HYPERTROPHIE ET ATROPHIE DU CERVEAU
blée, les fonctions organiques étant demeurées intactes: or, c’est ce qui est encore à prouver.
§ TV. Hypertrophie et atrophie du cerveau.
Quelques auteurs disent avoir observé l’hypertrophie du cerveau, chez les aliénés. La calotte du crâne enlevée, la dure-mère paraissait distendue par l’organe qu’elle enveloppe; et si on y pratiquait une incision, une portion des circonvolutions cérébrales se présentait à l’ouverture et y faisait saillie. Les observations de ce genre sont en très petit nombre, et pour mon compte, je n’en ai encore vu que deux exemples , mais afin de savoir si elles constituent vraiment d( s exemples d’hypertrophie du cerveau, il aurait fallu établir que l’augmentation de volume de cet organe ne tenait pas à la plénitude de ses vaisseaux, à la présence, dans son tissu, d’une certaine quantité de sérosité : or, cette recherche n’a pas été faite. Cela importe assez peu d’ailleurs au sujet dont il est ici question, attendu que l’hypertrophie du cerveau, réelle ou non, a été notée trop rarement pour mériter que nous en fassions ici l’objet d’un examen spécial.
Il n’en est pas ainsi de l’atrophie : on s’accorde à la regarder comme à-peu-près constante, chez les individus atteints de démence, et M. Par-
ATROPHIE l)U CERVEAU.
ly
chappe a entrepris d’indiquer en quelle proportion elle diminue le volume du cerveau.
M. Parchappe donne pour poids moyen de l’encéphale sain,
chez l’homme i35a grammes.
Et pour poids moyen de l’encéphale de
l’homme en démence 1275 —
Différence en moins , pour l’homme en démence, 77 grammes, ou environ la 17e partie de l’encéphale.
Et chez la femme à l’état sain 122g grammes.
Chez la femme en démence 1171 —
Différence en moins pour cette dernière 58 grammes, ou environ la 21e partie de l’encéphale sain.
Ce fait ainsi présenté est au moins spécieux. Mais les moyennes établies par M. Parchappe sont-elles exactes? portent-elles sur un assez grand nombre d’individus pour qu’on puisse les donner comme une véritable règle ?
La moyenne normale des hommes est déduite de i3 observations. (1)
La moyenne normale des femmes de 9; en tout, pour l’état normal, 22 observations.
La moyenne , pour constater l’atrophie , est établie sur 26 observations (2); c’est évidemment
(l) Op. cit. Fascicule i, pag. 99.
\2) Op. cil. Fasc. 2, pag. 181 et i8j.
ATROPHIE DU CEKVEAU.
trop peu de l’un et de l’autre côté; et j’ai d’autant plus de raison de regarder ces nombres comme insuffisans , que M. Parchappe lui-même donne ailleurs des moyennes complètement différentes des premières, et que sans doute, à son insu, il a pris pour faire la comparaison dont je viens de parler, parmi les moyennes du cerveau à l’état sain, la plus élevée; et parmi les moyennes du cerveau malade, la plus faible; de telle manière que, s’il eut calculé ses proportions d’après les autres moyennes qu’il a lui-même établies, il serait arrivé à des conclusions entièrement opposées à celles qu’il a émises, et qu’au lieu de conclure à l’atrophie, il aurait dû conclure à l’hypertrophie du cerveau, chez les individus en démence.
En effet, d’après M. Parchappe, une seconde moyenne du poids de l’encéphale à l’état normal, calculée sur 29 hommes, est de 1 3a 3 grammes (1), et une seconde moyenne, pour l’homme aliéné, de 1890 grammes; différence en plus, pour les aliénés, 67 grammes; mais parmi ces aliénés, il se trouve trois maniaques, tous les autres, au nombre de vingt-deux, sont en démence; il faut retrancher les premiers. Ce retranchement opéré, que reste-t-il pour les hommes en démence? 11 reste une moyenne de i3q2 grammes, c’est-à-
(1) Op. cil. Fnsc. 1, p. ioa, tableau n° 9.
ATROPHIE DU CERVEAU
dire 69 grammes de plus pour les hommes en démence que pour les hommes sains! (1)
Memes résultats en ce qui concerne les femmes.
