INTRODUCTION
Pendant notre année d’internat dans le service de M. le professeur agrévé Weiss, nous avons eu l’occasion d’observer plusieurs cas d’hydarthroses, et notre attention fut attirée tant par la diversité des résultats obtenus que par la diversité des traitements employés. Il nous a paru intéressant, maintenant surtout que l’attention du monde médical a été éveillée sur cette question par une récente discussion à l’Académie de Médecine (Séance du 10 juin 1884), de publier quelques faits dont nous avons été témoin et de prendre comme sujet de notre thèse inaugurale Le traitement opératoire de l’hydarthrose, en tàchant de tirer de ces faits quelque enseignement clinique et quelques conséquences pratiques.
Mais auparavant, nous devons remercier M. le professeur Hergott de l’honneur qu’il nous a fait d’avoir bien voulu accepter la présidence de notre thèse et des témoignages de sympathie qu’il nous a donnés pendant notre internat au service des accouchements. Nous prions notre excellent maître, M. le professeur agrégé Weiss, de vouloir bien recevoir l’hommage de notre reconnaissance, pour la bienveillance qu’il nous a témoignée pendant l’année que nous avons passée dans son service et pour les conseils qu’il nous a prodigués pour la rédaction de ce travail. Que M. le professeur Gross reçoive tous nos remerciements pour l’aimable empressement avec lequel il a mis à notre
disposition sa bibliothèque. ,
M. le professeur agrégé Rohmer et M. Jules Bœckel ont bien voulu nous confier quelques observations ; nous leur adressons nos plus vifs remerciements.
Nous n’avons pas la prétention de faire une revue complète de tous les traitements chirurgicaux de l’hydarthrose et de traiter ce sujet à fond. Le travail serait en effet trop vaste et d’un autre côté de peu d'utilité, puisqu'il est beaucoup de traitements préconisés en leur temps et dont l’expérience a démontré le peu de valeur et la nocuité. Nous avons dû les laisser de côté pour nous attacher spécialement aux grands modes de traitements opératoires actuellement employés, entre lesquels un praticien moderne peut hésiter, c’est-à-dire la ponction aspiratrice, l’injection iodée, la ponction antiseptique et l’arthrotomie ; chacun de ces modes de traitement, comme nous le verrons, ayant ses indications spéciales. Pour les autres, il nous suffira de les énumérer, puisque la pratique les a déjà rejetés et qu’ils sont avantageusement remplacés par ceux dont nous parlerons.
Nous commencerons notre travail par dire un mot du traitement habituel de l’hydarthrose ; puis nous entrerons dans notre sujet en passant en revue les divers traitements opératoires. Cette revue rapide servira d’historique à notre sujet. Nous la ferons suivre des observations sur les quatre grands modes de traitement qui nous occupent spécialement et nous terminerons par un chapitre sur Pindication de l’intervention opératoire.
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Traitement habituel de l’hydarthrose.
Nous avons contre l’hydarthrose de puissants moyens d’action qui, dans la majorité des cas, suffisent au praticien pour vaincre une affection qui, abandonnée à elle-même, devient presque tou- Jours rebelle et nécessite dans la suite une intervention beaucoup plus sérieuse. Ce n’est que dans un nombre de cas excessivement restreint qu'il faut recourir à ces modes d'intervention plus actifs, dont les procédés sont multiples et qu’on range sous la dénomination de traitement opératoire de l’hydarthrose.
Hormis ces cas exceptionnels, la compression, l’immobilisation la révulsion, les émissions sanguines et le massage, qui sont les moyens auxquels le chirurgien a journellement recours, suffisent. Nous allons passer en revue ces différents moyens qui sont l'introduction toute naturelle au traitement opératoire.
Nous ne dirons rien des moyens médicaux proprement dits qui n’ont guère été employés pour le traitement de l’hydarthrose que par des théoriciens : ces moyens ne sont pas entrés dans la pratique.
Nous avons groupé dans un seul chapitre les divers modes de traitements que le chirurgien emploie le plus fréquemment contre l’hydarthrose, parce qu’employés seuls ils n’ont donné que des résultats insignifiants, tandis que combinés entre eux, ils ont à leur actif un grand nombre de succès.
M. Marc Sée, dans une récente discussion à l’Académie, a soutenu que la compression seule lui avait donné un grand nombre de succès.
Nous ignorons si ce chirurgien a publié ses observations ; pour nous, là où nous avons vu des succès, nous avons toujours
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trouvé la compression combinée avec l’immobilisation. Dans son article du dictionnaire, Panas dit qu’employée seule elle est presque toujours insuffisante pour faire disparaître l’épanchement ; et alors même que la guérison aurait été obtenue, il reste à savoir jusqu’à quel point il n’y a pas lieu de craindre la récidive.
La compression a été employée sous des formes bien différentes; mais peu nous importentces formes. Celle qui actuellementsemble avoir la préférence des chirurgiens est la compression exercée par la bande de caoutchouc, et qui certainement remplit le mieux son rôle. Bien que Panas prétende que la bande de caoutchouc, même modérément serrée, est difficilement supportée, nous pouvons affirmer que lorsqu'elle est appliquée suivant les règles, c'est-à-dire, après avoir matelassé au préalable l'articulation avec une couche de coton, la bande ne gène nullement le malade.
La compression a été employée simultanément avec les différents autres modes de traitement. A ce titre, elle est un adjuvant très utile dans le traitement de l’hydarthrose. On se rend difficilement compte de l’action thérapeutique de la compression. Pour Bonnet, la compression bien faite ralentit la circulation, met obstacle à l’apport des liquides et enfin immobilise les surfaces articulaires, car il est très difficile de faire de la compression, quand on n’immobilise pas en même temps.
L'immobilisation comme la compression est, pour les chirurgiens, un puissant auxiliaire dans le traitement des affections articulaires. L’immobilisation doit être absolue, et pour l'obtenir, le décubitus dorsal ne suffit pas, il faut appliquer des appareils spéciaux. Ce traitement employé dans l'hydarthrose a été critiqué par un grand nombre de chirurgiens. Cloquet affirme que le repos prolongé peut amener une ankylose. Bonnet partage cet avis. Nélaton admet parfaitement la formation d’une ankylose à la suite d’une immobilisation prolongée. « Lorsqu'un membre, dit-il, reste longtemps immobile, la synoviale devient comme rugueuse, la synovie n’est plus secrétée, les cartilages s’amincissent, puis se résorbent. Après leur disparition survient celle de la lamelle qui recouvre le tissu spongieux, puis enfin