I. THÉORIE VASCULAIRE
a) Théorie lymphatique. Rasmüssen croyait que la sclérodermie était de même nature que l'éléphantiasis, et pour cette raison, l’appelait l’elephantiasis sclerosa. Il se basait sur les lésions des vais-
seaux lymphatiques qu'il avait trouvées dans une autopsie. Méry démontra plus tardque les prétendues lésions lymphatiques étaient dues à la périartérite des petits vaisseaux sanguins.
D'ailleurs, au point de vue clinique, les deux affections sont nettement séparées; nous ne trouvons jamais, dans la sclérodermie, ces phénomènes généraux intenses, avec poussées aiguës successives qui sont la caractéristique de l’éléphantiasis. |
D'autre part, l'anatomie pathologique fait justice de cette théorie : dans l’éléphantiasis, l'épiderme et le derme sont toujours épaissis, et cet épaississement est dû à l’interposition d’un liquide dans les mailles des tissus. Dans la sclérodermie, au contraire, nous avons un amincissement constant de l’épiderme, et une diminution habituelle de l'épaisseur du derme ; les éléments sont tassés, et l’on n’observe jamais de liquide interposé.
La théorie de Rasmüssen, qui n’a plus qu'un intérêt historique, ne nous arrêtera pas davantage.
b) Théorie veineuse. Elle n’a jamais été soutenue: les lésions observées ne le permettent pas. Nous ; voulons simplement mentionner ici l'observation d'une périphlébite en plaques, rapportée par Thibierge, et simulant parfaitement la sclérodermie.
C) Théorie artérielle. —Vigoureusement soutenue par Vidal, en 1875, puis par Radeliffe Croker, Goldschmidt, Meyer, Dinklers, Wolters et Méry (1889), elle repose sur des arguments cliniques et anatomopathologiques.
ARGUMENTS CLINIQUES. — a) Jroubles vaso-moteurs.
RES ee
— Les troubles vaso-moteurs sont intimement liés à l'évolution de la sclérodermie (telangiectasies, etc.) Cette affection débute souvent par la sclérodactylie, or, cette dernière est annoncée, très longtemps à l'avance par des phénomènes d’asphyxie locale, où les phénomènes vasculaires jouent, bien certainement le plus grand rôle. Aussi comprend-on que les observateurs aient songé tout de suite à faire de cette maladie une lésion d'ordre vasculaire.
Cependant nous devons remarquer que beaucoup de malades ne présente jamais ces crises acro-asphyxiques. Dans les sclérodermies diffuses ou en plaques les phénomènes vasculaires paraissent faire défaut dans la plupart des cas; du reste, si les lésions vasculaires étaient si efficaces, pourquoi la maladie de Raynaud ne ferait-elle pas toujours de la sclérodactylie ? |
Garrigues a tenté de répondre à cette question. Pour lui, sclérodactylie et maladie de Raynaud seraient dues à l’endartérite des petits vaisseaux. Dans lä maladie de Raynaud, il y aurait lésion grave des capillaires, aboutissant à la gangrêne ; dans le sclérodactylie les capillaires seraient intacts (Nory) et les très petits vaisseaux ne seraient ni épaissis, ni rétrécis (Goldschmidt) ; les vaisseaux atteints sont de plus fort calibre; il y a simplement hyponutrition, il n’y a pas gangrêne. En un mot, maladie de Raynaud et sclérodactyliene seraient que les résultats différents dedeux variétés du processusendartérique.
Que les lésions vasculaires expliquent la sclérose du derme, cela peut encore se comprendre, mais