La seconde moyenne donnée par M. Parchappe, pour l’encéphale des femmes à l’état sain , est de 1 2 1 o grammes; la seconde moyenne, pour les femmes aliénées, de 1263 grammes. Retranchons des élémens qui entrent dans la composition de cette dernière moyenne, cinq femmes mélancoliques ou maniaques, portées au tableau de M. Parchappe, il reste pour moyenne de l’encéphale des femmes en démence, 1241 grammes ou 3i grammes de plus qu’à l’état sain.
Il n’est donc, comme on le voit, aucunement établi, par les recherches de M. Parchappe, que le cerveau des individus en démence soit atrophié; et cela même fut-il établi, on 11’en devrait rien conclure pour ce qui regarde les maniaques ou les monomaniaques. Or, c’est surtout l’état du cerveau de ces derniers qu’il s’agit de constater, car les monomaniaques sont, de tous les aliénés, ceux qui présentent le moins de symptômes morbides appartenant à l’ordre des symptômes physiques.
Ce ne serait pas d’ailleurs, par la comparaison
(0 Fuse ■ 1, Tabl. n° 10,
ATROPHIE DU CERVEAU
du volume de l’encéphale, chez les individus sains d’esprit et chez les individus en démence, que l’on pourrait décider la question dont il s’agit , à moins de prendre pour terme de comparaison , des nombres très considérables. Tel cerveau d’un homme en démence, que vous trouvez petit, s’il a toujours été petit, n’est pas pour cela atrophié : ainsi, qu’un cerveau soit léger comparativement à un autre cerveau , on n’est aucunement autorisé à en conclure que l’un a diminué de volume ou de poids, tandis que l’autre est resté intact; le contraire pourrait même avoir lieu, sans que le procédé mis en usage par M. Parchappe, l’indiquât en aucune manière.
Pour savoir à quoi s’en tenir sur ce point, il faudrait comparer le volume du cerveau à la capacité du crâne; de cette manière, on saurait s’il y a ou non atrophie du cerveau, et dans quelle proportion cette atrophie a été produite. Et si ce procédé ne paraissait pas suffisant, si l’on présumait que le crâne se rétrécit au fur et à mesure que le cerveau diminue de volume, il faudrait recourir à la mensuration de la tète, mais alors sur une grande échelle, afin que les différences individuelles ne pussent altérer la valeur des résultats. J’ai , dans un but différent, fait avec M. Guerry les mensurations dont je parle, je les publierai ailleurs, ainsi que les chif-
ATROPHIE DU CERVEAU
Jo
très fournis par de nombreuses pondérations du cerveau considéré à l’état sain et à l’état maladif (i); je dirai seulement ici que le résultat de mes recherches ne s’accorde pas avec les idées
reçues sur la cause immédiate de la folie.
L’atrophie du cerveau, chez les individus atteints de démence, fùt-elle prouvée, avant d’en tirer aucune induction, il resterait encore à démontrer que l’intégrité de l’intelligence est incompatible avec un pareil état. Si, après avoir reconnu que le cerveau est atrophié dans la démence; si, après avoir signalé le retrait de quelques circonvolutions cérébrales, et la présence d’une certaine quantité de liquide déposé à l’endroit où ce retrait s’est opéré, ainsi que l’a vu M. Magendie, on allait trouver la même altération chez des individus sains d’esprit! il faudrait bien en conclure que ce n’est pas là la cause de la démence, et la solution du problème au lieu d’être donnée, comme on le croit, serait encore à chercher.
Et c’est précisément ce qui a lieu : les organes des vieillards s’atrophient, et l’on trouve chez eux des circonvolutions abaissées, retirées sur ellesmêmes, sans que la démence en ait été la suite.
Qu’un degré plus avancé d’atrophie cérébrale
(< ; Anatomie comparer, du système nerveux, considérée dans ses rapports avec L'intelligence. Paris, i83y.
OEDEME UU CERVEAU.
entraîne 1 abolition de la pensée, ou que du moins elle affaiblisse l’activité des fonctions intellectuelles, je ne le nie pas, mais je dis que, jusqu’à présent, on ne sait rien encore de positif à ce sujet.
§ V. OEdème du cerveau.
