiatelet et M. Martinet, dans
l’arachnitis , l’ont notée. ...... — 8
M. Louis, dans la phthisie pulmonaire, l’a vue. — 1 4
Et dans d’autres maladies egalement étrangères au cerveau — 12
M. Chomël l’a vue , dans la fièvre typhoïde. — i3
M. Andral, dans les maladies chroniques du
foie, l’a notée seulement — 2
De cet ensemble d’observations, on peut conclure que l’hypérémie du cerveau n’est pas une altération exclusivement propre aux aliénés, quelle ne constitue pas une altération caractéristique de l’aliénation mentale, mais cependant qu’elle est plus fréquente dans cette maladie que dans l’arachnitis, la phthisie pulmonaire, la fièvre typhoïde, les affections chroniques du foie et plusieurs autres.
L’hypérémie du cerveau a, j’en conviens, une influence réelle dans la production des phénomènes pathologiques qui se rencontrent chez les aliénés; mais il n’en est pas de même quant à la production des phénomènes psychiques. Pour établir ce dernier fait, il faudrait démontrer que l’hypérémie a lieu non-seulement dans le cas où la folie est compliquée de paralysie, d’agitation, d’engourdissement, de douleur de tète , etc. , etc , mais qu’on la rencontre également dans les cas de folie simple, dans ces cas de monomanie où l’intelligence seule est trou-