On a attribué, dans ces derniers temps, la stupidité à l’œdème du cerveau. M. Etoc-Demazy, qui a émis cette opinion ( i ) , a rencontré plusieurs fois de la sérosité épanchée dans la substance cérébrale, chez des individus qui avaient succombé dans un état qu’il a qualifié de stupidité et, qu’avec plus de raison, on pourrait appeler inertie intellectuelle; car d’après M. Etoc-Demazy luimême, l'intelligence de ces individus n’était pas abolie, mais seulement opprimée. En accordant que , dans la stupidité , il y ait constamment infiltration de sérosité dans l’encéphale, ce qui, du reste, n’est rien moins que prouvé, attendu que les observations de M. Etoc-Demazy sont jusqu’à présent en trop petit nombre pour établir ce point de science d’une manière définitive, il resterait, comme pour les altérations dont il a été précédemment question, à constater si l’œdème du cerveau ne se rencontre jamais chez les individus sains d’esprit. Il sera curieux de chercher si dans les maladies de langueur, par
(1) De La sLajildilc c/ic: les aliènes, Paris, 1833. in— T.
exemple, dans les hydropisics ou les infiltrations séreuses; chez les malades dont tous les tissus sont pénétrés de liquide aqueux, le cerveau n’en est pas lui-même imprégné, sans que d’ailleurs l’intelligence ait éprouvé aucune altération.
Quoi qu’il en soit, l’œdème du cerveau ne saurait être regardé comme une cause immédiate de folie , il produit , s’il produit quelque chose, une sorte de stupeur analogue à celle qui résulte de tout autre mode de compression du cerveau , mais il ne donne pas des idées fausses, il n’occasionne pas de la folie bornée aux symptômes psychiques.
§ VI. Altération de la densité du cerveau.
Plusieurs circonstances, tout-à-fait étrangères à l’aliénation mentale, font varier la consistance du cerveau. L’âge augmente probablement la densité de cet organe, comme il augmente celle de la plupart des autres tissus ; la durée du temps qui s’est écoulé depuis l’époque de la mort jusqu’à celle de l’autopsie, la présence ou l’absence d’un liquide en contact avec les circonvolutions ou avec la surface des ventricules , la température de l’atmosphère, sont autant de causes qui bâtent ou retardent la décomposition du cerveau.
Le genre de maladie qui a précédé, lors même
que celle-ci est étrangère au cerveau , n’est pas non plus sans action : il est des maladies dans lesquelles tous les organes semblent éprouver une sorte de décomposition qui les ramollit et les prépare à une putréfaction hâtive. Les individus qui succombent à une maladie ou à un accident instantanément mortel, ont le cerveau plus dense que ceux dont la maladie a été de longue durée; les suppliciés, les suicidés et surtout parmi ces derniers, ceux qui meurent d’hémorrhagie, sont dans le meme cas. Toutes ces conditions, dont il faut nécessairement tenir compte lorsqu’il s’agit de décider si tel degré de consistance du cerveau caractérise ou non un état pathologique de cet organe, lors même qu’elles seraient remplies , et jusqu’à présent on les a presque négligées, ne suffisent pas encore. On ne s’entend pas sur ce que l’on appelle un cerveau dense et un cerveau ramolli , si ce n’est dans les cas extrêmes. Mais les cas extrêmes sont fort rares; le plus souvent l’altération dont il s’agit est au moins contestable, et l’on voit tous les jours des médecins, appelés à se prononcer sur un fait de ce genre , émettre des opinions différentes. C’est que, pour décider si un cerveau est un peu plus dense ou un peu plus mou que de coutume, on n’a pas en même temps sous les yeux, les deux termesde la comparaison, savoir le fait actuel et les faits
altération de la densité du cerveau. 27
antérieurs; ces derniers sont dans la mémoire et la mémoire ne les reproduit que d’une manière imparfaite.
Il est donc impossible qu’en raison de ces difficultés, on ait, sur l’altération de la densité du cerveau , des résultats dignes de confiance ; les méthodes d’investigations usitées jusqu’à présent n’ont pas été assez précises pour cela, aussi règne-t-il une différence extrême sur ce point, entre les auteurs qui s’en sont occupés.
Dans la folie considérée d’une manière générale , le cerveau est réputé plus ferme que de coutume :
Par M. Chiaruggi (i). . .
Par Haslam
Par M. Parchappe ....
et il est noté plus mou
Par M. Chiaruggi . . . .
Par Haslam
Par M. Parchappe . . . .
sur ioo fois i5
sur 100 fois 3
Cette différence dépend-elle de ce que les cas de folie observés par Malpighi , Haslam et M. Parchappe varient entre eux, de telle manière que l’un, par exemple, ait eu surtout des maniaques, l’autre des monomaniaques, l’autre des individus en démence? S’il en était ainsi, les
0 Or lia pazzia, in ycncrc c in isjiecic, con una ccniuria di osscrvaztoni. Fiicnze, 1793 el o4-
chiffres donnés par ces auteurs auraient une valeur réelle, au lieu de se contredire, comme au premier abord on est tenté de le croire. Séparons donc les genres de folie.
Dans la manie aiguë, Greding , parlant de la mollesse du cerveau, qu’il dit avoir lieu 5i fois sur ioo, se tait sur l’augmentation de densité de cet organe.
M. Pakchappe, au contraire, cite la duretc
du cerveau
Et sa mollesse générale ou partielle . . .
no fois
Dans la mélancolie, Greding, qui ne paraît pas avoir été frappé de l’augmentation de densité du cerveau, cite son état mou, humide et visqueux 79 fois sur ioo, tandis que M. Parchappe aurait rencontré le cerveau :
Plus ferme que de coutume El plus mou
sur ioo fois 1 1
Il existe une opposition complète, au sujet de la densité du cerveau chez les suicides, entre M Ferrus(i ) et M. Cazauvieilh(a).Sil’on en croit M. Ferras, dans l’hypocondrie, la mélancolie
(1) y. Gazette médicale , et Recherches sur l'encéphale,
les personnes, comparés dans leurs rapport, recherches sur ce premier penchant cher te, hais, ans campagnes, Paris, .838, m-8"p. .8, el .86.
avec penchant au suicide, après une longue durée de la maladie, le cerveau a éprouvé une sorte de retrait; il est décoloré, excessivement mou et œdémateux, tandis que , d’après M. Cazauvieilh qui a ouvert les corps de dix-sept suicidés, « la principale altération que l’on trouve chez ces individus, c’est une consistance ferme des deux substances, et principalement de la substance blanche. » Cette altération est surtout remarquable, suivant l’auteur, chez les sujets qui ont offert tous les symptômes du suicide chronique. Ainsi, pour une même maladie, voici deux altérations directement opposées l’une à l’autre, qui sont données chacune par un auteur différent, comme cause principale de la maladie.
Une affection qui s’observe très fréquemment dans toutes nos maisons d’aliénés, c’est la démence compliquée de paralysie; elle a été signalée, mais non suffisamment décrite par les anciens, et dans ces derniers temps, MM. Délayé (i), Bayle et Calmeil en ont fait l’objet de monographies estimées. Ce dernier n’a pas mentionné la fréquence relative des altérations du cerveau dans la maladie dont il s’agit ; mais M. Parchappe a suppléé à son silence; il adonné une attention toute particulière à la paralysie des aliénés, qu’il
(t) Delà paralysie des aliènes, Paris, 1824, iû-4-
appelle improprement folie paralytique , et il a noté le nombre de fois qu’il a rencontré , ou que, suivant moi, il a cru rencontrer l’endurcissement ou le ramollissement de la substance cérébrale.
M. Délayé a noté la dureté de la substance
blanche du cerveau sur ioo fois ioo
M. Parchappe — 45
M. Bayle — 21
Et le ramollissement de la même substance:
M. Délayé »... sur 100 fois o
M. Bayle — 17
M. Parchappe — Il
L’endurcissement de la substance grise n’a
été signalée par aucun de ces observateurs.
Quant à sa mollesse ,
M. Bayle l’a notée M. Parchappe . .
M. Délayé . . .
sur 100 fois 100
Un singulier désaccord règne dans tous ces résultats: il v a même entre les observations de
M. Délayé et celles de M. Bayle une opposition qui mérite d’être signalée. La substance blanche du cerveau des aliénés paralytiques est toujours plus dense que de coutume, suivant M. Délayé; c’est au contraire, d’après M. Bayle, la substance grise qui est constamment ramollie, la substance blanche ne présentant pas une augmentation de
ALTÉRATION DR I.A DENSITÉ DU CERVEAU. ol
densité, dans la quatrième partie des cas. Il est difficile de ne pas apercevoir le reflet de quelquesidées systématiques chez l’un ou chez l’autre de ces observateurs , et peut-être chez tous les deux. En effet , pour M. Délayé, le principe du mouvement est dans la substance blanche du cerveau; donc cette substance doit être altérée chez les paralytiques. La folie est pour M. Bayle le résultat d’une méningite; donc la partie du cerveau en contact avec les méninges, c’est-àdire la substance grise, doit être altérée chez les fous. M. Délayé, si attentif à distinguer la dureté de la substance blanche, ne signale le ramollissement de la substance grise que 58 fois sur ioo, et pour un même nombre de cas, M. Bayle, qui voit la substance grise constamment ramollie , ne s’aperçoit de la dureté de la substance blanche, que 2 1 fois.
Malgré ce désaccord, il faut cependant convenir que, dans l’immense majorité des cas, le cerveau et les membranes qui enveloppent cet organe, sont altérés dans la paralysie générale des aliénés, et que l’on trouve ou une compression ou un ramollissement cérébral pour rendre raison, sinon de tous, au moins d’une partie des symptômes observés pendant la vie.
Si le cerveau des aliénés est plus dense, il doit être spécifiquement plus lourd que celui des in-
divickïs jouissant de l’intégrité de la raison. Plusieurs observateurs, Meckel entre autres, ont prétendu qu’il en était ainsi. Afin de m’en assurer, j’ai (i) pesé dans l’eau le cerveau de quatre femmes non aliénées, celui de quatre femmes mortes à la suite de délire aigu, celui de dix femmes en démence, de quatre femmes monomaniaques, et de six femmes maniaques; en tout, trente-deux pondérations.
La moyenne du poids spécifique de ces cerveaux, comparée à celle de l’eau, a été de i, o3j.
Les cerveaux les plus lourds, ceux des femmes monoma-
niaques, m’ont donné i,o54
Ceux des femmes en démence i,o3i
Ceux des femmes maniaques i,o3i
Ceux des femmes ayant eu un délire aigu .... i,o3o Et ceux des femmes non aliénées 1,028
Au premier abord, on croirait voir dans ce tableau la confirmation du fait avancé par Meckel : mais en y regardant de plus près, il n’en sera pas ainsi. La moyenne, ai-je dit, est i,o3i ; les femmes non aliénées et celles qui étaient atteintes de délire aigu seulement, sont au-dessous de la moyenne, tandis que les femmes en
(x) De la fréquence, du pouls chez les aliénés, considérée dans ses rapports avec les saisons , la température atmosphérique, les phases de la lune, etc. Réfutation de l’opinion admise sur le décroissement de lu fréquence du pouls chez les vieillards. Note sur la pesanteur spécifique du cerveau des aliénés, par MM. Leuret et Milivié. Paris, i83a.
démence et les monomaniaques sont au-dessus. Pour être fondé à tirer la conclusion que, dans la monomanie et la démence, le cerveau est plus lourd qu’à l’état sain, et pour regarder l’augmentation de densité du cerveau comme la cause productrice de l’une de ces maladies, il faudrait que, dans tous les cas analogues, on reconnut une semblable augmentation de densité. Car si l’effet est produit, la cause doit exister. Or, j’ai trouvé, sur les six monomaniaques, deux cerveaux au-dessous de la moyenne ; l’un était de 1,022; l’autre de 1,025; et sur les dix femmes atteintes de démence, quatre cerveaux au-dessous de la moyenne; l’un était de i,oi3, le second de 1,02 3, le troisième de 1,02 5, et le quatrième de 1,027.
Le poids spécifique le plus considérable qui ait été trouvé chez les femmes non aliénées, a été de 1,037; sur quatre femmes monomaniaques, trois sont au-dessous de ce chiffre ; sur six femmes maniaques, quatre sont au-dessous; suidix femmes en démence, la plupart aliénées depuis un grand nombre d’années, sept sont également au-dessous. Parmi ces dernières se trouve même le cerveau spécifiquement le plus léger; ce cerveau est de 1,01 3, tandis que le plus léger,
parmi ceux des femmes non aliénées, est de |i 1 ,02 1 .
La densité peu considérable du cerveau ne saurait donc, dans l’état actuel de nos connaissances, être considérée comme liée à l’exercice normal des fonctions du cerveau, pas plus que l’augmentation de cette densité n’est une cause de folie. Et quand même il serait démontré que, chez les aliénés paralytiques dont il a été question précédemment, la densité de la substance blanche soit constamment augmentée, comme le prétendent quelques observateurs ; quand même la substance grise serait, chez les mêmes malades, constamment ramollie, il n’en résulterait rien encore qui fût favorable à la localisation de la folie; nous n’en saurions pas plus où est, dans le cerveau, le siège de cette maladie, attendu que, chez les individus dont il est ici question, la folie n’existe pas seule, et qu’elle est compliquée d’une altération dans les mouvemens, altération dont la cause évidente est une maladie du système nerveux.
§ VII. Alteration dans la couleur du cerveau.
Le sang peut donner au cerveau une coloration anormale : si ce liquide se trouve en trop grande quantité dans ses vaisseaux, c’est de l’hypérémie; s’il est mêlé aux tissus, c’est de l’inflammation. L’hypérémie ou l’inflammation peu*
altération de I-A couleur du cerveau.
vent être générales ou locales, l’une et l’autre sont quelquefois causes d’un délire aigu , mais jamais on ne leur a attribué un délire accompagné de symptômes psychiques, une aberration mentale sans complication de phénomènes nerveux.
Un autre genre de coloration anormale, indépendant du système sanguin, a été signalé par MM. Fovilie et Parchappe, dans la substance du cerveau : c’est la pâleur de la totalité ou d’une partie de la substance grise qui revêt les circonvolutions. Cette substance est regardée, par M. Fovilie, comme le siège de l’intelligence; si l’opinion deM. Fovilie est fondée, la lésion dont il s’agit mérite d’être prise en grande considération.
Mais d’abord en quoi consiste cette lésion et quelle est sa valeur?
A l’état normal et sur les individus qui n’ont pas été aliénés, on trouve, dans l’épaisseur même delà substance grise, une couche jaunâtre quin’est autre chose qu’un mélange des deux substances grise et blanche. Gennari (i) l’a signalée sous le nom de troisième substance du cerveau, Vicq-
(i) Francisai Gennari parmensis, med. doct. coUcgiati. De pcculiari structura ccrebri , non nul Lis (pic ejus morbis , Parmæ , 1782, in-8°.
d’Azyr en a parlé, et M. Baillarger, dans des recherches toutes récentes (i), a trouvé qu’il n’y avait pas seulement une couche, mais qu’il y avait plusieurs couches alternatives de substance grise et de substance blanche, dans ce qu’on appelle l’enveloppe corticale du cerveau. L’analyse du cerveau a fait voir à M. Lassaigne (2) que cette enveloppe corticale contient de la matière grasse blanche cérébrale : j’ai répété la même analyse, et j’ai obtenu le même résultat tant sur l’homme que sur quelques mammifères. La substance grise du cerveau contient donc naturellement de la matière grasse blanche?
A toutes les époques de la vie en contient-elle une égale quantité? Non, car la matière grasse se dépose peu-à-peu dans le cerveau; chez le foetus il y en a très peu; chez l’enfant naissant, on en voit des stries bien formées, mais en petit nombre; plus tard, l’intérieur du cerveau en est rempli. A quelle époque de la vie cette matière pénètre-t-elle dans la substance corticale? Y en a-t-il plus chez le vieillard que chez l’homme adulte? On ne s’est pas encore occupé de ces questions, cependant il faudrait les résoudre
(1) Mémoires de L’Académie royale de médecine , Paris, 1840, t. vnr, pag. r 4 9 et suiv.
(2) Abrégé élémentaire de chimie, Paris, i836, t. 2, p. 576.
et.
adhérences des méninges.
pour savoir à quoi s’en tenir sur ce qu'on appelle la décoloration delà substance grise du cerveau.
Au reste, cette décoloration fût- elle réelle et morbide, comme elle n’a été signalée que dans des aliénations où il y avait en même temps des symptômes physiques et des symptômes psychiques, n’a pas plus de titre que toutes celles dont il a été parlé jusqu’ici, pour être considérée comme la véritable cause de la folie.
§ VIII. Adhérences des méninges avec les circonvolutions cérébrales.
La folie, qui se manifeste uniquement par des symptômes intellectuels ou moraux, n’est signalée par aucun auteur comme produite par l’adhérence des méninges avec les circonvolutions cérébrales ; et quant à l’autopsie on a trouvé ces adhérences, il y avait toujours eu, pendant la vie, des symptômes physiques, et notamment des symptômes de paralysie générale. Il est vrai de dire cependant, que ce genre de paralysie se complique ordinairement de démence, avec prédominance d’idées ambitieuses. Mais la démence a souvent lieu sans aucune altération dans les mouvemens ; et, quant aux idées de grandeur, si l’on est étonné de les rencontrer